Meninx est un site archéologique tunisien situé sur la côte sud-est de l'île de Djerba, au débouché de la voie qui la relie au continent. Il s’étend sur deux kilomètres de long et huit cents mètres de large, une partie ayant probablement été submergée par la mer.

Il s'agissait à l'origine d'un comptoir commercial fondé par les Phéniciens. La cité a connu son apogée à l'époque romaine, lorsqu'elle est devenue le chef-lieu de l'île. La vie se poursuit dans la ville jusqu'à l'époque byzantine, au .

Témoignages anciens Il semble que le premier nom de la ville remonte à Menis, un nom qui pourrait faire référence à la rareté de l'eau sur l'île, avant de se transformer sous l'influence grecque en Meninx (), en accord avec un mot signifiant ..

La ville est mentionnée dans les écrits de plusieurs géographes et historiens anciens. L'île de Meninx apparaît dans un grand nombre de sources grecques et latines depuis l'époque homérique.

vignette|Gravure de Lotophages illustrant une édition de 1621 des Emblemata d'André Alciat.

Homère (VIIIe siècle av. J.-C., Ionie) raconte qu'Ulysse et ses hommes accostent au pays des Lotophages, où les habitants leur offrent le lotos qui fait oublier tout à celui qui la mange. Ulysse doit alors ramener ses hommes de force aux navires pour éviter qu'ils ne restent là pour toujours, IX..

Scylax (VIe siècle av. J.-C., Carie) mentionne une île appelée Brachion (Βραχείων) qui a une longueur de trois cents stades, et une largeur un peu moindre ; elle est distante du continent d’environ trois stades. Sur l’île pousse le lotus, que l’on mange, et un autre (arbre) dont on tire du vin. Le fruit du lotus a, par sa taille, celle d’un petit coing. On y produit aussi beaucoup d’huile à partir des oliviers. L’île porte une abondante récolte : blé et orge ; c’est une île fertile.

Théophraste, († 288 av. J.-C., Eresós) signale un fait important: l’armée d’Ophelas, en marche vers Carthage, dut subsister plusieurs jours grâce au lotos; il attribue en outre à l’île un nom par ailleurs inconnu, Bagis ou Pharide dans une autre source.

Ératosthène († 194 av. J.-C., Cyrène) l'appelle ..

Apollodore d'Athènes († 120 av. J.-C., Athènes) rapporte la même histoire, affirmant que le lotus est un fruit sucré qui fait oublier à celui qui le mange sur le chemin du retour..

Polybe († 120 av. J.-C., Mégalopolis) rapporte que deux consuls romains, et , arrivent sur l'île des Lotophages appelée Meninx, où leurs navires s'échouent en raison de la faible profondeur des eaux, ..

Tite-Live († 17 apr. J.-C., Padoue) rapporte que le consul Cnaeus Servilius Geminus attaque l'île de Meninx et la ravage avant de traverser vers l'Afrique, et que les habitants de Cercina lui versent dix talents d'argent pour éviter le même sort..

Strabon († 24 apr. J.-C., Amasée) indique que le peuple des mangeurs de lotus habite l'une des deux îles faisant face à la Petite Syrte, à savoir l'île de Meninx, ..

Pline l'Ancien († 79 apr. J.-C., Côme) décrit l'île de Meninx comme la plus célèbre des îles de cette mer, longue de vingt‑cinq milles et large de vingt‑deux, et affirme qu'elle comprend deux villes : Meninx () du côté faisant face à l'Afrique, et Thoarou Troasde l'autre côté. Il ajoute qu'elle est connue sous les noms de Zerbi et Jerba, dérivés du nom de Djerba, qui avait déjà remplacé celui de Meninx à l'époque d'Aurelius Victor.. Il indique également que la meilleure pourpre africaine provient de Meninx et des régions de la Gétulie voisines de l'océan..

Pomponius Mela (Iᵉʳ s. apr. J.-C., Espagne) mentionne que, face aux caps de la côte de la Petite Syrte, se trouvent les deux îles de Meninx et de Cercina, II, 7..

Le poète Silius Italicus († 101 apr. J.-C., Italie) affirme dans son épopée : ..

