thumb|300px|Palais de l'Alcazar de Madrid, résidence des rois d'Espagne, dans laquelle furent installés la plupart des conseils, jusqu'à leur déménagement en 1701. thumb|300px|Palais de Uceda à Madrid, dans lequel furent déménagés la plupart des conseils après 1701.

Les Conseils du roi en Espagne étaient, à l'époque moderne, l'ensemble des conseils institutionnalisés et permanents chargés de préparer les décisions du roi et de le guider de leurs avis. Le gouvernement de la monarchie espagnole était donc polysynodal, dans la mesure où elle reposait sur un ensemble de conseils.

Origine des Conseils Le développement des Conseils

Avant de prendre des décisions importantes, les rois avaient l'habitude de consulter leur entourage, qui composait leur cour (curia regis). Mais vers le apparaît un organe consultatif institutionnalisé, le « conseil », composé de notables qui, selon les règles du contrat vassalique, remplissent envers leur seigneur non seulement un devoir d'aide militaire (auxilium), mais également un devoir de conseil (consilium).

Dans le royaume de Castille, ce conseil prit le nom, au milieu du , de « Conseil royal » (Consejo Real) ou « Conseil de Castille » (Consejo de Castilla). La multiplication des Conseils résulta ensuite de la politique matrimoniale des rois espagnols - à commencer par les Rois Catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon - et de l'expansion territoriale formidable que connurent leurs territoires aux . En effet, ceux-ci ne furent pas considérés comme unis, mais seulement réunis dans la personne royale : il était donc nécessaire d'avoir un Conseil pour chaque couronne, un « Conseil de Castille » et un « Conseil d'Aragon ».

Ce modèle fut développé par les Habsbourgs, le nombre de Conseils croissant à son plus grand nombre, tandis que leur efficacité décroissait. Les langues, les lois, les coutumes et les systèmes politiques et sociaux restèrent intacts dans chaque territoire, la défense du catholicisme étant le seul point commun.

Un gouvernement polysynodal ?

Dans les États soumis aux rois d'Espagne, les projets de centralisation politique furent largement rejetés par les populations qui étaient soumises. Ainsi, l'exemple le plus éclatant en est l'Union des Armes, prévue par le comte-duc de Olivares, qui déboucha sur la crise de 1640 et la séparation définitive du Portugal (et temporairement de la Catalogne) et de l'Espagne. En même temps, la centralisation administrative et la croissance du pouvoir royal rendaient nécessaire la délégation de l'autorité royale à un système chargé d'administrer un État en formationOn peut rapprocher ce type de gouvernement de la polysynodie mise en place par le régent Philippe d'Orléans entre 1715 et 1718.

Les Conseils furent peu à peu considérés comme de hautes cours de justice. Les tâches de justice accaparèrent de plus en plus les membres des Conseils, tandis qu'ils abandonnaient progressivement les tâches de gouvernement et d'administration. Le pouvoir souverain appartenait toujours au roi : pour prendre une décision, le Conseil se réunissait, élaborait un projet, puis le soumettait pour approbation au roi.

Les Conseils de territoires thumb|upright=1.5|Empire de Charles Quint en 1547. thumb|upright=1.5|L'empire de Philippe II en 1598. Carte distinguant les aires de chaque Conseil de territoire :

Conseil de Castille

Le « Conseil Royal Suprême de Castille » (Real y Supremo Consejo de Castilla) fut créé en 1385 par le roi Jean de Castille. Héritier du « Conseil royal », le Conseil de Castille fut peu à peu chargé de l'administration intérieure des royaumes de la Couronne de Castille, partie la plus importante de la couronne espagnole par sa richesse et sa population. Elle était également mieux soumise à l'autorité royale et payait plus d'impôts (excepté les territoires foraux, en particulier les provinces basques).

