Le lexique du hongrois est formé pour 8 % de mots hérités, pour 7 % d’emprunts, pour 80 % de mots formés sur le terrain du hongrois et pour 5 % de mots d’origine inconnue.
La plupart des emprunts sont d’origine slave (27 %), suivis dans l’ordre de leur importance par ceux d’origine latine (25 %), allemande (17 %) et turcique (16 %)Pourcentages donnés par Gerstner 2006, ., mais il y en a aussi de langues iraniennes et romanes (italien, français, roumain), ainsi que de l’anglais. Les calques sont également un moyen important d’enrichissement du lexique hongrois.
Les moyens internes d’enrichissement du lexique sont les plus importants. Parmi ceux-ci, les plus productifs sont la création spontanée de mots (interjections, mots onomatopéiques, créations expressives), la formation spontanée de mots par dérivation et par composition, ainsi que la création consciente de mots par dérivation et par composition. Par rapport au français, la composition spontanée et la création consciente de mots ont un poids beaucoup plus grand.
Fonds hérité
Est considéré comme hérité tout mot d’origine ouralienne, qu’il remonte à l’époque du finno-ougrien commun (Néolithique tardif) ou seulement à l’époque ougrienne (entre 1900 et 500 av. J.-C.), retenu depuis environ le milieu du , moment où l’union ougrienne s’est dissouteSection d’après Gerstner 2006, .. Le fonds hérité, sans compter les dérivés et composés, ne représente que 8 % du lexique du , mais il s’agit de mots fréquents, polyvalents et qui, par dérivation, composition et d’autres procédés, sont très productifs. La plupart de ce fonds restreint fait partie du lexique de base : des verbes fondamentaux, des substantifs de la nature (animaux, plantes, météo), des parties du corps, des termes de parenté, ainsi que des adjectifs, pronoms et nombres :
couche ouralienne : él « vivre », én « moi », fa « arbre », fej « tête », fogoly « perdrix », hajnal « aube », hal « poisson », halni « mourir », háló « filet », íj « arc », ín « tendon », jég « glace », máj « foie », mën ~ mëgyLa lettre ë transcrit la voyelle mi-fermée antérieure non arrondie [e] brève, existante dans le fonds hérité du hongrois, qui devrait être prononcée ainsi selon certains linguistes, et qui existe encore dans certains dialectes mais non en hongrois standard, où elle correspond à la voyelle mi-ouverte antérieure non arrondie [ɛ], étant transcrite e. « aller », mëny « belle-sœur », nő « femme », nyíl « flèche », szëm « œil », tó « lac », vő « gendre » ;
couche finno-ougrienne, c’est-à-dire à partir de la séparation du groupe samoyède jusqu’à la scission entre langues ougriennes et langues finno-permiennes : ad « donner », ég « ciel », epe « fiel ; bile », ëszik « manger », fajd « tétras », fiú « garçon, fils », fog « dent », héj « peau d’un fruit », iszik « boire », kés « couteau », lësz « devenir », nyelv « langue », öccs « frère cadet », öl « tuer », tél « hiver », új « nouveau » ; couche ougrienne : ëb « chien », fű « herbe », jön « venir », ló « cheval », mély « profond », nyereg « selle ».
Moyens d’enrichissement du lexique
Emprunts lexicaux
Les mots empruntés représentent quelque 7 % du lexique du hongrois actuel. Pour la plupart, ils sont d’origine slave (27 %), suivis de ceux d’origine latine (25 %), allemande (17 %) et turcique (16 %)Section d’après Gerstner 2006, , sauf les informations des sources indiquées à part..
Iranismes
Le hongrois a hérité bon nombre d’emprunts faits au proto-iranien à l’époque finno-ougrienne, dont agyar « défense ou dague (d’animal) », ár « valeur », ár « poinçon », ezer « mille », fejni « traire », hét « sept », kard « sabre », méz « miel », ostor « fouet », szarv « corne », száz « cent », tehén « vache », tej « lait », tíz « dix ».
