vignette|Vue de Saint-Denis, proche banlieue de Paris. En haut le boulevard périphérique et stade de France, la basilique Saint-Denis au centre. thumb|Banlieue pavillonnaire du nord de Sydney (Australie). thumb|Grande banlieue parisienne, dans les Yvelines. thumb|Banlieue d’Erevan (Arménie).
La banlieue , parfois aussi appelée première couronne, est la ceinture urbaine qui entoure une ville-centre.. Elle est principalement résidentielle bien qu'elle puisse également inclure des espaces commerciaux. Une banlieue peut exister au sein d'une plus grande ville ou constituer une entité administrative distincte. Le terme désigne une zone qui n'est pas aussi densément peuplée que la ville-centre mais qui l'est plus qu'une zone rurale.
Elle est constituée des communes environnantes de la ville-centre autrefois d'anciens faubourgs extra-muros, et progressivement rattachées à elles par l'étalement urbain. Les banlieues sont souvent en France distinguées par leur distance à la ville-centre. On trouve la proche banlieue, plus généralement appelée « petite couronne » autour de la ville-centre, et grande banlieue, qui désigne les communes les plus périphériques rattachées au périurbain. La notion de banlieue dénote des formes urbaines différentes de celles de la ville sans pouvoir exister de façon totalement indépendantes de celles-ci. L’existence des banlieues est donc le résultat d’un débordement de la ville au-delà de ses murs ou limites (souvent inhérent à l’existence de ces limites) ou encore d’un étalement urbain.
Étymologie et perception du terme
vignette|Banlieue canadienne de Markham. Attesté dès le début du , durant les premières années du règne de Louis le Gros, sous la forme bas latine banleugaAnselus de Garlanda, Hugo Strabo, Gislebertus de Garlanda & Guido, « Exemplar varie episcopi juxta claustrum canonicorum », Paris, [s.d.].In Petit pastoral de Notre-Dame de Paris, Regum, , A. n., ca. 1330.Éd. B. Guérard, H. Géraud, J. Marion & A. Deloye, Collection des cartulaires de France, , Cartulaire de l'église Notre-Dame de Paris, II Parvum pastorale, , Coll. Documents inédits de l'histoire de France publiés par ordre du Gouvernement et par les soins du Ministère de l’Instruction publique, Imprimerie du Crapelet, Paris, 1850., le mot banlieue a pour racine celui de « ban », terme féodal d’origine franque désignant la loi seigneuriale, puis la convocation des vassaux par leur suzerain et de là, le territoire sous la juridiction d’un seigneur, là où ses décisions étaient l’objet de proclamations. S’appliquant à une ville, le terme de banlieue se mit à désigner l’étendue de pays, d’une lieue ou de plusieurs lieues – et la lieue variait d’une région à l’autre – soumise au pouvoir de commandement d’un seigneur et, de plus en plus souvent d’une municipalitéIl faut récuser l’étymologie aujourd’hui courante et séduisante, mais fautive, qui associe la banlieue au bannissement. Banlieue et bannissement renvoient à deux notions différentes. Le bannissement est un autre dérivé du terme « ban » – « être au ban de », ou « être en rupture de ban » – et non pas au mot « banlieue ».
Le bannissement était bien une mesure de portée générale ; ainsi peut-on lire dans le Dictionnaire universel d’Antoine Furetière (, 1690) : Sur ces questions, voir .. Dans cette première acception juridique, la banlieue est inversement le lieu où s’exerce l’autorité et en définitive, un lieu intégré.. Cette acception demeure encore au .
