Saïd Bouteflika (en , en berbère : ⵙⵄⵉⴷ ⴰⵠⵓⵜⴼⵉⵇⴰ), né le à Oujda (Maroc), est un universitaire et un homme politique algérien.

Maître-assistant à l'Université des sciences et de la technologie Houari-Boumédiène (USTHB), il est le frère et conseiller spécial d'Abdelaziz Bouteflika dans ses anciennes fonctions de président de la République algérienne démocratique et populaire, sur qui il aurait eu « une influence considérable », notamment après que le président a été victime en 2013 d'un grave accident vasculaire cérébral.

Le , un mois après la démission de son frère, dans le contexte des manifestations de 2019 en Algérie, il est arrêté et incarcéré provisoirement à la prison militaire de Blida en attente de son procès. Le , il est condamné à quinze ans de prison pour « atteinte à l'autorité de l'armée » et « complot contre l'autorité de l'État » puis finalement acquitté le .

Il reste incarcéré pour corruption dans le cadre des affaires Haddad, Louh mais aussi du financement de la campagne électorale pour le cinquième mandat présidentiel de son frère, affaire pour laquelle il est condamné à huit ans de prison en . En , La Cour d’appel d’Alger a confirmé le jugement en première instance condamnant Saïd Bouteflika à huit ans de prison, tout en levant la saisie de ses biens. La Défense de Saïd Bouteflika annonce un pourvoi en cassation.

Biographie Enfance

Saïd Bouteflika naît en 1958 à Oujda au Maroc, alors base de la Wilaya V, au début de l’ascension de son frère Abdelaziz, alors âgé de vingt ans, auprès de Houari Boumédiène, qui atteint au même moment la tête de la wilaya. Il est le dernier d'une fratrie de neufMireille Duteil, « Saïd Bouteflika, l'énigme algérienne », Le Point, 28 mars 2014.

Son père Ahmed meurt alors qu'il a un an, il est donc élevé par sa mère (qui tient un hammam), sous la tutelle de son frère Abdelaziz, et par là de Houari Boumédiène qui prend le pouvoir par un coup d'État en 1965. Il est élève au collège Saint-Joseph des Frères des écoles chrétiennes, à El-Biar (Alger), puis au lycée tenu par les jésuites, comme certains fils de dirigeants, avant la fermeture définitive de ces établissements.

Exil et retour Diplômé de l'École nationale polytechnique d'Alger., il arrive à Paris en 1983 afin de préparer un doctorat en informatique. Son frère, évincé de la succession de Boumédiène, le rejoint, accusé de détournement de fonds. Saïd Bouteflika est titulaire d'un doctorat de troisième cycle de l'université Pierre-et-Marie-Curie (Paris VI). Son principal centre d'intérêt est la reconnaissance des formes, domaine dans lequel il soutient sa thèseRésumé de la thèse de Saïd Bouteflika.

En 1987, les Bouteflika peuvent retourner en Algérie, et Saïd suit son frère. Il devient enseignant et militant syndicaliste universitaire. Il épouse une biologiste. À El Biar, il vit à un étage de son frère.

Conseiller spécial

En 1999, alors que son frère Abdelaziz est élu président, il est nommé conseiller spécial par un décret non publiable ; il s'occupe officiellement du service informatique. Effacé jusque-là face à d'autres membres du cabinet comme Ali Benflis ou Larbi Belkheir, Saïd Bouteflika évince le premier en 2003 et le second en 2005. Il gère les campagnes de réélection de son frère en 2004 et 2008, et commence à être présenté comme un successeur potentiel ; il échoue à se faire nommer vice-présidentFarid Alilat, « Algérie : la diplomatie américaine s'intéresse au frère de Bouteflika », Dernières nouvelles d'Algérie repris par Rue89, nouvelobs.com, 05/09/2011.