Par contre, à l’époque ougrienne, la position du groupe ougrien n’a pas favorisé des contacts étroits, mais plutôt commerciaux, avec l’ancien iranien, ce qui n’a laissé en hongrois que six mots (par exemple arany « or » ou tál « assiette »).
À l’époque proto-hongroise tardive (200 av. J.-C.0150700 apr. J.-C.), les contacts ont repris avec les langues iraniennes moyennes (sarmate, alain), ces dernières ayant légué au hongrois 45 mots, par exemple asszony « femme mariée », gazdag « riche », híd « pont », kincs « trésor », nád « roseau ». Puis, au , le hongrois a emprunté des mots persans tels que vám « douane », vár « château fort », vásár « foire ».
Turquismes
Les contacts des Hongrois avec des peuples turcs sont devenus étroits au . Ces peuples étaient en partie sédentaires, s’occupant aussi d’agriculture. Le nombre de mots turciques empruntés par les Hongrois avant leur établissement dans le bassin des Carpates est d’environ 300. Ils font partie de domaines variés : parties du corps, élevage, agriculture, logement, métiers, habillement, société, vie spirituelle, phénomènes naturels, faune, flore, adjectifs. Exemples : ács « charpentier », alma « pomme », bársony « velours », bér « paie », bika « taureau », boka « cheville », borz « blaireau » (l’animal), búza « blé », gyász « deuil », kapu « portail », kecske « chèvre », kender « chanvre », kos « bélier », sárga « jaune », szám « nombre », torma « raifort », etc.Zaicz 2006, les articles correspondants..
Des emprunts turciques ont continué à pénétrer dans la langue hongroise après l’établissement des Hongrois dans le bassin des Carpates, par la venue dans l’État hongrois de Petchénègues et de Coumans. Des mots de leurs langues sont, par exemple, balta « hache » et kalauz « guide ».
Au commencent les contacts avec les Turcs ottomans, qui culminent avec la domination de l’Empire ottoman sur la Hongrie (). Il existe encore en hongrois quelque 30 mots d’origine turque, dont bogrács « chaudron », dívány « divan », kávé « café », kefe « brosse », pamut « coton », papucs « pantoufle », zseb « poche ».
Slavismes
Les Hongrois ont rencontré des Slaves dès la période de leur migration, quand ils se trouvaient au nord de la mer Noire. C’est à cette époque-là que sont entrés en hongrois des mots russes anciens tels que tanya « hameau » et zátony « banc de sable ».
La plupart des mots slaves ont été empruntés au cours des deux siècles suivant l’établissement, aux Slaves rencontrés sur le territoire et à ceux du voisinage. Ces mots reflètent des changements profonds dans la vie matérielle et spirituelle, causés par la sédentarisation, étant spécifiques à de nombreux domaines : vie sociale et étatique, religion chrétienneGrâce à des missionnaires slaves., agriculture, élevage, métiers, habitation, alimentation, flore, faune, noms de peuples, adjectifs. Exemples : király « roi », kereszt « croix », barázda « sillon », donga « douve de tonneau », ablak « fenêtre », gomba « champignon », galamb « colombe, pigeon », görög « grec/grecque »Le hongrois ne connaît pas le genre grammatical, c’est pourquoi les adjectifs ont une seule forme., bolond « fou/folle ».
Des mots slaves ont continué d’être empruntés par le hongrois jusqu’aux années 1950 du : palota « palais » (du bulgare), csésze « tasse » (du tchèque), galuska « gnocchi » (du polonais), kamat « intérêt » (rémunération d’un prêt) (du serbo-croate), lekvár « marmelade » (du slovaque), zabla « mors » (du slovène), harisnya « bas » (vêtement) (de l’ukrainien). Dans la période communiste, il est entré dans la langue quelques mots russes : kulák « koulak », pufajka « veste matelassée », diszpécser (provenant à son tour de l’anglais « dispatcher ») « répartiteur ».
En hongrois commun d’aujourd’hui, il y a plus de 500 mots d’origine slave.