Le mot se charge de connotations dépréciatives au début du . L'espace périphérique des grandes agglomérations est alors regardé comme le lieu où vit une population géographiquement proche, mais qui conserve des attitudes provinciales vues comme arriérées car elle ne vibre pas au rythme de la ville. C’est, dans les Misérables de Victor Hugo, le mépris qu’exprime la chanson de Gavroche lorsque l’autorité fait donner des gardes nationaux de banlieue contre les émeutiers de :
On trouve encore l’écho de ce contenu péjoratif du concept de « banlieue » lors de l’apparition du terme « banlieusard », attesté pour la première fois en 1889. à l’occasion d’une polémique de nature politique entre élus de Paris et élus de banlieue, les premiers accusant les seconds d’être des ruraux, attardés et réactionnaires, des « banlieusards ».. Le terme a rapidement perdu de sa charge péjorative pour venir désigner les actifs – ouvriers et surtout employés – résidant en banlieue et venant travailler tous les jours à Paris par les chemins de fer, les bateaux ou les tramways. Ce qu’on est convenu d’appeler les « migrations alternantes » ou les « mouvements pendulaires » étaient déjà importants à Paris . « Banlieusard » a gardé ce sens jusqu’à nos joursLa sénatrice Brigitte Gros, dans un livre célèbre (Quatre heures de transport par jour) évoquait en 1970 le calvaire quotidien de ses administrés : Le , le journal Le Monde titrait « Les tribulations quotidiennes des banlieusards »..
C’est à la suite d’une longue évolution, qui commence au début du , que le mot banlieue lui-même en est venu, employé au singulier ou au pluriel, à désigner les quartiers populaires de la périphérie des grandes villes, tout particulièrement les ensembles bâtis après 1950 – les « grands ensembles » ou les « cités » – et réputés concentrer aujourd’hui une population de nationalité ou, par les parents, d’origine étrangère, plus spécialement d’Afrique du Nord ou, plus , d’Afrique noire. Le mot sert de désignation commode, dans la presse et dans le langage courant, pour la population dite « immigrée » dont l’intégration au reste de la population est difficile, que ce soit en raison du chômage de masse apparu à la fin des années 1970 ou des discriminations diverses dont elle est en général l’objet, liées précisément à ses origines et, surtout, à son statut social. Divers synonymes proches de l’euphémisme, issus d’ailleurs du langage administratif, sont apparus, comme « quartiers sensibles », ou même « les quartiers » tout court.
Les territoires qui correspondent à ce que sont, historiquement, géographiquement et administrativement, les banlieues des grandes villes françaises, d’une diversité, à la fois dans l’origine et le statut social de leurs habitants, infiniment plus grande que ce que l’usage du mot implique. Les « cités » elles-mêmes ne se résument pas aux images que le mot banlieue a peu à peu forgées dans les consciences. Ainsi l’opposition souvent faite entre banlieues françaises, réputées populaires et terres d’exclusion, et les banlieues anglo-saxonnes, réputées pavillonnaires et peuplées par les classes moyennes ou riches, est largement fausse. À Paris, la banlieue qui s’est d’abord développée, dans la première moitié du , est la banlieue bourgeoise (Maisons-Laffitte, Le Vésinet…) et c’est pour la desservir que le chemin de fer est apparu (ligne Paris - Saint-Germain-en-Laye) ; le pavillonnaire a joué un rôle considérable dans la construction et le peuplement de nombreuses zones suburbaines à partir de la fin du , et, dans l’entre-deux-guerres, le phénomène des lotissements en banlieue a même représenté la principale offre de logement, populaire ou bourgeois. Le développement dit « péri-urbain », aujourd’hui, est dans la continuité de ces mouvements. Des remarques allant dans le même sens pourraient être faites à propos d’autres villes françaises..
On pourrait donc avancer l’hypothèse d’une histoire et d’une évolution parallèles du phénomène de la banlieue urbaine en Europe et en Amérique du Nord, mais les connaissances actuelles, trop disparates et trop spécialisées, rendent difficile une telle approche, qui va contre les clichés. Le phénomène ne saurait en tout cas se comprendre sans une analyse – soit au cas par cas soit dans une optique d’étude comparée – de l’ensemble de l’agglomération dont la banlieue est toujours partie prenante : évolution du peuplement des centres-villes, développement des moyens de communication, rôle des politiques publiques, etc. Il convient aussi de toujours être clair et précis sur la définition administrative ou coutumière, qui d’ailleurs peut varier dans le temps, de la banlieue dont on parle, de façon à éviter le flou qui préside à beaucoup de discours où l’on mélange faubourgs, périphérie et banlieue(s).
