Alain Meilland, né le à Feurs (Loire) et mort le à BourgesRelevé des fichiers de l'Insee, est un chanteur, comédien, metteur en scène français, libertaire, et le cofondateur du Printemps de Bourges.
Originaire de Saint-Étienne, il débute sur scène aux côtés de Bernard Lavilliers et entre à l’école d’art dramatique de la Comédie de Saint-Étienne. Élève de Jean Dasté son itinéraire théâtral lui permet de travailler avec des metteurs en scène comme Antoine Vitez, Edmond Tamiz, Jacques Kraemer, Pierre Vial ou Roger Planchon. Mais le lien qu’il établit très tôt entre théâtre et chanson est dû à sa rencontre en avec Léo Ferré qui vient de se séparer de sa femme Madeleine. Une rencontre qui va conditionner toute sa vie et sa carrière artistique.
Il rejoint en 1971 la Maison de la Culture de Bourges où il est chargé du premier secteur chanson en France dans un établissement culturel. Il travaille tout particulièrement avec l’équipe de Léo Ferré : Paul Castanier, son pianiste et Maurice Frot, son secrétaire. Il en résultera plusieurs disques (Meilland chante Frot-Castanier en 1975, Mangiamerda en 1977, La Voix des Mots en 1978), et des spectacles (Les travailleurs de la Nuit en 1978). En 1976, Maurice Frot présente Daniel Colling à Alain Meilland et les trois hommes vont être dans un premier temps, et ensuite avec Daniel Bornet (manager de Malicorne) à l’origine de la création de la Société civile d'Artistes associés , puis seront tous trois cofondateurs du premier festival chanson : le Printemps de Bourges.
À la suite d’une étude qui lui a été commandée par Jack Lang sur la place de la chanson dans l’action culturelle en 1981, Alain Meilland sera nommé par le ministre de la culture directeur du Centre régional de la chanson de Bourges. En 1986, Alain Meilland est récompensé par le Prix de l’Académie Charles Cros (catégorie patrimoine) pour le disque Les Cent Printemps des Poètes réalisé avec la participation de Gérard Pierron et Michel Grange.
Biographie
Adolescence (1963-1966) Alain Meilland a grandi à Saint-Étienne et, très tôt, il est attiré par le monde du spectacle. Tout petit, quand on lui demandait ce qu’il voudrait faire quand il serait grand, il répondait très sérieusement : « clown ». Il est en troisième au Lycée Claude Fauriel quand il hérite d’une première guitare sur laquelle il s’exerce à chanter Georges Brassens, Jacques Brel ou Hugues Aufray. C’est alors qu’il découvre le disque 45 tours d’un chanteur de la rive gauche et entreprend d’interpréter ses compositions insolites. La Nature, Poubelle ou encore Ma concubine sont, de Jacques Serizier, les premières chansons d’un répertoire qu’il offre à ses copains de Lycée et qui lui permettent de se faire remarquer dans les concours de chanteurs amateurs qui s’organisent dans la régionDemi-finaliste en 1966 du critérium de la Chanson à Avignon, finaliste de la coupe des Espoirs de la Chanson Française (1967, Casino de Vichy) – Troisième des rendez-vous avec la chance de l’ORTF (Moulins Allier, 1967) et vainqueur de ce même concours pour la Loire (1967, St-Paul-en-Jarez).. Le lycée propose un atelier théâtre au sein duquel sont montées des pièces classiques mais Alain Meilland préfère suivre un jeune élève de terminale qui veut créer une troupe davantage anticonformiste : Stéphane Duk. C’est avec lui qu’il fera, à seize ans ses véritables débuts. thumb|300px|De gauche à droite, Alain Meilland, Michèle Hubert, Bernard Lavilliers, Stéphane Duk lors de la représentation de la troupe Duk "Nocturne", Saint-Étienne, mai 1965.
