La littérature acadienne est la littérature produite en AcadieL'Acadie comprend grosso modo le nord et l'est de la province canadienne du Nouveau-Brunswick ainsi que des localités plus isolées à l'Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve-et-Labrador et en Nouvelle-Écosse. Au sens large, l'Acadie fait aussi référence aux communautés de la diaspora acadienne situées au Québec et aux États-Unis ; des personnes d'ascendance acadienne se retrouvent également en France, aux îles Malouines et dans les Antilles. L'Acadie n'est pas reconnue officiellement mais formerait une nation par sa langue, sa culture, ses institutions et ses symboles., ou considérée comme telle.
Peu de textes sont produits durant la période coloniale à cause du contexte socio-économique difficile. Le poème Évangéline de l'Américain Henry Longfellow a une influence considérable sur l'éclosion de la littérature acadienne et des prêtres écrivains publient à partir du milieu du . Ils sont suivis par des historiens comme Placide Gaudet et Pascal Poirier ; le débat nationaliste oriente la littérature jusque dans les années 1960. Les jeunes auteurs remettent en cause les valeurs traditionnelles à partir de 1966. Au début des années 1970, les recueils de poésie Cri de terre de Raymond Guy Leblanc, Acadie Rock de Guy Arsenault, Saison antérieures de Léonard Forest et Mourir à Scoudouc d'Herménégilde Chiasson marquent tous ce tournant. Leur succès influence d'autres auteurs comme Melvin Gallant avec ses recueils de contes Ti-Jean, Louis Haché avec ses romans historiques, Claude Le Bouthillier avec ses romans d'anticipation et Ulysse Landry avec sa poésie. Antonine Maillet est lauréate du prestigieux prix Goncourt en 1979 pour son roman Pélagie-la-Charrette.
Une première acadienne, Dyane Léger, publie un recueil de poésie en 1980. Gérald Leblanc marque aussi cette décennie.
La fondation des Éditions d'Acadie en 1972 permet une plus grande diffusion des œuvres et aussi d'enfin publier sur place. Des autres maisons d'édition, les Éditions Perce-Neige sont à noter dans le domaine de la poésie et Bouton d'or Acadie dans la littérature jeunesse. Les Éditions d'Acadie déclarent faillite en 2000, forçant de nombreux auteurs à trouver un éditeur au Québec ou en Ontario. Une partie du répertoire n'est toujours pas disponible en librairie. Quelques anthologies et histoires de la littérature ont été publiées, notamment par Marguerite Maillet et David Lonergan. La critique ne s'est véritablement développée que dans les années 1990 mais les auteurs acadiens ont toujours de la difficulté à faire parler de leurs œuvres et les populariser à l'extérieur de l'Acadie. Leur nombre ainsi que leur qualité est toutefois en forte croissance.
Origines Régime français
L'Acadie fut fondée en 1604 par Pierre Dugua de Mons. Jean de Poutrincourt s'est par la suite vu confier le titre de lieutenant-gouverneur de l'Acadie, avec certaines exigences dont apporter des colons. C'est ainsi qu'en 1606 il apporte des dizaines d'artisans, quelques notables ainsi que l'avocat Marc Lescarbot. Lors de son séjour d'un an, ce dernier donnera naissance à la littérature acadienne à Port-Royal.. Dans ses textes, Lescarbot tente d'expliquer l'insuccès des expéditions précédentes et en profite aussi pour démentir plusieurs mythes tenaces sur l'Amérique, alors qu'il crée lui-même le mythe de l'Acadie en tant que Terre promise..
