Carl Gustaf Tessin, né le au palais Tessinska de Stockholm et mort le au château d'Åkerö, est un comte, diplomate, homme politique et homme de cour suédois. Figure culturelle majeure de l'Ère de la Liberté, sa collection d'art constitue le noyau des collections du Musée national de Suède. Il est le fils de feu Nicodemus Tessin le Jeune et d'Hedvig Eleonora Stenbock, et l'époux d', née Sparre, qu’il épouse en 1727.
Biographie
Formation et milieu familial Carl Gustaf Tessin grandit dans une famille étroitement liée aux arts et au service de la cour. Petit-fils de Nicodème Tessin l’Ancien, architecte du château de Drottningholm, et fils de Nicodème Tessin le Jeune, architecte royal et haut dignitaire du royaume, il est très tôt destiné à jouer un rôle majeur dans les grands chantiers royaux. Il reçoit une formation approfondie en architecture et acquiert une solide culture artistique, notamment grâce à l’enseignement du dessin dispensé par Johann Philip Lemke « Johann (Hans) Philip Lemke », in: Svenskt Biografiskt Lexikon, vol. 22 [1977-1979}, .. La reconstruction du Palais royal de Stockholm, entreprise après l’incendie de 1697, constitua le cadre majeur de son enfance. Il grandit au contact direct des artistes, des ateliers et des discussions liées à ce chantier, ce qui contribue à sa familiarité précoce avec le milieu.
Grâce à la position de son père à la Cour, il est rapidement intégré à la vie mondaine et culturelle, participant dès l’adolescence à aux divertissements de cour et aux activités théâtrales. En attendant son voyage de formation à l’étranger, retardé par les conflits européens, il complète son éducation par diverses expériences à Stockholm, notamment une initiation au droit à la Cour d’appel de Svea en 1712, qui lui fournit des bases utiles pour ses futures activités politiques et administratives.
Voyage de formation en Europe (1714–1719) Le voyage de formation de Carl Gustaf Tessin est conçu par son père comme une préparation à la reprise de ses fonctions d’architecte royal. Il vise à parfaire sa formation architecturale et artistique et l’introduire aux milieux culturels européens. Grâce à une bourse royale accordée par Charles XII, et dans un contexte politique stabilisé après la paix de Rastatt (1714), Tessin entreprend le un long voyage d’étude, dont il tient un journal constituant une source majeure.
À Paris, où il séjourne principalement entre 1714 et 1716 puis à nouveau en 1718 et 1719, Tessin est confronté aux attentes paternelles qui l’encouragent à assimiler les principes de l’architecture et de la décoration françaises. S’il manifeste un intérêt moins marqué pour la pratique architecturale au sens strict, il développe en revanche un vif attrait pour la peinture, la décoration intérieure et la vie culturelle parisienne. Il fréquente théâtres et cercles littéraires, visite académies et ateliers, et est placé en apprentissage chez Jean Berain le Jeune. Il entre ainsi en contact avec des figures majeures de l’art français, telles qu’Antoine Watteau, Claude Gillot, Charles de La Fosse ou Antoine Coypel. Il commence parallèlement à constituer une collection de dessins, de gravures et d’ouvrages illustrés, pour son père comme pour son usage personnel.
Son séjour parisien comporte également une dimension diplomatique, à travers la présentation de projets d’embellissement du palais du Louvre et du château de Versailles, conçus par son père et apportés par Tessin à la cour de Louis XIV, puis du Régent, Philippe d'Orléans. Accueillies avec courtoisie, ces démarches n’ont toutefois pas les retombées espérées: les projets ne sont pas présentés du vivant de Louis XIV et ne sont examinés par le Régent qu’en 1716, alors que Tessin se prépare à quitter Paris. Il poursuit son voyage vers l’Italie à partir d’, traversant Lyon, Turin et plusieurs villes lombardes avant de séjourner à Florence puis à Rome, où il passe près d’un an.
À Rome, Tessin s’efforce de répondre aux attentes paternelles en matière d’architecture, tout en s’intégrant à la vie mondaine de la noblesse italienne. Il poursuit ensuite son itinéraire par Venise, puis par l’Allemagne, notamment les villes de Munich et Vienne, où il manifeste un intérêt croissant pour les collections d’art et les questions politiques. À Vienne, en , il est nommé intendant de la Cour par Charles XII. Tessin retourne à Paris à l’automne 1718 pour continuer de se former, mais la mort du roi modifie ses perspectives. Il quitte Paris au printemps 1719 et rentre en Suède avec une collection importante d’œuvres et de livres.
Débuts politiques en Suède vignette|216x216px|Andreas Möller (1684-1762), Carl Gustaf Tessin, huile sur toile, 1726.|gauche À son retour en Suède, Tessin s’insère dans un contexte profondément transformé par la fin de la grande puissance suédoise et l’instauration progressive d’un régime parlementaire. Dès le Riksdag de 1720, il joue un rôle actif et se fait remarquer comme l’un des jeunes talents de la nouvelle ère politique. Il participe à plusieurs délégations, présente ses premiers mémoires parlementaires et est chargé d’annoncer l’avènement de Frédéric aux cours du Danemark, des Provinces-Unies et d’Angleterre. Parallèlement, il occupe des fonctions liées à l’intendance de la Cour, s’imposant comme une figure centrale de la vie mondaine et culturelle de Stockholm.
