La crosse au champ ou le lacrosse en champ (en anglais : Field Lacrosse) est un sport collectif masculin de plein air qui oppose deux équipes de dix joueurs (trois attaquants, trois milieux, trois défenseurs et un gardien) sur un terrain en herbe. Ce sport trouve son origine dans la culture amérindienne et ses règles modernes ont été codifiées par le Canadien William George Beers en 1867. La crosse au champ est l'une des trois versions majeures de crosse à l'échelle internationale. Les deux autres versions, la crosse féminine établie dans les années 1890 et la crosse en enclos créée dans les années 1930, sont disputées avec des règles différentes.
Les joueurs utilisent une longue crosse pour attraper, porter et se passer une balle en caoutchouc dans l'objectif de la mettre dans le but adverse. La tête triangulaire de la crosse possède un filet qui permet au joueur de tenir la balle. En plus de cette crosse, les joueurs doivent être revêtus de diverses protections. Défensivement, l'objectif est d'empêcher l'équipe adverse de marquer et de la déposséder de la balle à l'aide de leurs crosses, les contacts physiques étant autorisés. Les règles mises en place limitent le nombre de joueurs par zone et exigent que la balle se déplace sans interruption en direction du but opposé.
Sur le plan international, la crosse est régie par les trente-et-un membres de la Federation of International Lacrosse (FIL) qui organise tous les quatre ans les championnats du monde de crosse au champ. Il s'agit d'un ancien sport olympique et la volonté de la FIL est de le réincorporer au sein des Jeux olympiques. Toutefois le Comité international olympique s'y oppose, au motif que ce sport n'a pas assez de présence internationale et est régie par deux fédérations internationales — une pour les hommes, l'autre pour les femmes ; cela a été le cas jusqu'en 2008. La crosse au champ est jouée professionnellement en Amérique du Nord dans la Premier Lacrosse League. Elle est également jouée au haut niveau amateur en National Collegiate Athletic Association (NCAA) aux États-Unis, à l’Australian Senior Lacrosse Championship en Australie et au Canadian University Field Lacrosse Association au Canada.
Étymologie et usage
Chez les Amérindiens, ce jeu est nommé en mohawk ou en ojibwé.
Lors de la découverte de ce jeu par les missionnaires jésuites français dans la vallée Saint-Laurent, le nom de « lacrosse » est adopté. Sa paternité est attribuée au missionnaire jésuite Jean de Brébeuf. Le terme crosse désigne alors dans la France de la Renaissance plusieurs jeux où l’on frappe une boule avec un propulseur à tête plus ou moins recourbée, d’où son nom (par analogie avec la crosse épiscopale) ; la crosse (en deux mots, bien sûr) peut être un jeu individuel, sorte de golf rustique, ou un jeu collectif, proche du hockey – un jeu où le bâton est parfois aussi appelé crosse.
Le terme de crosse est utilisé par la Fédération de crosse du Québec et l'Association canadienne de crosse. L'expression « au champ » est venue s'ajouter à la suite de la création de la variante la crosse en enclos qui se joue en salle. En revanche, l'association française de lacrosse utilise le terme « lacrosse en champ ». Dans le monde anglophone, le terme est « field lacrosse ».
Histoire Jeu amérindien thumb|left|Amérindiens peints par George Catlin, illustrant la pratique de la crosse. thumb|left|Partie de crosse chez les Amérindiens. thumb|Les types de crosses par tribus : a. Iroquois b. Passamaquoddy c. Chippewa d. Cherokee.
Appelé le « sport le plus rapide à pied », la crosse est un jeu traditionnel des AmérindiensVennum, op. cit., Liss, op. cit., . dont les origines remontent au en Mésoamérique ou au Mexique Thomas Vennum, American Indian lacrosse: little brother of war, Smithsonian Institution Press, Washington, 1994, , .. Ce jeu est ensuite pratiqué dans le Canada et les États-Unis actuels, notamment dans la région des Grands Lacs et la Côte Est des États-Unis. Selon les croyances de ces derniers, jouer à la crosse est un acte spirituel utilisé pour guérir et rendre grâce au « Créateur » .