Débuts (1964-1966) Dans cette troupe, il est impressionné par un autre chanteur qui, lui aussi est stéphanois et, qui, lui aussi, fait ses premières prestations sur scène : Bernard Lavilliersqui porte encore son véritable nom : Bernard Ouillon. La troupe Duk propose une forme peu habituelle de spectacle pour l’époque : intitulé « Nocturne »voir chapitre spectacles théâtre et chansons ; il s’agit d’un montage de textes, de chansons, d’extraits de pièces. Un véritable « collage à la Prévert ». Cette façon de travailler et de créer en assemblant divers matériaux poétiques et musicaux le marquera profondément et sera une forme qu’il privilégiera tout au long de sa carrière. Il pratiquera également cet art du montage poétique au sein d’une autre équipe qui recevra le parrainage de Jacques Brel, un soir ou celui-ci chante à Saint-Étienne et rencontre, à l’issue de son spectacle, ce groupe qui a pris pour nom « La Troupe Rive GaucheLa première représentation du spectacle se déroule le 20 mai 1967 Salle Michelet à Saint-Étienne. La troupe est composée de Marie-Paule, Michel Bouchet, Nathalie, Renaud Eyraud, Gérald, Christian Guichard et Alain Meilland. C'est lors de son récital à L'Eden (Saint-Étienne) le 11 mai 1967 que Jacques Brel a rencontré les chanteurs de la jeune troupe Rive Gauche et leur a accordé son parrainage. ». Mais, dans son entourage, Alain Meilland rencontre d’autres passionnés de théâtre et de chansonil faut noter que, dans son entourage, outre Bernard Lavilliers, gravitent de nombreux stéphanois qui vont connaitre plus tard une certaine notoriété dans le monde du spectacle André Marcon, Alain Scoff, Jean-Louis Pichon, Evelyne Didi, de la littérature Paula Jacques,de la télévision Alain Maneval, et des arts plastiques : Orlan… qui lui font rapidement comprendre qu’un apprentissage est indispensable. Il est en première au Lycée du MontÉtudes pour passer un Bac section économie quand il arrive à convaincre sa mère que les véritables cours qu’il entend suivre sont ceux qui sont proposés à L’École d’Art Dramatique de la Comédie de Saint-Étienne dirigée alors par Jean Dasté pionnier de la décentralisation théâtrale.
Formation (1965) Il a dix-sept ans quand il est reçu dans cette école que dirige Chattie Salaman et au sein de laquelle enseignent des professeurs tels que Pierre Vial, Prosper Diss, André Cellier et Michel Dubois. Après la présentation d’un spectacle de fin d’annéeSans vergogne. Voir liste des spectacles, il est retenu avec un autre élève, André Marcon, pour rejoindre l’équipe du Centre Dramatique National. Il signe donc, avec la Comédie de Saint-Étienne Jean Dasté, son premier contrat professionnel en .thumb|left|200px|De gauche à droite, Jean Dasté le maître et Alain Meilland l'élève lors d'un passage du directeur de la Comédie de Saint-Étienne à la Maison de la Culture de Bourges en 1974.
Premières créations (1965-1968) En intégrant la troupe professionnelle de Jean Dasté, Alain Meilland va travailler avec des metteurs en scène comme Edmond Tamizvoir Le Revizor dans le chapitre Spectacles Théâtre et chansons, Pierre Vialvoir Avoir dans le chapitre Spectacles Théâtre et chansons, Antoine Vitezvoir Le Dragon dans le chapitre Spectacles Théâtre et chansons qui signe ses premières créations ainsi que Chattie Salaman pour une pièce d’Harold Pintervoir Le Monte-plat dans le chapitre Spectacles Théâtre et chansons, pièce à deux personnages qu’il interprétera avec André Marcon.
Rencontre avec Léo Ferré (1968) Outre les créations théâtrales, la Comédie de Saint-Étienne accueille chaque saison pour une dizaine de représentations le récital d’un grand de la chanson. En ce sera Léo Ferré, une rencontre déterminante pour Alain Meilland d’autant qu’elle se situe à un moment tragique de la vie de Ferré (mort de Pépée son chimpanzé et séparation avec Madeleine Rabereau) qui reviendra en avril à Saint-Étienne préparer les orchestrations de son prochain album (Ferré68) et ce, à quelques semaines du début des événements de Mai 68.thumb|200px|À droite, Alain Meilland aux côtés de Léo Ferré lors du Printemps de Bourges 1985.
