Sarah Trimmer (née Kirby) ( – ) est une femme de lettres et critique de littérature enfantine britannique. Son magazine, The Guardian of Education, contribua à définir ce nouveau genre : pour la première fois, la littérature destinée aux enfants est sérieusement passée en revue, un historique en est donné et les critères ayant régi les ouvrages précurseurs sont mis en lumière. Son livre pour enfants le plus populaire fut Fabulous HistoriesTraduction française de David de Saint-Georges Histoires fabuleuses, destinées à l'instruction des enfants dans ce qui regarde leur conduite envers les animaux, chez F. Dufart, Imprimeur-Libraire, 1789 ., publié en 1786, qui inspira de nombreuses histoires d'animaux et fut réimprimé pendant plus d'un siècle.

Sarah Trimmer est philanthrope autant qu'écrivain ; elle fonde plusieurs écoles du dimanche et charity schools dans sa paroisse. Afin de poursuivre ses projets éducatifs, elle n'écrit pas simplement des romans ou des nouvelles, mais aussi des manuels destinés aux femmes désireuses de créer leurs propres écoles. Ses réussites vont faire des émules, telles Hannah More et autres pionnières, qui créent à leur tour des écoles du dimanche et écrivent pour les enfants et les pauvres.

Sarah Trimmer se montre, à bien des égards, favorable au maintien du statu quo en matière politique et sociale. En tant que membre de la Haute Église anglicane, elle promeut l'Église britannique établie et participe à la catéchèse des enfants et des pauvres. Ses ouvrages soulignent les bénéfices de la hiérarchie sociale, soutenant que chaque classe doit rester à la place que Dieu lui a donnée. Bien qu'en grande partie favorable à la politique traditionnelle et aux idéologies sociales de son époque, elle pose cependant nombre de questions sur le rôle de la famille et l'égalité des sexes.

Jeunesse thumb|left|Sarah Trimmer par Richard James LaneSarah Trimmer by Richard James Lane, National Portrait Gallery..

Sarah, fille de Joshua Kirby et Sarah Bull, naît le à Ipswich. Son père est peintre, président de la Society of Artists de Grande-Bretagne. Elle a un frère cadet, William, qui ne partage apparemment pas son talent pour l'écriture, puisqu'elle compose pour lui certaines de ses rédactions.. Elle fréquente le pensionnat de Mrs. Justiner à Ipswich, expérience dont elle se souviendra toujours avec émotion.. En 1755, la famille s'installe à Londres lorsque son père, qui a écrit plusieurs ouvrages importants sur la perspective.., devient précepteur en cette discipline auprès du Prince de Galles..

Grâce à son père, elle a la chance de rencontrer de célèbres peintres comme William Hogarth et Thomas Gainsborough, ainsi que le critique et grand écrivain Samuel Johnson. Elle impressionne Johnson lorsqu'elle exhibe un exemplaire de poche de Paradise Lost (1667) de John Milton pour tenter de régler un différend entre son père et le grand homme sur un passage de l'ouvrage. Ravi de voir qu'elle aime suffisamment Milton pour avoir toujours sur elle l'un de ses livres, « [Johnson] l'invite chez lui et lui montre un volume de son fameux périodique The Rambler »..

En 1759, à l'instigation de son ancien élève, le prince de Galles (qui, très bientôt, va devenir George III), son père est nommé Clerk of the Works of the Royal Household du palais de Kew, où la famille s'installe.. C'est là qu'elle rencontre James Trimmer, qu'elle épouse le ; après le mariage, le couple s'installe à Old Brentford (non loin du centre de Londres)..

Maternité et philanthropie Sarah Trimmer est très proche de ses parents ; après son mariage, elle rend visite tous les jours à son père et, plus tard, elle continue cette pratique accompagnée des aînés de ses douze enfants. C'est elle qui a la charge de l'instruction de ses six filles et six garçons, et sa double responsabilité de mère et d'enseignante éveille son intérêt pour l'éducation..

