La bataille des îles Lipari (ou bataille du port de Lipari) est un affrontement naval qui a lieu en pendant la première guerre punique. C'est la première rencontre entre les flottes de Carthage et celles de la République romaine pendant cette guerre. Une escadre de carthaginois commandé par Boodes qui surprend romains sous le commandement du consul principal, Cnaeus Cornelius Scipio Asina, dans le port de Lipari. Les Carthaginois saisissent tous leurs navires aux Romains inexpérimentés et capturent le consul.
Les Romains viennent de construire une flotte pour défier les Carthaginois pour le contrôle de la Méditerranée occidentale, et Scipion s'aventure avec son escadre dans les îles Lipari. La bataille n'est guère plus qu'une escarmouche, mais elle est remarquable pour être le premier engagement naval des guerres puniques et la première fois que des navires de guerre romains s'engagent dans une bataille. Scipion est capturée après la bataille et est connu par la suite sous le nom d'Asina (latin pour « âne »).
La bataille n'était guère plus qu'une escarmouche, mais il s'agit du premier affrontement naval des guerres puniques et de la première fois que des navires de guerre romains livrent une bataille. Les Romains remportent les deux batailles navales qui suivent celle de Lipari, de plus grande importance, et grâce à cela, ils équilibrent la situation de guerre en mer.
Contexte
vignette|gauche|Territoires romain et carthaginois lors du déclenchement de la première guerre punique en .|alt=Carte montrant les territoires romains et puniques en Méditerranée occidentale en . vignette|gauche|Situation en Sicile entre et . Les États de Carthage et de Rome entrent en guerre en , époque à laquelle commence la première guerre punique. Carthage est une puissance maritime bien établie en Méditerranée occidentale ; Rome a récemment unifié l'Italie continentale au sud du fleuve Arno. Cette expansion rend probablement inévitable un affrontement avec Carthage au sujet de la Sicile. La cause immédiate de la guerre est la question du contrôle de la ville sicilienne de Messana (aujourd'hui Messine). Plus largement, les deux camps souhaitent contrôler Syracuse, la cité-État la plus puissante de Sicile.
En , la guerre dure déjà quatre ans et les Romains avancent en Sicile, avec un certain nombre de succès, dont la prise d'Agrigente, une importante base carthaginoise. Cependant, la flotte carthaginoise attaque à plusieurs reprises les zones arrière des Romains à l'Est de la Sicile et même la côte italienne. Le contrôle de la mer par les Romains est également rendu impossible du fait des villes carthaginoises qui se trouvent sur la côte. Les Carthaginois restent attachés à leur tactique traditionnelle consistant à attendre que leurs adversaires s'épuisent, dans l'espoir de récupérer une partie ou la totalité de possessions qu'ils peuvent perdre pendant la guerre et négocier un traité de paix mutuellement satisfaisant.
En réaction aux harcèlements des navires carthaginois sur les côtes italiennes, les Romains décident de construire et d'équiper une flotte de cent quinquérèmes et vingt trirèmes. Le consul romain de l'année , Cnaeus Cornelius Scipion obtient le commandement des dix-sept premiers navires construits et arrive à Messine afin de préparer l'arrivée du reste de la flotte et la traversée du détroit le séparant de la Sicile.
Forces en présence vignette|Représentation de la position des rameurs des trois rangs différents dans une trirème grecque.|alt=Schéma montrant la position des trois rangs de rameurs dans une trirème. Pendant la première guerre punique, le navire de guerre standard est la quinquérème. La quinquérème est une galère d'environ de longueur sur de largeur au niveau de l'eau, avec son pont surélevé de au-dessus de la mer. L'expert des galères, John Coates, suggère qu'elles pouvaient maintenir (soit ) pendant de longues périodes.
Les navires sont construits comme l'équivalent maritime des cataphractes ou des navires « protégés » afin d'être mieux en mesure de transporter des marins et des catapultes. Ils possèdent une « boîte à rames » séparée attachée à la coque principale où se situent les rameurs. Ces caractéristiques permettent de renforcer la coque, d'augmenter la capacité de charge et d'améliorer les conditions de travail pour les rameurs. Généralement, la théorie acceptée concernant la disposition des rameurs en quinquérèmes est qu'il y aurait des ensembles - ou files - de trois rames, l'une au-dessus de l'autre, avec deux rameurs sur chacune des deux rames les plus hautes et un sur le bas, pour un total de cinq rameurs par file. Cette disposition étant répété sur les vingt-huit files de chaque côté, soit au total.
vignette|gauche|Recréation d'une flotte de trirèmes grecques. La quinquérème est le des marines romaines et carthaginoises tout au long des guerres puniques, même si les hexarèmes (six rameurs par banc), les quadrirèmes (quatre rameurs par banc) et les trirèmes (trois rameurs par banc) sont également parfois mentionnés. La quinquérème est si omniprésente que Polybe l'utilise comme raccourci pour en général. Une quinquérème transporte un équipage de trois cents personnes, dont et vingt membres d'équipage de pont et d'officiers, elle transporte normalement également un effectif de quarante marins et, si la bataille est considérée comme imminente, ce nombre est augmenté jusqu'à cent vingt.
Amener les rameurs à ramer en tant qu'unité, ainsi qu'exécuter des manœuvres de combat plus complexes, nécessite un entraînement long et ardu. Au moins la moitié des rameurs doivent avoir un minimum d'expérience pour que le navire soit manœuvré efficacement. Tous les navires de guerre sont équipés d'un éperon, c'est-à-dire un triple ensemble de pales en bronze de soixante centimètres de largeur pesant jusqu'à positionnées au niveau de la ligne de flottaison. Les éperons sont fabriqués individuellement en employant la méthode de la cire perdue pour s'adapter de manière inamovible à la proue d'une galère et fixés avec des pointes de bronze. L'abordage est devenu de plus en plus courant et a remplacé l'éperonnage comme système d'attaque au cours du siècle précédant les guerres puniques, car les navires plus grands et plus lourds construits à cette époque n'ont pas la vitesse ni la maniabilité nécessaires pour attaquer l'ennemi, tandis qu'avec la construction plus robuste des navires les coques réduisent l'effet de l'éperon, même en cas de coup direct de celui-ci.
Marine carthaginoise
vignette|gauche|Reconstitution en perspective axonométrique de la poupe d'une quinquérème punique. Les mâts et les voiles ne sont pas dessinés.|alt=Schéma montrant la poupe d'une quinquérème punique reconstituée en perspective axonométrique. vignette|Reconstitution en perspective axonométrique de la proue d'une quinquérème punique. Les mâts et les voiles ne sont pas dessinés.|alt=Schéma montrant la proue d'une quinquérème punique reconstituée en perspective axonométrique. La marine carthaginoise acquiert une « célébrité » pour l'époque. Elle se compose principalement de trirèmes composées de deux cents marins et de quinquérèmes comportant trois cents marins. La voile est utilisée pendant les traversées afin de ne pas épuiser les rameurs et les gros navires sont utilisés en priorité. D'après Polybe, les navires puniques semblent plus rapides et plus agiles que leurs homologues romains. Les navires carthaginois possèdent deux gouvernails et deux timoniers.
Le pin, un bois léger, est utilisé pour la construction, puis l'assemblage est assuré par les charpentiers. Les navires sont construits en mode préfabriqué, c'est-à-dire en préparant des pièces à la chaîne et en les numérotant par un mot ou une lettre. D'après W. Johnstone, le « W » ou le « WW » désignant le ou les clous et « BHR » la quille. L'assemblage s'effectue de la manière suivante : la quille, puis la coque, sont assemblées, puis les ouvriers assemblent les planches de la coque (appelées virures) avec les clous et les chevilles.
Lors des batailles navales, la disposition est la même que lors des batailles terrestres à savoir que les escadres se divisent en un centre et deux ailes. Les amiraux ont le choix entre deux tactiques : soit envelopper une aile, soit séparer une aile de son centre. L'attaque des navires adverses peut s'effectuer de deux manières différentes en utilisant au choix l'artillerie, qui cause des dégâts dans la coque et sur le pont du navire ennemi, ou l'éperonnage en heurtant un navire sur son flanc sous la ligne de flottaison. Les capitaines des navires carthaginois privilégient le recours au diecplus, qui consiste à briser les rames de l'adversaire puis à l'éperonner.
Les marins puniques pratiquent peu l'abordage, sauf s'ils y sont contraints. Toutefois, des fantassins sont parfois sur les navires afin d'être débarqués en territoire ennemi pour y faire des ravages et des pillages, avant d'être rembarqués.
Marine romaine
vignette|gauche|upright=0.5|Représentation d'une quinquérème romaine par James Bikie en 1925. vignette|Les de Rome lors du commencent de la première guerre punique en . Pour la période de la première guerre punique, nos connaissances sont moins importante concernant la marine romaine par rapport à son homologue punique, principalement en raison du manque de découvertes de galères romaines de cette époque par les archéologues.
En , les Romains commencent la construction d'une flotte : trois versions de cet évènement sont alléguées. Pour la première version, ils auraient utilisé une quinquérème carthaginoise naufragée comme modèle. Le manque d'expérience en matière de construction navale a pour conséquence la construction d'exemplaires plus lourds que les navires carthaginois, les rendant plus lents et plus difficiles à manœuvrer. Pour la deuxième version, les auraient prêté à Rome les architectes, les charpentiers et les premiers pilotes des navires. Les Romains auraient également effectué leurs premiers entraînements à la rame sur terre.
La troisième version est privilégiée par Yann Le Bohec, pour lui, Rome après la prise de Tarente en , doit défendre six mille kilomètres de littoral en Italie, et la gestion de la piraterie, des ports, de la pêche et du commerce nécessite donc déjà de disposer d'une flotte de guerre. La création d'un duovirat appelé apparaît d'ailleurs dès , puis en , la flotte passe sous commandement d'une nouvelle magistrature dénommée les ou questeurs de flotte, qui agissent comme des amiraux. Les (Locres, Néapolis, Tarente et Vélie) fournissent des navires dès , puis Syracuse rejoint le mouvement à partir de . Dès le début de la guerre, la composante romaine est majoritaire dans la direction des opérations, dans l'encadrement et au niveau des légionnaires embarqués. Les chantiers navals construisent vingt trirèmes et cent quinquérèmes.
Les historiens pensent donc que les escadres romaines sont comparables aux escadres puniques pour cette époque : les trirèmes et les quinquérèmes sont majoritairement utilisées. Elles comportent trois cents rameurs et cent vingt soldats, principalement fournis par les de Rome et parfois complétés par les légionnaires romains. La tactique navale des Romains à cette époque reste rudimentaire et leurs navires restent moins maniables que ceux des Carthaginois.
Bataille Préparatifs et mouvements vignette|Mouvements des flottes romaine et punique vers Lipari.