L’origine familiale de saint Arnulf, évêque de Metz, premier membre connu de la famille des Arnulfiens et plus ancien ancêtre connu de Charlemagne constitue une interrogation formulée depuis l'accession de Charlemagne et non totalement résolue aujourd'hui.

Évolution de la documentation Aucun document contemporain ne précise l'ascendance de saint Arnulf (v. 582 † 640). Les premiers Carolingiens, tenant leur pouvoir des premiers Pépinides, ont plutôt délaissé leur ascendance agnatique (en lignée mâle : saint Arnulf, père d'Ansegisel/Anchise) et privilégié l'ascendance pépinide (en lignée féminine : Pépin l'Ancien, père de Begga). Seule l'ascendance jusqu'à Ansegisel fait partie des certitudes et est étayée par des documents contemporains. La filiation entre saint Arnulf et Ansegisel est mentionnée un siècle et demi après, par Paul Diacre et relève de la quasi-certitude..

Les documents ultérieurs qui parlent de l'ascendance de saint Arnulf sont les suivants. : La Vita Colombani (v. 650) : .

La Vita Arnulfi (v. 650) : . Le continuateur de Frédégaire (v. 750) : .. Paul Diacre, dans Liber de Episcoporum Mettensium (v. 783) : À noter que si Paul Diacre se contente de faire le rapprochement entre Arnoald et saint Arnoulf sans chercher à leur trouver un lien de parenté..

La Commemoratio genealogiae domni Karoli gloriossimi imperatoris (v.810) : .. Cette généalogie est ensuite reprise par des continuateurs, avec l'ajout des nouvelles générations issues de Charlemagne.

La Commemoratio genealogia domni Arnulfi episcopi et confessoris Christi (v.840 ou 855) reprend la généalogie de la Commemoratio genealogiae domni Karoli gloriossimi imperatoris en ajoutant à Ansbert des frères, comme Agilulf, évêque de Metz, et leurs descendants.. Cette généalogie est également reprise par des continuateurs.

Un manuscrit, rédigé vers 840-855 à l'abbaye de Fontenelle : ..

La Genealogia regum Francorum (v. 870) : . Cette variante de la Commemoratio genealogiae domni Karoli gloriossimi imperatoris cherche à identifier Blithildis(Bilichildis) non comme une fille de , mais comme une fille de Généalogie de sur le site Medieval Lands et une sœur de , malgré l'impossibilité chronologique de cette proposition (saint Arnulf est un contemporain de , et ne peut donc pas être son arrière-petit-fils).

La Vita Clodulfi (v. 875) : .

Ummo dans sa Vita Arnulfi () : .

Un manuscrit anglo-saxon de la fin du ou du début du : . Une variante donne une version différente à partir de Gripho : .

La Vita Gundulfi () : .

Aegidius d'Orval (v. 1250) : .

La synthèse de toute cette documentation est que les premiers auteurs ne font que constater leur ignorance à propos de l'ascendance de saint Arnulf, se bornant à rappeler son origine dans la plus haute noblesse franque. Puis apparaissent, un siècle et demi après la mort du saint, des généalogies qui sont complétées au cours du temps, d'une part avec les membres des nouvelles générations, et d'autre part avec des ajouts sur les premières générations.

Positions des historiens par rapport à ces généalogies Très rapidement, les historiographes ont adopté la thèse faisant de saint Arnulf († v. 640/646) un fils d'Arnoald († 611) — deux évêques de Metz — qui a longtemps été universellement admise. Au , un historien rapproche la Commemoratio genealogia domni Arnulfi episcopi et confessoris Christi évoquant saint Firmin, évêque d'Uzès et frère d'Ansbert le sénateur, des Actae Firmini () donnant un Ferréol comme père de saint Firmin et le rattachant, au moyen d'autres documents, à l'empereur romain Avitus. Ainsi apparaît une nouvelle préoccupation, celle de relier les empires romain et carolingien, qui était jusqu'alors totalement inconnue des auteurs médiévaux.

