Les Kongos ou Bakongo (Congos, Kongolais ou Congolais dans leurs formes francisées, à ne pas confondre avec les habitants de la République du Congo et de la République démocratique du Congo) constituent un peuple bantou d'Afrique centrale.
Ils sont principalement présents dans le sud du Gabon, notamment dans les provinces de la Nyanga et de la Ngounié, dans le sud de la République du Congo, plus précisément dans les régions du Pool (Mpumbu), de la Bouenza (Buenza ou Bwenza), du Niari (Niadi ou Niari), du Kouilou (Kwilu ou Kuilu) et de la Lékoumou (Lekumu) ainsi que dans le nord-ouest de l'Angola, notamment dans les provinces de l'Uíge (Wizidi), de Cabinda (Kabinda) La capitale du Cabinda (Kabinda) est appelée Tchiowa, Kiowa ou Tsiowa en langues locales. et du Zaïre (Nzadi), et dans l’ouest de la République démocratique du Congo, notamment dans la province du Kongo-Central.
L'ensemble des Kongos est estimé à plus de .
Ethnonymie Selon les sources on observe de multiples variantes : Bacongo, Bakango, Ba-Kongo, Bisi Kongo, Besi Kongo, Bakongo, Bashikongo, Congo, Congos, Kongos, Esikongo, Akongo, Koongo, Nkongo, Wakongo, WacongomaniSource RAMEAU, BnF , etc.
Sur le plan international, c'est le terme Bakongo qui prévaut. ba- étant en kikongo le préfixe qui signale le pluriel (mu- le singulier et ki- la langue).
+En langue kongo David Anderson, Richard Rathbone et R. J. A. R. Rathbone, Africa's Urban Past, James Currey Publishers, 2000, Wyatt MacGaffey, Kongo Political Culture: The Conceptual Challenge of the Particular, Indiana University Press, 2000, p.62Singulier (une personne kongo)Mukongo, Musi Kongo, Muisi Kongo, Mwisi Kongo, NkongoPluriel (le peuple kongo)Bakongo, Bisi Kongo, Esikongo, Besi Kongo, AkongoLangue (la langue kongo)kiKongo
Ne en kikongo désigne un titre honorifique et une appellation employée pour marquer le respect. Il est donc incorrect d’appeler les Kongos par Ne Kongo ou un(e) Kongo par Ne Kongo Wyatt MacGaffey, Kongo Political Culture: The Conceptual Challenge of the Particular, Indiana University Press, 2000, .
Langues thumb|Distribution géographique des langues kongo et du kituba. N. B. Jasper DE KIND , Sebastian DOM, Gilles-Maurice DE SCHRYVER et Koen BOSTOEN, Fronted-infinitive constructions in Kikongo (Bantu H16): verb focus, progressive aspect and future, KongoKing Research Group, Department of Languages and Cultures, Ghent University, Université Libre de Bruxelles, 2013 Koen Bostoen et Inge Brinkman, The Kongo Kingdom: The Origins, Dynamics and Cosmopolitan Culture of an African Polity, Cambridge University Press, 2018 Raphaël Batsîkama Ba Mampuya Ma Ndâwla, L'ancien royaume du Congo et les Bakongo, séquences d'histoire populaire, L'harmattan, 2000 : Le kisikongo (aussi appelé kisansala par certains auteurs) est le kikongo parlé à Mbanza Kongo. Le kisikongo n’est pas la langue mère qui porte le groupe linguistique kongo.
Les différentes populations kongo parlent des langues appartenant à l’ensemble linguistique kikongo, un continuum de langues bantoues étroitement apparentées mais présentant une importante diversité interne. Leur histoire est notamment liée aux anciens royaumes du Kongo, de Loango, de Kakongo et de Ngoyo.
Le terme « kikongo » ne désigne pas une langue totalement uniforme, mais un ensemble de langues et de variétés bantoues étroitement apparentées. Une classification phylogénétique publiée en 2015 décrit cet ensemble comme un continuum linguistique hétérogène appartenant aux langues bantoues de la côte occidentale.
