(littéralement « nez pointu du Crétacé ») est un genre fossile de grands requins lamniformes ayant vécu durant une importante partie du Crétacé, de l'Albien jusqu'au Campanien, entre avant notre ère. L'espèce type, Cretoxyrhina mantelli, est communément désignée sous le nom vernaculaire de « », en référence à la marque de couteaux éponyme, car son mécanisme d'alimentation théorique est souvent comparé à la technique du « tranchage et découpage » mise en avant par la marque. Cretoxyrhina est traditionnellement classé comme le seul membre probable de la famille des , bien que certains auteurs proposent de le classer au sein des Alopiidae ou des Lamnidae.
Mesurant jusqu'à de long pour une masse estimée de plus de , Cretoxyrhina est l'un des plus grands requins de son temps. D'une biomorphologie similaire à celle du Grand requin blanc actuel, c'est un superprédateur de son écosystème, qui se nourrit d'une grande variété d'animaux marins, dont des mosasaures, des plésiosaures, des requins et d'autres gros poissons, mais aussi des ptérosaures et parfois même des dinosaures. Ses dents mesurent jusqu'à de haut, ressemblent à des rasoirs et présentent un émail épais propre à poignarder et trancher des proies. Cretoxyrhina figure également parmi les requins les plus rapides : des modèles hydrodynamiques suggèrent des capacités de vitesse de pointe allant jusqu'à . On suppose que Cretoxyrhina chassait en fonçant sur sa proie et en lui infligeant des coups puissants, s'appuyant sur une vue efficace, une tactique de chasse similaire à celle du Grand requin blanc.
Depuis la fin du , plusieurs squelettes fossiles exceptionnellement bien conservés de Cretoxyrhina ont été découverts au Kansas. Des études ont réussi à calculer sa longévité en utilisant les vertèbres de certains spécimens, et suggèrent que Cretoxyrhina grandissait rapidement durant les premières années pour atteindre la maturité sexuelle vers l'âge de quatre à cinq ans. Sa durée de vie estimée est de près de quarante ans. L'analyse anatomique des squelettes de Cretoxyrhina révèle que le requin possède des caractéristiques faciales et optiques similaires à celles du Requin-renard et du Requin-crocodile, avec une morphologie hydrodynamique qui suggère l'utilisation de l'endothermie régionale.
C'est un genre cosmopolite : ses fossiles ont été trouvés dans le monde entier, mais sont le plus souvent signalés dans la région de la voie maritime intérieure de l'Ouest, en Amérique du Nord. Cretoxyrhina préférait les environnements pélagiques subtropicaux à tempérés, mais vivait aussi dans des eaux froides d'une température de . Cretoxyrhina connaît son apogée au Coniacien, puis décline continuellement jusqu'à son extinction au Campanien. Les causes suggérées de sa disparition sont la concurrence de nouveaux prédateurs comme Tylosaurus, un mosasauridé plus imposant que Cretoxyrhina, et la disparition progressive de la voie maritime intérieure de l'Ouest.
Historique des recherches Découverte, fossiles notables, et espèces valides vignette|gauche|alt=Illustration de nombreuses dents de requins fossiles provenant d'Angleterre.|Syntypes de C. mantelli (fig. 1-9) et d'autres espèces dans le troisième volume de Recherches sur les poissons fossiles.
Cretoxyrhina est décrit pour la première fois par le paléontologue anglais Gideon Mantell à partir de huit dents provenant de C. mantelli qu'il recueille dans le Southerham Grey Pit près de Lewes, dans le Sussex de l'Est, en Angleterre.. Dans son ouvrage de 1822 coécrite avec sa conjointe Mary Ann Mantell, intitulé , il les identifie comme des dents appartenant à deux espèces de requins modernes connues localement : les plus petites proviendraient de l'Émissole lisse et les plus grandes du Requin-marteau commun, bien qu'exprimant une certaine hésitation à l'égard de ce dernier.. Dans le troisième volume de son livre intitulé Recherches sur les poissons fossiles, publiée en 1843, le naturaliste suisse Louis Agassiz réexamine les huit dents découvertes par Mantell. En les comparant avec une autre dent de la collection du musée zoologique de la ville de Strasbourg (dont la localisation exacte n'est pas précisée mais qui provient aussi d'Angleterre), il conclut que les fossiles appartiennent en fait à une seule espèce de requin disparue, qui présente de fortes similitudes dentaires avec les trois espèces alors classées dans le genre maintenant invalide Oxyrhina, à savoir O. hastalis, O. xiphodon et O. desorii.. Agassiz place l'espèce dans le genre Oxyrhina mais, considérant que la plus grande épaisseur de la racine des dents suffit à distinguer une nouvelle espèce, il la classe sous le nom scientifique d’Oxyrhina mantellii.
À la fin du , les paléontologues décrivent de nombreuses espèces qui sont depuis considérées comme synonymes à celui nommé par Agassiz. Selon certains auteurs, il pourrait exister jusqu'à près de trente synonymes différents d’O. mantelli établis à cette époque, la plupart reposant sur des dents qui ne représentent que des variations morphologiques, mais s'écartant des caractéristiques exactes des syntypes... Par exemple, en 1870, le paléontologue français Henri Émile Sauvage identifie des dents provenant de la Sarthe qui ressemblent beaucoup aux syntypes d’O. mantelli d'Angleterre. Les dents comprennent également des mini-cuspides latérales (petites cuspides émaillées qui apparaissent à la base de la couronne principale de la dent), qui ne sont pas présentes dans les syntypes, ce qui l'amène à décrire ces dents sous le nom d’Otodus oxyrinoides. En 1873, le paléontologue américain Joseph Leidy identifie des dents du Kansas et du Mississippi et les décrit sous le nom d'espèce Oxyrhina extenta. Ces dents sont plus larges et plus robustes que les syntypes d’O. mantelli d'Angleterre..
