Naplouse (en arabe : نابلس, Nablus est une ville palestinienne située en Cisjordanie, territoire occupé par l'armée israélienne et par des colons juifs israéliens. Chef-lieu du gouvernorat de Naplouse, elle fait partie des territoires actuellement administrés par l'Autorité palestinienne.
La commune de Naplouse compte une population d'environ en 2017.
Elle abrite des lieux saints de différentes religions, juive, samaritaine, musulmane et chrétienne.
Géographie
Situation Elle se trouve en Cisjordanie, à environ 65 kilomètres au nord de Jérusalem et environ 50 au nord de Ramallah, siège de l'Autorité nationale palestinienne.
Communes limitrophes
Naplouse est globalement tributaire de la situation particulière de la Cisjordanie depuis les accords d'Oslo de 1993, divisée en trois zones d'autonomie plus ou moins forte : la zone A dont fait partie le territoire de Naplouse relève pour l'administration civile de l'Autorité palestinienne, établie à Ramallah, mais la route 60 toute proche et le mont Garizim font partie de la zone C, où l'autorité israélienne est totaleVoir la carte des zones sur la page Cisjordanie, section « Des accords d'Oslo à la seconde Intifada (années 2000) » et celle de l'article du Figaro cité plus bas..
Relief et hydrographie
Le centre de Naplouse est situé dans une vallée d'une altitude de 550 mètres, orientée nord-ouest/sud-est, entre le mont Ébal (940 m) au nord et le mont Garizim (881 m) au sud. centré|vignette|redresse=1.5|Le mont Garizim surplombant Naplouse, juillet 2020.
Voies de communication
À 3 km à l'ouest de Naplouse passe la route 60 qui relie Nazareth (Israël) au nord à Beer-Sheva (Israël) au sud en passant par Jénine (Cisjordanie), JérusalemOù une rue appelée « route de Naplouse » (page anglaise Nablus Road) arrive dans la vieille ville par la porte de Damas. et Hébron (Cisjordanie). En Cisjordanie, la route 60 est sous la surveillance de l'armée israélienne, mais il y règne cependant une grande insécurité« En Cisjordanie, voyage le long de la route 60 : la trajectoire du sang », Le Figaro, 24 septembre 2023..
De cette route, partent des routes vers Haïfa, Netanya et Tel Aviv-Jaffa, trois villes d'Israël situées sur le littoralhttps://www.pcbs.gov.ps/Downloads/book2364-1.pdf.
Population En 1938, 19 200 habitants sont recensés à Naplouse et 23 250 en 19451938 : https://users.cecs.anu.edu.au/~bdm/yabber/census/VillageStatistics1938orig.pdf p. 39.
1945 : https://users.cecs.anu.edu.au/~bdm/yabber/census/VillageStatistics1945orig.pdf p. 19.. Selon le Bureau central palestinien des statistiques, la population de Naplouse s'élève à environ 150 000 habitants en 2016 et à , l'année suivante.
Histoire Antiquité vignette|Monnaie en bronze frappée sous Antonin le Pieux (-) en la cité de Néapolis où la ville est appelée Flavia Neapolis, avec inscription en grec, représentant le mont Garizim surmonté d'un temple. La ville, fondée en 72 par les Romains, est nommée Flavia Neapolis (« Nouvelle cité flavienne »), en l'honneur de l'empereur Vespasien, de son nom romain Titus Flavius Vespasianus, qui règne de 70 à 79.
Celui-ci la fait construire à la place d'un village samaritain détruit appelé Mabartha (corruption de l'araméen Mabarakta, ou « la ville bénie », ainsi appelée par les Samaritains)Note : Flavius Josèphe et Pline déclarent tous deux que « Shéchem » ou « Néapolis » est appelé par les indigènes Mabortha (Μαβορθά) ou Mamortha, corruption de l'araméen Mabarakta, ou « la ville bénie », ainsi appelée par les Samaritains en opposition à Jérusalem, comme ils appellent de la même manière le mont Garizim « la montagne bénie » par opposition au mont Moriah, qu'ils désignent « la montagne maudite ». Lire sur la Jewish Encyclopedia par Emil G. Hirsch et Max Seligsohn.Négev, Avraham ; Gibson, S. (2005). Encyclopédie archéologique de la Terre Sainte. Groupe d'édition international Continuum. ISBN 9780826485717, p. 175., situé à environ deux kilomètres à l'ouest de la ville biblique de Sichem à laquelle elle était traditionnellement associéeWilliam Smith (ed.) Dictionary of the Bible, rev. and edited by H.B.Hackett and Ezra Abbot, Hurd & Houghton New York 1870, vol.IV, "Shechem"' pp. 2952–2958, p. 2953.