À cette époque, ce jeu traditionnel est un des évènements phares de la civilisation amérindienne et peut se dérouler sur plusieurs jours. Des rencontres s'organisent entre villages ou tribus voisins réunissant à l'occasion des centaines voire un millier de participants. Il se dispute souvent sur un terrain entre les deux villages adversaires et les buts peuvent être distants de jusqu'à plusieurs kilomètres The culture - Lacrosse history, stxlacrosse.com, consulté le 7 juin 2008.. Généralement, tout le monde peut y participer, et les règles sont fixées quelques jours avant la compétition. La balle ne doit pas être touchée avec la main. Les buts sont constitués soit de rochers soit d'arbres avant la mise en place de poteaux en bois. La durée du match dépend de la course du soleil. Chaque joueur est armé d'une crosse.
Des rites d'avant-match, semblables aux rites liés à la guerre, sont organisés : les joueurs se maquillent avec de la peinture et du charbon de bois et se dotent de différents objets qu'ils portent sur eux, symbolisant leurs qualités. Un sorcier prépare et exécute ces rites et, la veille d'un match, différentes manifestations se tiennent, comme des cérémonies, des danses tribales mais aussi des sacrifices ainsi que des cris destinés à intimider les adversaires Stewart Culin, Games of the North American Indians, Dover Publications, 1907, p.28, . Le jour du match, les équipes avancent dans les champs tout en poursuivant les rites prodigués par les sorciers, certains joueurs ayant même des traces cérémonielles sur leurs bras ou leur torse Stewart Culin, Games of the North American Indians, Dover Publications, 1907, . Avant le début de la rencontre, les joueurs tiennent des paris, engageant des couteaux, des chevaux voire leurs femmes et leurs enfants, la mise étant ensuite remportée par le vainqueur.
La partie débute par la mise en jeu d'une balle lancée en l'air que les adversaires se dépêchent de récupérer. En raison de l'implication d'un grand nombre de joueurs, le jeu se déplace lentement à travers le terrain. Les sorciers tiennent le rôle d'entraîneurs et les femmes ravitaillent en eau les joueurs(il existait également une version féminine de ce jeu appelé amtaj avec des crosses plus courtes). Après la rencontre, un grand festin est organisé.
Ce jeu remplit différents objectifs dont le plus important est de régler les conflits entre différentes tribus, notamment celles des Cinq-Nations. Le jeu permet également d'entretenir physiquement les joueurs pour les batailles à venir. Enfin il est associé aux croyances religieuses et permet de se rassembler autour de celles-ci More Than a Game. Lacrosse at the Onondaga Nation connects the current generation with its ancestors., Tom Rock, redhawkslax.com, consulté le 7 juin 2008.. Ce jeu est alors connu sous différents noms : dehuntshigwa'es en onondaga, da-nah-wah'uwsdi en cherokee, Tewaarathon en mohawk ou baaga`adowe en ojibwé FREELANG: Ojibwe-English dictionary and English-Ojibwe dictionary, freelang.net, consulté le 7 juin 2008..
À cette époque, la balle est le plus souvent en bois mais également avec une coque en peau de daim remplie de cheveux Living Traditions - Museums Honour the North Ameerican Indigenous Games, museevirtuel.ca, consulté le 7 juin 2008. et mesurait huit centimètres de diamètre.
Les premières crosses sont également en bois et sans filet. Ce dernier, une fois ajouté à la crosse, mesure de dix à treize centimètres. Il est fabriqué à partir de tendon de cerf et forme un U plutôt qu'un cercle. Les crosses sont longues de 60 à et leurs formes varient selon les régions. Certains joueurs sont si attachés à leur crosse qu'ils désirent être enterrés avec. Aucun équipement de protection n'est porté à cette époque.