Suivant l'exemple de Robert Raikes, elle s'implique dans le mouvement de l'école du dimanche, fondant la première institution de ce genre à Old Brentford en 1786. Sarah et deux ministres de sa paroisse, Charles Sturgess et Charles Coates, lèvent des fonds et créent plusieurs écoles pour les enfants pauvres du quartier.. Ce ne sont pas moins de cinq cents élèves qui s'inscrivent ; dans l'impossibilité d'accueillir autant d'enfants, Sarah décide d'écarter les moins de cinq ans et n'accorde qu'une seule place par famille. La paroisse se dote de trois écoles, chacune d'entre elles pouvant recevoir une trentaine d'élèves ; une pour les garçons les plus âgés, une autre pour les plus jeunes et la dernière pour les filles. Alors que d'autres réformateurs de l'enseignement, comme Mary Wollstonecraft, sont favorables à la mixité, Sarah Trimmer s'oppose à ce type de réforme pédagogique ; elle croit en l'éducation séparée des sexes.. On enseigne aux élèves la lecture, pour qu'ils puissent étudier la Bible. Ils apprennent également quelques règles d'hygiène ; « une brosse et un peigne sont offerts à ceux qui le désirent ».. Les écoles de Trimmer deviennent si célèbres que Raikes, qui a inspiré Sarah, recommande à ceux qui désirent créer un nouvel établissement de prendre conseil auprès d'elle ; la reine Charlotte elle-même sollicite son avis avant de fonder l'école de Windsor.

Après sa rencontre avec la Reine, Sarah écrit The Œconomy of Charity, qui expose dans le détail comment ses lecteurs, principalement ses lectrices, peuvent fonder des écoles du dimanche dans leurs communautés. Son ouvrage va cependant susciter des polémiques. Si les promoteurs des écoles, par exemple Raikes et Sarah Trimmer, affirment que l'éducation permet d'endiguer l'agitation sociale croissante, d'autres voix s'élèvent pour proclamer qu'au contraire, elles ne servent qu'à les encourager..

L'honorable John Byng, par exemple, s'émeut de ce que « non seulement l'éducation [leur] apprendra à lire de séditieux pamphlets, des livres et autres publications s'attaquant au christianisme […] mais qu'elle [les] rendra impropres aux tâches laborieuses auxquelles leur rang dans la société les ont destinés »Citation dans .. Sarah Trimmer convient que les pauvres sont, en effet, « destinés » à être pauvres, mais rétorque que les écoles renforcent cette hiérarchie sociale voulue par Dieu. Le débat sur l'école du dimanche est mené dans les églises, au Parlement et dans des écrits. Par la publication de The Œconomy of Charity, Sarah Trimmer participe à ce vigoureux débat. Deborah Wills, chercheur en la matière, fait valoir :

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Par exemple, Sarah Trimmer prétend que les écoles du dimanche enseignent à leurs élèves non seulement à lire la Bible, mais aussi à en tirer toutes les conclusions politiques et théologiques qui s'imposent.. En outre, elle soutient que la responsabilité de l'éducation des pauvres repose sur les seules épaules de la classe moyenne. En éliminant l'aristocratie de tout rôle actif dans ses programmes philanthropiques, « [Sarah] Trimmer veille à ce que ceux qui réglementent les programmes de l'école du dimanche soient ceux qui incarnent et perpétuent la culture de la bourgeoisie ».. Comme le relève Deborah Wills, cela la distingue de ses homologues en philanthropie, tels que Hannah More.

