Molenbeek-Saint-Jean (prononcé ; en néerlandais : ; en bruxellois : ), couramment appelée Molenbeek, est l'une des 19 communes bilingues de la région de Bruxelles-Capitale en Belgique. Située dans l'ouest de la région, la commune est bordée par la ville de Bruxelles, dont elle est séparée par le canal Charleroi-Bruxelles, les communes bruxelloises d'Anderlecht, Berchem-Sainte-Agathe, Jette et Koekelberg, ainsi que par la commune flamande de Dilbeek. Le ruisseau Molenbeek, d'où elle tire son nom, traverse la commune. Ses habitants sont appelés les Molenbeekois.
Depuis ses origines au Moyen Âge jusqu'au , Molenbeek était un village rural à la périphérie de Bruxelles. Au tournant du , celui-ci connut une croissance importante provoquée par l'essor du commerce et de l'industrie pendant la révolution industrielle. Sa prospérité déclina après la Seconde Guerre mondiale, en raison de la désindustrialisation, entraînant d'importants plans d'investissement et de régénération. Connaissant un fort mouvement d'immigration, principalement marocaine, à partir des années 1950 et 1960, Molenbeek est devenue progressivement multiculturelle avec une population musulmane importante. Dans les années 2010, la commune a acquis une notoriété médiatique mondiale en tant que base pour les terroristes islamistes ayant mené des attentats à Paris (2015) et à Bruxelles (2016).
Molenbeek est une commune principalement résidentielle composée de plusieurs quartiers historiquement et architecturalement distincts. Au , la commune comptait habitantshttps://view.officeapps.live.com/op/view.aspx?src=https%3A%2F%2Fstatbel.fgov.be%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Ffiles%2Fdocuments%2Fbevolking%2F5.1%2520Structuur%2520van%2520de%2520bevolking%2FPopulation_par_commune.xlsx&wdOrigin=BROWSELINK. La superficie totale est de , ce qui donne une densité de population de , soit le double de la moyenne bruxelloise. Sa partie supérieure est plus verte et moins densément peuplée.
Étymologie Le nom Molenbeek dérive de deux mots néerlandais : molen, signifiant « moulin », et beek, signifiant « ruisseau »Anne-Cécile Wagner, Molenbeek entre moulins et ruisseau, Le Soir, 15 juillet 2005. Il provient du nom du ruisseau homonyme aujourd'hui voûté, sur lequel se trouvaient des moulins à eau, et pourrait être littéralement traduit en français en « ruisseau du moulin » ou « ruisseau des moulins »... C'est un nom très courant pour les ruisseaux aux Pays-Bas et en Belgique, comme le Molenbeek (Erpe-Mere Bovenschelde), ainsi que le Molenbeek-Ter Erpenbeek, tous deux dans le Denderstreek, en Flandre.
vignette|gauche|Le village de Molenbeek (orthographié « Meulebeeck ») sur la carte de Ferraris, .
Bien qu'appliqué d'abord au ruisseau qui traversait le village, le nom Molenbeek (orthographié à l'origine Molembecca) finit par être utilisé pour désigner le village lui-même, vers l'an 985. Le suffixe Saint-Jean en français, ou Sint-Jans en néerlandais, fait référence au saint patron de la paroisse principale de la commune, Saint Jean-Baptiste. Ce suffixe est toutefois rarement utilisé dans le langage courant, les habitants d'aujourd'hui, qu'ils soient francophones ou néerlandophones, raccourcissant généralement le nom en simplement Molenbeek.
