La Bentley Speed 8 (née Bentley EXP Speed 8 en 2001, parfois orthographiée Bentley EXP-8, pour expérimentale et 8 cylindres) est une voiture de course fabriquée par Bentley Motors et sa filiale sportive Team Bentley pour être homologuée dans la catégorie LM GTP de l'Automobile Club de l'Ouest (ACO). Le projet naît dans un contexte de rachat de Bentley par le groupe Volkswagen. Voyant le succès de l'engagement d'Audi en endurance et constatant que l'image sportive de la marque anglaise se ternit au fil des années, les dirigeants de Bentley persuadent le groupe d'engager frontalement les deux constructeurs aux 24 Heures du Mans. L'étude de la voiture est basée sur l'Audi R8C qui a participé aux 24 Heures du Mans 1999. Au début du développement, la Bentley est équipée d'organes mécaniques (moteur et transmission) provenant de l'Audi R8, sa principale rivale.
Dès 2001, le Team Bentley engage deux Bentley Speed 8 aux 24 Heures du Mans. La prestation du constructeur britannique se solde par une troisième place pour la et un abandon pour la . En 2002, Bentley conçoit un nouveau moteur, doté d'une cylindrée plus élevée. Mais l'unique Bentley Speed 8 engagée est dominée par les Audi R8 qui s'imposent à nouveau dans la Sarthe, réalisant un triplé. La Bentley ne peut faire mieux que quatrième. L'année suivante, le Team Bentley effectue de nombreuses modifications aérodynamiques. En préparation des 24 Heures, l'écurie participe aux 12 Heures de Sebring, où les deux Bentley terminent troisième et quatrième. En juin, lors des 24 Heures du Mans, les Bentley sont bien plus performantes que lors des deux éditions précédentes, avec des temps au tour plus rapides de près de quatre secondes. Les Audi semi-privées peinent à suivre le rythme et ne peuvent empêcher le doublé des Speed 8.
Genèse du projet Vers l'engagement de deux constructeurs au sein du même groupe En 1998, la marque Bentley Motors est rachetée par le groupe Volkswagen. Deux ans plus tard, malgré de bons résultats et un chiffre d'affaires en hausse de près de 40% par rapport à 1999, la marque britannique voit d'un mauvais œil l'engagement d'Audi (racheté en 1964 par Volkswagen) en compétition par le groupe Volkswagen. En 2000, l'engagement d'Audi en endurance commence à ternir l'image sportive de Bentley.. Alors que les Audi R8 réalisent un triplé historique aux 24 Heures du Mans, le lancement d'un programme sportif à haut niveau de Bentley paraît illusoire. En effet, les dirigeants de Volkswagen semblent hostiles à une confrontation des deux constructeurs au sein du groupe. Mais rapidement, les dirigeants de Bentley réussissent à convaincre le groupe.
Création du prototype Pour la conception de la Speed 8, Bentley fait appel à Peter Elleray.. L'ingénieur britannique, qui a commencé sa carrière en sport automobile en 1982 au sein de l'écurie Tyrrell, est engagé par Bentley après les 24 Heures du Mans 1999. Il commence l'étude de la voiture autour du moteur et de la boîte de vitesses Xtrac. Le Britannique s'inspire de la Peugeot 905, gagnante des 24 Heures du Mans 1992 et 1993. Mais c'est en réalité de l'Audi R8C, également conçue par Elleray, que les ingénieurs britanniques s'inspirent le plus.. Elleray ayant fait le choix d'un prototype à cockpit fermé, la voiture est donc homologuée pour courir dans la catégorie LM GTP..
La Bentley Speed 8 est assemblée chez Racing Technology à Norfolk. Les essais aérodynamiques de la voiture sont réalisés à Emmen en Suisse, au mois de .
Fin , deux journées de roulage sont organisées sur le circuit de Snetterton. James Weaver est le premier pilote à tester la Bentley EXP Speed 8. Le Britannique réalise des temps au tour plus rapides de cinq secondes par rapport à ce qu'il avait accompli à bord de l'Audi R8C quelque temps plus tôt. Tony Gott, le président de Bentley, est impressionné et donne son accord pour la poursuite du projet.