Sarah Trimmer fonde également des charity schools dans son quartier. Elle y envoie ses élèves prometteurs qui les fréquentent plusieurs fois par semaine. Comme elle le rapporte dans son journal, ces établissements semblent « offrir l'heureuse perspective de sauver nombre d'enfants pauvres du vice et de la débauche ». Alors que les écoles du dimanche sont financées par souscriptions provenant des résidents de la paroisse, les charity schools le sont largement par la Society for the Propagation of Christian Knowledge (Société pour la propagation du savoir chrétien - SPCK), qui a financé la première charity schools un siècle auparavant.. Sarah Trimmer critique l'apprentissage par cœur qui est pratiqué dans les traditionnelles charity schools et tente d'instituer, dans ses propres écoles, une catéchèse plus dynamique incitant les élèves à poser davantage de questions. Elle rapporte dans son journal, « mon souhait est de composer une voie d'enseignement pour les Charity Schools, grâce à laquelle les enfants peuvent apprendre en réalité, et non par cœur, les principes de la religion chrétienne, tels qu'ils sont enseignés dans les Écritures »Citation originale : .. Elle fonde également des schools of industry (« écoles de travail manuel ») auxquelles elle adresse les élèves les moins doués. On y apprend aux filles à filer et à tricoter. Initialement, Sarah Trimmer pensait que ces établissements pourraient réaliser des profits puisque les filles y sont astreintes à un travail quotidien du matin au soir ; cependant, inexpérimentées, les élèves rendent des ouvrages médiocres qui ne peuvent être commercialisés. Sarah Trimmer se rend alors à l'évidence que le projet est un échec.

Wilfried Keutsch, chercheur contemporain spécialiste du , qualifie les projets de Sarah Trimmer de naïfs et moralistes :

Citation originale : ..

Bien que les écoles du dimanche, telles celles qu'a instituées Sarah Trimmer, aient souvent été décrites par les spécialistes modernes comme un instrument répressif créé par la classe moyenne pour imposer sa moralité aux classes inférieures, Thomas Laqueur, lui, soutient que les pauvres s'emparèrent de cette possibilité d'alphabétisation et négligèrent nombre des leçons de morale qu'on leur imposait..

Carrière littéraire Dans une carrière littéraire qui couvre plus d'un quart de siècle, Trimmer signe trente-trois. à trente-quatre titres.. Elle commet des ouvrages dans de nombreux genres : manuels scolaires, ouvrages pédagogiques, littérature pour enfants, pamphlets politiques et périodiques critiques. Alors que nombre de ses textes sont destinés aux enfants, d'autres, comme The Œconomy of Charity, le sont à un public adulte. D'autres encore ont été écrits aussi bien pour les enfants que pour les adultes, comme The Servant's Friend (1786-1787), qui est consacré à l'instruction des domestiques de tous âges.

An Easy Introduction to the Knowledge of Nature

Le premier ouvrage de Sarah Trimmer est An easy introduction to the knowledge of nature, and reading the holy scriptures, adapted to the capacities of children (1780)Traduction française : Introduction familière à la connoissance de la nature, Paris, 1787 ., qui s'appuie sur la révolution initiée par Anna Laetitia Barbauld. dans la littérature pour enfants. Dans sa « Préface », Sarah Trimmer écrit que Treatise on Education de Isaac Watts est la source d'inspiration de son propre ouvrage et « qu'un livre contenant une sorte d'étude générale sur les œuvres de la Nature serait très utile, comme moyen d'ouvrir l'esprit par étapes successives à la connaissance de l'Être suprême, préparatoire à la lecture des Saintes Écritures »Citation originale : .Sarah Trimmer, An Easy Introduction to the Knowledge of Nature, and Reading the Holy Scriptures. Adapted to the Capacities of Children, ed. Londres, imprimé pour T. Longman et O. Rees, C. G. and J. Robinson, J. Johnson et F. et C. Rivington, 1799, v–vi.. Tout au long du texte, le lecteur suit une mère et ses deux enfants, Charlotte et Henry (peut-être ainsi nommés d'après deux des propres enfants de Sarah Trimmer.), dans une série de promenades à travers la nature, au cours desquelles elle leur décrit les merveilles de la création. En 1793, une version de ce livre est ajoutée au catalogue de la Society for the Propagation of Christian Knowledge ; en trois quarts de siècle, l'ouvrage se vendra à plus de ..