vignette|Charles d'Orléans. Lettrine ornée, , Paris, Archives nationales.

Le rondeau est un poème à forme fixe ancien comportant trois strophes isométriques construites sur deux rimes, avec des répétitions obligées et se fermant sur lui-même ce qui est à l'origine de son nom.

Lié à l'origine à la chanson et à la musique, le rondeau est léger et souvent badin. C'est une forme souple et virtuose qui utilise surtout l'octosyllabe et parfois le décasyllabe en tercet, quatrain ou quintil, et qui présente diverses dispositions aux dénominations pas toujours éclairantes.

Historique

On trouve d'abord le rondeau originel dit « rondel simple » qui apparaît au et est utilisé par Adam de la Halle (1240-1287) (ex. Je muir, je muir d'amorete) et Guillaume de Machaut (1300-1377) (ex. Dame, mon cuer en vous remaint) : composé de 7 ou avec refrains, il est appelé « triolet» depuis la fin du Histoire du vers français Georges Lote - Presses universitaires de Provence, 1996 - Tome IX – page 70 ..

Apparu au et modifié aux , il est rejeté par la PléiadeDéfense et illustration de la langue française Joachim Du Bellay 1549 : et ne perdure guère au-delà du .

Dans la période moderne, le terme « rondeau » s'applique à un poème plus long dont les règles ont évolué au .

Exemples

La Louange des dames La Louange des dames est un rondeau de Guillaume de Machaut :

Les nobles triolets Les nobles Triolets est un rondeau de Saint-Amant :

Le « rondeau ancien » Appelée aussi « rondeau double » ou « rondel », cette forme illustrée en particulier par Charles d'Orléans au milieu du comporte trois strophes isométriques sur deux rimes avec refrain complet.

La forme la plus notable est le « rondeau à quatrains » de regroupés en deux quatrains suivis d'un quintil. Le premier quatrain est en rimes embrassées, le deuxième quatrain est en rimes croisées et reprend comme deux derniers vers (vers 7 et 8) les deux premiers vers de la première strophe. La troisième strophe de cinq vers est en fait un quatrain aux rimes embrassées complété par la reprise du premier vers de la première strophe.

Exemples

François Villon : « Mort, j'appelle de ta rigueur » (LAY OU PLUSTOST RONDEAU) ou « Au retour de dure prison » (Lays).

Charles d'Orléans : « Yver, vous n'estes qu'un villain », « Le temps a laissé son manteau ».

Variantes Il existe des variantes comme le « rondeau à cinquains » de : quintil - sizain - quintil suivi de la répétition du premier quintil du poème, soit (AABBA aabAAB aabba AABBA)Henri Chatelain, Recherches sur le vers français au : rimes, mètres et strophes, éd. Slatkine, Genève 1974, pages 212 et suivantes..

Parfois les copies ne présentent pas la même mise en page ni la réécriture entière du refrain, ce qui est peut-être l'origine du « rentrement », refrain réduit du rondeau nouveau.

Forme ancienne, le rondel a connu quelques « surgeons » au comme chez Tristan Corbière (1845-1875) Rondel « Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles ! », Théodore de Banville Rondels (recueil 1875) « Sois le bienvenu, rouge automne » ; Mallarmé : Rondel (1885) « Fée au parfum subtil de foin » ; Edmond Haraucourt : Rondel de l’Adieu « Partir, c’est mourir un peu, » (1891) ou encore Jules Laforgue Rondel sur ses mains « Oh ! baiser ses petites mains, ».

Le « rondeau nouveau » La fin du invente le « rondeau nouveau » (dit aussi « rondeau commun » ou « rondeau classique » ou encore « rondeau à rentrement » à cause de son refrain particulier) : il comporte 13 vers sur deux rimes redoublées (8 masculines/5 féminines ou l'inverse) formant un quintil, un tercet et un dernier quintil avec un refrain tronqué. La et la sont complétées par une reprise appelée « rentrement » formée du premier mot ou du premier hémistiche du premier vers (cette reprise ne comptant pas pour un vers). Cette forme de rondeau prédomine chez Clément Marot et au (Vincent Voiture – La Fontaine), elle est résiduelle ensuite.

