thumb|L'arbre kabbalistique des dix sephiroth, le Qliphoth est sa contrepartie maléfique. Qliphoth, kliffoth, klippot ou kellipot (Heb. קליפות qelippot; littéralement pelures, coquilles, enveloppesAdolphe Franck, The Kabbalah or, The Religious Philosophy of the Hebrews, trad. I. Sossnitz, New York, 1926, p. 279.), sont, dans la Kabbale, des forces maléfiques mises en relation et en opposition par rapport aux Sephiroth. L'ensemble des Qliphoth est aussi nommé Arbre de Mort par opposition à l'Arbre de Vie. Dans certains traités kabbalistiques, cet ensemble de représentations spirituelles impures est également appelé Sitra Aḥra (Araméen סטרא אחרא, littéralement l'« Autre Côté » opposé à la sainteté représentée par les Sephiroth)Isaiah Tishby, The Wisdom of the Zohar: An Anthology of Texts, The Littman Library of Jewish Civilization, 1989 ; Moshe Idel, Kabbalah: New Perspectives, Yale University Press, 1988 ; Daniel C. Matt (dir.), The Zohar: Pritzker Edition, Stanford University Press, 2004‑2017..

Tradition juive Voir Tsimtsoum Dans l'opinion générale des textes, le Sitra Ahra serait produit par l'accroissement surabondant de la puissance de la sephirah Gevourah (jugement) lorsqu'elle est séparée de la sephira Ḥessed (miséricorde). Cet « Autre Côté » est, par conséquent, engendré à la suite d'un déséquilibre entre les sephiroth dans le monde divin. Bien que produit par un des attributs de la divinité et au sein de cette dernière, ce Sitra Ahra ne fait plus partie du monde divin des sephiroth, car il en est excluGershom Scholem, La Kabbale : une introduction. Origines, thèmes et biographies, Gallimard, 1998 ; Isaiah Tishby, The Wisdom of the Zohar: An Anthology of Texts, The Littman Library, 1989 ; Daniel C. Matt (dir.), The Zohar: Pritzker Edition, Stanford University Press, 2004‑2017 ; Ḥayyim Vital, Etz Ḥayyim (Arbre de Vie), Jérusalem, 1910..

Dans le Sefer Ha Zohar, est établie une hiérarchie des « émanations de gauche ». Dans ce même traité, celles-ci peuvent être vues comme les derniers maillons de la chaîne d'émanations ou des intermédiaires entre les mondes supérieurs et inférieurs. Les qliphoth sont aussi décrites comme des déchets naturels (eaux croupies, lie du bon vin, branche amère de l'arbre d'émanation). Certains kabbalistes appellent l'ensemble de ces émanations de gauche sous le terme d'« arbre extérieur » dans la mesure où il est extérieur au monde divin des sephiroth. Une autre symbolique associe le mal aux premiers mondes qui furent détruits par la suite. Selon ces textes, ces mondes furent trois émanations malveillantes, car ils contenaient trop de puissance de Gevourah (jugement)Gershom Scholem, La Kabbale : une introduction. Origines, thèmes et biographies, Gallimard, 1998, p. 212‑215..

Origine du concept dans la Torah Selon certains exégètes, Moïse a choisi indépendamment un peuple, selon ce qui est écrit dans le Pentateuque : « …ton peuple » ; en réalité le problème semble être à l'origine puisque Moïse a toujours été prophète, depuis l'âge de trois ans, donc une difficulté paradoxale surgirait en affirmant que le chef des prophètes, Moïse précisément, aurait pu désobéir à la volonté divine.

Dans la tradition rationnelle, l’« autre côté » ne concerne que le Tsimtsoum avant la Création ; dans la cabale juive, les significations symboliques prévalent, la conception sur les « étincelles et les vases » ne peut être dite que sur des figures archétypales, elle ne peut donc pas être absolument transfigurée selon une perspective de l'existence psychologique des êtres humains, qu'ils soient juifs ou non. Cela signifie que la conception du Kelipot identifie l'origine du mal, donc créé. Le bien, non créé, provient directement de Dieu : la représentation d'une partie de l'humanité uniquement par l'archétype de « Kelipot » est donc le résultat d'une méthode interprétative partielle. Pour que personne ne puisse dire par exemple : « Cet homme et cette femme sont des Kelipot… »La différence, quant à la nature existentielle, entre juifs et « non‑juifs » consiste dans la manière dont ils vivent et voient le monde en profondeur ou pas : pour les juifs la vérité est un « nœud crucial » ; en fait la Torah est avant tout la vérité en tant que révélation.

