La condition des femmes en Inde a énormément fluctué au gré de l'histoire multimillénaire de ce paysD’après , et de façon diversifiée selon leur groupe religieux d'appartenance. D'une relative égalité avec les hommes aux temps anciens à l'émergence, réforme après réforme, des droits des femmes, l’histoire des femmes indiennes a connu de multiples bouleversements. Dans l’Inde d'aujourd'hui, les femmes occupent des postes importants, et même ceux de présidente du pays, de Première ministre, de présidente du Parlement de l'Inde et chef de l'opposition. En 2011, la présidente de l’Inde, la présidente du Parlement ou encore la chef de l'opposition au Lok Sabha (la chambre basse du Parlement) sont toutes des femmes.

Pour autant, la condition des femmes indiennes reste considérée comme une des plus difficiles du monde. Depuis les milliers de (femmes tuées parce que leur dot est insuffisante pour un mariage) jusqu'aux infanticides de filles en passant par le mariage des fillettes, la condition des femmes en Inde reste profondément marquée par une discrimination de genre ancrée dans des traditions moyenâgeusesÉtude de Stéphanie Tama Lama-Rewal. Une loi votée en 2006 contre la violence faite sur les femmes (en particulier visant les dowry deaths) est entrée en vigueur en octobre 2007 seulement. Le rapport de 2007 du forum économique mondial indiquant l’écart entre les sexes place l’Inde à la sur étudiés (la Suède étant en première position et le Yémen en dernière position)Lire le rapport entier ici. Selon une enquête de Thomson Reuters, l’Inde serait actuellement le « pays le plus dangereux » au monde pour les femmesIndia fourth most dangerous place for women: survey, NDTV..D’après .

Histoire L'Inde ancienne

vignette|droite|Illustration de Vasantasenā, une Nagarvadhu, riche courtisane. Le statut de la femme dans l’Inde ancienne est toujours débattu : si certains universitaires estiment que les femmes bénéficiaient de la parité avec les hommes dans tous les aspects de la vie civile, d’autres sont plus réservés. Les écrits des anciens grammairiens indiens, tels Patanjali et Kātyāyana, nous indiquent en tous cas que les femmes avaient accès à l’instruction au cours de la période védiqueCf. le « commentaire de Pāṇini » (vārttika) de Kātyāyana, chap. 125, v. 2477Commentaires à l’Ashtadhyayi (§§ 3.3.21 et 4.1.14) de Patanjali. Les versets du Rig Veda montrent que les femmes se mariaient à l’âge adulte et qu'elles pouvaient probablement choisir leur mari R. C. Majumdar et A. D. Pusalker (editors): The history and culture of the Indian people. Volume I, The Vedic age. Bombay: Bharatiya Vidya Bhavan 1951, . Enfin, les écrits sacrés : le Rig Veda et les Upanishads citent plusieurs femmes réputées pour leur sagesse ou leurs prophéties, entre autres Gargi et Maitreyi..

Très peu de sources traitent spécifiquement de la place des femmes dans la société ancienneD'après . ; le Stri Dharma Paddhati de Tryambakayajvan, un notable de Tanjavûr qui écrivait vers 1730, constitue une exception notableD'après .. Ce texte rassemble les contraintes sociales imposées aux femmes depuis la soutra Apastamba (vers le ). Le premier vers est : .

Dans certaines villes de l’Inde ancienne, la tradition locale invitait les épouses à concourir pour être couronnées nagarvadhu (« femme de la cité »). Amrapali est la plus célèbre nagarvadhu.

Mais avec l’entrée en vigueur de la Loi de Manu, vers 500 av. J.-C., le statut social des femmes commença à régresser. L’invasion musulmane de Bâbur et de l'Empire moghol, et enfin achevèrent de cantonner les femmes à un rôle subalterne., malgré les tentatives de certains mouvements réformateurs hindouistes comme le Jaïnisme de rendre aux femmes une place dans la ReligionD'après . La pratique du mariage forcé remonterait ainsi au D’après .

