Les Tuniques bleues sont une série de bande dessinée humoristique belge racontant les aventures du sergent Chesterfield et du caporal Blutch, militaires dans l'Armée de l'Union (du Nord) opposée à l'Armée des États confédérés (du Sud), à l'époque de la guerre de Sécession. Au-delà du comique des situations et des personnages, cette série relate les horreurs de la guerre.

« Tuniques bleues » est le nom donné par les Amérindiens aux troupes de cavalerie chargées notamment de la protection des colons durant la conquête de l'Ouest et les guerres indiennes dans l'Ouest américain.

Créée en 1968 dans Spirou par le dessinateur Louis Salvérius et le scénariste Raoul Cauvin sous la forme d'histoires courtes, cette série passe rapidement au format d'histoires en 44 pages. Après la mort de Salvérius en 1972, le dessin est repris par Lambil. La série compte publiés..

En , Raoul Cauvin annonce arrêter l'écriture des scénarios de la série. En , les Éditions Dupuis annoncent de nouveaux auteurs pour le tome 65 de la série, avec Béka et Munuera. En 2021, le scénariste Kris est annoncé pour reprendre la série, avec toujours Lambil au dessin, de retour après la parenthèse du tome 65Kris signe le scénario du tome 66 des Tuniques Bleues, Irish Mélody, à paraître en octobre 2022, ligneclaire.info, 15 mars 2021, par Jean-Laurent Truc. Depuis 2024 (tome 68), c'est Fred Neidhardt qui gère le scénario, remplaçant Kris.

Aperçu historique thumb|right|upright|Un sergent de cavalerie en 1866. Le titre de la série fait référence à la blue coat, veste bleu sombre adoptée par l'armée américaine dès la guerre d'indépendance, pour la distinguer des redcoats britanniques. Le règlement militaire de 1821 en fait la couleur nationale. Le pantalon blanc à l'européenne sera troqué en 1833 pour la tenue bleu clair avec une bande de couleur pour les officiers et sous-officiers. La tenue est portée pendant quarante ans et marque profondément l'imaginaire américain dans le mythe de la Frontière et la pacification des Grandes Plaines. Le premier régiment de dragons (cavalerie régulière) est créé en 1833Vincent Bernard, Tuniques bleues : les cavaliers de la Frontière, Guerres & Histoire , avril 2016, ..

Armes Dans les divers albums de la série, les héros emploient des armes contemporaines en usage dans les forces de l'Union« La véritable histoire des tuniques bleues », Historia hors-série, janvier-février 2018, Présentez armes ! , auteur non précisé. : le sabre ; la carabine Spencer ; la mitrailleuse Gatling ; le revolver Colt, calibre .44, avec un long canon et six chambres rotatives ; le canon à âme lisse de .

Auteurs, évolution et style vignette|gauche|Les 56 premiers numéros de la série.

Dessinée par Louis Salvérius et scénarisée par Raoul Cauvin, la série a été publiée à partir du dans Le Journal de Spirou. Elle est ensuite parue en albums aux éditions Dupuis à partir de 1972 et compte en 2019 soixante-trois épisodes.

À l'origine, il s'agissait d'une série uniquement comique dont Salvérius dessinait les personnages de façon ramassée et avec de gros nez. Toutefois, dès le second album qui se déroule pendant la guerre de Sécession, il adopte un style plus réaliste, manière selon lui de ne pas prendre à la légère cet épisode tragique de l'histoire. À la mort de Salvérius en 1972, en plein milieu de l'épisode Les hors-la-loi (rebaptisé Outlaw pour la sortie en album), la série est reprise par Willy Lambil qui accentue encore plus l'aspect « semi-réaliste » du dessin. Cette bande dessinée est donc aujourd'hui le résultat d'un étrange mélange : si les deux personnages principaux ont conservé leur gros nez des origines, les autres personnages ainsi que les décors sont dessinés de manière réaliste avec des proportions respectées et des hachures pour souligner les volumes. Toutefois, les planches restent coloriées en aplats de couleur dans la tradition stylistique des séries humoristiques de la bande dessinée franco-belge.

Ce mélange très particulier se révèle d'autant plus réussi qu'il est au service d'un message pacifiste et antimilitariste dont la détermination et la violence de la condamnation ne sont que mieux mises en valeur par l'aspect humoristique des personnages ; selon Henri Filippini, la saga est . Entre le sergent Chesterfield, le grand simplet en quête de gloire, et le caporal Blutch, le petit rusé antimilitariste, se nouent des rapports d'amitié et d'antagonisme qui véhiculent sur le mode comique, un message dénonçant l'illusion de l'héroïsme et la cruauté de la guerre. Créée à la fin des années 1960, cette série connaît une longévité étonnante. Elle est . En 2015, les ventes d'albums pour la série totalisaient 21,5 millions d'exemplaires et . Patrick Gaumer y voit qui s'est imposé .

Une vision purement amérindienne présenterait certainement une dissonance avec le ton « antimilitariste » et « pacifiste » de cette série, étant entendu que les premières victimes des Tuniques bleues ont été les Amérindiens, massacrés par la Cavalerie américaine, et cela bien loin des tourments « antimilitaristes » et « pacifistes » des héros américains de la série.

Sources d'inspiration Dans une interview, Cauvin dit se documenter auprès de diverses sources (presse, radio, télévision, Internet) ; pour des informations pointues, il s'adresse à la Confederate Historical Association of Belgium (Association historique confédérée de Belgique). Les lecteurs lui suggèrent parfois des idées intéressantes. Lambil, quant à lui, cite The Commanders of The Civil War, de l'historien William C. Davis, les recueils de photographies de et le livre de Laurence Harlé La Cavalerie Américaine. Le dessinateur reconnaît certaines approximations : Blutch et Chesterfield vêtus en fantassins, les photographies sur papier (les surfaces sensibles souples ne sont inventées qu'en 1884), le barbelé (brevet déposé aux États-Unis en 1874) et la dynamite (brevet déposé en 1867).

