Le fort de Planoise, appelé brièvement le fort Moncey, est un ensemble de fortifications militaires de type Séré de Rivières. Le fort, fut érigé à Besançon et Avanne, dans le département français du Doubs, entre 1877 et 1892, dans le but d'interdire la circulation sur les routes de Dijon et de Lyon et la voie ferrée Dole-Dijon. Après la construction du pont sur le Doubs entre Avanne et Aveney en 1893, le fort assurait la défense de ce pont.
Éléments du fort L'ouvrage le plus important est un réduit situé au centre d'un fort à enveloppe (l'enveloppe est une levée de terre entourant l'ensemble des ouvrages), regroupant plusieurs abris, des chemins de traverses ainsi que quatre grandes batteries annexes utilisées pour le stockage de poudre, le casernement et l'usage de mortiers.
Dans leur architecture, les ouvrages du fort ne comprennent pas globalement d'éléments particulièrement techniques ou technologiques avancés pour l'époque. On note cependant une spécificité concernant la façade du front de gorge, ainsi que la présence d'une batterie unique en son genre car elle fut réalisée en fonction du mortier de Bange MIe 1880 et MIe 1881. Aussi, le grand nombre d'ouvrages qui composent la place sur près de dix hectares rendent le site de Planoise particulier, car il est en effet le plus grand complexe militaire de Besançon intra-muros, et le second de l'agglomération après le môle défensif de Montfaucon.
Malgré sa position stratégique primordiale, le fort de Planoise ne fut pas utilisé lors de conflits, comme pendant la Première ou la Seconde Guerre mondiale à l'instar d'autres édifices militaires importants. Entre 1976 et 2013, le fort a été utilisé par le Mouvement Emmaüs de Besançon comme lieu de vente. Sa visite est de ce fait soumise à autorisation, bien que les nombreuses batteries et ouvrages annexes soient libres d'accès. Les alentours de l'édifice ainsi que toute la colline sont un lieu de promenade et de pique-nique privilégié pour les Bisontins à la recherche de verdure et d'un large panorama sur la capitale comtoise, ainsi qu'une piste prisée pour l'exercice du parapente.
Planoise au centre d'une place militaire
thumb|left|Plan de la place forte de Besançon datant du .
À partir de la fin du , le gouvernement français réorganisa les fortifications du Territoire afin de pouvoir répondre efficacement à une éventuelle nouvelle guerre avec l'Allemagne, le revanchisme apparaissant à cette époquePlaque officielle accolée au monument, réalisée par la région Franche-Comté en collaboration avec la ville de Besançon et le service départemental de l'architecture du Doubs.Besançon, ville fortifiée : De Vauban à Séré de Rivières, 13-77.. Le système défensif de Besançon n'avait quasiment pas évolué depuis que Vauban avait doté la ville de son imposante citadelle ainsi que de tours et d'une enceinte, alors que le besoin d'un véritable réseau de forts semblait de plus en plus indispensable. En effet, après la guerre franco-prussienne de 1870, nombre d'ingénieurs ont fait remarquer que la capitale comtoise était vulnérable à cause de sites comme le mont de Brégille ou la colline de Chaudanne qui n'étaient pas pourvus efficacement d'infrastructures défensives.
Ces points stratégiques furent le théâtre de combats au cours de l'histoire, et particulièrement lors du conflit franco-prussien où l'armée française fut obligée de bâtir des redoutes et des batteries dans l'urgence. Après cette guerre, le général Raymond Adolphe Séré de Rivières organisa les réseaux de fortifications de l'Est avec son célèbre système Séré de Rivières qui consistait en un dispositif de rideaux défensifs constitués par une chaîne de forts isolés contrôlant les points de passage obligés, et qui se terminait à chaque extrémité par des places fortes bloquant les trouées par lesquelles l'ennemi pourrait s'engager.