En 2005, Abdelaziz Bouteflika est hospitalisé à Paris pour un ulcère, qui le contraint à ralentir ses activités ; l'importance de Saïd croît. D'après un habitué d'El Mouradia interrogé par Jeune Afrique, « il tient l'agenda du chef de l'État, intervient dans les nominations de ministres, de diplomates, de walis [préfets], de patrons d'organismes publics, et influe sur la vie interne du FLN. Devenu incontournable pour accéder au président, le conseiller spécial prend de facto la direction des affaires à El-Mouradia. »

En 2008, il participe à la réélection de son frère, faisant pression sur des hommes d'affaires pour qu'ils financent la campagne, et fait en sorte que des marchés publics soient confiés à des proches. Un câble américain de cette année-là, révélé par Wikileaks, indique que pour Bernard Bajolet, « La corruption, qui remonte jusqu’aux frères de Bouteflika [Saïd et Abdallah], a atteint un nouveau sommet et interfère dans le développement économique »WikiLeaks. Les frères Bouteflika sont des «rapaces», Gaïd Salah «corrompu» et le Général Toufik qui sait tout sur algerie-focus.com. Peu de temps après, plusieurs scandales de corruption éclatent, où son nom est cité, peut-être à l'instigation du DRSMarie Verdier, « Mohammed Hachemaoui: «Le service de renseignement détient tous les leviers du pouvoir en Algérie» », La Croix, 01/10/2013.

En 2013, Abdelaziz Bouteflika est hospitalisé au Val-de-Grâce, à Paris. Pour Jeune Afrique, Saïd Bouteflika reste seul au chevet de son frère, filtrant les accès, donnant des instructions sur la gestion de la crise au Premier ministre Abdelmalek Sellal, qui doit attendre 46 jours pour voir le président« Algérie : quand Saïd Bouteflika orchestre le silence présidentiel », Jeune Afrique, 20/05/2013. Le Matin affirme même que Saïd Bouteflika a signé lui-même sept décrets de nomination en lieu et place de son frère, et qu'il bloque les autres nominationsAbubakr Diallo, « Algérie : le frère de Bouteflika soupçonné de signer des décrets », Afrik.com, 08/06/2013. Dans le même temps, il intervient dans la crise qui secoue le FLN afin d'imposer un proche comme secrétaire général, puis dans le remaniement ministériel consécutifFarid Aillat, Algérie : Bouteflika forever..., JA.com, 07/10/2013« Fin d’un règne mouvementé et incertitudes sur l’avenir politique », challenge.ma, 27 septembre 2013. Le journaliste et ancien capitaine du DRS Hichem Aboud, qui révèle la gravité de l'état du président, accuse Saïd Bouteflika de « dirige[r] le pays par procuration », d'avoir « trempé dans beaucoup d’affaires de corruption » et de l'avoir fait persécuter pour le faire taireAlain Jourdan, «Saïd Bouteflika veut me faire taire. Il n’y arrivera pas», La Tribune de Genève, 19/09/2013.

En octobre de la même année, les rumeurs de succession entre les frères reprennentKamel Daoud, « Comment l’Algérie a-t-elle pu devenir une monarchie ? », Algérie-Focus, 19/10/2013, alors que les manœuvres qui l'opposent au DRS et à son chef, le général Toufik, se poursuiventIhsane El Kadi, « Présidentielle : l’armée algérienne divisée, Bouteflika veut peser sur les choix », Algérie-Focus, 28/07/2013Mohamed-Chérif Lachichi, « Le DRS avait prévenu Bouteflika », Liberté, 04/06/2013. Cette guerre politique se manifeste notamment par une nouvelle attaque d'Hichem Aboud qui accuse Saïd Bouteflika de corruption massive et de trafic de drogue, mais également d'homosexualité, qui est illégale en AlgérieAlgérie. Une ambiance explosive, courrierinternational.com, 7/03/2014 issus de David Porter, counterpunch.orgGuerre politique en Algérie : Saïd Bouteflika répond à Hicham Aboud, afrik.com, 11 février 2014.

Diminué et quasi-paralysé, Abdelaziz Bouteflika se porte finalement candidat à un quatrième mandat lors de l'élection présidentielle algérienne de 2014 et l’emporte, dès le premier tour. Peu de temps après l'élection, alors que son frère est toujours aussi peu visible, des rumeurs de velléités de Saïd de lui succéder se font à nouveau jourSaïd F. pour Tamurt.info, « Saïd Bouteflika se prépare-t-il à succéder à son frère ? », 7 août 2014 et « Tout est fait pour oublier la maladie de Bouteflika », 5 août 2014Kamel Daoud, « Guide de l’Algérie pour visiteur étranger : Discussion autour du cheval de l’Emir », 21 octobre 2014. En novembre, un de ses prochesYacine Omar, « Ali Haddad : “Oui, je suis proche des responsables militaires et civils” », Algérie focus, 14 novembre 2014, l'homme d'affaires Ali Haddad, est le seul candidat à la tête du Forum des chefs d'entreprisesAli Titouche, « Présidence du FCE : Ali Haddad boucle sa campagne », El Watan, 24 novembre 2014.