Types de banlieue Il n'est pas admis en géographie urbaine que la banlieue aurait une seule et unique fonction. Au contraire, le terme banlieue est à nuancer du fait de ses disparités multiples. En effet, toutes les communes de banlieues n'ont pas la même fonction économique ou sociale. Il est possible de proposer une typologie de la banlieue applicable en France, mais plus largement au système de villes comprenant un modèle centre-périphérie. En effet, toutes les communes de banlieue n'ont pas le même rôle au sein d'une agglomération et présentent des types de bâti relatifs à leurs fonctions différents. Les banlieues ouvrières : elles apparaissent au durant la révolution industrielle. Elles comprennent, selon les territoires, des pavillons destinés aux ouvriers, des immeubles construits proches des lieux de production, et, plus récemment, des grands ensembles construits dans les années 1960. Les banlieues-dortoirs : le terme apparaît dans les années 1980 afin de désigner les banlieues comprenant uniquement des logements. Souvent, elles sont caractérisées par la présence de maisons individuelles. On parle alors de banlieue pavillonnaire. Ces espaces sont caractérisés par la non présence d'activités économiques. Cela s'observe par les migrations pendulaires quotidiennes des habitants rejoignant leur lieu de travail situé dans un centre, et regagnant leur logement le soir venu. Les banlieues résidentielles : elles sont présentes en Europe et en Amérique du Nord ainsi que dans certains pays émergents. Plus ou moins aisées, elles regroupent des lotissements d'habitations. Quand elles sont sécurisés et fermés, ce sont des quartiers fermés ou gated communities.
Plusieurs philosophes ou urbanistes ont imaginé des systèmes urbains utopiques reconsidérant le rôle de la banlieue. Ainsi, Étienne Cabet, homme politique socialiste français du , théorise la cité idéale dans laquelle chaque unité urbaine, appelée phalanstère, disposerait de l'ensemble des éléments permettant de vivre harmonieusement. Le britannique Ebenezer Howard développe au début du la cité-jardin dans les banlieues ouvrières anglaises. L'idée est de ramener des éléments naturels au sein des quartiers ouvriers, apportant l'équilibre entre les avantages de la vie à la campagne et les avantages de la vie citadine.
Europe Allemagne En Allemagne, étant donné la plus forte densité de population, dans de nombreuses régions allemandes, beaucoup de villes sont reliées entre elles par une trame urbaine homogène sans créer un véritable centre. C’est le cas de la Ruhr qui constitue une conurbation. Cette conurbation existe par l'impossibilité de délimiter clairement les banlieues des villes-centres. L'étalement urbain allemand est justifié par la forte densité urbaine. 80 % de la population du pays habite en ville. À ce titre, la marginalisation de certains quartiers s'illustre non pas par leur mise à l'écart des centres urbains, mais par des îlots situés dans les centres-villes et les faubourgs, connaissant une forte paupérisation. On appelle ces espaces enclavés les Brennpunkte traduit par points chauds. Les banlieues allemandes connaissent aussi les influences de l'ex-RDA dont le régime communiste avait planifié une vaste politique urbaine de grands ensembles. Cependant, contrairement à la France, elles jouissent d'un attrait positif par des populations aisées. Ces grands ensembles abritent chacun des dizaines de milliers d'habitants. Avec la gentrification grandissante des centres-villes et la périurbanisation synonyme d'habitat individuel, des nouvelles logiques de dépréciation de ces espaces tendent à apparaître.
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