Sawtche de son véritable prénom de naissance, devenue Saartjie (diminutif néerlandais de Sarah) et également présentée comme étant Sarah Baartman, nait vers 1788-1789 dans le Cap-Oriental (Afrique du Sud) et meurt le à Paris à l'âge de 26 ans.
Elle est une femme issue du peuple khoïsan réduite en esclavage et exhibée pour son physique atypique en Europe, avant la grande époque des expositions coloniales. Elle y était présentée avec l'appellation de « Vénus hottentote ».
Son histoire, souvent prise pour exemple, révèle la manière dont certains Européens esclavagistes considéraient à l'époque ceux qu'ils désignaient comme appartenant à des « races inférieures ». Déjà de son vivant, les traitements qu'elle subissait furent l'objet de polémiques.
Elle symbolise également les revendications des peuples autochtones quant à la restitution des biens culturels et symboliques ainsi que la restitution des restes de corps humains exposés dans des musées..
Histoire Sawtche naît aux abords du fleuve Gamtoos (Cap-Oriental) aux alentours de 1789Certaines sources, comme l’, indiquent plutôt une naissance vers 1788 ( notice biographique de la Bibliothèque du Congrès)., dans l'actuelle Afrique du Sud, au sein du peuple Khoïkhoï (Khoïsan), le plus ancien vivant dans la région sud de l'Afrique.
Elle est issue d'un métissage d'ethnies sud-africaines Khoïkhoï du côté de son père et San du côté de sa mère. Sawtche est capturée et exploitée dès sa petite enfance avec ses trois frères et ses deux sœurs par des colons d'origine néerlandaise, des fermiers Boers. Elle vit esclave dans un kraal voisinant la ferme de son « propriétaire », l'Afrikaner Peter Caesar. Conformément au code esclavagiste de l'époque, son maître la dote d'un prénom néerlandais, Saartjie qui est le diminutif de Sarah en néerlandais, son nom de famille de naissance est inconnu.
En 1807, les trois sœurs sont envoyées dans la ferme voisine du frère de Peter Caesar, Hendrick (ou Hendryck) Caesar, qui les exploite contre du tabac et de l'eau-de-vie. Sawtche racontera qu'entre-temps, elle a été mariée à un Khoïkhoï dont elle a eu deux enfants.
En 1810, un chirurgien militaire de la marine britannique, Alexander Dunlop, en visite chez les Caesar, découvre la morphologie hors du commun de Sawtche : une hypertrophie des hanches, des fesses (stéatopygie) ainsi que des organes génitaux, une macronymphie appelée « tablier des Hottentotes ». Dunlop voit dans ces particularités physiques l’occasion de gagner encore plus d’argent en l'exposant dans des zoos humains. Il convainc Hendrick de s'associer à son affaire et d'embarquer avec Sawtche pour l'Angleterre à bord du le . Cette dernière accepte car Hendrick lui fait croire qu'elle y trouvera fortune et liberté en contrepartie de l'exhibition de son corps et de l'exécution de danses au son de la .
Angleterre vignette|gauche| (une paire de gros derrières), caricature de William Heath, 1810. vignette|Représentation de Saartjie Baartman publiée en Angleterre dans les années 1810.
Débarquée à Londres en , Sawtche y devient un phénomène de foire et un produit commercial. Dans une salle louée sur Piccadilly, elle est exposée tel un animal, quasiment nue dans une cage surélevée, pour donner à voir son anatomie particulière au son de clameurs vulgaires et injurieuses et d'attouchements tolérés des spectateurs. On lui donne à cette occasion le surnom moqueur et aguicheur de « Vénus Hottentote »., tandis que d'autres l'insultent en l'appelant « ».
Le , l'African Association intente un procès contre Caesar, accusé de l'exploiter, de l'exposer de manière indécente et de violer l'acte d'abolition de l'esclavage au Royaume-Uni de 1807. Mais Sawtche témoigne ne pas agir sous la contrainte, Caesar la faisant passer pour une artiste, et Dunlop produit un contrat (probable subterfuge légal), selon lequel elle perçoit une partie des recettes des spectacles (douze guinées par an). La Cour conclut donc à un non-lieu.