Aspects techniques La Bentley Speed 8 est dotée du moteur V8 essence bi-turbo de 3,6 litres de cylindrée, identique à celui de l'Audi R8. Il est ensuite porté à 4 litres, soit le maximum réglementaire, en 2003. Outre son bloc en aluminium, les quatre soupapes par cylindre et le double arbre à cames en tête, sa particularité réside dans la technologie d'injection directe, encore nouvelle à cette époque... Il développe une puissance maximale d'environ à et un couple maximum de à . L'admission du moteur est munie d'une bride de de diamètre, imposée par l'. Elle permet de contrôler la pression de suralimentation à un maximum de .
Histoire en compétition Un podium dès le premier engagement aux 24 Heures du Mans face à Audi (2001) Aux 24 Heures du Mans 2001, la Bentley est pilotée par Martin Brundle, Stéphane Ortelli et Guy Smith et la par Andy Wallace, Butch Leitzinger et Eric van de Poele.
Les Bentley Speed 8 se rendent pour la première fois sur le circuit de la Sarthe le à l'occasion des essais préliminaires. La meilleure d'entre elles tourne en , ce qui la situe à la troisième place du classement général, derrière deux Audi R8, dont celle pilotée par Tom Kristensen, qui signe un temps en et par conséquent, occupe la première place du classement. thumb|left|alt=Photographie d'une voiture de sport-prototype verte et grise, vue de trois-quarts en hauteur, sur une piste.|Victime d'un début d'incendie, la Bentley Speed 8 ne passe pas la nuit. Les Bentley et se qualifient respectivement en septième et neuvième position sur la grille. Le lendemain, en course, environ douze minutes après le départ et alors que le soleil brille encore sur certaines parties de la piste, une pluie intense s’abat sur le circuit de la Sarthe. Sous le déluge, de nombreux pilotes partent à la faute. L'Audi de Champion Racing doit s'arrêter à son stand pour changer de capot ; elle perd deux minutes. Quant à l'Audi de Johansson Motorsport, ce sont treize minutes qu'elle perd..
Durant la neutralisation, après vingt-huit minutes de compétition, l'Audi rencontre un problème de suspension, rentre aux stands et quitte les avant-postes, tandis que la Dome S101 de Jan Lammers s'arrête également pour changer de pneumatiques, laissant la Bentley , pilotée par Martin Brundle, s'emparer de la tête de la course devant l'Audi . À , la course reprend sur piste sèche, la Bentley s'arrête pour remettre des pneumatiques adaptés et c'est la Panoz LMP07 , qui mène la course pendant quelques instants. À la fin de la première heure, la Bentley est toujours en tête. Un duel s'engage alors entre elle et l'Audi R8 rescapée. Après s'être échangées les positions à deux reprises, l'Audi prend l'avantage peu avant la fin de la deuxième heure.
Mais à , peu avant le coucher du soleil, Guy Smith, à bord de la , est victime d'un problème sur sa boîte de vitesses. Il s'arrête au virage d'Arnage. Il tente de repartir à l'aide du démarreur, mais ce dernier surchauffe, provoquant un début d'incendie. La Bentley abandonne l'épreuve, après avoir parcouru cinquante-six tours.
Après le début de la nuit, l'Audi de Champion Racing abandonne sur un problème de transmission, incident qui profite à la Bentley , puisqu'elle reprend la troisième place du classement général. Les deux Audi officielles occupent à ce moment-là les deux premières places. Mais, peu avant minuit, la Bentley est contrainte de s'arrêter à son stand, le boitier électronique qui gère la boite de vitesses est en cause. Elle perd sa troisième place au profit de la Chrysler LMP et de la Courage C60 . Mais à minuit passé, c'est au tour de la Courage de regagner son stand pour changer de boîte de vitesses, perdant vingt-cinq minutes dans l'affaire. À du matin, la Chrysler abandonne sur casse moteur et la Bentley récupère sa position.