C'est ainsi que pas moins de 25 ouvrages furent construits dans un périmètre de autour de la ville de Besançon, dont le fort de PlanoiseAnatole Alexandre Marga, Texte : Géographie militaire, Université d'Oxford, 1880, page 115.Pierre Gresser, Franche Comté, C. Bonneton, 1983, 399 pages, page 207.Eugène Ténot, Les nouvelles défenses de la France : La frontière, 1870-1882, G. Baillière et cie, 1882, 452 pages, page 246.Emile Levasseur, La France et ses colonies (géographie et statistique), C. Delagrave, 1890, page 388., qui constitue l'un des cinq forts intra muros de la citéAllain Provost et Michel Racine, Paysages inventés, Stichting Kunstboek, 2004, 287 pages, , page 228..
Principales fonctions Le fort Moncey avait de nombreuses missions : interdire les routes de Dijon et de Lyon, ainsi que la voie ferrée de Dole-Dijon et par extension celle de Franois où s'embranche la ligne pour Lons-le-Saunier ; soutenir les ouvrages de Pugey, du fort dit du Bois, du fort dit de la Ferme-de-l'Hôpital, du fort des Montboucons ainsi que du fort de RosemontBesançon, ville fortifiée : De Vauban à Séré de Rivières, page 160.Victor Eugène Ardouin-Dumazet, Voyage en France, Berger-Levrault, 1901, pages 119, 395 et 398. ; servir d'appui-feu lors de sorties tentées par la garnison de cette place, ou des contre-offensives afin d'appuyer les troupes de campagne, puisque le nord et le nord-ouest était des directions jugées bonnes ; et enfin constituer un réduit central pour les éléments combattant dans les camps retranchés, notamment à l'ouest de la ligne Fontain — Tilleroyes.
Le nombre élevé des missions qui lui sont attribuées permet de rapprocher le fort de Planoise au môle défensif de Montfaucon. Au total, l'ensemble de l'ouvrage pouvait accueillir dont et selon des documents, bien que le chiffre exact de garnison semble sous-évalué au regard du développement de l'enveloppe. Aussi, ce véritable môle défensif contenait d'artillerie, avait une capacité totale de de poudre et de , possédait une infirmerie accueillant trente lits, et disposait de six mois de vivres (notamment avec la présence de deux fours à pain disposés dans le fort) et de d'eau stockés dans trois citernes.
Construction du fort
L'ensemble du fort de Planoise fut construit de 1877 à 1890Besançon, ville fortifiée : De Vauban à Séré de Rivières, page 158.Alain Gagnieux, Planoise : une véritable petite ville au sein de Besançon 1960-1990, 2004, page 33. au sommet de la colline de Planoise, qui culmine à d'altitudeCartes IGN consultées sur Géoportail. et domine la rivière du Doubs à son sommetAnatole Alexandre Marga, Géographie militaire (Volume 1), E. Bourges, 1876, pages 152 et 512., à la place d'une ferme qui fut démolie pour son édificationRené Bevalot, Planoise... Vous connaissez ?, 1995, page 23.Le fort de Planoise sur Planoisereflexions.com (consulté le janvier 2011).. Sa construction avait été hâtivement décidée dans la perspective de l'après conflit franco-allemand de 1871Léonce de Piépape, Le coup de grace: épilogue de la Guerre Franco-Allemande dans l'est (décembre 1870 - février 1871), Plon-Nourrit, 1906, 503 pages, page 296.. Les ingénieurs de l'époque rencontrèrent quelques difficultés à réaliser cette fortification, notamment à cause de la topographie de la colline de Planoise qui posa un problème majeur : du lieu où le fort principal devait être construit jusqu'au sommet de la colline, le terrain forme un plateau d'une dizaine d'hectares, ce qui faisait douter des capacités réelles de l'édifice à défendre une telle zone efficacement. Les ingénieurs cherchèrent alors une solution alternative. Construire l'édifice principal dans la partie centrale de la colline ne convenait pas, car de cette manière l'ouvrage n'aurait bénéficié que d'une vision restreinte ; bâtir le fort sur l'un ou l'autre des rebords du plateau n'aurait servi qu'à privilégier une ou au mieux deux directions principales. Il ne restait alors qu'une seule solution : multiplier les emplacements fortifiés, sans que l'exercice n’atteignît un coût faramineux. Deux carrières furent ouvertes au sein même de la colline afin de construire l'ouvrage : une au centre du plateauL'abri-caverne de Planoise sur Fortiff.be (consulté le 2 janvier 2010)., et l'autre au nord-est près de la batterieLe magasin de Planoise sur Fortiff.be (consulté le 2 janvier 2010)..
thumb|left|Le maréchal d'Empire Bon Adrien Jeannot de Moncey (dessin du ).