Parmi ces variétés figurent notamment le kisikongo, le kiyombe, le kivili, le kilaari ou kilaadi, le kisolongo, le kimanyanga, le kintandu, le kiwoyo, le kimbata, le kitsotso, le kizombo, le kibeembe et le kindibu (liste non exhaustive).
Le kituba, également appelé kikongo ya leta en République démocratique du Congo, constitue une langue créole véhiculaire, issue du contact entre plusieurs variétés kongo et d’autres langues extérieures au continuum kikongo. Bien qu’il tire une grande partie de son vocabulaire des langues kongo, il possède une évolution historique et une structure linguistique propres qui le distinguent des variétés du continuum kikongo.
Le kikongo attesté dans les documents missionnaires du XVIIe siècle correspond principalement à une variété méridionale employée autour de Mbanza-Kongo. Les travaux de Koen Bostoen et Gilles-Maurice de Schryver montrent qu’il ne peut pas être considéré comme l’ancêtre direct de l’ensemble des langues kongo actuelles.
Ethnies Kongos
Histoire
thumb|Crucifix en alliage de cuivre du (république démocratique du Congo) Des preuves archéologiques ont été trouvées à Tchissanga (actuellement en République du Congo), un site datant d'environ 600 Cependant, le site ne prouve pas quel groupe ethnique résidait à cette époque Jan M. Vansina, Paths in the Rainforests: Toward a History of Political Tradition in Equatorial Africa, University of Wisconsin Pres, 1990, .. Le peuple Kongo s'était installé dans la région bien avant le cinquième siècle de notre ère, avait créé une société qui utilisait les ressources diverses et riches de la région et avait développé des méthodes d'agriculture Jan M. Vansina, Paths in the Rainforests: Toward a History of Political Tradition in Equatorial Africa, University of Wisconsin Pres, 1990, .. Selon James Denbow, la complexité sociale avait probablement été atteinte au deuxième siècle de notre ère James Denbow , Congo to Kalahari: data and hypotheses about the political economy of the western stream of the Early Iron Age, African Archaeological Review 8: , 1990.
Selon Jan Vansina, des petits royaumes et des principautés Kongo sont apparus dans la région actuelle vers 1200 de notre ère, mais l'histoire documentée écrite de cette période du peuple Kongo, si elle existe, n'a pas survécu à l'ère moderne. Une description détaillée et abondante du peuple Kongo qui vivait près des ports atlantiques de la région, en tant que culture, langue et infrastructure sophistiquées, apparaît au , écrite par les explorateurs portugais Jan M. Vansina, Paths in the Rainforests: Toward a History of Political Tradition in Equatorial Africa, University of Wisconsin Pres, 1990, .. Les travaux anthropologiques ultérieurs sur les Kongos proviennent des écrivains de l'époque coloniale, en particulier des Français et des Belges (Loango, Vungu et la vallée du Niari), mais ils sont eux aussi limités et ne couvrent pas de manière exhaustive l'ensemble du peuple Kongo . De la poterie datée entre 2155 et 2035 bp, 420 BC – AD 130 avait été trouvé à Ngovo (actuellement dans le Kongo central) et datée de bien avant, entre 2500-2400 bp à Tchissanga (actuellement en République du Congo). D’après Koen Bostoen: L’ancêtre commun du groupe Kikongo a au moins et il a émergé non loin du Pool Malebo où se trouvent actuellement les capitales de Kinshasa et Brazzaville. et La première expansion du groupe Kikongo vers la côte Atlantique est le corollaire de la première colonisation de la région par des populations bantouphones qui ont descendu le fleuve Congo au moins plus d’un millénaire avant que le royaume ne commence à émerger ...