« The present Nābulus is a corruption merely of Neapolis; and Neapolis succeeded the more ancient Shechem. All the early writers who touch on the topography of Palestine, testify to this identity of the two. », première capitale de l'ancien royaume d'Israël, dont le nom est utilisé pour désigner Naplouse en hébreu (שְׁכֶם). Elle est initialement peuplée d'anciens légionnaires romains (vétérans) qui reçoivent des parcelles de terre à cultiver.
L'empereur Hadrien (vers 130) y fait construire un grand théâtre pouvant accueillir sept mille spectateurs. Les archéologues ont trouvé des pièces de monnaie de cette époque avec des emblèmes militaires et les visages des dieux et déesses grecs Zeus, Artémis, Sérapis ou Asclépios. Neapolis est entièrement païenne à l'époque. Le chrétien Justin de Naplouse naît dans la cité au et étudie le platonisme. La cité est prospère et tire encore des bénéfices de la lutte entre Septime Sévère et Pescennius Niger en 198-199. Cependant, elle prend parti pour ce dernier, et Septime Sévère en conséquence lui ôte ses privilèges commerciaux en faveur de Sébaste.
Philippe l'Arabe transforme Flavia Neapolis en Julia Neapolis en 244 et y fait venir de nouveaux colons romains. Elle garde le statut de colonie jusqu'en 251 sous Trébonien Galle. La ville à cette époque devient majoritairement chrétienne, avec une minorité samaritaineIl n'y a aucun juif à cette époque, cf Negev et Gibson, op. cité. L'évêque de Neapolis participe au concile de Nicée en 325.
La ville est mentionnée plusieurs fois dans la littérature talmudique comme Nipolis (TJ, Av. Zar. 5:4, 44d) ainsi que parmi de premiers auteurs chrétiens comme Eusèbe de Césarée (Onomasticon).thumb|right|Le mont Garizim à la fin du Des révoltes de Samaritains interviennent au , notamment en 451, à cause de relèvements de taxes. La ville, comme toute la Palestine, fait partie de la Syrie sous administration de l'Empire romain d'Orient, ou Empire byzantin et elle est agitée par les querelles du monophysisme - les monophysites refusant le retour du patriarche Juvénal au siège de Jérusalem.
Les tensions augmentent en 485, lorsque des Samaritains assassinent des fidèles chrétiens qui se trouvent dans la cathédrale de la ville, sous prétexte de rumeurs indiquant que les dépouilles des fils et petits-fils d'Aaron seraient transférées ailleurs par les chrétiens. L'évêque Térébinthe, qui est blessé dans l'affaire, se rend à Constantinople pour demander un renforcement de la garnison.
L'empereur Zénon fait bâtir une église dédiée à la Théotokos (Vierge Marie) au mont Garizim - lieu saint des Samaritains - et empêche ces derniers de se rendre sur leur colline sacrée. Ils se rebellent sous le règne de son successeur, l'empereur Anastase , et plus tard la révolte est matée par Procope, gouverneur romain (c'est-à-dire byzantin) d'Édesse.
Une dernière révolte intervient en 529, qui débute par l'assassinat de l'évêque Ammonas, tandis que les prêtres de la cité sont écartelés, puis brûlés avec les reliques des saints. Justinien envoie ses troupes qui saccagent la cité ; les Samaritains qui ne s'enfuient pas sont en grande partie massacrés.
Neapolis connaît ensuite une grande période de prospérité qui dure un siècle.
Moyen Âge Période des califats musulmans Après la conquête de la cité par les musulmans, Arabes venus de Médine et La Mecque, en 636, quatre ans seulement après la mort du prophète Mahomet, la cité est renommée Nablus, arabisation de son ancien nom romain Néapolis. La cité continue d'être une ville commerciale d'importance, et change de population sous la pression démographique de nouveaux immigrés musulmans venus de Perse et d'Arabie, et de l'arrivée de commerçants juifs. Les chrétiens et les Samaritains demeurent toutefois une fraction importante de la population.