Ce n'est que pendant le et au début du que la critique historique moderne a contesté cette thèse, notamment par les travaux de .. Reprenant les incohérences des généalogies, entre elles et avec d'autres documents contemporains, il en déduit la fausseté et conclut par le rejet pur et simple de toutes les généalogies pré-carolingiennes. Son attitude, qui a prévalu durant le , est encore suivie par la plupart des historiens actuels..

Mais le travail de Louis Saltet n'est pas exempt de faiblesses et, même s'il met en évidence les erreurs et contradictions, se borne à des affirmations concernant les méthodes d'élaboration de ces généalogies et des motivations des auteurs, sans les justifier. De plus il ne s'est intéressé qu'aux généalogies messines sans se préoccuper des généalogies de Fontenelle. En 1986, Jörg Jarnut a entrepris de reprendre l'étude critique des fausses généalogies carolingiennes.. Pour lui, le travail des faussaires du Moyen Âge consiste plus à interpoler des documents authentiques qu'à inventer des généalogies. Il affirme donc que les généalogies messines se basent sur des interpolations et des interprétations de documents authentiques, qui étaient disponibles à l'évêché de Metz au .

Différentes généalogies L'étude des fausses généalogies carolingiennes entraîne leur répartition en deux groupes distincts : les généalogies dites messines, qui furent établies par les scribes de l'évêché de Metz vers 810 et affirment que saint Arnulf est fils d'Arnoald, les généalogies dites de Fontenelle, qui affirment que saint Arnulf est fils de Bodogisel. Au , Aegidius d'Orval est le premier à identifier Bodogisel et Arnoald comme un seul personnage, afin de concilier ces deux groupes de généalogies.

Hypothèse messine : Arnulf est fils d'Arnoald Les généalogies dites messines sont ainsi nommées car elles présentent une ascendance des Carolingiens parmi les évêques de Metz des . Elles ont la particularité de faire d'Arnoald, évêque de Metz, le père de saint Arnulf. Le premier de ces documents est la Commemoratio genealogiae domni Karoli gloriossimi imperatoris, rédigée vers 810, et probablement issu du scriptorium de l'évêché de Metz.

Elle répond à plusieurs impératifs politiques. : légitimer les Carolingiens en les faisant descendre des Mérovingiens, présenter les Carolingiens comme l'union des peuples francs et gallo-romains à travers le mariage d'Ansbert le sénateur ( siècle) et de Blithildis (Bilichildis). faire rejaillir une partie de la gloire impériale sur le diocèse de Metz, terre d'origine des Carolingiens.

Mais ces généalogies présentent des graves défauts : saint Arnulf est toujours présenté comme un Franc, alors qu'Ansbert est de race sénatoriale (i.e. gallo-romain), Blithildis (Bilichildis), fille de , est inconnue de Grégoire de Tours qui a pourtant dressé une liste exhaustive des enfants de ce roiGrégoire de Tours, Histoires, , pour la liste des enfants de , dans laquelle Blithildis est absente. Heinrich Eduard Bonnel (Die Anfänge des karolinggishen Hauses, Berlin, 1866) et Elphège Vacandard (« Vie de Saint Ouen, évêque de Rouen (641-684) », in Études d'Histoire Mérovingiennes, Paris, 1902) considèrent que Grégoire de Tours, issu de la noblesse sénatoriale, n'aurait pas manqué de signaler le mariage d'un sénateur avec une princesse mérovingienne ..

En 1986, Jörg Jarnut reprend complètement l'étude et l'analyse de la Commemoratio genealogiae domni Karoli gloriossimi imperatoris et classe les différentes informations généalogiques en quatre catégories : les informations authentiques, car confirmées par d'autres sources, les informations fausses, car infirmées après la confrontation avec d'autres sources contemporaines, les autres informations, que la confrontation avec la documentation contemporaine ne permet ni de les confirmer ni de les infirmer. Il y a deux sortes de ces informations : celles qui ajoutent à la gloire des évêques de Metz ou des Carolingiens et sont de ce fait considérées comme suspectes, celles qui n'apportent rien excepté des noms, et sont jugées comme probables.