Alémanismes
L’influence de l’allemand sur le hongrois commença dès la fondation de l’État par le roi Étienne de Hongrie, à la suite de liaisons dynastiques avec diverses maisons allemandes. La pénétration de mots allemands continua par l’établissement, à partir du , de nombreux artisans allemands qui fondèrent les villes du pays. L’apogée de l’influence allemande fut atteint avec la domination de l’Empire d'Autriche sur la Hongrie, la Transylvanie et le Banat, influence due principalement aux nombreux germanophones colonisés au . L’influence allemande était devenue si importante qu’un mouvement hongrois appelé « renouvellement de la langue » (fin du –première moitié du ) eut, parmi d’autres objectifs, l’élimination des emprunts à l’allemand.
Les mots d’origine allemande appartiennent à des domaines très variés : la vie de cour, la vie militaire, les métiers, la vie urbaine, la vie sociale, l’habillement, la cuisine, l’agriculture, des adjectifs. Exemples : herceg « prince », cél « cible », pék « boulanger », polgár « bourgeois, citoyen », farsang « carnaval », zokni « chaussette, socquette », sonka « jambon », karfiol « chou-fleur », barna « brun(e) ».
Le lexique du hongrois commun actuel contient environ 400 mots d’origine allemande.
Latinismes
À la différence des influences présentées ci-dessus, celle du latin ne s’est pas exercée par un contact populaire direct, mais par le biais de l’Église et de la culture écrite, à partir de la christianisation des Hongrois dans le rite romain, et cette influence continue jusqu’au par la voie de la culture. Dans la première période, il s’agit du latin médiéval dans sa variante pratiquée par des missionnaires allemands et de l’Italie du Nord.
Dans les mots empruntés au latin dans la première période, on peut remarquer des changements phonétiques propres au hongrois, par exemple intervocalique > (basalicum > bazsalikom « basilic », musica > muzsika « musique »), [s] dans une autre position > (aprilis > április « avril », sacristia > sekrestye « sacristie »), + ou > (angelus > angyal « ange », gingiber > gyömbér « gingembre »).
Dans les emprunts du et ultérieurs, on sent la prononciation dite classicisante du latin, initiée par Érasme de Rotterdam ; c’est-à-dire au lieu de [ʒ], [ʃ] et [ɟ͡ʝ], on entend respectivement , [s] et [g], par exemple dans rezeda, szeminárium, evangélium. À côté d’emprunts antérieurs apparaissent leurs variantes à la prononciation changée. C’est le cas d’evangélium à côté d’evangyélium ou de státusz à côté de státus.
Les mots d’origine latine appartiennent aux domaines suivants : terminologie ecclésiastique catholique : mise « messe », ostya « hostie », etc. (de la première période de l’influence latine) ; terminologie protestante : eklézsia « église », konfirmál « confirmer », etc. (du ) ; école : ceruza « crayon », iskola « école » ; faune et flore : párduc « léopard », akác « acacia » ; justice : paktum, testamentum ; médecine : kúra « cure », patika « pharmacie » ; les noms des mois : január, február, etc. ; bâtiment : kamra « débarras, resserre », tégla « brique » ; sciences humaines et sociales, politique : kommentár, kongresszus.
Dans la langue commune actuelle il y a plus de 200 mots d’origine latine, mais leur nombre est beaucoup plus grand dans les terminologies des diverses sciences.
Romanismes
Italianismes
Des mots italiens ont commencé à être empruntés dès l’époque de la christianisation des Hongrois, par l’intermédiaire de prêtres d’Italie du Nord. Le processus a continué à la suite de liaisons commerciales, surtout avec Venise, y compris par l’établissement de citadins italiens en Hongrie. L’influence italienne s’est accrue sous la dynastie des Anjou, puis sous Matthias Corvin, quand la culture de la Renaissance venue d’Italie s’est répandue en Hongrie ; de nombreux jeunes hommes hongrois étudiaient dans des universités italiennes et les contacts ecclésiastiques étaient constants. Aux , les contacts se sont poursuivis par la présence d’armées italiennes qui combattaient les Turcs. Au , beaucoup de Hongrois ont fait leur service militaire dans l’armée autrichienne stationnée au nord de l’Italie, et des ouvriers italiens sont allés en Hongrie.