Jacques Aleaume (ou Aleaulme, Aléaume, Alleaume), né en 1562, fils de Pierre Aleaume, né à Orléans, mort à Paris et enterré le à Charenton, est un mathématicien français, élève de François Viète et de Simon Stevin. Il se rattache à l'école de l'Algèbre nouvelle.

Traces biographiques

Huguenot, élève de Viète Christiaan Huygens : Œuvres complètes. Tome XXII. Supplément à la correspondance page 546., dont son père est l'ami et le secrétaire, Jacques Aleaume entre vers 1600 en correspondance avec Paolo Sarpi, que lui fait connaître un des autres élèves de Viète, le ragusain Marino GhetaldiAngelo Bianchi, Lacroix-Verboeckhoven, Biographie de Fra Paolo Sarpi, Librairie internationale, 1863, 121 .. Mathématicien du prince Maurice d'Orange, à la cour de Bréda (avec Stevin, David d'Orléans et Johan van Rijswijck), il est admis comme ingénieur au service des États dès 1605On a conservé trace de ses émoluments vers 1619 ; Gustave Cohen Écrivains Français en Hollande Champion 1920, page 373, note qu'il reçoit une somme double de Simon Stévin.. Appointé en 1607 comme déchiffreur extraordinaire, il orthographie alors son nom Jacques a Le haulmeOn lit dans Gustave Cohen : Écrivains français en Hollande dans la première moitié du que le Haulme, déchiffreur extraordinaire et ingénieur au service des États, reçut ordonnance de florins en 1607 avec 75 florins par mois, et 1.200 florins par an.. Il se fait nommer lui-même Jacques le déchiffreur Cité dans la Bibliographie de Jacques Alleaume Niew Nederlandsch Biografisch Woordenboek (le nouveau dictionnaire biographique de Hollande) par Cornelis de Waard.. thumb|180px|left|La place de France projetée. En dépit de son crédit auprès du prince d'Orange, Aleaume repart pour Paris vers 1608-1609 à la veille de la « trêve de douze ans ». Le roi Henri IV lui cède une maison dans les galeries du LouvreP. L. Jacob : ; lettres, sciences et arts, France, 1590-1700; ouvrage illustré de 17 chromolithographies et de 300 gravures sur bois (dont 16 tirées hors texte) d'après les monuments de l'art de l'époque (1882) page 26?. Il est pressenti pour seconder Claude Chastillon dans le projet d'édification de la Place de France, ils en dessinent les plans (), mais leur projet ne voit pas le jourAlain Berthoz, Roland Recht, Augustin Berque : Les espaces de l'homme: Symposium annuel page 286, donnent un aperçu de ce qu'aurait pu être cette place.Ballon (Hilary), The Urbanism of Henry the Fourth, The Architectural History Foundation, 1991 et l'année suivante, Aleaume revient en Hollande en tant qu'ingénieur et déchiffreur. Il semble qu'il ait vécu ainsi, à cheval entre la France et les Pays-Bas. En 1610, une lettre de Paolo Sarpi apprend à Jacques Aleaume, alors à Paris, les observations faites au télescope par Galilée). Aleaume est d'ailleurs pressenti pour succéder à Galilée à l'Université de Padoue.

thumb|180px|right|Maurice d'Orange. Aleaume est un grand amateur d'instruments. Il fait fabriquer ses lentilles par Jean Ferrier (le même tailleur de verre parisien qui travailla aussi pour Descartes). Louis Aubery du Maurier dit de lui, 20 ans après sa disparitionOn lit ce jugement dans les mémoires pour servir à l'histoire de Hollande et des autres Provinces-Unies : où l'on verra les véritables causes des divisions qui sont depuis soixante ans dans cette république & qui la menacent de ruine de Louis Aubery, imprimées chez Jean Vilette en 1647, qu'Aleaume était fort estimé à la cour de Maurice d'Orange :