Le géographe arabe Al-Maqdisi la décrit au , comme un « petit Damas ». Naplouse est réputée pour ses ateliers de tissage, en particulier du lin, ses oliveraies et sa grande place du marché. La ville est entourée de moulins. On y construit la première mosquée fort imposante, tandis que la population s'islamise peu à peu, les chrétiens et les Samaritains étant soumis à des impôts plus importants. De plus, l'usage de l'arabe supplante définitivement l'usage du grec vers le .
Période du royaume croisé de Jérusalem
thumb|right|La reine Mélisende. Les Croisés arrivent ici en 1099 avec Tancrède et la renomment « Naples » (le nom de la « Naples » italienne vient aussi d'une ancienne « Neapolis », tout comme « Nabeul » en Tunisie). La cité devient la ville majeure en la seigneurie de Naplouse, un fief du royaume de Jérusalem. Elle est épargnée des combats, et des croisés s'y installent même. Le concile de Naplouse s'y réunit en 1120 et jette les fondations des premières codifications et lois du royaume franc. La communauté samaritaine a le droit de construire une nouvelle synagogue vers 1130, l'ancienne étant transformée en église.
C'est vers 1140 et le milieu du que les Arabes musulmans et leurs troupes turques reprennent leurs attaques à partir de leur base arrière de Damas. Ils brûlent les églises et une partie de la ville en 1137, mais finissent par être repoussés. La reine Mélisende de Jérusalem demeure à Naplouse qui retrouve sa prospérité, entre 1150 et 1161. Les croisés restaurent et agrandissent la ville, font construire une nouvelle église dédiée à la Passion du Christ et une autre à sa Résurrection, ainsi qu'une vaste hôtellerie pour les pèlerins chrétiens.
Cependant, les musulmans commandés par la dynastie ayyoubide s'emparent de Naplouse en 1187. La majorité des chrétiens latins s'enfuit par crainte de vengeance, tandis que les chrétiens arabes grecs-orthodoxes et les Samaritains demeurent, ainsi bien sûr que les musulmans.
Les églises croisées et la synagogue samaritaine sont transformées en mosquées.
Période des Mamelouks du Caire Les Mamelouks d'Égypte s'emparent de Naplouse en 1260, y font construire de nouvelles écoles et de nouvelles mosquées, des bains turcs et des canalisations d'eau. L'huile d'olive et le savon de Naplouse sont exportés et réputés, jusqu'en Syrie, Arabie, Égypte et les îles méditerranéennes, ainsi que la confiture de caroube.
Période ottomane (1517-1917) La Palestine tombe sous l'autorité ottomane en 1517. Elle fait partie de la Syrie ottomane et est divisée en six districts (sandjak) dont Naplouse est l'un d'euxLes autres étant Safed, Jérusalem, Jénine, Gaza, Ajloun. Le district de Naplouse est lui-même divisé en cinq sous-districts en plus de la ville. Les subdivisions correspondent aux terres et à l'influence de puissantes familles. L'islam devient nettement majoritaire au . En 1552, seules quelque douze famille juives se trouvent dans la ville, rencontrées par le voyageur . Des recensements municipaux effectués au témoignent toutefois d'une communauté juive comptant de 30 à 70 familles. Naplouse est pacifiée à plusieurs reprises surtout en 1657 grâce à l'intervention et aux finances de familles et tribus syriennes. En remerciement pour leur participation au retour au calme, le pouvoir du sultan attribue des terres et des villages à ces familles, comme les Nimr, originaires d'Homs, les Djarrar ou les Touqan, qui dirigent l'administration de la ville.
Daher el-Omar, gouverneur galiléen en rivalité avec le pouvoir ottoman s'allie au milieu du avec les Mamelouks pour les faire revenir dans la région, et fait lever des troupes, mais Naplouse ne succombe pas, cependant Naplouse passe sous la juridiction de Saint-Jean-d'Acre, jusqu'en 1804. gauche|vignette|Naplouse en 1842, par David Roberts.