La synagogue de Fribourg-en-Brisgau, inaugurée en 1870, a été détruite en 1938 lors de la nuit de Cristal comme la plupart des autres lieux de culte juif en Allemagne.
Fribourg-en-Brisgau est une ville allemande du Land de Bade-Wurtemberg et compte actuellement près de habitants. De 1679 à 1697, la ville a été sous souveraineté française.
Histoire de la communauté juive Avant l'avènement du nazisme Certains documents attestent de la présence de Juifs à Fribourg-en-Brisgau depuis le Moyen Âge. Des Juifs sont emprisonnés en 1230 par le commandant de la ville, mais sont libérés par le roi Henri VII. En 1281, Rodolphe de Bade-Bade prélève des taxes sur les Juifs de la ville. En 1300, le comte de Fribourg ratifie les anciens droits de la communauté juive de Fribourg. En 1310, les taxes levées sur les Juifs par les bourgeois de Bâle sont restituées au comte de Bade-Bade qui octroie des privilèges aux Juifs. À cette période, il y a 15 maisons possédées par des Juifs près de la synagogue et dans les rues alentour, chacune partagée par plusieurs familles. En 1326, on compte huit familles juives engagées dans le prêt d'argent et le contrôle du négoce des grains. Pendant la Peste noire, la communauté juive est accusée d'avoir empoisonné les puits. Tous ses membres, à l'exception des femmes enceintes et des enfants, périront sur le bûcher le après un mois d'emprisonnement. Les biens des Juifs sont confisqués et les enfants sont baptisés.
En 1359, l'empereur Charles IV autorise les comtes à réinstaller des Juifs à Fribourg. En 1373, le médecin Maître Gutleben est autorisé à s'y installer. Quelques Juifs reviennent dans la seconde moitié du , bénéficiant de lettres de protection, mais les conditions se détériorent avec la "Loi juive" publiée en 1394: Le suzerain autrichien oblige les Juifs à porter un costume spécial, avec un manteau et un chapeau de couleur terne, il leur interdit de sortir de chez eux pendant la Semaine sainte et de regarder les processions religieuses et impose un taux d'intérêt hebdomadaire de 0,83 pour cent. Les Juifs sont expulsés une première fois en 1401, puis définitivement en 1424, mais les Juifs continuent de vivre dans les villages et villes alentour. En 1453, ils ont l'interdiction de faire du commerce dans la ville.
À l'exception d'une courte période pendant la Guerre de Trente Ans (1618-1648), où les fournisseurs juifs des armées sont autorisés à s'installer à Fribourg, il faudra presque quatre siècles et la libéralisation due à l'annexion de la ville par le Pays de Bade en 1805, pour que de nouveau des Juifs s'établissent progressivement à Fribourg. Après leur émancipation en 1862, de nombreux Juifs des villages alentour, s'installent dans la ville. La population juive croît de 333 personnes en 1871, à personnes en 1900 et en 1910 pour une population totale de , soit 1,6 pour cent de la population totale de la ville. Leur nombre culmine en 1925 avec personnes.
Une nouvelle communauté juive est créée en 1864, et une synagogue est construite dès 1870. La communauté de Fribourg dépend dans un premier temps de la synagogue d'arrondissement de Vieux-Brisach (Breisach am Rhein), avant que le siège du rabbinat de l'arrondissement ne soit transféré en 1885 à Fribourg même. En 1873, la communauté ouvre un cimetière juif et en 1874, un orphelinat juif. Son premier Grand-Rabbin, Adolf Lewin (1843-1910) est le premier historien des Juifs du Pays de Bade. En 1895, se forme une communauté orthodoxe séparée, et au début du , se dessine un renforcement du mouvement traditionaliste par rapport au judaïsme libéral.