Pour Nicolas Denys, le mythe de se résume à l'abondance : il compare l'Acadie au pays de Cocagne. En 1672, ruiné et âgé de 74 ans, il publie Description géographique et historique des côtes de l'Amérique septentrionale, avec l'histoire naturelle de ce pays, où il critique ceux qui l'ont empêché de réaliser son rêve tout en incitant à reprendre le flambeau et concluant en expliquant que l'Acadie ne se développera et sera abandonnée aux ennemis de la France si les querelles ne cessent pas. Dière de Dièreville visite Port-Royal en 1699 et est déçu de son état et de la pauvreté de la population, contrastant avec la « fausse représentation » qu'on lui a fait de l'Acadie.. Bien qu'il soit écrit à l'origine en vers, son texte Relation du Voyage du Port Royal de l'Acadie (1708) donne une vision généralement juste de la faune, de la flore mais surtout de la vie quotidienne en Acadie. De son texte, il ressort l'insouciance et la belle humeur de la colonie, bien que l'auteur s'interroge sur le désintéressement du roi face à sa colonie même si la population lui reste fidèle. Dans ses Mémoires (1716), Robert Charles, défenseur des moins nantis aux idées avant-gardistes, dénonce lui aussi cette situation et propose une politique qui transformerait la Nouvelle-France « en une espèce de royaume aussi florissant que la vieille France européenne ».. Son style rapide et incisif reprend à la fois l'enthousiasme de Lescarbot et la confiance de Denys.
En 1616, le jésuite Pierre Biard publie Relation de la Nouvelle-France. Faisant probablement référence à Lescarbot, il désire détruire les illusions créées par les récits antérieurs ; il dépeint pourtant une belle colonie offrant de grande possibilités, dont la France doit continuer la colonisation et l'évangélisation. Ce texte fournit des informations précieuses sur son désaccord avec les seigneurs de Port-Royal, sur les débuts de la lutte entre la France et l'Angleterre pour la domination de l'Amérique du Nord ainsi que sur les difficultés et espoirs de l'évangélisation des Amérindiens. Plusieurs missionnaires partageront par la suite sa conviction de l'importance de bien connaître les langues amérindiennes. Chrétien Le Clercq aurait même inventé les hiéroglyphes micmacs durant sa mission de 10 ans en Gaspésie.. Dans Nouvelle Relations de la Gaspésie (1691), il dépeint ensuite de façon imagée et avec beaucoup de sensibilité les coutumes des Micmacs.
Régime britannique
Après la cession de l'Acadie à l'Angleterre en 1713, aucun Français ne publie sur la colonie. Par contre, l'île Royale et l'île Saint-Jean (les actuelles île du Prince-Édouard et île du Cap-Breton) restent possessions françaises et des missionnaires et des administrateurs écrivent aux Acadiens et au gouvernement pour leur proposer des solutions. Malgré les observations perspicaces de Louis Franquet dans ses comptes rendus de voyages aux îles Royale et Saint-Jean (1751) et au Canada (1752 et 1753), le gouvernement ne change pas d'attitude envers ses colonies. La situation politique trouble et la lente croissance de la population depuis la fondation de la colonie expliquent le faible nombre de textes produits par les Acadiens durant cette période..
Grand Dérangement
Entre 1755 et 1763, la population acadienne est déportée. Contrairement à la période précédente, plusieurs auteurs français écrivent alors sur l'Acadie. L'abbé François Le Guerne, qui sera le seul prêtre catholique en territoire britannique durant deux ans, décrit avec émotion l'entêtement des Acadiens à vouloir rester dans un endroit qui était, jusque-là, « un paradis sur terre ».. Après la Déportation, la littérature prend du temps à réapparaître mais la tradition orale reste florissante. Par contre, le thème de la Déportation et de l'exil est peu présent dans les contes, les légendes, les complaintes et les chansons. Les lettres de Vénérande Robichaud à son frère Otho, dont toute la famille fut déportée à Boston, témoignent du tiraillement des exilés entre leurs familles éparpillées et leurs conditions de vie. D'autres lettres, celles de Mathurin Bourg et des missionnaires canadiens français nous informent sur le travail difficile des prêtres, sur les mauvaises conditions de vie mais aussi sur la lente réorganisation de la société acadienne. Durant leur exil, les Acadiens envoient de nombreuses pétitions aux gouvernements, qui peuvent être considérées comme le début de la littérature acadienneZachary Richard, L'émergence d'une littérature française en Louisiane, . Ces pétitions contribuent à la survie du mythe de l'Acadie comme Terre promise, plus tard remplacée par la Louisiane comme destination mais non dans la conscience collective des premières générations.