On doit également à Aleaume des travaux d'optiques et de défense militaireEn fait, il se constitue autour d'Aleaume une véritable école militaire d'ingénieurs de défense, auquel on adjoint les noms de Jean Fabre, Antoine Deville, Claude Flamand, Honorat de Meynier, Blaise de Pagan et Jacques Perret selon Émilie d’Orgeix Fortifications et traités d’architecture militaire français (- siècles, article des Nouvelles de l’INHA, , juillet 2009. Par son père, Pierre Aleaume d'Orléans, il hérite des œuvres de VièteJoël Biard, Rushdī Rāshid : Descartes et le Moyen Âge, Vrin, 1997 et publie quelques-uns de ses travaux. Il semble qu'il soit à l'origine de la rencontre d'Alexander Anderson et des manuscrits de leur maître. Son œuvre contribua à l'édition de Frans Van Schooten. En revanche, il est peu assuré qu'il connaît Descartes à Leyde ou à Bréda. Le cartésien Gustave Cohen dit à ce proposOn lit dans Écrivains français en Hollande dans la première moitié du quelles étaient selon Gustave Cohen les occupations de Descartes sous le nom du Sieur du Perron à Bréda. :

thumb|150px|left|François Viète. En 1613, Aleaume se déclare comme un ardent admirateur de Galilée. Dans les années qui suivent, et notamment en 1617,1618 et 1621, il est doublement pensionné, par le roi de France - notamment comme concessionnaire des eaux minérales, et, à la reprise des hostilités entre les Provinces-Unies et l'Espagne, en tant qu'officier de guerre par les états de HollandeMolhuysen, Blok, dictionnaire biographique de la Hollande, seconde partie. Leyde 1912 .. Il est alors premier ingénieur ordinaire du roiSous Henri IV, on compte une douzaine d'ingénieurs d'état. En 1602 naît le titre d’ingénieur ordinaire du roi. Sous Louis XIII, ils sont une cinquantaine, Voir l'histoire de ces ingénieurs avant Vauban, Hugues Paucot, sur le site du CRDP de Bordeaux et intendant des fortifications en Champagne et PicardieNicolas Claude Fabri de Peiresc, Jean-François Lhote, Lettres à Cassiano dal Pozzo, 1626-1637, Adosa, 1989 190, ..

D'après l'historien Adrien Baillet, et au vu des confidences de Descartes, Isaac Beeckman, quitte assez souvent Middelbourg vers 1617 pour venir à la cour de Maurice de Nassau et rendre visite à Jacques AleaumeArticle de G. Monchamp, correspondant de l'académie in Bulletins de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique (1834)1895, Chez Hayez, page 120Paul Tannery pense différemment et note dans l'édition des Œuvres de Descartes, par Adam et Tannery tome 10 page 24, que le nom d'Alleaume n'apparaît nulle part dans les carnets de Beeckman..

la même année, Willebrord Snell dans son Eratosthène Batave, lui rend hommage comme au plus illustre et au plus ingénieux de ses amis ; Snell affirme qu'il lui doit la pratique du compas de proportionLynn Thorndike, History of Magic and Experimental Science, Partie 12 105 . thumb|250px|La Reddition de Breda de 1625, par Velázquez. En 1627, le prince Maurice étant mort, et la ville de Breda ayant accepté sa reddition, Aleaume revient à Lyon. Il meurt peu de temps après à Paris. Nicolas Peiresc, avec qui il est en correspondance, considère que sa mort est une grande perteCette douleur est citée par Gassendi, viri ill. Peiresc Vita (1651) 321. Ses livres et ses instruments sont dispersés et vendus. Les manuscrits de François Viète, dont Aleaume est l'héritier par son père qui en a été le secrétaire, sont détenus par les frères Dupuy (gardes de la Bibliothèque du Roi), auxquels écrit Peiresc, le Lors de la séance de l'Académie des Sciences du 14 février 1816 présidée par Camille Jodran, Monsieur Bigourdan, à propos de l'harmonicon celeste, œuvre perdue de François Viète, évoque cette lettre de Pereisc aux frères Dupuy où l'ami de Gassendi rend un hommage appuyé à Aleaume et à Viète. On perd pendant leur vente la trace de l'Harmonicon céleste (entre les mains d'Ismaël Boulliau).

Une partie de ces livres sont acquis par le père Mersenne.

Après sa mort, Melchior Tavernier et le père Dubreuil reprochent à Girard Desargues de s'être inspiré sans les citer des travaux d'Aleaume et de Jean-Louis Vaulezard pour ce qui est de la perspectiveOn lit dans [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k993809.image.hl.r=aleaume.f202 Les œuvres de Girard Disargues réunies et analysées par M. Poudra], page 190 et suivante que l'édition du manuscrit de la perspective d'Aleaume fut complété par Mignon, en utilisant les résultats de Disargues (seules les premières pages du livre édité en 1643 et les idées développées par la suite étant d'Aleaume).