Planoise allait donc se composer ainsi : quatre batteries flanquées d'abris solides sur le périmètre du plateau, reliées par un chemin couvert renforcé enveloppant toute une position, établies à l'extrémité sud-ouest, au milieu du côté nord-ouest, sur le rebord nord-est, et le long du flanc sud-est ; une batterie de deux mortiers de en appui général au centre du dispositif ; et le fort principal, qui était aussi le quartier général, établi de manière à doter les arrières du maximum de batteriesBesançon, ville fortifiée : De Vauban à Séré de Rivières, page 159..
Après avoir été bâti, le fort reçut officiellement le nom de fort Moncey, patronyme de Bon Adrien Jeannot de Moncey (1754-1842) maréchal d'Empire né à Moncey dans le DoubsBon Adrien Jeannot de Moncey sur RacinesComtoises.net (consulté le 18 janvier 2010).. Mais comme de nombreux autres forts bisontins, il est appelé couramment d'un autre nom : la place est communément désignée par fort de Planoise, toponyme formé par le mot latin planesium avec le sens de planus campus qui signifie plaine, « terrain essarté », dont l'origine vient de la surface à peu près plane de la collineE. Touillon, Les rues de Besançon, CÊTRE, 1989 145..
Utilisations du fort thumb|left|L'intérieur du fort où l'on voit l'activité du mouvement Emmaüs.
Le fort fut sans doute utilisé pour accueillir des brigades bisontines peu après sa construction comme ce fut le cas pour de nombreux autres ouvrages de la ville, mais il fut abandonné à une date inconnue, certainement avant la Seconde Guerre mondiale, et cela jusque dans les années 1970Besançon, ville fortifiée : De Vauban à Séré de Rivières, page 163.. Une archive rapportant l'arrivée de la grippe dans les troupes françaises fait directement référence au fort de Planoise, où la garnison fut touchée le , ce qui prouve son utilisation militaire au moins jusqu'à la fin du Ministère de la guerre - Direction du service de santé, Archives de médecine et de pharmacie militaires (volumes 17 à 18), 1891, page 89.Académie nationale de médecine (France), Mémoires (Volume 36), 1891, page 2.. Le bâtiment ne fut cependant jamais utilisé lors de batailles. Pendant la Première Guerre mondiale, les combats n'impliquèrent pas la ville de BesançonDominique Auzias, Franche-Comté, Jura, 2006, page 120. ; il n'existe aucun renseignement sur l'utilisation de l'édifice durant la Seconde Guerre mondiale, à l'instar du fort de Chaudanne, du fort de Bregille et de la citadelle de Vauban. À la fin du et au début du , il est le théâtre comme d'autres sommets de la ville, d'études et analyses météorologiquesOffice national météorologique de France, Annales... (Volume 2), 1894, pages 15, 151, et 173..
Le mouvement Emmaüs, né en novembre 1949 de la volonté de l’Abbé Pierre, s’y implanta en 1976 sous la forme d'un comité de bénévolesAnne Raulin, Quand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, 1999, page 87.Université de Lille, Espace populations sociétés, Université des sciences et techniques de Lille, page 425.. Puis en décembre 1980 la communauté fut officiellement créée, et en août 1983, la bergerie située en contrebas du fort, compléta les de celui-ci. Une vingtaine de salariés occupèrent les locaux jusqu'en 2013, et vendirent tous les dimanches les objets récupérés après qu'ils les eurent restaurésOriane Grandclément, Besançon : escapades dans le Doubs, Petit Futé, 2009, 240 pages, , page 116.. Le fort reste l'entière propriété de la ville de Besançon. Une antenne radio d'une puissance de fut implantée en 2002 sur la batterie nord-ouest afin de doter le quartier de Planoise d'un réseau radiophonique de bonne qualité.