vignette|Une caricature antivaccination par James Gillray en 1802 : La variole de la vache ou les effets merveilleux de la nouvelle inoculation ! : mise en scène de la peur des gens de la « minotaurisation ». vignette|upright=1.5|Pourcentage de la population par pays, selon le taux d'approbation de la phrase (2018).
La controverse sur la vaccination concerne la mise en cause de la pertinence, l'efficacité et la sécurité des vaccins et de la vaccination. Historiquement au cœur d'une controverse scientifique, la sécurité et les bienfaits de la vaccination font maintenant l'objet d'un solide consensus scientifique, notamment basé sur le fait que la vaccination a permis, depuis le milieu du , de faire disparaître de grands fléaux infectieux et de réduire le taux de mortalité. Le mouvement antivaccination, également appelé antivax, fait souvent appel aux théories du complot.
En dépit du consensus scientifique en faveur de la vaccination, elle demeure aujourd'hui contestée par des mouvements antivaccins, qui entretiennent une controverse fabriquée selon laquelle la vaccination serait inutile ou nuisible, et qu'elle pourrait même déclencher certaines maladies comme la sclérose en plaques ou certains troubles comme l'autisme. Dans les faits, la méfiance à l'égard de la vaccination a mené à plusieurs reprises à un déclin des taux de vaccinations ainsi qu'à une augmentation des cas des maladies y correspondant. Dans certains cas, ces peurs ont eu de graves conséquences sur la santé publique, comme au Royaume-Uni où la baisse de la couverture vaccinale, dans le cadre de la controverse sur le rôle de la vaccination dans l'autisme, a occasionné de sérieux troubles de la santé ainsi que plusieurs décès., Foreword. Une vaccination insuffisante des enfants engendre notamment une recrudescence mondiale de la rougeole.. Suivant le consensus scientifique actuel, les vaccins ne causent pas l’autisme, ce fait est rappelé par l’Institut Pasteur et l'OMS...
En , un sondage réalisé par Gallup observe que la France est alors le premier pays au monde pour les idées pro « antivax »Issam Ahmed, La France, premier pays au monde pour les idées pro "anti-vax", La Tribune, 19 juin 2021..
Au demeurant, la légitimité de l'obligation vaccinale suscite des controverses. Perçue comme un affront aux libertés fondamentales par les associations antivaccinales ou libertaires, elle est considérée dans les pays démocratiques qui l'instaurent comme une nécessité au nom du bien commun.
Controverses historiques Vaccination antivariolique La variolisation au
Au début du , les médecins ont pris note des méthodes populaires de la variolisation. Mais l'ignorance médicale (les partisans de l'inoculation n'ont à opposer à leurs adversaires que de vagues statistiques) reste telle que les controverses sur l'inoculation sont légion. Les camps pour et contre la variolisation luttent tous deux avec leurs armes idéologiques, plus politiques que scientifiques. En effet, selon les adversaires, la variole serait un destin divin auquel on ne peut échapper et la variolisation serait un remède de bonne femme puisqu'il s'agit d'une méthode empirique exotique, importée de l'Empire ottoman en 1722 par une femme, Lady Montagu. La pratique, accompagnée par des succès signifiants, mais aussi par des adversités, est revendiquée dans la seconde moitié du par la politique populationniste des gouvernements du siècle des Lumières et comme moyen de conservation des vies individuelles par les médecins-humanistesDuka Zólyomi Norbert, Aspects médicaux et idéologiques de l'histoire de la variolisation, congrès international de l'histoire de la médecine, Bucarest, 1970, .