Histoire Débuts ruraux Dès le , Molenbeek abrite une église dédiée à Saint Jean-Baptiste. Les limites paroissiales de l'église Saint-Jean sont beaucoup plus étendues qu'aujourd'hui, s'étendant jusqu'à la Senne, et à partir de la fin du , comprennent une chapelle dédiée à Sainte Catherine. Cette chapelle est séparée du reste de la paroisse à la suite de la construction des murs de la ville de Bruxelles et devient progressivement l'actuelle église Sainte-Catherine dans le centre de Bruxelles. La première mention documentée de Molenbeek date du dans une bulle pontificale du pape Alexandre III répertoriant les biens du chapitre de la collégiale Saints-Michel-et-Gudule (aujourd'hui cathédrale) à Bruxelles, qui comprenait l'église Saint-Jean, ainsi que d'autres biens. Le béguinage de Bruxelles, fondé avant 1247 hors des murs de la ville, dépend à cette époque également de Molenbeek.
vignette|gauche|Les danseurs de la Saint-Jean (1592) de Pieter Brueghel le Jeune.
Au début du Moyen Âge, le village rural fournit Bruxelles en produits agricoles. Il est pendant des siècles un lieu de pèlerinage dû à la présence d'une source de sainte Gertrude de Nivelles, la mythique fondatrice de l'abbaye de Nivelles, considérée comme miraculeuse« Molenbeek, de sainte Gertrude au djihadisme », Thierry Buron, Conflits, 9, avril - mai - <, p.80-82. Selon la légende, elle a visité Molenbeek, offrant le terrain sur lequel la première église du village a été construite, et aurait fait jaillir cette source sacrée en enfonçant sa crosse d'abbesse dans le sol près de l'église. Plus tard, la tradition d'un pèlerinage pour les patients souffrant d'épilepsie se développe autour de l'église Saint-Jean. Le jour de la Saint-Jean (), une procession dansante a lieu, au cours de laquelle les épileptiques peuvent être libérés de leur maladie pendant un an s'ils franchissent un pont enjambant le ruisseau Molenbeek en direction de l'église sans que leurs pieds ne touchent le sol. Un tableau de Pieter Brueghel le Jeune, datant de 1592, illustre cette procession.
Molenbeek est annexée par Bruxelles au . Par conséquent, le village agricole perd une grande partie de ses terres au profit de son plus puissant voisin. En outre, son église principale est démantelée en 1578 pendant une période de domination calviniste à Bruxelles, entraînant un nouveau déclin, bien qu'elle soit ensuite reconstruite au même endroit. Son caractère demeure essentiellement rural jusqu'au .
Industrialisation À la fin du , la révolution industrielle apporte la prospérité à Molenbeek à travers le commerce et l'industrie. En 1785, la commune retrouve son statut de commune indépendante. À cette époque, Molenbeek connaît une première vague d'urbanisation avec l'apparition de rues dans les quartiers à l'ouest immédiat de la ville de Bruxelles, telles que la rue de la Borne, la rue de la Colonne, la rue Fin, et l’actuelle rue Brunfaut.
vignette|droite|Vue de Bruxelles depuis Molenbeek le long du canal Charleroi-Bruxelles, v. 1855.
Durant le premier quart du , plusieurs centaines d'ouvriers sont employés dans les industries chimiques et textiles de Molenbeek. Au total, il existe cinquante entreprises à Molenbeek en 1829. L’ouverture du premier canal entre Bruxelles et Charleroi en 1832 fait largement augmenter le trafic de charbon à Molenbeek, et donc la mécanisation de l'industrie, ce qui entraîne le développement de fonderies, d'entreprises d'ingénierie et de métallurgie dans la commune.
vignette|gauche| [Les ramasseurs d'ordures], Eugène Laermans (1914), avec Molenbeek comme décor.
La croissance démographique se poursuit tout au long du . Attirés par les opportunités industrielles, de nombreux travailleurs s'y installent, d'abord provenant des autres provinces belges (principalement des ruraux originaires de Flandre) et de France, puis d'Europe du Sud, et plus récemment des pays d'Europe de l'Est et d'Afrique. Elle acquiert alors le surnom de « Petit Manchester » ou « Manchester belge » en référence à la ville du nord de l'Angleterre qui a mené l'histoire de l'industrialisation. En 1835, Molenbeek est le point de départ du premier train pour passagers sur le continent européen. À la fin du , Bruxelles réintègre le territoire du canal au sein de son nouveau port, qui est ainsi perdu au profit de Molenbeek.