Sa véritable carrière politique débute lors du Riksdag de 1723, lorsqu’il rejoint le parti holsteinien et devient président de la députation secrète mineure, organe central de l’opposition au pouvoir royal. À vingt-huit ans, il accède au comité secret et intervient dans les débats de politique étrangère. En 1724, il est nommé chancelier extraordinaire puis ministre de Suède à Vienne. Cette mission le place au cœur des négociations diplomatiques liées à l’adhésion de la Suède aux accords européens. Malgré les tensions politiques et les critiques suscitées par son action, cette expérience contribue à asseoir sa réputation sur la scène diplomatique européenne.vignette|257x257px|Gustaf Lundberg (1695-1786), Carl Gustaf Tessin, pastel, 1728. La chute du parti holsteinien au Riksdag de 1726-1727 entraîne une interruption brutale de sa carrière politique et son exclusion des principales instances de pouvoir. À la mort de son père en 1728, Tessin est toutefois nommé surintendant des bâtiments royaux, garantissant la continuité de la reconstruction du château de Stockholm. Il conserve une influence notable dans les domaines artistiques et industriels, notamment par son rôle dans les manufactures d’Alingsås et de Rörstrand et par la fondation, en 1735, de l’Académie royale de dessin. À partir de 1731, Tessin reprend progressivement une place centrale dans les affaires parlementaires et se rapproche du parti des Chapeaux, dont il devient l’une des figures majeures. Entre 1735 et 1736, il est de nouveau ministre de Suède à Vienne pour négocier un traité de paix. De retour en Suède, Tessin s’impose comme un acteur central de la vie politique suédoise. Élu landmaréchal au Riksdag de 1738, il joue un rôle décisif dans la chute du gouvernement d’Arvid Horn et dans l’ascension au pouvoir du parti des Chapeaux. Refusant toutefois d’entrer directement au gouvernement, il accepte des missions diplomatiques de premier plan à Copenhague puis à Paris.
Mission diplomatique à Paris (1739–1742) vignette|222x222px|Jean-Marc Nattier (1685-1766), La comtesse de Tessin, huile sur toile, 1741, Musée du Louvre. |gauche Envoyé à Paris en 1739 dans le cadre d’une mission diplomatique extraordinaire, Carl Gustaf Tessin exerce les fonctions d’ambassadeur sans en porter officiellement le titre. Mandaté par le parti des Chapeaux pour obtenir le soutien de la France dans la perspective d’une guerre contre la Russie, il se trouve au cœur d’un contexte européen instable, marqué par la guerre de Succession d’Autriche et la recomposition des alliances. À Paris, il mène d’intenses négociations afin d’obtenir des subventions françaises, de conclure un traité commercial avantageux et de favoriser la constitution d’une alliance franco-suédoise, voire tripartite avec le Danemark. Malgré les limites de son action et les critiques formulées en Suède quant à l’efficacité et au coût de sa mission, Tessin obtient la signature d’un traité commercial en 1741, l’octroi de subsides français et l’établissement de relations diplomatiques durables avec l’Espagne et le royaume des Deux-Siciles.
Parallèlement à son activité diplomatique, Tessin s’impose comme une figure centrale de la vie mondaine et artistique parisienne. Il fréquente les cercles politiques, littéraires et artistiques, participe aux Salons et enrichit considérablement ses collections. Il recrute également des artistes français et acquiert des œuvres destinées aux collections royales suédoises et à soutenir la reconstruction du château de Stockholm dont il demeure le surintendant. Cette intense activité eut cependant un coût considérable. Pour maintenir un train de vie conforme aux exigences de la représentation diplomatique à la Cour de France, Tessin engage des dépenses largement supérieures aux subsides accordés par l’État suédois, allant jusqu’à entamer la dot de son épouse . Les critiques portant sur sa gestion financière, conjuguées à l’issue défavorable de la guerre contre la Russie, fragilisent sa position politique. En 1742, il quitte Paris dans un contexte de tensions et de désillusions, avant de reprendre ses fonctions au Conseil en Suède.
Président de la chancellerie et précepteur royal Carl Gustaf Tessin renonce dès 1741 à la charge de surintendant des bâtiments royaux, obtenant que son collaborateur Carl Hårleman lui succède. Il espère accéder à la fonction prestigieuse de grand maréchal du Royaume, mais l’opposition du roi fait échouer cette ambition. Il se contente, en 1742, d’un siège au Conseil du Royaume. Dans le contexte délicat qui suit la paix avec la Russie, Tessin s’emploie à réorganiser le parti des Chapeaux, affaibli par la guerre, et joue un rôle décisif dans l’élection d’Adolfphe Frédéric de Holstein-Gottorp comme héritier du trône, ainsi que dans son mariage avec la princesse prussienne Louise-Ulrique.
Les conséquences politiques de la guerre suscitent cependant de vives critiques. En 1743, Tessin démissionne temporairement du Conseil et demande qu’une enquête soit ouverte sur sa conduite, notamment concernant ses relations avec la Russie. L’issue de cette enquête lui est favorable et les États demandent au roi à le maintenir en fonctions. La même année, face au risque de conflit avec le Danemark provoqué par l’élection d’Adolphe-Frédéric, Tessin est envoyé en mission diplomatique à Copenhague. Il parvient à apaiser les tensions et à éviter une guerre qui aurait contraint la Suède à solliciter l’appui de la Russie, contribuant ainsi à préserver l’indépendance diplomatique du royaume. vignette|Gustaf Lundberg (1695-1786), Carl Gustaf Tessin, pastel, 1747. |228x228px