Tout cela change avec la découverte de squelettes exceptionnellement bien conservés de ce requin dans la formation de Niobrara, dans l'ouest du Kansas. C'est en 1890 que le paléontologue américain Charles H. Sternberg découvre le premier squelette, décrivant sa trouvaille dans un article de 1907 :
upright=1.3|vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme affairé auprès d'un énorme fossile dans un laboratoire.|George F. Sternberg, connu pour avoir trouvé de nombreux squelettes de Cretoxyrhina exceptionnellement bien conservés, notamment les spécimens KUVP 247 et FHSM VP-2187.
Dans un article publiée en 1894, Charles R. Eastman effectue son analyse du fossile, dans laquelle il reconstruit la dentition sur la base de l'ensemble de dents désarticulées du squelette. À l'aide de la reconstitution, Eastman examine de nombreuses espèces éteintes de requins, découvre que leurs fossiles sont en fait différents types de dents d’O. mantelli et les déplace tous au sein de l'espèce.. Le squelette, que Sternberg a vendu à l'université Louis-et-Maximilien de Munich, est détruit en 1944 par les bombardements alliés durant la Seconde Guerre mondiale. En 1891, le fils de Sternberg, George F. Sternberg, découvre un deuxième squelette d’O. mantelli, actuellement hébergé au musée d'histoire naturelle de l'université du Kansas sous le nom de code KUVP 247. Ce squelette mesurerait de long et se compose d'une partie de colonne vertébrale avec des restes squelettiques d'un Xiphactinus comme contenu de l'estomac et d'une mâchoire partielle contenant environ visibles. Ce squelette est considéré comme l'une des plus grandes découvertes scientifiques de cette année-là en raison de la préservation inattendue du cartilage. G. F. Sternberg découvre plus tard d'autres squelettes d’O. mantelli tout au long de sa carrière. Ses découvertes les plus notables sont les spécimens FHSM VP-323 et FHSM VP-2187, respectivement trouvés en 1950. et en 1965.. Le premier est un squelette partiel composé d'un ensemble de mâchoires bien conservé, d'une paire de cinq branchies et de quelques vertèbres, tandis que le second squelette dispose d'une colonne vertébrale presque complète et d'un crâne exceptionnellement bien préservé contenant une grande partie des éléments de ce dernier, dont des mâchoires, des dents, un ensemble d'écailles, des fragments de la ceinture pectorale et des nageoires dans leurs positions naturelles. Les deux squelettes sont actuellement conservés au musée d'histoire naturelle de Sternberg.. En 1968, un collectionneur nommé Tim Basgall découvre un autre squelette notable qui, à l'image de FHSM VP-2187, se compose également d'une colonne vertébrale presque complète et d'un crâne partiellement préservé. Ce fossile est conservé au musée d'histoire naturelle de l'université du Kansas sous le nom de code KUVP 69102..
En 1958, le paléontologue soviétique Leonid Glickman découvre que la conception dentaire d’O. mantelli reconstruite par Eastman le rend suffisamment distinct pour justifier un nouveau genre, qu'il nomme Cretoxyrhina.. Il identifie également, à partir des plus anciennes dents connues du genre, une deuxième espèce de Cretoxyrhina qu'il nomme C. denticulata... À l'origine, Glickman désigne C. mantelli comme espèce type, mais il remplace brusquement la position par un autre taxon identifié comme Isurus denticulatus, sans explication, dans un article de 1964, une décision depuis rejetée comme taxonomiquement invalide.. Cela conduit néanmoins le paléontologue russe Viktor Zhelezko à invalider à tort le genre Cretoxyrhina dans un article de 2000 en synonymisant Isurus denticulatus (et donc le genre Cretoxyrhina dans son ensemble) avec un autre taxon identifié sous le nom de Pseudoisurus tomosus. Zhelezko décrit également une nouvelle espèce congénère de C. mantelli grâce au matériel dentaire provenant du Kazakhstan, qu'il identifie comme Pseudoisurus vraconensis conformément à sa réévaluation taxonomique.. Une étude de 2013 dirigée par le conservateur et paléontologue du Mikael Siverson corrige l'erreur taxonomique, en rétablissant le genre Cretoxyrhina et en déplaçant P. vraconensis dans ce dernier. En 2010, le paléontologue britannique Charlie Underwood et son collègue canadien Stephen Cumbaa décrivent Telodontaspis agassizensis à partir de dents trouvées dans le lac Agassiz au Manitoba, qui avaient été précédemment identifiées comme des dents juvéniles de Cretoxyrhina.. Cette espèce est réintroduite dans le genre Cretoxyrhina dans une étude publiée en 2013 et menée par le paléontologue américain Michael G. Newbrey, en utilisant du matériel fossile supplémentaire du même taxon trouvé cette fois-ci en Australie-Occidentale.
Entre 1997 et 2008, le paléontologue japonais Kenshu Shimada publie une série d'études dans lesquels il analyse les squelettes de C. mantelli, dont ceux trouvés par les Sternberg, en utilisant des techniques modernes pour effectuer des recherches approfondies sur la biologie possible de ce requin disparu. Ses recherches permettent notamment d'affiner les connaissances relatives à la dentition., à la morphologie, à la physiologie. et à la paléoécologie de l'animal., tout en apportant des données sur son ontogenèse. et ses relations phylogénétiques établies à partir de variables morphologiques.. Les recherches de Shimada sur Cretoxyrhina aident à donner un nouvel éclairage à la compréhension du requin et, grâce à ses nouvelles méthodes, à d'autres animaux disparus.
Étymologie du genre et des espèces