En 1796, le médecin de campagne anglais Edward Jenner met au point le vaccin contre la variole. Il s'agit d'une nouvelle méthode plus efficace et moins dangereuse de lutte, consistant en l'inoculation d'une maladie apparentée à la variole, mais bénigne. Bien que la vaccine jennerienne (communément appelée « variole de la vache ») ne soit pas contagieuse d'homme à homme, elle ne fait pas taire les critiques. La Royal Society présente des réticences, Pasteur note des échecs dus à des défauts d'inoculation.. Si l'inoculation a moins de complications que la variolisation, elle suscite des doutes et entraîne des risques de contaminations d'autres maladies, et notamment la syphilis. L'utilisation de lymphes vaccinales inefficaces ou contaminéesEn l'absence de technique de conservation de la matière première du vaccin (pus de pustules de la vache), la transmission interhumaine de la vaccine de bras à bras reste la méthode utilisée pendant la première moitié du ., provenant de pustules, expose à de nombreux risques de varioles ou de transmission d'autres maladies.. De plus, une partie du corps médical (notamment les inoculateurs de la variole qui voient leur profession menacée) est réticente à inoculer une humeur animale considérée comme un poison, certains antivaccinistes brandissant la hantise de la minotaurisation (transformation en minotaure, monstre mi-homme, mi-taureau) de la race humaineCe discours fait résonance au début du marquée par la controverse sur l'idée d'une nature animale de l'homme, controverse qui atteint son point culminant avec la sortie de l'ouvrage scientifique L'Origine des espèces de Charles Darwin, le . Cf .. Enfin, le discours vaccinophobe propage le mythe de l'insuffisance des vertus dépuratoiresSelon une ancienne croyance, qui trouve d'ailleurs sa source dans le discours médical (De la dégénérescence physique et morale de l'espèce humaine déterminée par le vaccin, thèse de la détuberculisation publiée par le docteur Verdé-Delisle en 1855), . Cf Jacques Le Goff, du vaccin..
Contaminations au cours du En 1800, l'introduction du vaccin antivariolique en France provoque une grande controverse quant aux conséquences individuelles (accidents vaccinaux) ou sur la population (théorie de la dégénérescence). Un comité central de vaccine créé par Napoléon et Chaptal organise de manière très stricte la circulation de l'information médicale, allant jusqu'à censurer les journaux, afin de créer l'image d'un vaccin parfaitement bénin préservant à jamais de la petite vérole. Il répond ainsi aux caricaturistes anglais, qui représentaient des vaccinés, auxquels poussaient deux cornes et une queue (peur de la minotaurisation).
Si la vaccination a joué un rôle considérable dans la diminution de la variole, il est vrai que la technique de vaccination promue par le comité de vaccine puis par l'Académie de médecine (de bras à bras à partir d'une lymphe humaine, et qui était celle communément employée dans toute l'Europe) comportait des risques importants de transmission de maladies. Ce risque a d'abord été reconnu en Italie dès 1814, et surtout après un accident dramatique survenu dans ce même pays en 1861. Il faut attendre 1864 pour que le Congrès Médical de Lyon reconnaisse enfin le risque de contamination vaccinale et promeuve la vaccination animale par l'Académie de MédecineJean-Baptiste Fressoz, L'Apocalypse joyeuse. Une histoire du risque technologique, Paris, Le Seuil, 2012.. Toutefois, la France est bien l'un des premiers pays, avec l'Italie, à abandonner la vaccination bras-à-bras avant la Belgique (1865), l'Allemagne (1884), suivis par les Pays-Bas et les États-Unis, l'un des derniers pays étant la Grande-Bretagne (1898).
Ce traumatisme engendré par l'apparition de variole après vaccine vers le milieu du est suivi par une nouvelle vague d'antivaccinateurs qui trouve son origine, à partir de 1880, dans les milieux hygiénistes, adversaires de toute vaccination, tel l'ophtalmologue belge, Hubert Boëns (1825-1898), qui fonde en 1880 la Ligue universelle des antivaccinateurs.. Ils s'appuient sur un discours scientiste antivaccinal et la théorie des germes pour émettre des recommandations en matière de salubrité publique, de conditions de logement et de travail, privilégiant la désinfection et l'isolement des varioleux aux campagnes de vaccination... Les épidémies continuent ainsi à faire des ravages : alors que la variole tue une fois sur cinq, et jusqu'à 40 % pendant les épidémies., les rares études épidémiologiques au montrent que la variolisation tue une fois sur cinquante et, lorsque la méthode jennerienne de vaccination est appliquée, Hervé Bazin, , .