La collection Les tuniques bleues présentent, qui réunit par thème les albums déjà parus, . Dix tomes, parus ou prévus, développent les thèmes suivants : les grandes batailles, les chevaux, les personnages réels (en deux volumes), les Indiens, la photographie, les enfants dans l'armée, la guerre navale, les femmes dans l'armée, et les voyages.

L'histoire s'inspire aussi de différents westerns, et de la série Lucky Luke qu'elle devait initialement remplacer dans Spirou après le départ de Morris chez Pilote.

Personnages vignette|droite|redresse=1|

Les Tuniques bleues étant le nom donné par les Amérindiens aux troupes de cavalerie qui maintenaient l'ordre dans l'Ouest américain, les aventures des héros commencent d'abord dans l'Ouest, puis continuent dans l'Est et la guerre de Sécession, avec quelques retours sur le terrain de leurs premières armes. D'après Gaumer, les deux protagonistes sont entourés de . Cornélius M. Chesterfield : sergent au de cavalerie, roux, plus costaud que son subordonné préféré, ses parents sont toujours vivants (Blue rétro, ). Son père, Joshua, a d'après lui fait la bataille d'Alamo où il a reçu six médailles, semble-t-il comme trompette (du moins c'est ce qu'il raconte à qui veut l'entendre). Il est désormais dans un fauteuil roulant du fait d'une blessure reçue en tombant d'une échelle (il était blanchisseur du camp). Avant de s'engager, Chesterfield était garçon boucher chez M. Graham. Il a d'ailleurs failli épouser la fille de son patron, avant de rencontrer Blutch puis de s'engager dans l'armée. Il fera un passage à Fort-Bow au début de la série, dans tous les albums de Salvérius et plus rarement dans ceux de Lambil. Il est très amoureux d'Amélie, la fille du colonel Appeltown. Il a deux cousins qui, malheureusement pour lui, se sont engagés chez les sudistes. Il voue un culte à l'armée, déteste par-dessus tout les déserteurs, et rêve d'avoir cicatrices et décorations, même s'il a plus souvent les premières que les secondes. Il respecte envers et contre tout le grade supérieur, sauf si Amélie Appeltown est dans les parages… D'après Cauvin, le personnage s'inspire de son frère Robert, . D'après le journaliste Jacques Schraûwen, Chesterfield . Patrick Gaumer, spécialiste de la bande dessinée, voit en lui un personnage . Blutch : caporal au de cavalerie, c'est un orphelin élevé par le docteur H. W. Harding (Vertes Années, ) avec lequel il est tour à tour orpailleur en Californie, docker, cireur de chaussure, garçon-coiffeur, garçon de café, vendeur de journaux à San Francisco, employé dans une mine, marchand de bananes vertes, à nouveau orpailleur (Vertes Années, ) et barman au The Pacific, qu'il rebaptise The Alamo lorsqu'il se retrouve recruté (Blue rétro, ). Il reçoit un temps le grade de lieutenant (Les Hommes de paille, ), mais dans la plupart des albums, il est caporal au de cavalerie. Il se marie avec une infirmière dans l'album , Des Bleus et des dentelles. Bien qu'il dise éprouver une haine sans borne pour le sergent Chesterfield, ils sont généralement inséparables. Il a appris à sa jument Arabesque à s'écrouler et à faire la morte dès qu'elle entend un coup de feu (Le Blanc-bec, page 39, dernière case), ce qui lui sert d'excuse pour éviter les assauts. Il n'a qu'un rêve : déserter cette armée où il n'a jamais voulu se retrouver, au grand dam du sergent Chesterfield. Mais ses tentatives de fuite sont toujours découvertes, ou contrariées par Cornelius. Malgré cela, il reste quelqu'un de courageux et dévoué, n'hésitant pas à traverser seul les lignes ennemies, que ce soit pour retrouver le sergent Chesterfield ou Arabesque (En avant l'amnésique, ), ou éviter la mort d'un enfant (Drummer boy, ). D'après Patrick Gaumer, Blutch est . . D'après Schraûwen, Blutch . Arabesque : jument bien-aimée de Blutch, elle est gris pommelé aux crins blancs. Blutch est prêt à tout pour la protéger, au point que même les généraux sont terrifiés de ce qu'il pourrait leur arriver si l'armée venait à nuire à sa jument. Très intelligente, elle est parfois capable de comprendre ce que lui disent les humains (Des Bleus et des dentelles, ). Elle s'écroule lorsqu'elle entend des coups de feu ou le cri de guerre de Stark : « Chaaargeeez !!! ». Cette caractéristique est souvent utilisée par Blutch pour éviter la mort sur les champs de bataille, mais aussi par Chesterfield pour éviter à Blutch de déserter (Vertes Années, ) ou à l'encontre de Stark (Requiem pour un Bleu, ). Nommée Flo à la naissance par son propriétaire, elle est la fille de King et Mary. Lorsque des soldats de l'armée nordiste arrivent pour réquisitionner le cheptel de son propriétaire, elle se cache dans la grange, et se cachera de même de longues semaines au moindre bruit de sabot. Lorsqu'une bataille fait rage près de la grange avec les chevaux du cheptel, le propriétaire s'y rend après les combats et retrouve King, qu'il se contraint à abattre. Arabesque (alors Flo) avait assisté à la scène, d'où son horreur des champs de bataille. Elle est aussitôt réquisitionnée par un soldat nordiste.