Approches occultistes modernes : « chemin qliphothique » Cette section ne relève pas de la Kabbale rabbinique mais d'écoles occultistes modernes (hermétisme, Left‑Hand Path) qui ont reconfiguré la Qliphoth en « arbre miroir » exploitable rituellement. Elles décrivent un itinéraire initiatique à travers les « écorces » pour atteindre un objectif (puissance, connaissance de soi, transgression initiatique, catharsis), appelé « pathworking qliphothique » ou exploration de la « face nocturne » (Nightside) de l'ArbreWouter J. Hanegraaff (dir.), Dictionary of Gnosis & Western Esotericism, Brill, 2005 ; Nicholas Goodrick‑Clarke, The Western Esoteric Traditions: A Historical Introduction, Oxford University Press, 2008 ; Thomas Karlsson, Qabalah, Qliphoth and Goetic Magic, Ouroboros Productions, 2004 ; Kenneth Grant, Nightside of Eden, Frederick Muller, 1977..

Cartographies usuelles Les translittérations varient selon les auteurs. Un schéma fréquemment rencontré est le suivant (du plus haut au plus bas des sefirot)Aleister Crowley, 777 and Other Qabalistic Writings, Weiser, 1973 ; Israel Regardie, The Golden Dawn, Llewellyn, 1989 ; Kenneth Grant, Nightside of Eden, 1977 ; Thomas Karlsson, Qabalah, Qliphoth and Goetic Magic, 2004. :

Sefirah (Arbre de Vie) Qliphah (Arbre de Mort) Attributions courantes Keter Thaumiel Dualité de la couronne ; conflit des puissances Ḥokhmah Ghagiel (Jaigidel) Obstacle à la sagesse, « entraveurs » Binah Satariel « Voilants », obscurcissement de l'entendement Ḥesed Gamchicoth (Gamalchicoth) « Dévoreurs » ; excès dissolvant Gevourah Golachab Incendiaires, sévérité destructrice Tiferet Thagirion « Contestataires » de la beauté/équilibre Netzach A'arab Zaraq « Corbeaux de dispersion », énergie erratique Hod Samael (parfois Adrammelech) Mensonge/venin de l'intellect Yesod Gamaliel « Obscurs », rêves/illusions, érotique Malkhout Nahemoth (Lilith) Monde des apparences, matérialité dense

Procédé qliphothique (exemple standardisé) Il n'existe pas de rite « officiel » unique ; les ordres et auteurs divergent. Le protocole ci‑dessous décrit un canevas typique tel qu'on le rencontre dans la littérature occultiste moderne. Il est présenté à titre descriptif et ne correspond pas à la Kabbale juive. Préparation doctrinale : étude des correspondances planétaires, des sigils, des mantras/barbarous names, des encens et heures planétaires attribués à chaque qliphah ; définition de l'objectif (par ex. « puissance personnelle », « connaissance de l'ombre », « rupture d'un blocage »). Hygiène et cadre : certains systèmes prônent des rituels de bannissement (cercle, pentagrammes/hexagrammes) ; d'autres insistent sur l'« anti‑bannissement » (acceptation volontaire des forces sauvages). Journal magique obligatoire. Itinéraire : progression ascendante de Nahemoth (Malkhout) vers Thaumiel (Keter), qliphah par qliphah, ou exploration ciblée d'une sphère liée à un travail précis. Entre deux qliphoth, traversée des « sentiers » (souvent mis en parallèle avec des « tunnels » nocturnes). Ouverture : création d'un espace rituel, déclaration d'intention, appel des forces liées à la qliphah (vibration de noms, signes, sceaux). Certains textes utilisent des invocations spécifiques ; d'autres préfèrent la scrying/méditation intense sur le sigil. Confrontation symbolique : visualisation d'un paysage/temple « nocturne » ; rencontre de « gardiens »/égrégores ; épreuve de la volonté et de la peur ; identification d'un « don » (pouvoir, compréhension, rupture d'un conditionnement) et d'un « prix » (attachement à dissoudre, croyance à abandonner). Intégration : sceller la leçon par un acte concret (serment, création d'un talisman, changement de conduite). Fermer l'espace (bannissement ou ancrage) selon l'école suivie. Rythme : ne pas enchaîner les qliphoth sans période d'intégration (jours/semaines). Revenir en arrière si des effets psychiques deviennent envahissants. Clôture du cycle : au terme du parcours (ou d'une étape), rite de « rééquilibrage » sur l'Arbre de Vie afin d'éviter un désaxage durableThomas Karlsson, Qabalah, Qliphoth and Goetic Magic, 2004 ; Asenath Mason, Qliphothic Meditations, Become A Living God, 2016 ; Stephen E. Flowers, Lords of the Left‑Hand Path: A History of Spiritual Dissent, Inner Traditions, 2012 ; Michael A. Aquino, The Temple of Set, 2013..