D’après les traditions orales recueillies, avant la création de Kongo dia Ntotila, il y aurait eu Kongo dia Ntété (aussi connu sous le nom de Kongo dia Tuku; le Kongo des origines), à la suite de l’éclatement du Kongo dia Ntété il y aurait eu la création d’autres royaumes et une migration sous forme spirale (forme qui rappelle le coquillage Kodia (ou Nkodia, coquille d’escargot)) des Kongos. Toujours d’après ces traditions orales pour les Kongos le premier Homme serait Mahungu (ou Mawungu, Mavungu) (au départ un être mi-homme, mi-femme puis plus tard cet être se scinda en deux, en homme et en femme), Ma Nguunu (ou Ngunu) serait aussi un des ancêtres des Kongos et Kongo dia Ntotila aurait été créé bien avant 1390 et 1200. On découvre aussi le mythe de la femme aux neuf seinsA. Fu-kiau kia Bunseki-Lumanisa, Le Mukongo et le monde qui l’entourait: cosmogonie Kôngo, Office National de la Recherche et de Développement, Kinshasa, 1969 (Réimpression 2021, Paari éditeur). Bruno Pinçon et Dominique Ngoïe-Ngalla, L'unité culturelle Kongo à la fin du . L'apport des études céramologiques, Cahiers d'Études africaines, 1990, .Lucie-Blanche Miamouini-Nkouka, Figures de la vulnérabilité: enjeux éthiques de la vieillesse en Afrique, Editions Publibook, 2016, ..Luc de Heusch, Conférence de M. Luc de Heusch. Dans: Annuaires de l'École pratique des hautes études, 1974, ...
Selon Vansina, les preuves suggèrent que le peuple Kongo était avancé dans sa culture et ses systèmes sociopolitiques avec de multiples royaumes bien avant que les Portugais atteignirent les côtes du fleuve Nzadi (en langue Kongo Nzadi veut dire fleuve ; le nom Zaire (en français Zaïre) est né d'une mauvaise compréhension ou prononciation des portugais) sous la conduite de Diogo Cão en 1482 Ghislain C. Kabwit, Zaïre: the Roots of the Continuing Crisis, Cambridge University Press, 1979Jean-Jacques Arthur Malu-Malu, Le Congo Kinshasa, KARTHALA Editions, 2014, .. À l’arrivée des Portugais, le royaume Kongo était à son apogée grâce à la culture de l’igname, le traitement du fer et l’échange de houes contre de l'ivoire avec les peuples de l’intérieur.
Mbanza-Kongo et christianisation Du XIVe au XIXe siècle, Mbanza-Kongo constitue la capitale politique et spirituelle du royaume du Kongo. Une importante agglomération construite avec des matériaux et des techniques locales existe avant l’arrivée des Portugais, qui y introduisent à partir de la fin du XVe siècle des édifices en pierre, notamment des églises.
Le souverain Nzinga Nkuwu reçoit le baptême en 1491 et prend le nom de João. Son fils Mvemba Nzinga, baptisé sous le nom d’Afonso, encourage ensuite la diffusion des rites chrétiens, l’instruction de jeunes aristocrates kongo et l’apprentissage du portugais. En 1624, le jésuite Mateus Cardoso publie un catéchisme bilingue portugais-kikongo réalisé avec la participation de lettrés kongo.
L’adoption du christianisme varie selon les régions et les milieux sociaux. Les symboles et les pratiques chrétiennes sont progressivement réinterprétés à partir de conceptions politiques, religieuses et artistiques kongo, donnant naissance à une tradition chrétienne locale distincte.
Les Bakongo établirent des relations diplomatiques, qui prévoyaient également l'envoi d'une délégation à la cour royale du Portugal en 1485. Les relations d’abord égalitaires se transformèrent en une mainmise des Portugais. Qui plus est, dans les années 1450, un prophète, Ne-Buela Muanda, prédit l'arrivée des portugais et la mise en esclavage physique et spirituel de beaucoup de Bakongo Thomas T. Spear et Isaria N. Kimambo, East African Expressions of Christianity, James Currey Publishers, 1999, p. 219 Godefroid Muzalia Kihangu, Bundu dia Kongo, une résurgence des messianismes et de l’alliance des Bakongo?, Universiteit Gent, België, 2011, p. 178 .