Le royaume de Karthli-Kakhétie (en géorgien : ქართლ-კახეთის სამეფო, Kart'l-Kakhet'is samep'o) est un État géorgien du , établi en 1762 et annexé par la Russie en 1801. Correspondant au territoire de la Géorgie orientale, il fut dirigé par deux rois en quarante ans d'existence : Héraclius II et Georges XII. Le premier d'entre eux avait pour but d'unifier la Géorgie, comme à l'époque du royaume de Géorgie, et se mit sous la protection de la Russie en 1783 pour parvenir à ses fins. Mais il ne réussit pas à accomplir la réunification souhaitée et son successeur, trop faible, laissa régner les Russes chez lui, qui annexeront le royaume contre la volonté de la noblesse locale deux ans plus tard.
Histoire Création et débuts La Géorgie orientale se retrouvait dans un chaos constant depuis la fin du . En effet, le Karthli et la Kakhétie constituaient deux royaumes indépendants disputés par les musulmans persans et turcs. De plus, la division se multipliait quand la noblesse locale choisit de s'unir contre le pouvoir d'un roi. Toutefois, en 1732, Teimouraz II devint roi en Kakhétie et, avec l'aide de Nâdir Shâh, récupéra également le trône de Karthli. Mais, au lieu de régner sur un royaume unifié, il choisit de laisser la Kakhétie à son fils aîné, Héraclius II. Teimouraz commença par la suite à engager des relations avec la Russie impériale et alla même à Saint-Pétersbourg en 1761. Il y mourra un an plus tard, laissant ses possessions au roi de Kakhétie, son propre fils.
Héraclius II se lança dès lors dans deux projets importants : unifier la Transcaucasie et se faire reconnaître par la Perse. Dans ce but, il réussit à vaincre le souverain du Karabagh, Panat-Khan, et fit confirmer ses droits sur Gandja. Bientôt, les dirigeants musulmans de Shaki, de Shemakha, du Karabagh et du Nakhitchevan se reconnurent comme ses vassauxAssatiani et Djanelidze, 169 et l'Arménie prêta allégeance au roi géorgien, en demandant même à être directement intégrée à la Géorgie orientaleSalia, 366-367. Héraclius envahit l'Azerbaïdjan quelque temps plus tard et captura le dirigeant local, Azat Khan Afghani, qui avait déclaré son indépendance de vis-à-vis de la Perse en 1749. Pour cette raison, le Shah Shâhrokh Châh reconnut l'unification de la Géorgie orientale sous un seul sceptre, celui d'Héraclius II, qui voyait de plus le khanat d'Erevan rentrer dans ses vassauxAssatiani et Bendianachvili, 218.
Le chemin vers la réunification des nombreux États géorgiens était ouvert. En Géorgie occidentale, il n'y avait pratiquement aucun opposant à ce projet. Toutefois, la véritable opposition se trouvait dans les propres domaines du roi, en Kartli. Les nobles tentèrent à quelques reprises d'organiser un coup d'État contre Héraclius, notamment en 1765. En effet, la noblesse avait peur de voir se transformer l'ancien pays divisé en une monarchie absolue. Toutefois, leurs plans furent tous déjoués et le Karthli-Kakhétie, fondé.
Alliance avec la Russie La Russie revint faire alliance avec la Géorgie dès 1768, lorsque la guerre russo-turque débuta. Saint-Pétersbourg voulait en effet utiliser les forces des nations chrétiennes du Caucase pour ouvrir un nouveau front en Transcaucasie. Ainsi, en 1770, le général Todtleben fut envoyé en Karthli-Kakhétie dans le but de monter une armée importante contre l'Empire ottoman. Au printemps de la même année, un bataillon de Russes et de Géorgiens fut envoyé vers Akhalkalaki. Toutefois, le général, ne croyant pas une victoire géorgienne possible rejoint rapidement Tiflis en abandonnant le roi Héraclius II. Celui-ci réussit à venir à bout des Turcs lors de la bataille d'AspindzaSalia, 361-362 et Héraclius II dut retourner en vitesse dans sa capitale où les Russes commençaient à prendre le contrôle du pouvoirAssatiani et Bendianachvili, 219.