Les Juifs sont particulièrement actifs dans la banque, l'industrie et deviennent rapidement une puissance économique et intellectuelle de la ville. Pendant les quelques dizaines d'années de leur présence, les Juifs ont créé et dirigent une dizaine d'usines, dans le domaine alimentaire, les meubles, le carton, la fabrication de cigares et une entreprise pharmaceutique. Ils sont aussi à la tête de plusieurs distilleries. Parmi les entreprises commerciales, ils possèdent entre autres des commerces de vêtements, de quincaillerie, de cuir, de maroquinerie, de fournitures d'article de boucherie, des magasins d'alimentation et de meubles, ainsi que le grand magasin Knopf avec des filiales dans toute l'Allemagne du sud. Avant 1933, on compte une douzaine de médecins juifs, des dentistes, des avocats et des professeurs de faculté.
Les Juifs qui ont été admis à l'Université de Fribourg-en-Brisgau depuis la fin du , et malgré un antisémitisme latent, représentent environ 10 pour cent de la totalité des étudiants, principalement à la faculté de médecine. Chaim Weizmann, le futur président de l'état d'Israël, a obtenu son doctorat en chimie à l'université en 1899. Parmi les personnalités de la communauté juive ayant professé à l'Université de Fribourg-en-Brisgau, on peut citer: le médecin Ernst Bloch, professeur d'otologie; , historien, professeur de 1874 à 1905; , avocat constitutionnaliste, professeur de 1888 à 1919; l'historien d'art Walter Friedlaender, professeur à l'Université de Fribourg-en-Brisgau de 1914 à 1933; le chimiste hongrois et futur prix Nobel George de Hevesy, professeur de 1926 à 1930; Edmund Husserl, philosophe qui se verra interdit de bibliothèque en 1933 et radié en 1936; Hermann Kantorowicz, juriste, professeur à Fribourg-en-Brisgau de 1923 à 1929, radié du corps des enseignants en 1933; l'économiste ; le juriste, Otto Lenel; , papyrologiste; le biochimiste ; le médecin et biologiste Hans Adolf Krebs, futur prix Nobel.
La période nazie En , on compte Juifs à Fribourg, soit environ 1,5 pour cent de la population.
Dès l'avènement des nazis au pouvoir, de nombreux Juifs quittent la ville. Les 21 professeurs juifs de l'université sont démis de leurs fonctions entre 1933 et 1935. Dans un premier temps, le nombre d'étudiants juifs est réduit de 183 à 54, avant que ceux-ci soient totalement bannis. En novembre 1938, les sociétés et les commerces juifs ont pratiquement tous été aryanisés. La communauté juive se mobilise pour venir en aide aux plus malheureux. Afin d'aider à l'émigration des cours d'anglais et d'hébreu sont offerts. Pendant la période nazie, 657 Juifs de Fribourg réussissent à émigrer, 200 vers les États-Unis; 100 vers la Palestine; 100 vers la France, 70 vers la Suisse et 70 vers l'Angleterre. 30 de ces émigrants seront arrêtés et envoyés à la mort quand les troupes allemandes pénètreront en France.
Le , tous les Juifs polonais sont expulsés vers la frontière polonaise. Lors de la nuit de Cristal, la synagogue est détruite et 100 hommes juifs sont arrêtés et envoyés au camp de concentration de Dachau pour une détention prolongée. Deux de ces hommes périront. En mai 1939, il ne reste plus que 474 Juifs à Fribourg. Le , 350 d'entre eux sont envoyés au camp de Gurs en France et 273 d'entre eux périront après leur transfert au camp de concentration de Theresienstadt. Le , sur les 41 Juifs restant à Fribourg, 20 sont déportés vers le ghetto de Theresienstadt.
Pendant la guerre, Gertrud Luckner, à la tête de l'association catholique Caritas va s'évertuer à sauver des Juifs. En 1966, Yad Vashem la reconnaitra comme Juste parmi les nations.