Influences (1965-1968) Mai 68 et la fréquentation des milieux libertaires stéphanois, l’amitié tissée avec Léo Ferré, l’exemple de la décentralisation culturelle inculquée par Jean Dasté et cette manière de monter des « spectacles montages » inspirée de la Rive Gauche parisienne sont autant d’éléments qui vont être déterminants dans la carrière du jeune artiste qui ne se décide pas à choisir entre théâtre, chanson et mise en musique de poèmes, discipline qu’à l’exemple de Lavilliers et de Ferré il entreprend d’aborder.
Composition musicale (1970) L’occasion va lui être apportée par Jacques Kraemer, jeune directeur du Théâtre Populaire de Lorraine qui lui propose en 1971 d’écrire la musique de scène et les chansons de « Splendeur et misère de Minette la bonne lorraine » Alain Meilland profitera de son séjour en Lorraine pour composer une douzaine de musiques à partir des « Innocentines » de René de Obaldia et de présenter ses premiers tours de chants (il est encore seul sur scène et s’accompagne à la guitare) pendant le mois de la poésie et de la chanson au cours duquel il partage l’affiche avec Claude Vinci. Il partage également la scène avec une troupe de chanteurs rencontrés dans les cabarets du vieux Lyon : Les Mulets : composée de Michel Grange, André Tavernier, Jehan David, Jean-Pierre Agazar, Michèle Bernard…
Arrivée à Bourges (1971)
Après avoir tenu, en 1970, quelques petits rôles au cinéma et à la télévision, il est engagé à Bourges en . La Maison de la Culture de Bourges lui propose un contrat de trois mois pour interpréter une pièce de théâtre mais c’est finalement grâce à la chanson qu’il restera près de seize ans dans cette ville. Max Croce qui vient de prendre la succession difficile de directeur après le départ de Gabriel Monnet veut donner une nouvelle identité culturelle à la première Maison de la Culture de France et propose à Alain Meilland de créer un « secteur chanson » et d’en prendre la responsabilité. C’est la première fois qu’un établissement culturel s’ouvre, en France, à cet art trop souvent considéré comme mineur. Alain Meilland restera longtemps le seul « animateur chanson œuvrant dans une Maison de la Culture » en France. Léo Ferré vient saluer d’un récital cette initiative et le journaliste Maurice Pollein écrit dans la Nouvelle République que cette nouvelle impulsion donnée aux variétés devrait aboutir à la naissance d’une grande manifestation nationale consacrée à la chanson. Alain Meilland dirige ce secteur en appliquant pour l’expression chantée les trois grands principes fondateurs des Maisons de la Culture :
La création : il créera, entre 1971 et 1981 une quinzaine de spectacles, pour la plupart des montages de textes et chansons consacrés soit à des auteurs (V..comme Vian Boris Vian, Les Pâques à New York Blaise Cendrars, Les routes et les sentiers de la poésie Paul Eluard…) soit à des thèmes (la Commune de Paris, l’histoire de France par la chanson). En 1976, le spectacle de théâtre musical qu'il créé "Deux mille ans de chanson" fera l'objet d'une procédure pour "outrage aux bonnes mœurs" à la demande d'un procureur de la république qui n'avait pas apprécié que l'équipe des comédiens-chanteurs qui animaient cette farce plutôt rabelaisienne s'en prennent à la condamnation qu'il avait lui-même obtenue à l'égard d'un pâtissier de Bourges, accusé de s'être inspiré d'une célèbre chanson de Pierre Perret et d'avoir "fabriqué, exposé et mis en vente des gâteaux en forme de verge portant l'inscription zizi" citation exacte des motifs. un gâteau qui offense la pudeur La diffusion : il invitera aux soirées cabaret qu’il organisera toute la « jeune chanson française » (encore inconnus pour la plupart se succéderont dans ces programmes Maxime Leforestier, Brigitte Fontaine, Bernard Lavilliers, Font et Val…..) L’animation : il sillonnera, avec son complice Henri Barbier, les routes du Cher, de foyers ruraux en collèges, de lycées en comité d’entreprise pour présenter l’action qu’il mène au service de cet art qui lui est si essentiel.
Premiers disques / premiers récitals (1972) thumb|280px|De gauche à droite, Maurice Frot - Paul Castanier - Alain Meilland lors de l'enregistrement du disque Meilland chante Frot Castanier.