Marcel Demonque, né le à Alger et mort le à Paris (16e arrondissement), est un ingénieur civil français, le P-DG d'une importante entreprise française, les Ciments Lafarge, et une figure du patronat catholique français.

Biographie Milieu social et formation

Né à Alger, dans le quartier de Mustapha, au temps de l'Algérie française, Marcel Antoine Demonque est le fils d'un petit fonctionnaire, Joseph Demonque, qui meurt en 1924L’Écho d’Alger, 10 janvier 1924. et de Félicie Septanil, épouse de ce dernier, qui meurt en 1938L’Écho d’Alger, 8 février 1938. Son frère cadet, Armand, meurt à 15 ans en 1918L’Écho d’Alger, 21 novembre 1918.

Marcel Demonque adhère en Algérie à l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF) et participe au premier congrès algérien de l’ACJF en , à Blida. Président du groupe Jeanne d’Arc, âgé de 20 ans, il y vitupère « la Révolution qui menace », « l’horreur du drapeau rouge » et « l’action néfaste de la CGT », enjoint de mener une action qui soit « une digue vivante où viendra se briser le raz-de-marée du bolchevisme » et valorise « les saines idées d’apaisement et de concorde », celles des « hommes d’ordre qui poursuivent un but de restauration »Le Semeur algérien, 21 mars 1920 (Lire en ligne).. Reçu à l'École nationale supérieure des mines de Nancy en tant que boursier, il quitte le groupe local de l'ACJF quelques mois plus tardLe Semeur algérien, 21 novembre 1920.. Il présidera plus tard l'association des anciens élèves de cette école.

Il épouse Renée Sauvage et a trois enfants, deux filles et un fils.

Débuts professionnels

Après son service militaire de 1923 à 1924, il est ingénieur dans diverses sociétés jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, aux Mines de la Sarre de 1924 à 1928, aux Mines de potasse d'Alsace à partir de 1928 ; il est attaché auprès de la direction de cette firme entre 1936 et 1939, après avoir travaillé en Espagne de 1933 à 1936 pour cette entreprise. En 1937, ce gérant de la société Fodina en Espagne (pour le compte des mines de potasse d'Alsace) donne une conférence à Paris sur la Catalogne durant la guerre d'Espagne pour l'Union sociale des ingénieurs catholiques (USIC)L’Écho de Paris, 18 mars 1937.. Il entreprend cette même année un voyage d'études de plus de trois mois aux Etats-Unis, pour le compte du ministère des travaux publicsCf. son dossier de la Légion d'honneur.L'Express de Mulhouse, 10 décembre 1938 (conférence sur son séjour)..

Il est mobilisé d' au comme lieutenant de réserve.

Durant l'Occupation, il est détaché à la direction des mines du ministère des travaux publics en 1940 et 1941 puis il est à la fois secrétaire général de la Fédération des fabricants de chaux et ciments et du Comité d'organisation (C.O.) de cette branche, institué par le régime de Vichy, puis président en 1943-1944 de ces deux organisations.

Il est ensuite de 1944 à 1946 président de la Société technique pour l'exploitation de la précontrainte (procédé Freyssinet). Selon l'historien Dominique Barjot, il est en fait directeur général de l'entreprise fondée en 1943 puis son second président de 1948 à 1955D. Barjot, Aux origines d'une vocation mondiale : la précontrainte. De la STUP à Freyssinet International (1943-2000), dans Entreprises et histoire, 2013/2, n° 71..

P-DG des Ciments Lafarge

Marcel Demonque devient directeur général en et administrateur de la SA des Chaux et Ciments de Lafarge et du Teil, qui devient par la suite les ciments Lafarge. Comme président du syndicat de la Fédération des fabricants de chaux et ciments, il avait soutenu l'entreprise à la Libération alors que son usine de l'Ardèche était mise sous séquestre. En outre, la direction de la firme familiale est alors décapitée : son P-DG est malade et son directeur général adjoint est mort dans un accident. Demonque s'impose au sein de l'entreprise, face notamment aux héritiers de la famille Pavin de Lafarge, toujours présents au conseil d'administration, et devient vice-président en 1955, et P-DG de 1959 à 1974. Il en fait une entreprise prospère et internationale : elle surmonte les crises de la décolonisation, s’implante dès 1956 au Canada (en Colombie-Britannique) puis aux États-Unis, se développe au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Pays-Bas, tente de s'implanter au Brésil et en EspagneDominique Barjot, Lafarge (1993-2004). Comment on devient firme mondiale, dans la Revue économique, 2007/1, vol. 58.D. Barjot, Le rêve américain réalisé : l’implantation du groupe Lafarge en Amérique du Nord, dans Collectif, Terres promises, Éditions de la Sorbonne, 2010 : Lire en ligne..

Il travaille en tandem avec Jean Charles L'officier, vice-président des Ciments Lafarge entre 1969 et 1971, qui était pressenti pour devenir son successeur. Il est aussi P-DG de la Nord-africaine des Ciments Lafarge, à partir de 1959, et de la filiale britannique Lafarge aluminous cement Co.

Il est aussi administrateur des Charbonnages de France, entreprise publique, du Crédit commercial de France, des Automobiles Berliet, de Merlin Gerin, de la Chambre de commerce France-CanadaGaston Cholette, La coopération économique franco-québécoise, de 1961 à 1997, Presses Université Laval, 1998.