Objectifs revendiqués Acquisition de « puissance » (indépendance de la volonté, charisme, résistance psychique). Développement de la lucidité « amorale » (capacité à voir au‑delà des conventions) et travail de l'ombre (intégration des contenus refoulés). Perception visionnaire (rêves dirigés, scrying). Déconditionnement antinomien dans certaines écoles Left‑Hand Path (déification symbolique du soi)Stephen E. Flowers, Lords of the Left‑Hand Path, 2012 ; Don Webb, Uncle Setnakt’s Essential Guide to the Left Hand Path, Rûna‑Raven Press, 2012 ; Michael A. Aquino, MindStar, 2016..

Mises en garde et critiques Dans la Kabbale juive, les qliphoth représentent des impuretés/forces de désordre : la voie traditionnelle est le tikkoun (réparation/élévation des étincelles), non un « chemin d'initiation » à travers les qliphoth. Risques psychologiques rapportés par les mêmes auteurs occultistes : exacerbation d'angoisses, de compulsions, de pensées obsessionnelles ; tendances à la mégalomanie ; isolement social. Les textes insistent sur l'ancrage, l'équilibre et le recours à un mentor. Les correspondances et « tunnels » diffèrent selon les sources ; les résultats sont subjectifs et non vérifiables scientifiquementWouter J. Hanegraaff, Esotericism and the Academy: Rejected Knowledge in Western Culture, Cambridge University Press, 2012 ; Moshe Idel, Kabbalah: New Perspectives, 1988 ; Geoffrey W. Dennis, The Encyclopedia of Jewish Myth, Magic and Mysticism, Llewellyn, 2007..

Différentes orthographes du terme Qlifot, Qlifoth, Qelifot, Qeliffot, Qelifoth, Qlifa, Qlifá, Qliphot, Qliphoth, Qeliphot, Qeliphoth, Qellippot, Qelippoth, Klifot, Klifoth, Kelifot, Kelifoth, Klifa, Kliffa, Qulifa, Kliphot, Kliphoth, Keliphot, Keliphoth, Kelifot, Kelliphot, Keliffot.

Noms des sephiroth maléfiques Thaumiel Jaigidel Satariel Gamchicoth Golachab Thagirion A'arab Zaraq Samael (parfois Adrammelech) Gamaliel Nahemoth (souvent associé à Lilith)

Dans la culture populaire Dans le jeu de cartes à collectionner Yu-Gi-Oh!, une série de cartes nommée « Qliphort » sort dans l'extension Les Nouveaux Challengers ; ces dernières s'inspirent des Qliphoth et sont mises en opposition aux « Zefra », inspirés des Sephiroth.

Dans le jeu vidéo Tales of the Abyss, le Qliphoth est une région souterraine, remplie de miasmes mortels et de boue, dans laquelle se trouvent les Sephiroth, arbres qui soutiennent la voûte du monde extérieur.

Dans le manga Berserk, le Qliphoth est une strate profonde du monde astral où résident de nombreuses créatures maléfiques. Guts et son groupe y entrent pour récupérer Casca et Farnese après qu'elles ont été enlevées par des trolls.

Dans le genre musical metal, de nombreux artistes font référence à l'occulte. Ainsi, l'un des albums emblématiques du groupe suédois Therion est Lepaca Kliffoth, qui se traduit par « loué soit Kliffoth ».

Mephorash, groupe de black metal, s’inspire de cette partie occulte.

Dans le light novel High School DxD, Qliphoth (écrit « Qlippoth » dans l'œuvre) est la faction dirigée par Rizevim Livan Lucifer (fils de Lucifer et grand‑père de Vali, le rival du héros).

Dans le jeu vidéo Devil May Cry 5, un arbre démoniaque se nourrissant de sang humain est appelé le Qliphoth.