Période médiévale vignette|La reine gond Dourgavati régna quinze années avant de trouver la mort au combat en 1564 en s'opposant au général du Moghol Akbar, Asaf Khan. La condition de la femme indienne continua de se détériorer au cours de la période médiévale avec la banalisation dans certaines communautés des coutumes du suicide rituel, du mariage forcé et l'interdiction pour les veuves de se remarier. Les conquêtes musulmanes des Indes s'accompagnèrent de la pratique du purdah. Chez les Rajputs du Rajasthan, on pratiquait le Jauhar. Dans certaines provinces de l'Inde, les prêtresses Devadasis furent rabaissées au rang de prostituées. La polygamie se répandit chez les princes Hindous de la caste des Kshatriya. Dans les familles musulmanes, les femmes étaient confinées à une forme de gynécée, la Zenana.

vignette|gauche|redresse=1.2|L'Inde vers 1760. Malgré ces conditions, certaines femmes ont laissé un nom en politique, en littérature, dans l'éducation et la religion. Razia Sultana est la seule reine à avoir jamais gouverné à Delhi. La reine gond Dourgavati régna quinze années avant de trouver la mort au combat en 1564 en s'opposant au général du Moghol Akbar, Asaf Khan. Chand Bibi défendit le sultanat d'Ahmadnagar contre la gigantesque armée du Moghol Akbar dans les années 1590. Nûr Jahân, épouse de Jahângîr exerçait la réalité du pouvoir impérial et était considérée comme l'éminence grise du Moghol. Les princesses mogholes Jahanara et Zebunnissa étaient des poétesses reconnues et influentes à la cour. La mère de l'empereur Shivaji, Jijabai, fut proclamée régente en reconnaissance de ses qualités de stratège et de dirigeante. Dans l’Inde méridionale, plusieurs femmes dirigeaient des villages, des villes ou des provinces, et présidaient les institutions sociales et religieuses.

Les mouvements Bhakti tentèrent de rendre à la femme sa position traditionnelle et mirent en cause certaines formes de sujétion. La prophétesse Mirabaï s'imposa comme l'une des plus éminentes figures du mouvement Bhakti. Parmi les autres prophétesses de cette période, citons Akka Mahadevi, Rami Janabaï et Lal Ded. Les sectes Bhakti : la Mahanubhav, le Varkari etc., qui prirent naissance au sein du culte Hindou, furent les premières manifestations des aspirations à la justice sociale et à l'égalité entre hommes et femmes.

Peu de temps après l’extinction du mouvement Bhakti, le gourou sikh Nanak, reprit le flambeau de la cause des femmes : il était favorable à ce que les femmes puissent diriger les cérémonies religieuses ; chanter et faire chanter certains hymnes aux fidèles comme le Kirtan ou le Bhajan ; à ce qu'elles prennent part aux associations religieuses ; à ce qu'elles commandent une armée en temps de guerre ; à ce qu'elles bénéficient des mêmes sacrements de baptême (Amrit) et de mariage. D'autres Gurus du sikhisme ont milité contre la discrimination envers les femmes.

Coutumes historiques infamantes vignette|Représentation de la Sati, au moment où la veuve va se jeter dans le bûcher. Certaines traditions communautaires : la sati, le jauhar, et les prêtresses devadasi ont été proscrites sous l'Empire britannique et ont aujourd'hui pratiquement disparu en Inde, malgré des manifestations sporadiques dans les régions les plus rurales. Le purdah, en particulier, reste de mise dans certaines communautés, et les pédo-mariages, quoiqu'illégaux, ne sont pas rares. vignette|gauche|Deux devadasis des années 1920 en Tamilnadu, Inde du sud. Suicide rituel des veuves La satī est une coutume ancienne de certaines communautés pratiquement tombée en désuétude, qui consiste à ce que la veuve s’immole par le feu en se jetant sur le bûcher funéraire de son mari. Quoique cet acte soit en principe considéré comme un choix personnel de la femme, on pense que certaines veuves ont été contraintes de s'y soumettre. Les Britanniques l'abolirent en 1829. Depuis l'indépendance de l'Inde, on a dénombré environ quarante cas de satī. En 1987, l'affaire Roop Kanwar, dans le Rajasthan, a débouché sur la création d'une Commission de surveillance de la Satī.. Pratique similaire, le jauhar est l’immolation volontaire des femmes et filles du guerrier vaincu, pour échapper à l'esclavage ou au deshonneur. Elle était notamment le fait des femmes kshatriya du Rajasthan.

