La ferme-manoir de la Rançonnière anciennement manoir de Biéville est une demeure, de la fin du , qui se dresse, dans le Bessin, sur le territoire de la commune française de Crépon, dans le département du Calvados, en région Normandie. L'édifice est partiellement inscrit au titre des monuments historiques.

Localisation La ferme de la Rançonnière anciennement manoir de Biéville. est située à au sud-sud-est de l'église Saint-Médard-et-Saint-Gildard de Crépon, dans le département français du Calvados.

Historique Le territoire de la France féodale était constitué de fiefs qui relevaient tous du roi. En Normandie, dès le les grands fiefs d'origine ont été morcelés en arrière-fiefs qui se sont multipliés jusqu'à permettre à une seule paroisse de contenir plusieurs fiefs puisqu'on pouvait diviser un fief de haubert jusqu'à obtenir un huitième de fief pour permettre par exemple, cas spécifique à la Normandie à des filles de se partager un domaine en l'absence d'héritiers mâles.. Sur ces petits fiefs qui n'avaient pas droit de justice on construisait un manoir. Le seigneur pouvait exploiter lui-même le domaine avec l'aide d'un fermier dont l'habitation jouxtait le logis seigneurial. Dans le Bessin la multiplication des fiefs et donc des manoirs était facilitée par la richesse de la région où les cultures céréalières se font sur des terres amendées dès le par l'épandage de varech puis celui de chaux. Au les fermes-manoirs s'agrandissent ou se reconstruisent suivant les nouveaux critères de symétrie et de verticalité et s'embellissent même dans la partie est du Bessin où la pratique de l'élevage bovin et de la fabrication de beurre salé n'est pas encore arrivée.

La première construction remonte au . La Normandie était alors en première ligne dans la guerre de Cent Ans entre français et Anglais.. Le manoir a été construit sur l'un des trois fiefs de Crépon, celui dit « de Biéville », qui appartenait en 1463. à Anne de Chastel. Dans la première partie du  la famille de Chastel démolit tous les bâtiments sauf la tour pour reconstruire au goût du jour.

En 1710 Marie Françoise de la Loë, fille de François de la Loë, seigneur de Biéville, épouse à Crépon Jean Antoine de Costard, sieur de la Rançonnière dont le manoir à pans-de-bois se trouve à Saint-Gatien-des-Bois dans l'actuel pays d'Auge. Le « manoir de Biéville », à Crépon, adopte son nouveau nom : la Rançonnière.

Le domaine a ensuite appartenu à plusieurs propriétaires dont les « Servantes de Jésus dites Sœurs Hospitalières de Saint Louis » à CaenMatrice cadastrale des propriétés bâties et non bâties (1822-1913) page 105..

Lors de la Seconde Guerre mondiale, la ferme de la Rançonnière vécut à nouveau des bouleversements et fut réquisitionnée par l’armée allemande pour servir de camp militaire ; entourée de champs au relief plat, elle devint base aérienne permettant aux avions ennemis d’atterrir et de décoller avec une bonne visibilité.. Elle fut rapidement libérée en , du fait de sa proximité avec les plages du débarquement et Arromanches.

En 1967 c'est un concours de circonstances qui a conduit les exploitants de la ferme à proposer des chambres aux touristes. Ils se sont ensuite lancés dans l'hôtellerie en 1970 et la restauration en 1988, entreprise qui a contribué à créer des emplois dans le villageOuest-France, article du 10 janvier 2017..

C’est depuis le début du une demeure de caractère restaurée, meublée d’antiquités et d’objets de brocante. À l’arrière des bâtiments, un jardin a été aménagé par un architecte paysager en 2007 et la ferme de la Rançonnière a obtenu le du concours « Fleurir la France » en 2008 du concours "Fleurir la France" en 2008..

Description Les bâtiments sont en pierre calcaire extraite des carrières d'OrivalSite: réserves naturelles de France, anciennes carrières d'Orival.. Seuls le portail, les entourages des portes et des fenêtres ainsi que les chaînes d'angle sont en pierre de taille tandis que les murs sont en moellons non crépis.

Cet ensemble est en réalité une ferme-manoir car il cumule les éléments de prestige qui caractérisent une propriété seigneuriale ; le portail monumental, la tour d'escalier du logis, le colombier mentionné sur un cadastre ancien. La guerre de Cent Ans est finie depuis bien longtemps et les éléments défensifs de l'ensemble ne sont pas conçus pour résister à une vraie attaque militaire. Mais le souvenir des guerres de Religion, qui n'ont pris fin qu'en 1598, est encore présent dans les mémoires au début du . Tout en affirmant le statut et la richesse des occupants, les créneaux et les échauguettes pouvaient intimider les brigands et maraudeurs qui parcouraient les campagnesHélène Renaudin. Les logis nobles maçonnés bâtis dans le nord-est du Maine (). Histoire. Université du Maine, 2014. page 344..

Le portail Les bâtiments sont organisés autour d'une grande cour fermée par un portail monumental qui date du comme la majorité des autres constructions sauf la tour du logis.

Ce portail comporte deux portes piétonnes, dont une a été murée, placées de part et d'autre de la porte charretière. De même que le portail de la ferme de l'église de Commes, daté aussi du début du , il est surmonté par une fausse courtine crénelée. Deux échauguettes en encorbellement encadrent l'ensemble. Elles sont percées de meurtrières et coiffées d'un dôme carré en pierre au centre duquel s'élève un petit amortissement carré..