Arrivée des Européens thumb|Le docteur William George Beers qui codifie les règles de crosse en 1867. thumb|Équipe de crosse en 1885. thumb|Pratique de la crosse dans les années 1930 en Australie.
Les premiers Européens à découvrir la crosse sont les missionnaires jésuites français de la vallée Saint-Laurent. Dans les années 1630, ils sont témoins de ce jeu qu'ils condamnent : ils s'y opposent en raison de sa violence et tentent de l'éradiquer The Creator's Game, e-lacrosse.com, consulté le 7 juin 2008..
Le missionnaire jésuite Jean de Brébeuf est le premier à relater ce jeu et lui donne son nom « la crosse », repris et renommé ensuite par les anglophones en « lacrosse ». Il décrit les indiens Huron jouant à ce jeu en 1636. Le terme crosse est originaire du terme français relatif au terrain de hockey : « le jeu de la crosse », d'autres suggestions sont qu'il est relatif à la crosse, bâton pastoral des évêques. Malgré l'opposition des jésuites, de nombreux colons européens sont intrigués et attirés par la crosse : des matchs sont organisés et, dès 1740, de nombreux colons français y prennent part, sans toutefois s'affronter aux Amérindiens.
En 1834, l'équipe de Caughnawaga fait une démonstration du jeu à Montréal et, à partir de ce moment, l'intérêt pour la crosse grandit au Canada. En 1840, les premières rencontres entre colons et Amérindiens sont organisées. En 1856, le docteur William George Beers, dentiste canadien, fonde le Montreal Lacrosse Club. Il codifie sa pratique en 1867 en diminuant la durée des rencontres, en réduisant le nombre de joueurs et l'étendue du terrain, en uniformisant la crosse (l'instrument) et en intégrant une balle en caoutchoucPietramala, op. cit., pp. 8-10. Le premier match officiel est disputé sous ces règles à l'Upper Canada College en 1867 où l'Upper Canada College perd contre le Toronto Cricket Club sur le score de 3-1. Durant les années 1860, la crosse devient un sport national. En 1869, la première association sportive de crosse est créée avec l'Association canadienne de crosse.
vignette|gauche|Le capitaine de l’équipe de Kahnawake, Sawatis Aiontonnis, porte une coiffe traditionnelle lors de la tournée de 1876 en Angleterre. Les premières rencontres d'exhibition hors du territoire ont lieu également en 1867. En 1876, la Reine Victoria, témoin de ce jeu, ne cache pas son enthousiasme et déclare après la rencontre : « le jeu était très joli à regarder. » Article: Sportsactive: Your sport Lacrosse Think it sounds a bit soft? Think again. Jonathan Thompson explains the kit, the body armour and the bloody Native American history of lacrosse, highbeam.com, consulté le 30 juin 2009. De nombreux collèges de filles anglais vont alors l'incorporer dans leur programme d'éducation physique dans les années 1890.
Bien que le sport se développe, son aspect violent reste présent et devient un obstacle à son expansion, jusqu'à l'interdiction du jeu dans les années 1900 quand les Chactas fixent au bout de leur crosse des poids pour blesser leurs adversaires.
La crosse poursuit cependant sa progression et est au programme dans de nombreux collèges et universités. Par ailleurs il est intégré aux Jeux olympiques d'été en 1904 et 1908 avant son exclusion du programme (il intègrera les Jeux mondiaux). Dans les années 1930, de nouvelles tentatives d'intégration aux Jeux olympiques sont menées : le sport est en démonstration mais ne sera jamais plus sport olympique.
Aux États-Unis, la crosse reste confinée autour de la région de la Nouvelle-Angleterre avant de s'étendre à New York, Long Island et aux États du Nord-Est, aux États de Géorgie, de Floride, du Colorado, de Californie, du Texas et du Midwest qui accueillent ce sport, notamment grâce à sa bonne visibilité dans les médias et son intégration à de nombreux programmes d'éducation physique des collèges et universités (avec la NCAA Men's Lacrosse Championship sur le même modèle que le basket-ball).