Ce sont des auteurs étrangers qui les premiers créent le mythe de l'Acadie perdue ainsi que d'un peuple martyr, résigné et fidèle. La première œuvre importante est Évangéline de l'Américain Henry Longfellow, publiée en 1847. Longfellow décrit les Acadiens d'une façon qui rappelle Dièreville à ceci près qu'ils sont devenus propriétaires terriens et possèdent un vaste cheptel.. Le texte débute par les fiançailles d'Évangéline et de Gabriel. Le lendemain, les Britanniques annoncent la Déportation, mettant à l'âge d'or du peuple acadien et séparant les deux amoureux. Évangéline part alors à la recherche de Gabriel tandis que ce dernier ère pour oublier sa peine. Ils se manquent de justesse en Louisiane, où de nombreux Acadiens ont trouvé refuge. À un âge avancé, Évangéline met fin à ses recherches et devient religieuse dans un hôpital de Philadelphie, où elle retrouve finalement Gabriel, qui est mourant. Le poème est un succès immédiat et suscite des discussions sur la véracité des faits décrits, ce qui attire l'attention des Européens et des Américains sur le sort des Acadiens.
Le roman Jacques et Marie de Napoléon Bourassa fut publié sous la forme d'un feuilleton l'année même de la publication de la version française d’Évangéline, en 1865, et il est probable qu'il ait été plus lu en Acadie que le poème de Longfellow. Quoi qu'il en soit, l'influence de Longfellow et de Bourrassa sur la littérature acadienne est indéniable.. L'importance dÉvangéline est telle que le poème contribue à la renaissance acadienne et est adoptée par les Acadiens comme un symbole national. De nombreux autres auteurs ont entretemps publié des romans sur le sujet de la Déportation. En 1859, le Français François-Edme Rameau de Saint-Père écrit La France aux colonies : Acadiens et Canadiens. Il y exprime sa foi dans un réveil du peuple acadien et propose en quelque sorte un plan qui en assurerait la survie. Rameau suscite tant d'intérêt en Acadie qu'il y fait deux voyages, alors que ses textes sont publiés dans les journaux locaux, qui le qualifient par ailleurs de bienfaiteur et de grand ami des Acadiens. L'influence de Rameau dans la littérature acadienne perdurera jusqu'au milieu du . Par ailleurs, le programme qu'il propose influence toute une génération, qui culmine avec les Conventions nationales acadiennes.
Renaissance acadienne Avec la fondation d'écoles et de collèges au , puis les Conventions nationales acadiennes, les Acadiens et leur clergé commencent à redécouvrir leur identité et leurs aspirations dans un monde d'anglophones. C'est à cette époque que commencent à publier des prêtres écrivains tels que Philéas-Frédéric Bourgeois, Alexandre Braud et André-Thaddée Bourque. La redécouverte de l'histoire de l'Acadie a donné lieu à un nombre important de textes, en particulier ceux de Placide Gaudet, de Joseph-Fidèle Raîche et de Pascal Poirier. Jusqu'aux années 1960, la littérature acadienne est dominée par le débat nationaliste.
Époque nationaliste Au , le nationalisme devient moins important et plusieurs auteurs dont Antonine Maillet se penchent sur d'autres sujets.
Plusieurs auteurs de la diaspora publient durant les années 1940, 1950 et 1960, dont Eddy Boudreau, Donat Coste et Ronald Després. Ce dernier passe presque toute sa vie à l'extérieur de l'Acadie mais est tout de même considéré comme le pionnier de la littérature acadienne par les poètes du .. En fait, les auteurs de l'époque n'ont pas le choix d'être publiés au Québec, comme c'est aussi le cas d'Antonine Maillet, qui devient par la force des choses une sorte de porte-parole de l'Acadie. Elle crée une œuvre universelle qui est pourtant inspirée de sa vie et très ancrée dans le milieu de sa ville natale, Bouctouche.