Elle est baptisée le dans la cathédrale de Manchester, avec l'autorisation spéciale de l'évêque de Chester, officialisant le prénom de Saartjie et lui donnant pour nom Baartman, ce nom de Baartman signifie « barbu » en afrikaans, ayant peut-être été choisi en référence à la barbe qu'arborait Hendrick Caesar. Elle est par la suite exposée dans le nord de l’Angleterre puis en Irlande.
France Le public britannique commence à se lasser de ce spectacle, amenant Dunlop et Caesar à rechercher de nouveaux marchés. Saartjie est alors exposée aux Pays-Bas, puis en France à partir de septembre 1814. Elle y est exploitée par Henry Taylor, un autre organisateur de tournées, puis par Jean Riaux (ou Réaux), un montreur d'animaux selon les uns ou maître de ballet selon les autres, qui fait payer pour la voir et même plus pour pouvoir la toucher dans les cabarets. Par la suite Réaux la fait devenir objet sexuel lors de soirées privées dans l'aristocratie puis la prostitue ; elle devient alcoolique.
vignette|gauche|« La Belle Hottentote », illustration des zoos humains. vignette|Sawtche (dite « Saartjie Baartman »)Ces images (réunies ici pour la présentation) sont deux planches extraites du tome II des Illustrations de l'Histoire naturelle des Mammifères. On les trouve entre les représentations d'un mouflon de Corse (femelle) et d'un entelle (mâle)., illustrations issues de peintures de la jeune femme exposée nue dans le Jardin botanique de Paris.
En , le professeur de zoologie et administrateur du Muséum national d'histoire naturelle de France, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, demande à pouvoir examiner « les caractères distinctifs de cette race curieuse » de mammifère. Après le public des foires, c'est devant les yeux de scientifiques (notamment le zoologue et anatomiste comparatif Georges Cuvier) et de peintres qu'elle est exposée nue et transformée en objet d'étude.
Le , le rapport de Geoffroy Saint-Hilaire compare son visage à avec celle des femelles des singes maimon et mandrill à l'occasion de leur menstruation. Mesurée sous toutes les coutures pendant trois jours, elle refuse cependant de dévoiler son « tablier génital » (« tablier hottentot » figurant la macronymphie), ce qui agace Cuvier.
Vivant dans des conditions sordides dans un taudis, Saartjie meurt dans la nuit du vendredi , probablement d'une pneumonie comme l’établit Cuvier lors de son autopsie, à laquelle s’ajoutent la variole, voire la syphilis.
Dans son examen de Saartjie Baartman, Cuvier ne laisse rien paraître de son irritation initiale et rappelle aussi que, conduite au jardin du Roi en 1815, Il donne une description précise de son apparence physique. Elle mesure un mètre et quarante-huit centimètres, ce qui lui semble être dans la fourchette supérieure par rapport à ce qu'il sait de son peuple. Il parle de la largeur exceptionnelle de ses hanches (près de ) et de la protubérance extraordinaire de ses fesses () qu'il attribue à une masse graisseuse. Il ajoute qu'elle est, pour le reste, « fort bien faite », le haut de son corps a « de la grâce », la saillie de son ventre n'est « point excessive », sa main est « charmante » et son pied « fort joli », même s'il est par ailleurs rebuté par le visage et la chevelure crépue de Saartjie. Il revient en détail sur la description du tablier hottentot et réfute l’hypothèse du naturaliste François Péron, qui était le seul à avoir pu voir les organes génitaux de Saartjie de son vivant, et qui y avait vu un « organe particulier », spécifique à sa race.. Cuvier mentionne en outre l'alcoolisme comme étant également une des causes du décès.