Un animateur d'organisations patronales

Avec Georges Villiers, président du Conseil national du patronat français (CNPF), et un ancien président du Centre des jeunes patrons (CJP), Jacques Warnier, il est en 1953 l'un des 21 fondateurs du Centre de recherches et d'études des chefs d'entreprises (CRC), qui a deux objectifs complémentaires : proposer des sessions d’études aux patrons et aux cadres voulant recevoir un enseignement pratique des techniques managériales d’une part, et d’autre part organiser un « lieu de réflexion en commun sur des grands problèmes d’intérêt général »Régis Boulat, « Du Centre de recherche des chefs d’entreprise à l’Institut de l’entreprise ou « comment gagner la guerre des idées » dans la seconde moitié du » in Olivier Dard, Gilles Richard (dir.), Les droites et l’économie en France au XXe siècle, Riveneuve éditions, 2011Armand Braun, Le CRC, septembre 2001, Institut de l’entreprise.. Il préside l'un des trois puis des quatre groupes d’études mis en place par ce club de pensée patronal lié au CNPF.

En 1954, il est l'un des vice-présidents fondateurs du Centre d'études politiques et civiques, plus tourné vers la réflexion politique, aux côtés d'intellectuels de droite et de patrons pétainistes. Il y donne deux conférences, sur l'Afrique du Nord en 1955 et sur le Comité Rueff-Armand en 1960. Dans le contexte des débuts de la guerre d'Algérie, il souligne dans sa conférence de 1955 « l’implacable loi du nombre et de l’égalité » concernant le nombre croissant des musulmans en Algérie et les conséquences que cela pourrait avoir dans l’hypothèse où ils obtiendraient la citoyenneté pleine et entière : Bref, il n’est pas question de l’assimilation que les partisans de l’Algérie française mettront en avant. Demonque déplore en 1959 qu’il n’y ait pas eu « une longue incubation de l’Algérie où nous aurions apporté autre chose que le vieil esprit colonisateur »Ibid.: bulletin de l’ACADI, . Avec l'économiste catholique Louis Salleron, il impulse la création du bureau d'études du CEPEC en 1957Les Dossiers du CEPEC (exposés et travaux du bureau d'études), n° 6., qu'il présideLes Dossiers du CEPEC, n° 5, 1958. Il s'éloigne semble-t-il de cette association après 1961.

Il est aussi l'un des dirigeants et l'un des animateurs du Centre international de prospective de Gaston Berger (philosophe et directeur de l'enseignement supérieur au ministère de l'Éducation nationale), fondé le ; c'est un réseau de chefs d'entreprise, de hauts-fonctionnaires et d'universitaires, qui publie la revue Prospective à laquelle il collabore.

Marcel Demonque préside la commission de coopération technique du CNPF, est membre du bureau puis vice-président de ce syndicat des patrons jusqu'en 1965.

Il préside à partir de 1958 une association fondée par des grandes entreprises françaises, aussi bien privées (Lafarge, Saint-Gobain, Babcock et Wilcox, Schneider, etc.) que publiques (Renault, Charbonnages de France, EDF, SNCF, etc.) avec le soutien du CNPF de Villiers et sous l’égide des ministères des affaires étrangères et des finances et des affaires économiques : l’Association pour organisation des stages de techniciens étrangers dans l’industrie française (ASTEF). Demonque et Villiers y accueillirent le Premier ministre. Fin 1958 encore, il est l’un des membres fondateurs avec François Bloch-Lainé, d’une association fondée avec le soutien de l’Etat, le BIPECatalogue des instituts et programmes de formation en matière de développement économique et social, OCDE, 1965, p. 73-74, J.O., 1964, débats de l’A.N., vol. 8, p. 4502-4503, Patronat français, AG du CNPF, 17-1-1961, p. 73 : « Cette année encore, la commission du commerce extérieur a organisé, en collaboration avec les services de la coopération technique du secrétariat aux affaires économiques et l’ASTF, des stages de deux mois (…) »..

Marcel Demonque donne de nombreuses conférences, multiplie les participations à des colloques, écrit un ouvrage, publie des articles dans divers périodiques, préface des livres.

Ami de Louis Armand, il est membre du second Comité Rueff-Armand, institué le , qui a livré en 1960 un rapport sur « les obstacles à l'expansion économique ». En 1962, il est membre du présidé par Pierre Guillaumat, qui publia un rapport intitulé Réflexions pour 85Réalités industrielles, septembre 1992.. Ce groupe a été installé par le Commissaire général au plan Pierre Massé, autre artisan du rapport Rueff-Armand et chef d’orchestre du Ve plan (1965-1970) qui concrétise la politique des champions nationauxRémi Brouté, La genèse des restructurations en France, le tournant des années soixante, dans Collectif, L'entreprise en restructuration : Dynamiques institutionnelles et mobilisations collectives, Presses universitaires de Rennes, 2010.. Massé est son parrain dans l'ordre de la Légion d'honneur en 1968.

Un patron chrétien social

Catholique pratiquant, Marcel Demonque est un patron libéral-social, favorable à l'économie de marché et au profit mais inspiré par le christianisme social. Il est intervenu dans les débats du Centre français du patronat chrétien (CFPC). Demonque a été l’un des conférenciers des Assises nationales du Centre en . Son discours, sur le thème « les chefs d’entreprise ont-ils conscience de leurs responsabilités politiques ? » (c'est l'antienne du CEPEC) y fit « sensation » ; il critiqua le « sentiment d’impuissance politique des chefs d’entreprise », les « béatitudes de l’angoisse passive », stigmatisa « l’impuissance des programmes des partis » et invita « les chefs d’entreprise à réfléchir sur les institutions politiques »BnF/gallica : Etudes, avril 1956, compte-rendu des Assises par André Aumonier. Il est proche des patrons du CFPC mais il n'en est pas membreMarie-Emmanuelle Chessel, Les évêques, les patrons et le monde ouvrier, dans Collectif, L’entreprise et l’Évangile. Une histoire des patrons chrétiens, Presses de Sciences Po, 2018..