Les pouvoirs du Conseil de Castille évoluèrent puisque, sous le règne de Charles Quint, le Conseil d'État et le Conseil de la Chambre furent rendus plus autonomes par rapport au Conseil de Castille, dont ils étaient issus. Mais au , par les décrets de Nueva Planta, Philippe V augmenta ses pouvoirs (en particulier fiscaux) et les étendit à l'ensemble de la péninsule, après avoir supprimé divers autres Conseils (comme celui d'Aragon). Le est une période de splendeur pour le Conseil de Castille, servi par de grands conseillers, comme Campomanes ou Jovellanos.

thumb|Palais de la Santa Cruz, ancien siège de la Salle des Alcaldes de Casa y Corte (aujourd'hui ministère des Affaires extérieures). Le Conseil était composé à l'origine de douze membres (quatre représentants du clergé, quatre de la noblesse et quatre des communes). En 1442, la noblesse accrut son influence sur le Conseil en faisant passer le nombre de ses membres à six. Aux Cortes de Tolède en 1480, les Rois Catholiques accrurent ses responsabilités judiciaires et institutionnelles et réorganisèrent le nombre de ses membres : un président (toujours un ecclésiastique), deux ou trois nobles et neuf lettrés. En 1715, Philippe V établit une nouvelle organisation : un président, un procureur fiscal et 22 conseillers (8 dans la salle de Gouvernement, 4 dans la salle de Justice, 4 dans la salle de la Province, cinq dans la salle « des Mille Cinq Cents » et un à la présidence de la salle « des alcaldes de casa y corte »).

Conseil de la Chambre de Castille

Le « Conseil de la Chambre » (Consejo de Cámara) était à l'origine le conseil suprême de la Couronne de Castille, en étant une réduction, mais parfaitement séparée. Il fut fondé par Jeanne la Folle et développé par Charles Quint. C'est à partir de 1528 qu'il commença à s'organiser de façon régulière.

Il était chargé de proposer au roi les membres des conseils, des chancelleries et des cours de justice, de proposer les titulaires des sièges archiépiscopaux et épiscopaux et autres prébendes et dignités ecclésiastiques, de convoquer les Cortes, auxquelles les membres du Conseil participaient eux-mêmes en qualité d'assistants, ou encore de gérer divers droits, comme les grâces, les autorisations de droit d'aînesse, les exemptions de roture, les chartes de naturalisation, les licences pour les mines et les moulins, etc. Il était possible de faire appel des décisions de la Chambre devant le Conseil de Castille.

L'étendue de son action, d'abord limitée à la Castille et à la Navarre, s'étendit à l'ensemble de l'Aragon, à partir de 1707.

Le Conseil était composé d'un président (qui était le gouverneur de Castille), d'un secrétaire royal et de différents conseillers, sans nombre fixe, toujours membres du Conseil de Castille et convoqués par le roi. Il fut supprimé en 1834.

Conseil d'Aragon

Le « Conseil Suprême de la Couronne d'Aragon » (Consejo Supremo de la Corona de Aragón), fondé en 1494, se présentait comme la restauration de l'ancien « Conseil Royal d'Aragon » (Consejo Real de Aragón) dont les pouvoirs s'étendaient sur les territoires de la Couronne, à savoir le royaume d'Aragon proprement dit, la principauté de Catalogne, le royaume de Valence, le comté de Majorque, le royaume de Naples, le royaume de Sicile et la seigneurie de Sardaigne. Dans la pratique, il était inopérant, car les États de la Couronne étaient également gouvernés par les vice-rois et les cours de justice. Son rôle était d'administrer les biens de la Couronne, régler les conflits entre les fors et les droits du roi, et de faire le lien entre le roi et ses vice-rois.

Le Conseil était composé d'un président (ou « vice-chancelier de la Couronne »), d'un trésorier général (qui gérait le domaine royal), de neuf conseillers (ou « régents » : deux pour l'Aragon, deux pour la Catalogne, deux pour Valence, un pour chacun des trois États italiens) et d'un protonotaire (qui conservait les sceaux). Tous les membres du Conseil, excepté le trésorier général étaient aragonais.

Le Conseil fut définitivement supprimé après 1713 par Philippe V, afin de punir la rébellion de la plupart des États de la Couronne d'Aragon contre lui lors de la guerre de Succession d'Espagne.