Histoire de ses noms Saartje Baartman, née Sawtche, est connue sous plusieurs noms et pseudonymes. Son nom de naissance est changé pour la première fois par Peter Caesar. Saartje signifie Sarah en hollandais, étant la langue de Caesar qui était son premier maître. Pour les besoins de son passeport lors de son voyage en Europe, elle prendra le nom Baartman, étant l’équivalent de barbu en hollandais et faisant référence à la barbe de Caesar. Les noms qui suivent peuvent marquer du mépris. Son surnom « Vénus hottentote » provient de ses origines. Le mot « hottentot » voulant dire bégaiement découle d’une onomatopée hollandaise. Il est utilisé pour dénommer des populations parlant le khoï-khoï. Les autres surnoms, comme « » par exemple, proviennent de son physique atypique.
Postérité Pièce de musée Cuvier, qui a récupéré son cadavre, en fait faire un moulage complet en plâtre, dont il tire une statue peinte représentant Sawtche debout. Estimant qu'elle est la preuve de l'infériorité de certaines « races », il entreprend de la disséquer au nom du progrès des connaissances humaines. À l'issue de la dissection, ses yeux, glandes mamaires, de la masse graisseuse d'une fesse, ses parties génitales, ses viscères et son cerveau sont conservés dans des bocaux remplis de formol. Cuvier procède enfin à l'extraction du squelette et le reconstitue entièrement, os par os.
En 1817, il expose le résultat de son travail dans sa publication Observations sur le cadavre d'une femme connue à Paris sous le nom de Vénus Hottentote, qu'il présente devant l'Académie nationale de médecine. Il compare les mouvements de Sawtche à ceux du singe et sa manière de faire saillir les lèvres
La statue et le squelette sont d'abord exposés pendant 61 années, de 1817 à 1878, au Jardin des plantes dans l'ancienne galerie d'Anatomie comparée que Cuvier avait ouverte au public en 1806Il reste actuellement l'une des deux ailes de ce bâtiment, surnommé de nos jours le « bâtiment de la baleine »..
En 1878, la statue et le squelette sont transférés au tout récent musée d'ethnographie du TrocadéroHenri Mitterand, « Introduction générale » in Guy de Maupassant, Chroniques (anthologie), , Le Livre de poche, Paris, , ., inauguré l'année même, où ils restent jusqu'à ce que le musée de l'Homme soit créé à son tour en 1937. La statue et le squelette de la sont alors placés dans la galerie d'anthropologie physique du musée de l'Homme.
En 1974, André Langaney fait retirer le squelette de la galerie publique, contre l'avis de ses supérieurs (la statue reste deux années de plus dans la salle de Préhistoire).
En 1994, statue et squelette sont sortis des réserves à l'occasion de la présentation d'une exposition sur « La sculpture ethnographique au , de la Vénus Hottentote à la Tehura de Gauguin », d'abord au musée d'Orsay, puis à Arles.
Restitution et inhumation dans son pays vignette|Tombe de Saartjie Baartman à Hankey, Afrique du Sud. Des demandes à la France de restitution de la dépouille mortelle de Sawtche sont faites sporadiquement par l'Afrique du Sud dès les années 1940.
En 1994, quelque temps après la fin de l'apartheid, les Khoïkhoïs font appel à Nelson Mandela pour demander la restitution des restes de Sawtche afin de pouvoir lui offrir une sépulture et lui rendre sa dignité. La mobilisation de citoyens sud-africains est telle que de nombreux artistes s'emparent de Sawtche comme d'un mythe. Ainsi l'écrivaine sud-africaine Diana Ferrus, publie en , texte dont la popularité joue un rôle important dans cette mobilisation.
Ces demandes se heurtent à un refus des autorités et du monde scientifique français au nom du patrimoine inaliénable de l'État et de la science.
Après le vote d'une loi spéciale de restitution en date du , la France rend la dépouille à l'Afrique du Sud la même année., dans le cadre d'un processus de restitution de restes humains..
Le , Sawtche est solennellement accueillie au Cap. Le (date symbolique correspondant à la Journée nationale des femmes en Afrique du Sud), après une cérémonie œcuménique, la dépouille, après avoir été purifiée, est placée sur un lit d'herbes sèches auquel on met le feu selon les rites de son peuple. Elle est inhumée sur la colline de Vergaderingskop près de Hankey, son village natal, en présence du président Thabo Mbeki, de plusieurs ministres et des chefs de la communauté Khoïkhoï.
Représentations culturelles