Plutarque († 125 apr. J.-C., Chéronée) mentionne que Caius Marius traverse la mer jusqu'à l'île de Meninx, où il apprend pour la première fois la nouvelle de la fuite de son fils avec Cethegus, ainsi que de son départ pour implorer l'assistance de Hiempsal, roi de Numidie, .. Solin rapporte pour sa part que la flotte romaine traverse sans encombre les hauts‑fonds de cette région et que Caius Marius se cache sur l'île de Meninx après avoir quitté les marais de Minturnes..

L'auteur anonyme du Stadiasmus Maris Magni (IIᵉ s. apr. J.-C.) indique que la distance entre l'île des mangeurs de lotus (Meninx) et l'île de Cercina est de 750 stades, que Strabon la considère comme la même île que celle mentionnée par Homère, et qu'elle possède un autel dédié à Ulysse ainsi que la plante de lotus elle‑même.. Il ajoute qu'il y a 150 stades entre Gergis et Meninx, que l'île se trouve à huit stades du continent, qu'elle comprend plusieurs villes, que celle‑ci est la métropole, et qu'on y trouve un autel dédié à Ulysse, le plus grand portant ce nom ; il mentionne également que l'île de Meninx est reliée au continent par un pont ou une digue de pierre..

Claude Ptolémée († 168 apr. J.-C., Alexandrie) mentionne l’île des Lotophages, dans laquelle se trouvent deux villes, dont Gérra (Γέρρα) et Meninx.

Sur la Table de Peutinger (IVᵉ–Vᵉ s. romain / copie médiévale), quatre villes seulement apparaissent : Uchim, Tipasa, Haribus et Girba , tandis que Meninx n’y figure pas.

Aurelius Victor (IVᵉ apr. J.-C. Afrique romaine) mentionne qu'Émilien d'origine maure, est né à Girba et proclamé empereur en 253 apr. J.-C.. et que Trébonien Galle et son fils Volusien sont proclamés empereurs sur l'île de Meninx, aujourd’hui appelée Girba..

Étienne de Byzance (VIᵉ s. apr. J.-C., Constantinople) indique que Meninx est une île proche des Syrtes, que son nom s'applique aussi à la ville, et que l'adjectif dérivé est Meninxios..

Historique des fouilles Edmond Pellissier de Reynaud signale en 1853 l’existence de ruines situées au sud‑est de l’île, qu’il décrit comme de simples amas confus de décombres. Certains membres de la famille Ben Ayed entreprennent alors de fouiller ces lieux afin d’en extraire des matériaux destinés à la construction d’une maison — aujourd’hui connue sous le nom de Ksar Ben Ayad — et mettent au jour plusieurs parties d’un vaste édifice, interprété comme un temple ou un palais, où le marbre apparaît en abondance. Les découvertes comprennent des fûts de colonnes, des chapiteaux, des frises richement décorées, des plaques de marbre destinées au parement des murs, deux statues colossales en marbre blanc sans tête — représentant un empereur et une impératrice — ainsi qu’une inscription gravée sur un piédestal..

En 1860, Victor Guérin décrit les vestiges d’une vaste cité entourée d’une enceinte d’environ cinq kilomètres de périmètre, comprenant un château fort, des citernes, des colonnes et des statues. Il note également que des visiteurs anglais emportent des marbres précieux provenant du site, tandis que le kaïd Saïd Ben Ayed utilise de beaux matériaux pour la construction de son palais..

En 1882, deux notes sont adressées à l’Académie des inscriptions et belles‑lettres par Marie Henry Charles Hussenet, médecin majeur résidant à Djerba. La première rend compte de fouilles menées dans les ruines de l’ancienne Meninx par un détachement du 78ᵉ de ligne, sous la supervision du lieutenant Le Hello, portant sur une basilique située à l’extrémité orientale du site, à environ 1 500 m d’un vaste temple.. La seconde note évoque deux édifices chrétiens de la Gaule situés à Girba (Meninx), attribués à l’époque romaine ou byzantine, et accompagnés de deux plans dressés par le lieutenant Le Hello..

En 1884, Charles-Joseph Tissot observe que l’île de Djerba fait l’objet de nombreuses visites et fouilles, et signale parmi les découvertes un grand baptistère en marbre, des statues en grès rouge ainsi qu’une mosaïque représentant quatre chevaux aux têtes ornées de panaches..

En 1885, Jean-Marie Brulard rapporte une légende selon laquelle le nom de Djerba proviendrait d’une statue en or très vénérée, découverte dans une église aujourd’hui en ruine à l’ouest d’El‑Kantara, à l’époque où la région était occupée par les Grecs. Il décrit également les ruines de Meninx, où subsistent quelques pans du mur d’enceinte, un bordj romain, des vestiges de bains, plusieurs citernes bien conservées et divers fragments d’édifices sacrés et profanes..

En 1888, le lieutenant Jean Servonnet et le Dr Fernand Lafitte reprennent ces observations et ajoutent qu’une grande partie des antiquités d’El‑Kantara, à demi enfouies dans le sable, a été récemment enlevée par l’aviso français d’Estrée puis transportée à Tunis pour le nouveau musée du Bardo. Parmi ces pièces figurent huit statues en marbre, dont deux monumentales, toutes mutilées et privées de leurs têtes, mains et pieds. Les habitants de Djerba rapportent qu’en 1862 ou 1863, des officiers anglais auraient détaché ces parties pour les emporter. Un baptistère byzantin est également transféré à La Goulette en 1884 par la canonnière L’Étendard.. Les blocs, déposés en vrac, demeurent sept ans sur place avant de pouvoir être transportés au Bardo..

Dans une Mosquée de Sedouikech, M. Hartmayer, contrôleur civil de Djerba, découvre une inscription sur deux fragments d’une plaque de marbre blanc sur laquelle est inscrit: «--- donis / militaribus] donato exped[itione] [Dacica prima h]astis puris III [uexillis III ---/---] sodali Augusta[li --- le]gato Augusti] pr[o praetore) [--- --- provinciae] Pannoniae super[ioris ------]: Meningitani»: Dédicace en l’honneur d’un légat et propréteur de la province de Pannonie supérieure, offerte par les cives Meningitani. Il s’agit vraisemblablement de L. Minicius Natalis, consul en 106 et légat de la IIIe légion Augustine entre 103 et 105. Ce texte est jusqu’ici le seul à mentionner le nom des habitants de la ville de Meninx : Meningitani. 

En 1901, Eugène Sadoux mène le dégagement des parties essentielles d’une vaste basilique ornée de mosaïques, celle dont provient aujourd’hui le baptistère cruciforme conservé au musée du Bardo. Il met également au jour une seconde église chrétienne, plus modeste. Au fil de ses travaux, il identifie plusieurs installations hydrauliques romaines d’un type encore inconnu dans la région. Il explore aussi un grand caveau funéraire creusé directement dans le tuf, doté d’une colonnade intérieure, qu’il estime remonter à l’époque punique* .

Entre 1892 et 1904, Paul Gauckler entreprend probablement les premières fouilles systématiques à Meninx, notamment le déblaiement sommaire des deux basiliques chrétiennes, et publie deux planches représentant les églises de Henchir El Kanatara (Meninx) et de Henchir Boumerdes..

En 1908, François Gendre observe que les ruines de l’antique Meninx livrent de nombreux fragments de marbre — chapiteaux, corniches, colonnes, statues — ainsi qu’un ensemble important de citernes, dont certaines réaménagées, des traces de mosaïques et les vestiges d’une basilique..

En 1942, Paul-Marie Duval reprend les fouilles et constate l’absence de remparts. Il identifie les ruines de deux thermes, un amphithéâtre situé à 400 m de la ville, deux basiliques grossièrement déblayées auparavant par Gauckler, ainsi qu’une vaste esplanade probablement liée au forum. Il rappelle qu’en 1901, huit piliers sculptés en calcaire rosé ont été transportés au musée du Bardo. Les fouilles mettent également au jour divers fragments architectoniques remarquables par leur matière, leurs couleurs et leur décor, dont une rangée de douze colonnes — six encore en place —, des éléments de deux corniches et cinq fragments représentant des personnages adossés à des piliers, très probablement des « barbares »..