Restrictions vestimentaires – la purdah La purdah exige des femmes qu'elle couvrent leur peau de tissus pour ne pas laisser apparaître leurs formes. Elle leur impose également des restrictions de mouvement, leur interdit d'adresser librement la parole aux hommes et manifeste la subordination de la femme. Contrairement à une croyance répandue, cette coutume ne s'appuie ni sur l'enseignement de l'hindouisme, ni sur celui de l'Islam : ce sont bien plutôt l’ignorance et les préjugés sexistes des chefs religieux de ces deux confessions qui ont contribué à l'imposer.

Les devadasi Les devadasi sont des oblates mariées à une divinité ou un temple. Ce rite était déjà codifié au . Au fil des siècles, les devadasi furent contraintes à la prostitution, en particulier dans le nord de l'Inde.

Période coloniale britannique vignette|gauche|Le Raj britannique vers 1860. vignette|redresse|La bégum Rokeya, une des pionnières du féminisme en Inde au début du . Au , des géographes européens se plaisaient à reconnaître que les femmes hindoues sont Mais cette perception ne traduisait que le regard extérieur de l'Occident et de sa culture car, au sein de la société indienne, le combat de certaines femmes donnait des signes d'un besoin de changement.

Sous le Raj britannique, plusieurs réformateurs tels Ram Mohan Roy, Ishwar Chandra Vidyasagar, Jyotirao Phule etc. militèrent pour la promotion du statut des femmes. Le militantisme d’Ishwar Chandra Vidyasagar est notamment à l'origine du Widow Remarriage Act (loi sur le remariage des veuves) de 1856. Peary Charan Sarkar, ancien étudiant de l'Hindu College de Calcutta et membre du mouvement "Jeune Bengale" organisa en 1847 à Barasat, un faubourg de Calcutta, la première école de jeunes filles (rebaptisée par la suite Kalikrishna Girls’ High School).

Kittur Chennamma, reine de l'État souverain de Kittur dans le Karnataka, se souleva contre l'occupant lorsque les Britanniques proclamèrent leur politique d'annexion des royaumes indiens en déshérence (doctrine of lapse). Abbakka Rani, souveraine du Karnataka littoral au , organisa la défense du pays contre l'invasion des multiples vagues d'Européens, à commencer par les Portugais. Rani Lakshmi Bai, reine du Jhansi, déchaîna la Révolte des cipayes. Elle est aujourd'hui célébrée comme une héroïne nationale. La Begum Hazrat Mahal, corégente d’Awadh, était une autre souveraine qui a mené la Révolte des cipayes. Elle refusa de traiter avec les Britanniques et s'exila par la suite au Népal. Les Bégums de Bhopal faisaient encore partie du petit nombre des reines au pouvoir en cette période. Elle ne pratiquaient pas le purdah et s'entraînaient au combat.

Chandramukhi Basu, Kadambini Ganguly et Anandi Gopal Joshi furent les premières femmes indiennes à obtenir des diplômes universitaires. En 1883, Kadambini Ganguly et Chandramukhi Basu, diplômées du Bethune College, sont aussi les premières femmes diplômées universitaires de l'Empire britanniqueSelon Sengupta, Subodh Chandra and Bose, Anjali (editors), 1976/1998, Sansad Bangali Charitabhidhan (Biographical dictionary) Vol I, (en bangladais), , . Par contre, selon l'Encyclopédie canadienne, la Canadienne Grace Annie Lockhart est en 1875 la première diplômée universitaire, aussi la première femme détentrice d'un baccalauréat universitaire de l'Empire britannique : Grace Annie Lockhart. Aussi, les femmes sont admises en tant qu'étudiantes à l'université d'Oxford en 1879, un an après leur admission à l'université de Calcutta . Le tripos est ouvert aux femmes à Cambridge seulement en 1881 .. Cornelia Sorabji est la première avocate en Inde.