vignette|L'Italie avant la première campagne napoléonienne. vignette|L'Italie napoléonienne en 1812 redécoupée ; certaines régions deviennent des départements français. vignette|Le découpage de l'Italie après le congrès de Vienne et le traité de Paris de 1815. vignette|Les États italiens en 1843. 200px|thumb|Évolution territoriale durant le Risorgimento.
Le (mot italien signifiant « résurgence »).., ou unification italienne, est la période de l'histoire de l'Italie dans la seconde moitié du au terme de laquelle les rois de la maison de Savoie unifient une grande partie de la région géographique italienne par l'annexion du royaume de Lombardie-Vénétie, du royaume des Deux-Siciles, du duché de Modène et Reggio, du grand-duché de Toscane, du duché de Parme et des États pontificaux au royaume de Sardaigne. Le mot Risorgimento s'est imposé dès les et 1830 pour désigner un élan vers l'unité nationale. Après l'unification italienne, il s'est établi dans les années 1880 comme nom d'époque..
Jusqu'au milieu du , on pouvait considérer que, selon la définition de Metternich, l'Italie était une . L'unification italienne est donc un événement majeur de l'histoire de l'Europe dans la mesure où elle a transformé l'expression géographique en réalité politique. Mais si les historiens sont d'accord pour dire que l'unification a constitué un tournant dans les relations internationales, les interprétations divergent en revanche quand il s'agit de la replacer dans son contexte. Certains historiens voient dans cette naissance de l'Italie un phénomène spécifiquement italien, sans lien avec les conjonctures de l'époque. D'autres, au contraire, estiment que l'unification italienne s'inscrit dans un processus commun, non seulement à toutes les nations d'Europe, mais encore à celles du monde entier : une Révolution universelle venue bouleverser les structures sociales que le temps rend nécessairement obsolètes.
La première phase du Risorgimento (1848-1849) voit le développement de différents mouvements révolutionnaires et une guerre contre l'empire d'Autriche mais se conclut par un retour au statu quo. La seconde phase (1859-1860) fait considérablement avancer le processus d'unification et se conclut par la proclamation du royaume d'Italie le . La Vénétie est annexée en 1866. L'unification est ensuite achevée avec l'annexion de Rome, capitale des États pontificaux, le .
Chronologie des annexions En 1859, à l'issue de la deuxième guerre d'indépendance, la Lombardie autrichienne est cédée au royaume de Sardaigne (traité de Zurich, ).
thumb|Le royaume de Sardaigne après le traité de Zurich.
En , les Provinces-Unies d'Italie centrale (la Toscane, les Etats de Parme et de Modène et la Romagne papale) entrent dans le royaume de Sardaigne, tandis que la Savoie et l'arrondissement de Nice sont cédés à la France (traité de Turin).
thumb|En orange, le royaume de Sardaigne en mai 1860.
En 1861, à l'issue de l'expédition des Mille, le royaume d'Italie est constitué après l'annexion à la fin de 1860 du royaume des Deux-Siciles et des territoires papaux des Marches, de l'Ombrie, d'Orvieto et de Bénévent et Pontecorvo.
thumb|En orange, le royaume de Sardaigne à la fin de 1860, quelques mois avant de changer son nom en royaume d'Italie.
En 1866, à l'issue de la troisième guerre d'indépendance, la Vénétie restée autrichienne est cédée à la France qui la rétrocède au royaume d'Italie (traité de Vienne). En 1870, le reste de l'État de l'Église est absorbé : en 1871, Rome devient la capitale du royaume d'Italie. En 1919-1920, à l'issue de la Première Guerre mondiale, a lieu l'annexion de la Vénétie tridentine, de la Vénétie julienne, de la ville de Zara et de plusieurs îles dalmates prises à l'Autriche-Hongrie (traités de Saint-Germain-en-Laye et de Rapallo). En 1924, la ville de Fiume est annexée (traité de Rome). En 1929, le royaume reconnaît l'indépendance de l'État du Vatican (accords du Latran). De tous les États italiens du , seuls Saint-Marin et la principauté de Monaco ne participent pas à l'unification.
thumb|Carte diachronique du processus d'unification de l'Italie.
Contexte historique Les effets du despotisme éclairé et de l'illuminisme italien C'est au que le despotisme éclairé et l'illuminismo commencent à influencer la société italienne et à poser les bases idéologiques de sa future unification. Ces mouvements réformateurs sont plus ou moins actifs en fonction des souverains des différents États italiens.
En Lombardie, sous contrôle autrichien, les réformes de Marie-Thérèse et de mettent fin à l'Inquisition et à la censure. Ils mettent en place le cadastre, suppriment les corporations ainsi que de nombreux ordres religieux. En Toscane, le grand-duc Pierre-Léopold (le futur empereur ) fait disparaître le régime féodal, institue l'égalité devant l'impôt et abolit l'Inquisition, la censure et la peine de mort. Dans les royaumes de Naples et de Sicile, les rois Bourbons et , s'ils ne font pas disparaître les grandes propriétés latifundiaires qui sont alors sous-exploitées, rognent les privilèges des classes les plus riches. En revanche, le duché de Modène, le royaume de Sardaigne, les États pontificaux et les républiques de Venise et de Gênes participent peu à ce changement.