Exemples

Clément Marot : « Au bon vieux temps » (De l'amour du siècle antique) ou « Dedans Paris, ville jolie » (De sa grande amie) :

Alfred de Musset : « Fut-il jamais douceur de cœur pareille »La poésie du Claude-Gilbert Dubois éd. Presses universitaires de Bordeaux, 1999 - Page 112. :

Le « rondeau redoublé » Il existe aussi au le « rondeau redoublé » (ou « rondeau parfait »), pièce de vingt-quatre vers, disposés en six quatrains avec une reprise subtile des vers du premier quatrain dans les quatre suivants. « Les quatre vers du premier quatrain font l'un après l'autre le dernier vers des autres quatrains ; le sixième de ces quatrains doit être suivi de la répétition du premier mot ou de l'hémistiche du premier vers de l'ouvrage »Dictionnaire de l'Académie française, 1694 - volume 2, page 419 ..

Exemples

De Clément Marot - Rondeau parfait - « A ses Amis après sa délivrance » :

Jean de La Fontaine

Variantes On trouve des formes dérivées de ce rondeau redoublé, par exemple chez Baudelaire (Réversibilité – Le Balcon).

Il existe des variantes nombreuses de rondeau, parfois avec des dénominations particulières comme « rondelet » (usité dans la poésie anglaise). La qualification de rondeau est d'ailleurs parfois délicate (en concurrence avec lai : ex. Villon « Au retour de dure prison », ou chanson ex. Ch. d'Orléans, Chanson XIX « Ma Dame, tant qu'il vous plaira »).

Rondeau simple (triolet): AB aA ab AB. Rondeau tercet: ABB abAB abb ABB. Rondeau quatrain: ABBA abAB abba ABBA. Rondeau cinquain: AABBA aabAAB aabba AABBA.

Mise en musique Le rondeau par sa structure de chanson a été associé à la musique et chanté jusqu'au .

D'origine lyrico-chorégraphique et devenu forme poético-musicale, le rondeau est traité polyphoniquement dès le par Adam de la Halle ( Je muir, je muir d'amorete) et Jehan de Lescurel. De tous les genres à forme fixe, c'est celui que les musiciens mettront le plus longtemps en musique (jusqu'à la fin du ). De plus, le rondeau deviendra, au tournant du , la forme musicale de prédilection (au détriment de la ballade et du virelai) dans la musique profane. Sa forme est la suivante : A B a A a b A B

Quelques musicologues s'intéressent à plusieurs caractéristiques communes au rondeau et au répons bref en grégorien, notamment sa structure. Ils pensent qu'il est possible que l'origine du rondeau soit ce chant liturgique..

Bien plus tard (au ) et sans lien avec le rondeau médiéval, une forme instrumentale apparaît qui va également porter le nom de rondeau. Il est employé dans la musique française instrumentale (et vocale mais de manière plus rare) des , par exemple Rondeau pour la Gloire dans l'opéra Alceste de Jean-Baptiste Lully. L'orthographe italienne « rondo » l'a emporté sur celle du français « rondeau » à partir du et de nos jours il est d'usage d'employer cette orthographe pour distinguer la forme instrumentale du rondeau médiéval.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes Littérature française du Moyen Âge, Littérature médiévale, Poésie médiévale française Pastourelle (danse) Poèmes à forme fixe Rondel Roundel, une variation du rondeau Triolet (poésie)

Liens externes

Exemple d'un rondeau polyphonique d'Adam de la Halle : Je muir, je muir d'amorete

Catégorie:Forme musicale Catégorie:Poème à forme fixe Catégorie:Genre poétique médiéval