Logis et tour Le logis, habitation permanente ou occasionnelle des différents propriétaires suivant les époques, est composé d'un bâtiment rectangulaire d'un étage sur rez-de-chaussée, surmonté de combles et couvert d'un toit en ardoise, encadré par deux pavillons symétriques. La façade sur cour comporte quatre travées aux alignements parfaitement verticaux. Les combles s'éclairent par des lucarnes à fronton triangulaire. La porte principale datée du , surmontée d'un tympan sculpté, est précédée d'un petit perron.

La façade arrière est ornée d'une haute tour du dont la silhouette est familière dans le Bessin. L'encorbellement de la partie supérieure de cette tour lui donne son aspect caractéristique. Elle est flanquée d'une petite tourelle contenant un escalier qui donne accès à une petite pièce idéale pour surveiller les alentours. La partie inférieure de la tour d'une forme polygonale proche du carré et percée de deux étroites et hautes fenêtres monte jusqu'aux combles. Elle contenait comme les autres tours similaires de la région, un escalier en vis détruit au et dont il subsiste quelques traces. À l'intérieur le revêtement de plâtre donne une forme circulaire au rez-de-chaussée orné d'une peinture murale du début du représentant une chasse à courre, avec des décors végétaux, quelques canards et des pointes de diamant, et qui porte les armoiries de la famille du Chastel : deux lions soutenant un écu de gueules au château d'or, avec un heaume en timbre et plus loin saint Hubert de Liège, patron de la chassePlate-forme-ouverte du Patrimoine, ministère de la Culture.. À noter, à côté de cette peinture murale, un trompe-l'œil figurant un pigeonnier avec des oiseaux.

Le pressoir À la droite du portail en entrant dans la cour, se trouve un pressoir particulièrement imposant. Une large porte cintrée permettait le passage des charrettes. Le rez-de-chaussée était occupé par un tour à piler, grande auge circulaire autour de laquelle un cheval tournait pour tirer la roue qui écrasait les pommes, et par le pressoir à longue-étreinteIrène Boulongne, la vie paysanne autrefois, évolution des pressoirs, pages 575 et 576-577. qui servait à l'extraction du moût. Ce type de pressoir était habituellement logé dans un bâtiment flanqué d'un corps en retour. les grandes dimensions du bâtiment rendent cet ajout inutile à la Rançonnière. L'étage au-dessus servait à entreposer les pommes. Toutes les lucarnes visibles actuellement ont été installées après 1994.

Les autres bâtiments Face au pressoir, à angle droit avec le logis seigneurial se trouve une construction qui était destinée au logement du fermier ou des ouvriers. Une ancienne étable est encadrée par deux passages cochers aux ouvertures en plein-cintre. L'un d'eux s'ouvre sur la seconde cour. L'autre, entièrement fermé, est accolé à une construction du elle-même reliée à l'ancienne grange. Face au logis, d'autres anciennes étables sont à angle droit avec une ancienne porcherie.

Une grange avec porte piétonne et deux petites baies cintrées, visibles sur une photo prise avant l'ajout de fenêtres modernes, se trouve dans la seconde courArchives du Calvados.. Un nouveau corps de bâtiment dans le même style que l'ensemble est rajouté entre la grange rénovée et l'aile ouest.

Toutes les dépendances ont été percés d'ouvertures supplémentaires indispensables à la fonction d'hôtel et restaurant et les intérieurs complètement transformés pour cet usage.

L'existence d'un colombier disparu avant 1810 est mentionnée sur le cadastre de 1986.

Les échauguettes Outre celles du portail, trois autres échauguettes sont encore visibles, l'une à l'angle nord-est du logement des ouvriers agricoles une deuxième beaucoup plus petite sur le mur ouest d'une étable. La troisième de forme arrondie a été ré-employée à l'angle d'un mur de clôture au sud-est.

Entre le pressoir et le logis le petit portail à ouverture cintrée qui donnait accès au verger a été couvert et l'espace entre le logis et les logements encore libre en 1809 a été construit également. La cour est maintenant complètement close de murs.

Mais la propriété qui comprenait en outre un verger, un champ de labour, une mare et deux bois taillisÉtat de section du cadastre de 1810, page 56.Numéros de plan de la Rançonnière sur le cadastre de 1809. était entièrement entourée de murs dont on voit des vestiges rue de la Chasse-Saint-Avoie et autour du récent parking et était protégée par deux autres échauguettes et une tourelle carrée maintenant détruites.

Les archives communales de Crépon font état d’un souterrain entre la ferme et le château de Creully distant de dans lequel pouvaient passer des attelages indispensables pour le ravitaillement en cas de siège.

Protection Au titre des monuments historiques. : le porche d'entrée du est inscrit par arrêté du ; les façades et toitures du logis principal et des communs sont inscrites par arrêté du .

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie . .

Articles connexes Liste de châteaux et manoirs du Calvados Liste des monuments historiques de l'arrondissement de Bayeux Crépon

Liens externes

Bâtiments inscrits à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques

Rançonnière la Catégorie:Monument historique inscrit en 1927 Catégorie:Monument historique inscrit en 1970 Catégorie:Patrimoine du XVIIe siècle Rançonnière la