Conseil d'Italie

Le « Conseil Royal Suprême d'Italie » (Real y Supremo Consejo de Italia) fut créé en 1556 : jusque-là, les territoires italiens étaient administrés par le Conseil d'Aragon ; mais la complexité des problèmes poussa le roi Philippe II à séparer les affaires aragonaises et italiennes. Le Conseil avait pour fonction de surveiller, en Italie, l'administration de la justice et des finances, la nomination des vice-rois et des officiers dans les territoires italiens.

Le Conseil était composé d'un président et de six régents : deux pour le royaume de Naples, deux pour le royaume de Sicile et deux pour le duché de Milan. Dans chaque cas il s'agissait d'un conseiller d'origine espagnole et d'un autre d'origine italienne.

Conseil du Portugal

Fondé par Philippe II en 1582, après la réunion du Portugal à l'Espagne, le « Conseil Royal Suprême du Portugal » (Real y Supremo Consejo de Portugal) avait pour fonction de surveiller, au Portugal, l'administration de la justice et des finances, de nommer les bénéficiaires des charges ecclésiastiques et les officiers civils et militaires dans les territoires portugais. Mais, largement soumis au Conseil d'État et au Conseil à la Guerre, il n'eut jamais de véritable autonomie.

Le Conseil était composé d'un président, et d'un nombre variable de conseillers, tous Portugais. Le Conseil fut définitivement supprimé après 1713 par Philippe V, sanctionnant ainsi définitivement la perte du Portugal en 1640.

Conseil des Flandres

Le « Conseil Royal Suprême des Flandres » (Real y Supremo Consejo de Flandes) avait pour fonction de nommer les officiers de justice et de finance dans les territoires de Flandres et de Bourgogne.

Le Conseil était composé d'un président, et d'un nombre variable de conseillers (leur nombre varia au gré des pertes territoriales des rois Habsbourgs). Le Conseil fut définitivement supprimé après 1713 par Philippe V, à la suite de la perte des Pays-Bas espagnols à la suite du traité d'Utrecht.

Conseil des Indes

Fondé en 1523, le « Conseil Royal Suprême des Indes » (Real y Supremo Consejo de Indias) était l'institution administrative la plus importante de l'Amérique espagnole et des Philippines. Il représentait le roi et avait des pouvoirs exécutifs, judiciaires et législatifs extrêmement étendus : il assurait le gouvernement temporel, mais aussi spirituel des habitants, dirigeait les guerres, attribuait les terres, surveillait les cours de justices, supervisait les expéditions maritimes partant d'Espagne pour l'Amérique. Réformé en 1714 avec la création du ministère du Salon, il vit encore ses fonctions décroître avec la création du Secrétariat à la Marine et aux Indes et n'eut plus de fonction administrative, quoiqu'il eût subsisté jusqu'à sa suppression définitive en 1834.

Le Conseil était composé d'un président, d'un grand chancelier, de douze conseillers, d'un chroniqueur officiel des Indes, d'un cosmographe, d'un représentant de la Casa de Contratación et de quatre officiers.

Les Conseils thématiques Conseil d'État

Le « Conseil Royal Suprême d'État » (Real y Supremo Consejo de Estado) avait pour fonction de mener la politique extérieure de l'Espagne ; c'est de lui que dépendaient les principales ambassades en Europe (Vienne, Rome, Venise, Genève, Paris, Londres ou encore Lisbonne). Il fut créé en 1526 par Charles Quint, qui voulait avoir un conseil séparé chargé des affaires étrangères, croissant formidablement sous son règne.

Le Conseil était dirigé par le roi ; son rôle y était d'ailleurs bien plus décisif que dans la plupart des autres conseils. Le nombre de conseillers était variable. Ils n'étaient pas des spécialistes du droit, comme souvent dans les autres conseils, mais des hommes rompus aux relations avec l'étranger. La plupart étaient issus de la haute noblesse ou du haut clergé, tels le duc d'Albe ou Nicolas Perrenot de Granvelle.