Malgré la pluie et le problème de boîte de vitesses rencontré sur l'Audi à midi et demi, la Bentley rescapée ne peut enrayer la marche du constructeur allemand qui réalise un doublé. La Bentley est reléguée à quinze tours du deuxième et à seize tours du vainqueur... La meilleure des deux Bentley () a signé son meilleur tour en course en , ce qui la situe à un peu moins de trois secondes du meilleur chrono de l'Audi R8.
Deuxième participation plus compliquée face à Audi (2002) thumb|right|alt=Photographie d'une voiture de sport-prototype verte et grise, vue de trois-quarts, dans un musée.|L'unique Bentley Speed 8 engagée en 2002, exposée au Coventry Motor Museum. Pendant l'intersaison, le moteur Audi de la Bentley est remplacé par un moteur conçu par la firme britannique ; sa cylindrée passe de et une seule voiture est au départ des 24 Heures du Mans. Elle est pilotée par Andy Wallace, Eric van de Poele et Butch Leitzinger. Partie onzième sur la grille.., la Bentley est, dès le départ, au coude-à-coude avec les voitures de l'écurie Oreca, les Cadillac Northstar LMP-02, ainsi que les MG. Une heure après le début de course, la Bentley est bien remontée et se retrouve en quatrième position du classement général, derrière l'Audi du Team Goh et les deux Audi du constructeur, respectivement la et la , pilotée par Johnny Herbert..
Entre et , la Bentley rencontre une panne sur le compresseur et une intervention rapide dans les stands est effectuée pour le changer.
La Bentley ne parvient pas à suivre le rythme des Audi. À la quatrième heure, elle se retrouve engluée à la onzième place et est en lutte avec la Cadillac .. Dans l'heure suivante, Andy Wallace, alors en huitième position, améliore le meilleur tour en course de la voiture en ..
Peu avant , alors que l'Audi de Team Goh est victime d'une fuite d'eau au sein de son système de refroidissement, la Dallara SP1/Oreca de Stéphane Sarrazin s'empare de la sixième place, mais la Bentley est en embuscade à deux secondes..
Vers minuit, la MG-Lola EX257 , qui constitue la menace la plus sérieuse pour les Audi, s'arrête au niveau de la courbe Dunlop. Warren Hughes tente de repartir, mais sa tentative est vaine car la transmission est définitivement défaillante. La Bentley se hisse désormais en quatrième position derrière les trois Audi officielles.. Malgré une crevaison qui fait perdre deux tours et la deuxième place à Johnny Herbert sur l'Audi et un tableau de bord défaillant sur la , les voitures du constructeur allemand semblent intouchables à la régulière ; la Bentley étant maintenant à quatre tours du premier..
Au cœur de la nuit, la Bentley effectue une sortie de piste, sans conséquence.. Plus tard, alors que le soleil se lève, la Bentley est toujours en quatrième position, un tour devant la Cadillac . Mais le prototype britannique est signalé arrêté au virage de Mulsanne. Un arrêt finalement sans gravité puisque le pilote redémarre et reprend sa course. Mais à du matin, la Cadillac est revenue à une minute de la Bentley, qui affiche désormais un retard de huit tours sur le premier de la course.. À bord de la Cadillac, Christophe Tinseau est sur le point de dépasser la Bentley, mais alors qu'il arrive au niveau du virage d'Indianapolis, son pneu arrière droit éclate à près de . Le Français n'a pas d'autre choix que de rentrer aux stands pour réparer la carrosserie très endommagée de sa voiture..
Dans la matinée, les Audi sont retardées par divers problèmes : crevaison (Audi ), problème de démarreur (Audi et ). Mais les Audi de Marco Werner et Tom Kristensen enchaînent les tours rapides, améliorant chacune le meilleur tour en course. L'écart grandit avec la Bentley qui pointe désormais à dix tours, précédant de deux tours les Dallara et ...
La Bentley connaît une fin de course sans encombre, ce qui lui permet de franchir la ligne d'arrivée au quatrième rang. La présence d'une troisième Audi engagée par Audi Sport semble avoir compliqué la tâche de l'équipe britannique qui ne peut faire mieux que l'année précédente...
Préparation à Sebring et doublé aux 24 Heures du Mans (2003) Un prototype évolué