Comme il est dit plus haut, Jarnut estime que le travail des faussaires du Moyen Âge consiste plus à interpoler des documents authentiques qu'à inventer des généalogies. Pour lui, les généalogies messines se basent sur des interpolations et des interprétations de documents authentiques, qui étaient disponibles à l'évêché de Metz au . Surtout, elles commencent à être rédigées à peine deux siècles après, et il faut qu'elles ne contredisent pas les connaissances de l'époque si l'auteur ne veut pas les voir rejeter comme fausses ou erronées. La suite du travail de Jarnut consiste donc à expliquer les raisons des différentes erreurs que contiennent les généalogies messines.

Concernant la filiation entre Arnoald et Arnulf, il pense que les auteurs des généalogies se sont servis d'un document qualifiant Clodulf, fils d'Arnould, de nepos d'Arnoald. Traduisant nepos par petit-fils, il en ont conclu qu'Arnoald était le père d'Arnulf, malgré les origines ethniques différentes des deux hommes. Mais nepos a en fait plusieurs sens possibles : « petit-fils », « neveu » ou « petit-neveu ». Le sens de neveu étant chronologiquement improbable, il reste deux possibilités. : Clodulf est un petit-neveu d'Arnoald par la mère d'Arnulf, qui serait une sœur d'Arnoald. Cette hypothèse est étayée par l'onomastique, qui considère que le prénom Arnulf (arn-ulf) est formé de racines issues d'Arnoald (arn-oald) et d'Agilulf (agil-ulf). Clodulf est un petit-fils d'Arnoald par sa mère, qui serait Doda selon la Vita Arnulfi (). Cette thèse est également soutenue par l'onomastique, Doda étant le prénom d'une sœur d'Ansbert et d'Agilulf. L'étude des généalogies de Fontenelle montre que le prénom d'Arnulf peut s'expliquer autrement. Finalement, l'analyse de Jarnut permet de dresser le tableau suivant :

Hypothèse de Fontenelle : Arnulf est fils de Bodogisel Une autre tradition, distincte des généalogies messines, se perpétue depuis le Moyen Âge. Le premier d'entre eux est un manuscrit, rédigé vers 840-855 à l'abbaye de Fontenelle qui dit que . Par rapport aux deux Commemoratio messines, il donne un patronyme d'Arnulf différent et donne au fils d'Arnulf le nom correct d'Ansgisus, contre Anchise. C'est l'indice que l'origine des informations des généalogies de Fontenelle est distincte de celle des informations des généalogies messines. En effet, le fondateur de l'abbaye de Fontenelle, saint Wandrille († 668), est un parent proche de saint Arnoulf († v. 640/646), et l'abbaye disposait probablement de documents authentiques qui ont servi de base au manuscrit..

Un manuscrit anglo-saxon de la fin du ou du début du affirme que . Cette version qui donne des informations en contradiction avec la thèse messine, qui était alors communément admise, ne risque pas de favoriser les buts d'un faussaire. Il faut donc voir dans ce manuscrit la transcription d'une tradition qui s'est transmise de manière distincte, mais malheureusement de manière imparfaite, car on peine à reconnaître certains noms Aodulf pour Arnulf, ou Lodupigus pour Louis ou Clovis.

La Vita Gundulfi () : . On peut faire la même remarque que pour le manuscrit anglo-saxon, à savoir qu'un document autant en contradiction avec la thèse officielle ne peut servir un faussaire, et que la Vita Gundulfi apparaît également comme la transcription d'une tradition qui s'est transmise de manière distincte.

Même si cette thèse est le plus souvent écartée par les historiens médiévaux, le duc d'Épernon a publié en 1683 une généalogie reprenant ces informations. Plus récemment, Joseph Depoin a repris en compte cette tradition., mais son manque de méthodologie a incité les historiens à ne pas tenir compte de ce texte..

Bodogisel : quatre Bodogisel sont connus à la fin du , et le seul qui peut s'identifier au père de saint Arnulf est un noble austrasien, frère du duc Babon et fils de Mummolin, comte à Soissons. Envoyé en ambassade à Constantinople en 589, il s'arrête à Carthage où la populace le massacre. Son frère Babon est connu pour avoir également été envoyé en ambassade à Constantinople en 585..