Après la Seconde Guerre mondiale Après la Seconde Guerre mondiale, 15 survivants retournent à Fribourg, rejoints en 1945 par 78 Juifs déplacés. En 1950, la communauté compte 58 membres, 111 en 1960, 225 en 1968 et 381 en 1977, 214 en 1983 et 700 en 2005. Cette forte progression est due à l'arrivée de nouveaux émigrants en provenance de l'ancienne Union Soviétique. Une nouvelle synagogue est inaugurée en 1953.
Histoire de la synagogue
Au Moyen Âge La communauté juive médiévale possédait probablement déjà une synagogue dans les années 1300, mais on ne dispose actuellement d'aucune preuve tangible. Ce n'est qu'en 1349, lors des persécutions pendant la Peste noire, qu'est mentionnée pour la première fois l'existence d'une synagogue dans la Wasserstrasse. Les membres de la communauté vivent dans cette même rue ou dans la Weberstrasse voisine. On a ainsi la preuve de l'existence de dix maisons juives dans ce quartier. Mais après le massacre du , la communauté juive est entièrement annihilée.
À partir de 1360, on retrouve des Juifs habitant dans les anciennes maisons de la Wasserstrasse. En 1385, une synagogue est mentionnée dans l'angle sud-ouest de l'intersection de la Wasserstrasse avec la Raustrasse; 60 habitants Juifs sont dénombrés alors à Fribourg, dont un maître d'école juive. Au début du (1708), la voie située entre la Bertholdstrasse et la Franziskanerplatz (actuellement l'Universitätsstrasse ou rue de l'Université) est dénommée la "Judengasse" (ruelle des Juifs). On ignore dans quelle proportion les Juifs vivaient déjà là au Moyen Âge.
XIX et XX siècle
En février 1863, les Juifs de Fribourg fondent l'Association religieuse juive, présidée par Heinrich Zivi-Lang qui va louer un local de prière et embaucher un hazzan (chantre), qui exercera en même temps les fonctions de shohet (abatteur rituel) et de professeur d'études religieuses. En 1864, ce premier oratoire est mentionné pour la première fois dans l'annuaire de Fribourg et en , le journal (Journal général du judaïsme) mentionne pour la première fois l'existence d'une synagogue à Fribourg, dans laquelle les 35 familles de la ville "célèbrent les offices de chabbat et des fêtes avec accompagnement d'orgue". Cet oratoire est situé dans l'ancienne maison 838 de la Münsterplatz (place de la cathédrale), qui appartenait auparavant au marchand Ludwig Stutz et que l'on peut situer à l'arrière de l'immeuble actuel du 27 Schusterstrasse.
Simultanément à l'installation de cet oratoire, il est créé un fonds pour la construction d'une synagogue, dans lequel sont versés les recettes de la communauté ainsi que les dons. Quelques années plus tard, la communauté décide d'acheter un terrain situé dans la Werderstrasse au niveau de la Werthmannplatz (aujourd'hui Europaplatz (place de l'Europe). Mais la communauté juive se heurte à des difficultés imposées par la municipalité de Fribourg. Celle-ci veut en effet mettre à la charge de la communauté les travaux de voirie projetés du Werderring et de la démolition des remparts de la ville devenus nécessaires. La communauté doit prendre en charge la réalisation des remblais, pentes et escaliers et acheter à un prix fixé par la municipalité les terrains libérés pour la réalisation des nouvelles voies. Compte tenu des finances très serrées de la communauté, celle-ci ne peut pas acquérir les terrains déclassés et est obligée de demander à la municipalité de lui offrir gratuitement ces terrains.
Avec le soutien financier de la communauté juive de Mannheim, la somme de florins est recueillie et les travaux de la synagogue peuvent débuter en automne 1869. L'architecte Georg Jakob Schneider, professeur principal à l'école des arts et métiers et qui avait déjà construit, en 1859-1960, le manoir Colombischlössle de Fribourg, est retenu pour la conception et le suivi des travaux. L'inauguration solennelle de la synagogue a lieu le . Pour les festivités, la communauté juive a invité entre autres la totalité du conseil municipal.
Le Freiburger Zeitung écrit deux jours plus tard: