Histoire de la ville et du port de Cesenatico, dans la province de Forlì-Cesena, dans la région d'Émilie-Romagne en Italie.
Préhistoire De nombreuses traces sur le passé de ce territoire ont été retrouvées qui permettent de reconstruire l’histoire qui remonte jusqu’à une période très ancienne.
Le territoire autour de Cesenatico devait se présenter, il y a environ ans, comme une lagune étendue où des zones saumâtres s'alternaient avec des zones marécageuses d'eau douce. Des traces d'une présence humaine dans la zone de Montaletto, à peu de kilomètres de l'actuel Cesenatico, très probablement un campement de bergers de l'âge du bronze remontant environ à - ans Des restes d’un grand foyer et des poteries étrusques ont été découverts entre les hameaux de Bagnarola et Macerone.
Traces plus consistantes, d'œuvres humaines, à partir du , surtout celles appartenant à des repères (briques, tombe, ustensiles) qui confirment la présence romaine dans l'actuelle localité de Borella qui, sous le nom de Ad Novas, fut probablement l'ancêtre de Cesenatico.
Situation pré-romaine La Romagne d’alors était terre de conquête. De là, partaient et vivaient de nombreuses populations qui donnaient vie à des trafics et échanges commerciaux. Les villes maritimes de Adria, Ancône (Italie), Spina et Ravenne voient la présence de populations provenant de la Grande-Grèce, qui commerçaient céramiques et produits de la mer. Les Ombriens par contre s’établirent plus en amont et donnèrent vie à Sassina qui deviendra ensuite Sarsina. Les Romains sont présents surtout au centre sud et colonisèrent les bords plus méridionaux de la Romagne après la première politique d'expansion entamée à la naissance de Rome. Les Gaulois par contre, peuple de cultivateurs à la recherche de nouvelles terres, occupèrent la zone septentrionale en faisant alliance avec les Ombriens, Étrusques pour tenter de contenir l'expansion des Romains.
Époque romaine Cesenatico dans ce contexte est seulement le très petit centre hors des routes commerciales principales et non "protégé" par Cesena qui doit encore être fondé. Au la romanisation de la Romagne subit un fort accroissement grâce aux apports de Rome dans la première guerre punique qui voit la consolidation des frontières méridionales en permettant aux Romains de se concentrer au nord, et spécialement dans cette zone où les Gallo-Étrusques se concentrent en masse et constituent un sérieux problème tant pour la sûreté que pour l'expansion militaire. Les Romains, de fait, fondent Ariminum (Rimini) pour tenir en respect les populations ennemies de la haute Romagne et jettent la première pierre pour la réorganisation territoriale de cette zone. La bataille de Sentinum de 295 représente le tremplin de lancement pour la conquête romaine. Sarsina est annexée à Rome, pendant que colons sont transférés dans l'avant-poste d'Ariminum, aplanissent des collines, bonifient des vastes aires agricoles, abattent des bois (peut-être une partie de l'ancienne forêt Litana), construisent des routes et une d'elles représentera la frontière entre Rome et les Gaulois. Les historiens ne savent pas préciser si la susdite ligne de frontière peut être identifiée avec la via Popilia (actuelle route SS 16 Adriatique) ou si c’était une route plus ancienne qui en remontant la côte, entrait dans les terres dans la zone de l'actuel Pisignano (hameau de Cervia). L'hypothèse plus crédible est qu'il y avait deux routes et qu'elles étaient parcourues selon leur état, ou selon les conditions climatiques.
Ad Novas
La première indication relative à « Ad Novas » se trouve sur la fameuse Tabula Peutingeriana dont la datation est située entre le et le . Sur cette table, entre les étapes de Sabis et Rubico, le long de la via Popilia, de Ravenne à Rimini, 'Ad Novas ' coïncide à peu près avec le centre de Cesenatico. Les indices retrouvés ne donnent pas d’indication précise sur les dates, sauf qu’il est établi que Ad Novas Tabernas Cossuttianas était un lieu de changement de chevaux, un lieu de restauration et de repos ; et donc posté sur une grande voie de communication. Les Romains prirent le contrôle de la zone après avoir balayé la population gauloise et étrusque. Zone qui resta en paix jusqu'au , où l’empire commença à être bouleversé par les invasions barbares. Procope de Césarée, historien byzantin du , dans ses récits de la guerre entre l’empereur Justinien et les Goths, le général Narsès (522-53) descendant vers Ravenne pour aider le roi Totila contre les troupes byzantines, connu de grandes difficultés pour avancer dans cette zone très marécageuse située entre Ravenne et Rimini. Zone occupée par quelques habitations sur des terres surélevées du rivage adriatiquePROCOPIO, le guerre persiana, vandala, gotica, Torino, 1977, p.740. Une autre indication est fournie par l’historien Andrea Agnello (Ravenne,801-850) dans son livre Liber pontificalis ecclesiae ravennatis, livre pontifical de l’Église de Ravenne (basé sur le Liber Pontificalis) qui relate les polémiques entre l’Église de Ravenne et l’Église Pontificale, ainsi que les relevés sur la topographie et les principaux monuments de la province.
Décadence L'aristocratie romaine exerce encore la fonction administrative de l'Empire d'occident mais militairement et politiquement ce sont les barbares qui font la loi jusqu’à ce qu'une épidémie de peste donne le coup de grâce à ce qui reste de l'empire romain en provoquant le recul démographique, civil, culturel, économique de toute l'Europe et l'Italie. Les villes se dépeuplent, les petits centres ainsi que les Villas deviennent des amas de ruines. Nous avons la situation d'une Italie retombée ans en arrière avec des groupes disparates d'individus qui pratiquent une agriculture de subsistance. L’Évêque de Ravenne, Martino, en 818 environ écrivit « là où un temps était une ville maintenant détruite » : Ad Novas .
Domaine de l’Église Pépin le Bref (715-768) en accord avec l'Église, occupe l'Italie septentrionale en mettant les terres romagnoles au service de l'Église de Ravenne et de fait en sanctionnant le pouvoir temporel pontifical qui durera jusqu'au siècle passé.
Ravenne, capitale de l’Exarchat, connaît la période de plus grande splendeur sous les Byzantins et les terres autour du futur Cesenatico tombent sous sa domination. Avec l'an 1000 on ferme finalement la longue parenthèse médiévale et on assiste à une nouvelle période de développement. La population augmente, les phases commerciales aussi, les Communes font leur entrée dans l'histoire jetant les bases de la Renaissance (Rinascimento) ; ceux-ci sont des temps dans lesquels, au travers d’accords, de batailles et de mariages, les Communes cherchent à augmenter leurs possessions territoriales. Il en fut ainsi pour Cesena, qui dans la recherche d'un port le trouva en celui de Cervia, mais de fait sous la domination de Ravenne il ne fut pas possible de l'arracher, on pensa alors descendre au sud et, ainsi, fut trouvé une zone postée juste à la frontière avec les possessions de Rimini.
Les enjeux L’extinction des Comtes de Bertinoro, pousse Cesena à plus d’autonomie politique vis-à-vis de ses deux voisines Ravenne et Rimini. Au début du , l’expansion de la commune de Cesena impose de disposer d’une ouverture directe sur la mer et de ne plus dépendre des ports de ses deux voisines, par où transite le fret maritime. De plus, le besoin vital en sel pousse Cesena à assiéger Cervia et annexer les salines en 1201. Le conflit de frontière qui s’ensuivit, malgré l’intervention en 1205 de Uberto Visconte podestat de Bologne, dura tout le siècle. En 1288, un accord de frontière est ébauché entre Cesena et Rimini, puis en 1288 entre Cesena et Ravenne ; pour se conclure définitivement en 1302Annales Caesenates, 1122.
Porto Cesenatico En 1302, le 5 septembre, les habitants de Cesenatico commencèrent les travaux de construction d'une forteresse sur le rivage de la mer. Rimini chercha à l'en empêcher et le 22 octobre de la même année, Frédéric III de Montefeltro, Uguccione della Faggiuola et Bernardino da Polenta attaquèrent Cesena, en pillant les zones agricoles et, une fois arrivé à la mer, assiégèrent et détruisirent la forteresse. Les projets du port de Cesena furent renvoyés et reprirent en 1314 sous le gouvernement de Ostansio Capitano et Guido Novello da Polenta, pour se terminer le 10 août de la même année. Ainsi naît le port de Cesena en ajoutant le suffixe – « ittico » pour devenir « Cesenatico ».
La construction de ce port est une vive concurrence pour Cervia qui, profitant de la présence de la Papauté à Avignon (1305-1377), conclut un accord avec Venise (à qui elle fournissait le sel) stipulant de ne livrer des marchandises à Cesena que par le port de Cervia, tant qu’un accord ne soit conclu entre les deux cités. Ce n’est que le 11 avril 1320, qu’une bulle du pape Jean XXII confirme la libre construction du port et de la forteresse de Cesenatico.
La population En 1371, la population de Cesenatico ne compte qu’environ 70 habitants et Cesena , à cause de la dépression démographique due à l’épidémie de peste, la famine et aux nombreux tremblements de terre.
Ère des grandes familles Le futur du port ne fut pas radieux, au moins dans les premières années. Les batailles intestines entre les familles nobles indifférentes à la papauté (résidente en France à cette époque) et l'Église qui faisait de tout pour maintenir le pouvoir, engendrèrent en Romagne des représailles et des opérations militaires contre le port de Cesena pour "punir" la ville rebelle. Dans un premier temps, le port et la forteresse furent détruits en 1328 par Francesco I Ordelaffi (alias "Cecco"), réédifié dans la même année, mais le port fut rouvert seulement 6 ans plus tard lorsqu’à Cesena régna Francesco II Ordelaffi.
Mais en 1356, le Cardinal Albornoz fut envoyé avec comme tâche primaire de ramener (non seulement formellement) les terres de Romagne sous la domination de l'Église. Albornoz avec Gianciotto Malatesta conquiert le port de Cesenatico en détruisant les jetées et en le rendant inutilisable. En 1382 le port reprit ses fonctions primaires, mais en 1415, capitulera de nouveau sous les coups de Braccio da Montone. Pour comprendre combien fut stratégique le port de Cesenatico nous devons tenir compte qui la ville voisine de Cervia fit de grosses pressions sur les Vénitiens pour obtenir l'exclusivité du commerce du sel, préoccupés de l'encombrante présence de cette ville rivale, où on note la présence de magasins affectés au stockage de marchandises propriété de commerçants toscans (marque que le port était connu même à de grandes distances). En effet, Cervia étant passé sous domination vénitienne, il devint nécessaire pour Cesena d’implanter ses propres salines sur le territoire de Cesenatico.
Le port connaît une période de relative prospérité pendant le règne des Malatesti, mais les problèmes ne tardent guère à arriver, d'abord la nouvelle destruction en 1415, ensuite le progressif ensablement qui ne permettait pas aux bateaux d'entrer dans le port. Ce dernier problème fut finalement résolu avec la construction de 2 quais qui limitèrent l'ensablement du canal d'entrée au port. L’entretien et le désensablement du port et des salines rendirent nécessaire la déviation du torrent Pisciatello qui, en 1496, rejoignit les eaux du torrent Fiumicino à Gatteo.
César Borgia Pour mettre fin aux rébellions et aux rivalités entre les grandes familles, ainsi qu’aux attaques venues de l’étranger, le pape Alexandre VI (1492-1503) charge son fils César Borgia de ramener l’ordre en Romagne et, avec l’aide des troupes de Louis XII, occupe Imola, Forlì, puis le 31 juillet 1500 la cité de Cesena. Avec la venue au pouvoir de César Borgia (alias Valentino) la Romagne entra dans une phase de progressive restructuration.