En 1897, la ville de Bruxelles annexe la zone portuaire de Tour et Taxis ; Molenbeek perd à ce moment une partie de son territoire, de même que Laeken. Cette dernière sera définitivement rattachée à la capitale belge quelques années plus tard Gemeentelijk Ontwikkelplan.
Jusqu'au début du , Molenbeek est une banlieue en plein essor qui attire une importante population ouvrière. De remarquables nouveaux aménagements urbains et cités-jardins tels que la Cité Diongre sont construits à cette époque pour accueillir l'afflux de nouveaux arrivants. L'église Saint-Jean-Baptiste est également reconstruite entre 1930 et 1932 dans le style Art déco pour accueillir cette population croissante. Le déclin industriel, cependant, qui débute déjà avant la Première Guerre mondiale, s'accélère après la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale.
vignette|Tour L'Écluse sur le boulevard Louis Mettewie.
À la suite du déclin industriel d'après-guerre, commence alors le dépeuplement des quartiers limitrophes de la ville de Bruxelles. Une grande partie de la population ouvrière belge d'origine, lorsque ses moyens financiers le lui permettent, quitte le bas-Molenbeek pour la seconde couronne bruxelloise en plein développement. Dans cette partie basse de la ville, de nouvelles populations immigrées s'installent, créant le tissu urbain actuel formé de quartiers industrieux aux échoppes colorées, souvent animées par une population essentiellement allochtone. Le dépeuplement n'est compensé qu'à partir des années 1960 par la construction de nouvelles zones résidentielles dans l'ouest rural de la commune. En 1990, cette expansion est arrêtée, laissant quelques bois et prairies à Molenbeek tels que le site semi-naturel du Scheutbos.. Dans cette partie haute, la commune offre de ce fait un paysage urbanistique plus résidentiel et bordé d'espaces verts.
vignette|gauche|Projet Bonne-Mariemont sur le quai de Mariemont.
Là où Molenbeek était autrefois un centre d'activité industrielle intense, concentrée autour du canal et du chemin de fer, la plupart de ces industries ont disparu pour faire place à un renouvellement urbain à grande échelle basé sur la Charte moderniste d'Athènes, tels que la tour L'Écluse le long du boulevard Louis Mettewie dans la partie haute de la commune et la tour Brunfaut près du canal. De plus, les travaux de dégagement pour l'extension du métro dans les années 1970 et 1980 ont entraîné de nouvelles destructions. Malgré cela, Molenbeek a conservé son caractère jusqu'à ce jour. Ce passé industriel est encore commémoré au Musée bruxellois de l'industrie et du travail La Fonderie, construit sur le site de l'ancienne fonderie de la Compagnie des Bronzes de Bruxelles.
Héraldique
Géographie physique et humaine Localisation Molenbeek-Saint-Jean est située dans la partie centrale de la Belgique, à environ 110 kilomètres de la côte belge et à environ 180 km de la pointe sud du pays. La commune est située au cœur du , à environ 45 km au sud d'Anvers (Flandre) et à 50 km au nord de Charleroi (Wallonie). C'est la troisième commune la plus occidentale de la Région de Bruxelles-Capitale après Anderlecht et Berchem-Sainte-Agathe. Avec une superficie de , c'est aussi une commune relativement petite de la région, se classant onzième sur dix-neuf. Elle est bordée par les communes bruxelloises d'Anderlecht, Berchem-Sainte-Agathe, Jette et Koekelberg, ainsi que par la commune flamande de Dilbeek.
Réseau fluvial vignette|droite|redresse|Carte de 1550. On voit dans le haut de l'image une partie du cours du Molenbeek, qui serpente d'ouest en est entre les Étangs Noirs et une espèce d'étang situé à l'intérieur des remparts de Bruxelles, d'où il repart ensuite vers le nord.
Molenbeek est sur le parcours du deuxième plus grand axe du réseau belge des voies navigables, c'est-à-dire l'axe Anvers-Bruxelles-Charleroi par l'Escaut maritime, le canal maritime et le canal Charleroi-Bruxelles.
Quartiers