En , le président Bouteflika met fin aux fonctions du général Toufik.

Pour Frédéric Pons, Saïd Bouteflika prépare la succession de son frère en se rapprochant des islamistes modérés avec qui il cherche à donner une large assise populaire à la nouvelle équipe qui prendra en main le paysFrédéric Pons, « L'inquiétant héritage de Bouteflika », Conflits, , janv.-mars 2017, p. 13-16.

Le , Saïd Bouteflika surprend en venant soutenir les manifestants qui protestent contre le traitement réservé à Rachid Boudjedra par la chaîne Ennahar TVMesbah Salim, « Le coup politique de Saïd Bouteflika », El Watan, 5 juin 2017. Il est hué et exclu de la manifestationAli Attar, « Algérie : Saïd Bouteflika exclu du rassemblement contre Ennahar TV » Afrik.com, 3 juin 2017.

À l'été 2017, pour Le Matin d'Algérie, Saïd Bouteflika est le mieux placé pour succéder à son frère en 2019, mais un tel événement susciterait un tolléAhcène Bettahar, « Se dirige-t-on droit vers le pire des scénarios en 2019 ? », Le Matin, 23 août 2017. Le nom de l'ancien ministre Chakib Khelil est également citéJean-Louis Tremblais, « Abdelaziz Bouteflika, un président en pointillé », Le Figaro Magazine, semaine du 1 décembre 2017, page 32..

Manifestations du Hirak 2019 et condamnations

Événements de mars 2019 Le , dans le contexte du Hirak, Saïd Bouteflika, Athmane Tartag, Mohamed Mediène et Louisa Hanoune se réunissent dans une résidence militaire pour décider du renvoi du chef de l'armée, Ahmed Gaïd Salah, et le maintien de Bouteflika en échange de la nomination d'un nouveau Premier ministre chargé de mettre en place la transition promise mi-mars. Après avoir hésité sur le nom du premier ministre, ils choisissent l'ancien président de la République Liamine Zéroual, qui décline après avoir accepté, invoquant des raisons de santé et le refus exprimé par les manifestants.

Détention provisoire Le soir du , après la démission forcée de son frère de la présidence de la République sous la pression de la rue et de l'armée, Saïd Bouteflika aurait été placé en résidence surveillée. Le , il est arrêté puis placé en détention provisoire pour « atteinte à l'autorité de l'Armée » et « complot contre l'autorité de l'État », en même temps que les anciens patrons du renseignement Athmane Tartag et Mohamed MedièneLe Point Afrique, « Algérie : Saïd Bouteflika a été arrêté », 4 mai 2019Athmane Tartag, Mohamed Mediène et Said Bouteflika placés en détention provisoire à Blida, agence APS, 5 mai 2019..

Bien que contraint de porter un uniforme de prisonnier, Saïd Bouteflika bénéficie cependant de meilleures conditions de détention que les autres personnalités emprisonnées à la prison d'El-Harrach, ayant notamment le droit de lire les journaux.

Le procès a lieu le . Saïd Bouteflika a été jugé en compagnie d'autres accusés, Louisa Hanoune, secrétaire général du Parti des travailleurs, Mohamed Mediène, ancien patron du Département du Renseignement et de la Sécurité et Athmane Tartag, ancien coordinateur des services de sécurité (CSS).

Procès au tribunal militaire de Blida Lors du procès, Saïd Bouteflika a rejeté la compétence du tribunal militaire à le juger et a refusé de répondre aux questions du juge. Il a alors demandé à quitter la salle et le juge l’y a autorisé.

Lors du deuxième jour du procès, le procureur général du tribunal militaire de Blida a requis une peine de prison de 20 ans à l'encontre de tous les accusés. Au troisième jour, le juge prononce une peine de 15 ans de prison à l'encontre de Saïd Bouteflika, pour « complot avec des réunions » visant à « porter atteinte à l’autorité de l’État et de l’Armée ».