Frédéric Ritter lui prête comme élève Albert Girard disponibles sous forme de microfilm (87Mi/1) auprès du CARAN.

Œuvres thumb|180px|left|Simon Stevin. Très influencé par son maître Simon Stevin, on doit à Aleaume un livre sur les fortifications, un Livre sur les lunettes et les Miroirs, ainsi qu'un livre sur la perspective, qu'il était prêt à mettre sous presse lorsqu'il mourut. Ce livre sur la perspective fut édité par Estienne Mignon, sur commande de Louis XIII, avec une Introduction à la perspective, ensemble l'utilisation du compas et des tableaux sur la longitude.

Introduction à la perspective, ensemble l'usage et fabrique du compas de perspective nouvellement inventé, 28 page, donné à Paris pour être imprimé chez Pierre Recollet et Charles Hulpeau, non publié, et à ce jour perduRecollet fut également l'éditeur d'Antoine Vasset et de son algèbre nouvelle selon Viète.. Un Traité de la navigation (vers 1629). La perspective spéculative et pratique. De l'invention du Seigneur feu Aleaume, ingénieur du roy où sont enseignés les fondements de cet art et de tout ce qui a été enseigné jusqu'à présent. Ensemble la manière universelle de la pratiquer non seulement sans plan géométral, sans tiers point dedans ni dehors le champ du tableau. Mais encore par le moyen de la ligne communément appelé horizontale, livre posthume, mise à jour par Estienne Mignon et édité par Tavernier en 1643 : dédicacé à Monsieur Tallement (maître des requêtes) : une méthode nouvelle qui annonce celle du dessin industriel et rappelle celle de Girard Desargues ; disponible également sur Google livres. Alleaume montre, par son œuvre, qu'il s'est intéressé au magnétisme terrestre. Confutatio problematis ab Henrico Monantholio… proposiiti. Quo conatus est demonstrare octavam partem diametri circuli aequalem esse lateri polygoni aequilateri & aequianguli eidem circulo inscripti, cuius perimeter ad diametrum rationem habet triplam sesquioctavam… Paris, David le Clerc, 1600. Aleaume y réfute une fausse démonstration d'Henri de Monantheuil sur la construction d'un polygone régulier inscrit dans un cercle, ce qui devait conduire à sa quadratureConfutatio problematis ab Henrico Monantholio par le Catalogue de la BNF . la traduction du latin en français d'un Traité Astrologique des jugements des thèmes généthliaques, d'Henry de Rantzau, duc Cimbrique, édité à titre posthume, en 1653, chez P. Ménard, par le professeur es mathématiques et astrologue Alexandre BaulgiteLe père Jean François s'opposa particulièrement à cette publication de Baulgite., traité, essentiellement constituée d’aphorismes.

La perspective Aleaume À sa mort, Aleaume laisse un manuscrit inachevé traitant de perspective. Il est racheté par les imprimeurs-libraires Pierre Recollet et Charles Hulpeau, qui obtiennent le privilège royal de le faire imprimer. Ils demandent au mathématicien Estienne Mignon de l'éditer et de l'étoffer. Le manuscrit original s'est perdu mais le livre ainsi produit, La perspective spéculative et pratique de l'invention du seigneur feu Aleaume, ingénieur du roy, est un ouvrage unique pour son tempsKirsti Andersen : The geometry of an art: the history of the mathematical theory of chez Springer, 2007, , page 420-439.

Pour repérer les points du plan, Aleaume et Mignon, dont le travail semble indissociable, utilisent un repère orthonormé, une « grille » munie d'une origine et d'un système de coordonnées (à la Frans van Schooten). Ils s'y montrent les héritiers de Guidobaldo del Monte, mais ils font preuve d'invention. On retiendra en particulier les notations pour désigner deux points de projeté identique, et la notation pour abréger « A est image de B ». Quoique les méthodes "projectives" de Desargues soient plus générales que celles d'Aleaume et Mignon, leur traité de perspective spéculative offre parfois des solutions plus simples que celles du Lyonnais.