Vaccination et éradication Le voit la santé publique supplanter l'hygiène publique, ce qui se traduit par le développement de l'obligation de la vaccination antivariolique. En France, obligatoire dans l'armée depuis 1811, elle devient également obligatoire dès la première année après la naissance, par la loi sur la protection de la santé publique du 15 février 1902. Cf .. En 1904, à Rio de Janeiro (Brésil), au cours de la révolte du vaccin, des manifestants organisés autour de la Liga Contra a Vacina Obrigatória demandent la fin de la vaccination antivariolique obligatoire et de la destruction des logements insalubres qui avaient été institués par le gouvernement.
En 1958 l'OMS (Organisation mondiale de la santé) lance une grande campagne de vaccination mondiale pour éradiquer la variole. Celle-ci est renforcée en 1967. Mais l'OMS remarque que, dans certains pays , comme l'Afrique sub-saharienne ou le sous-continent indien, les vaccinations de masse n'ont pas d’effets sur la propagation de la maladie, même lorsque plus de 80 % de la population est vaccinée. « Toutefois, dans certains pays, même lorsque la couverture de vaccination atteignait 80 ou même 90 %, les sujets sensibles non vaccinés, regroupés en certains secteurs particuliers du pays ou dans les zones de faible niveau socio-économique des villes, constituaient une population suffisamment importante pour que la transmission de la variole se perpétue »..
En 1967, l'OMS décide donc de changer de stratégie en associant aux vaccinations la méthode dite de surveillance/endiguement. Cette méthode porte ses fruits puisque la transmission de la variole dans ces pays a été interrompue en trois ou quatre ans. Cette politique visait à ré-orienter la vaccination vers des cibles plus précises, selon les poussées épidémiques et vers ceux qui n'avaient jamais été vaccinés auparavant. On accordait ainsi un niveau de priorité plus élevé à la surveillance active et à l'endiguement.
Vaccin contre la tuberculose et « désastre de Lübeck »
En , l'Hôpital de Lübeck (Allemagne) lance une campagne de vaccination des nouveau-nés contre la tuberculose, par le BCG (bacille de Calmette et Guérin) par voie orale dans le lait maternel. En quatre mois, sont vaccinés. Dans les mois qui suivent, on constate un nombre inhabituel de décès. Une enquête de surveillance est mise en place avec un suivi de trois ans des enfants vaccinés. En 1932, il est établi que (30 %) sont décédés de tuberculose, 127 (53 %) ont fait une tuberculose clinique ou radiologique avec guérison et 41 (17 %) n’ont eu aucun signe, sinon une conversion tuberculinique (virage de cuti, attendu après vaccination). Les interrogations se sont portées sur la responsabilité du BCG (M. Bovis souche 374, de l'Institut Pasteur de Paris).
L'enquête a établi que la souche de BCG utilisée avait été contaminée par une souche virulente de M. tuberculosis (souche Kiel) cultivée dans le laboratoire de l'hôpital de Lübeck, la dernière préparation du vaccin BCG se faisant dans le même local.
Malgré l'exclusion de la responsabilité du BCG en tant que vaccin, cette erreur de préparation a retardé son introduction en AllemagneThe Lübeck disaster. The Lancet 1932 ; I : 365.Bonah C, Lepicard E, Roelcke V. La Médecine expérimentale au tribunal : implications éthiques de quelques procès médicaux du européen. Paris : Éditions des Archives contemporaines, 2003 : 472 p.. Cette tragédie a aussi accéléré l'intervention des États dans le contrôle et la production de vaccins, ainsi que l'abandon de la voie orale pour le BCG remplacée par l'injection intra-dermique (datant de 1927), la multipuncture (1939) ou la scarification (1947).