Ces réformes renforcent cependant les antagonismes sociaux. Les ouvriers, autrefois protégés par les corporations, sont désormais soumis à leurs employeurs. Les paysans pauvres sont privés de l'usage des terrains communaux que la bourgeoisie terrienne a accaparés. Celle-ci profite également de la vente des domaines ecclésiastiques ou prend en bail les latifundia pour mieux les exploiter grâce à l'emploi d'une main-d'œuvre rurale bon marché, et dont la pauvreté s'accentue. L'augmentation de la production ne suit pas celle de la population ( d'habitants supplémentaires entre 1715 et 1796), les prix agricoles augmentent. Les producteurs et les marchands en profitent. Ces conditions sociales sont favorables aux idées de la Révolution française, qui garantissent la propriété et l'égalité d'accès aux fonctions administratives ou politiques.
L'Italie pendant la Révolution française Les bouleversements de la France révolutionnaire connaissent des échos en Italie. Après la proclamation de la république en France (), des conjurations républicaines ont lieu à Turin, en Sardaigne, à Naples, à Bologne, à Gênes en 1794 et à Palerme en 1795. Elles sont vigoureusement réprimées par les souverains (le roi de Sardaigne est le beau-père des deux frères et de la sœur de ; la duchesse de Parme, la duchesse héritière de Modène et la reine consort de Naples Marie-Caroline sont les sœurs ou belle-sœur de Marie-Antoinette).
Les ouvriers urbains ou agricoles en profitent pour faire entendre leurs revendications socio-économiques : il y a des insurrections rurales en Savoie en 1790, au Piémont et dans les Abruzzes en 1793, puis en Basilicate en 1795.
C'est la présence directe des armées françaises, à partir de 1796, qui accélère les mutations.
Idée d'État national Plusieurs concepts poussent les révolutionnaires italiens à développer une idée de Patrie et à souhaiter la naissance d'un État national à l'image d'autres puissances européennes comme la France, l'Espagne et la Grande-Bretagne. Cette volonté provient tout d'abord des idées libérales, inspirées par l'esprit des Lumières et la Révolution française qu'alimente un idéal romantique national. À cela s'ajoute le désir d'améliorer la situation socio-économique de la péninsule en profitant des opportunités offertes par la révolution industrielle. Enfin, l'aboutissement de la fragmentation de la péninsule en des États monarchiques soutenus par l'hégémonie autrichienne se révèle aussi un élément déclencheur important.
Les problèmes principaux qui subsistent concernent le choix de celui qui prendrait la tête du mouvement d'unification ainsi que de la forme de la nouvelle Italie. Pour Mazzini, le soulèvement populaire doit donner naissance à une république. Dans son ouvrage Il primato morale e civile degli Italiani (1843), l'abbé Vincenzo Gioberti prône l'idée que le Pape doit régénérer l'Italie (mission civilisatrice de l'Église catholique) et présider une confédération des États italiens. Pour Cesare Balbo dans Speranze d'Italia (1843) ou Massimo d'Azeglio dans Degli ultimi casi di Romagna (1846), c'est au roi de Sardaigne d'unifier l'Italie.
L'occupation française de la Révolution et de l'Empire Le contexte social et économique est notamment influencé par les opérations de l'armée française en Italie (campagne d'Italie, 1796-1797), qui a laissé une forte empreinte dans la culture et dans l'économie italiennes.
À partir de 1796, l'armée française, ayant renversé les faibles États préexistants (royaume de Piémont-Sardaigne, Lombardie autrichienne, duchés de Lucques, de Modène, république de Venise, grand-duché de Toscane), s'installe dans la plaine du Pô. Elle y crée des républiques sœurs sur le modèle français (république cispadane en , république ligurienne en , république cisalpine en ). Après les revers français de 1799, la campagne de Napoléon Bonaparte en 1800 fait rentrer pour l'Italie dans l'orbite française. En , une partie de ces territoires devient la République italienne, dont Napoléon Bonaparte est le président. Celle-ci est transformée en en royaume d'Italie avec pour roi le même , alors qu'une autre partie est annexée à l'Empire sous forme de départements. De ce fait, la carte de l'Italie se trouve simplifiée. C'est un premier pas vers l'unité, même si celle-ci est loin d'être réalisée. Ces changements bouleversent la façon de vivre et apportent des idées nouvelles. Dans la république italienne, la vente des biens de l'Église catholique, l'introduction du Code civil, l'accord avec le Pape (1803) qui, tout en conférant à l'Église catholique une situation privilégiée, la bride par des articles organiques, le marché des fournitures militaires, la mise en place d'une administration calquée sur celle de la France consulaire puis impériale satisfont la bourgeoisie et une partie de l'aristocratie italiennes. Une bonne partie des Italiens vivent alors dans un cadre unifié. Dans le royaume de Naples, Joseph Bonaparte puis Joachim Murat en font de même.
Les activités économiques subissent les conséquences de la pénurie de main-d'œuvre ; en effet, les Français ont introduit la conscription dans le but d'alimenter la Grande Armée, ce qui éloigne pour des années les jeunes les plus valides pour les travaux aux champs ainsi que pour l'artisanat. Si on ajoute à cela les taxes nécessaires à la guerre, les servitudes militaires et les autres corvées à charge des caisses communales, il est facile de comprendre les conditions de vie misérables de la population dans l'Italie septentrionale. Ainsi, l'historien Balletti, évoquant Reggio Emilia, capitale de la République cispadane, indique qu'à l'époque, sur une population globale de , sont officiellement enregistrées comme « mendiants ». Les spoliations des communautés religieuses et la dissolution des ordres religieux sont un objectif permanent des gouvernements jacobins, qui, à travers les décrets d'expropriation, confisquent or, argent et œuvres d'art aux titres des contributions. Un autre indicateur des difficultés sociales et économiques est le commencement de l'émigration au nord, le Piémont et la Vénétie en tête (voir L. Carpi, R. Bacchelli), dont les principales destinations sont d'abord la France et la Suisse, puis les Amériques.