Malgré cela, Héraclius souhaitait développer ses relations avec la Russie chrétienne. En 1772, il envoya le catholicos Anton à Saint-Pétersbourg en tant qu'ambassadeur, mais aucun avancement dans les relations bilatérales ne fut fait, si ce n'est que l'impératrice Catherine II reconnaissait la souveraineté turque sur l'Iméréthie. Deux ans plus tard, le Darbazi (parlement géorgien) vota pour l'entrée de détachements militaires russes dans le but de soutenir le Karthli-Kakhétie, sans résultats. Mais Héraclius restait aussi têtu qu'avant et demanda en 1782 la protection officielle de la RussieAssatiani et Djanelidze, 175. À partir de ce moment, Catherine II changea son opinion et changea totalement sa politique aveugle sur la Transcaucasie. Finalement, le , le Général Pavel Potemkine et les représentants géorgiens, Juan Jorge de Bagration-Mukhrani et Garsevan Tchavtchavadze, signèrent à Gueorguievsk, en Ciscaucasie, le traité de Gueorguievsk qui changea leur relationSalia, 373. Dès janvier 1784, le traité fut ratifié par la Russie et la Géorgie perdait ainsi tout contrôle sur ses Affaires étrangèresTreaty of Georgievsk sur Encyclopedia Britannica. Ce sera le début d'une politique de colonisation de la Géorgie par la cour impériale russe, qui s'achèvera avec la disparition du royaume, en 1801.
Réalité de l'alliance Avec cette nouvelle alliance, le roi Héraclius II pensa que le chemin vers la réunification nationale était désormais ouvert. En 1784, le roi Salomon d'Iméréthie mourut, laissant pour héritier son neveu David, qui prendra le nom de Salomon II. Celui-ci était, par sa mère, le petit-fils du roi de Géorgie orientale, et des négociations pour unifier l'Iméréthie et le Karthli-Kakhétie commencèrent. Toutefois, un complot familial, mené par la femme d'Héraclius, la reine Daredjan, empêcha la réunification et le roi Salomon II conserva son trône. En 1790, une alliance militaire fut malgré cela signée entre Koutaïssi, Tiflis et les principautés géorgiennes semi-indépendantes (Abkhazie, Svanétie, Mingrélie, Gourie, etc.), tandis que le traité de Gueorguievsk fut étendu à la Géorgie orientaleAssatiani et Bendianachvili, 228-229.
Évidemment, l'Empire ottoman n'accepta guère de voir son influence sur le Caucase diminuer. En 1785, une coalition des Ottomans, d'Akhaltsikhe et du Daghestan envahirent le Karthli-Kakhétie. La Russie décida de retirer ses troupes de Géorgie laissant pour explication que la présence de l'armée russe pourrait rendre la situation pire qu'elle ne l'était déjà. Tiflis se retrouva obligée de payer tribut et Saint-Pétersbourg pratiqua une politique sourde et muette vis-à-vis de la Géorgie pour la prochaine décennieAssatiani et Djanelidze, 176.
En 1795, la Perse décida de reprendre le contrôle sur la Géorgie orientale. Une invasion rapide se déroula alors et, au mois de septembre, les quelque de Agha Mohammad Shah approchèrent de Tiflis, la capitale du royaume, défendues par seulement Géorgiens. Une bataille sanglante se déroula pendant deux jours à Krtsanissi, dans la banlieue de la ville. Les sources géorgiennes décrivent le conflit avec une très grande précision. Le vieil Héraclius, âgé de 75 ans, était au premier rang de son armée. À la fin, Géorgiens trouvèrent la mort, contre Iraniens. Tiflis fut détruite, brûlée, rasée. Sa population chrétienne fut massacrée et la cour royale se déplaça à Telavi, en KakhétieSalia, 376-378. Un an plus tard, Catherine II de Russie répondra à l'attaque perse en organisant l'expédition russe en Perse de 1796.
Annexion russe thumb|Héraclius II
Après cette courte invasion, deux nouveaux bataillons russes arrivèrent en Géorgie. Ceux-ci ne firent rien pour empêcher les raids meurtriers des Lezghiens, ni pour reconstruire les villes détruites par l'armée perse. Le , le roi Héraclius II mourut finalement à Telavi et son fils aîné lui succéda sous le nom de Georges XII. Ce dernier ne sera reconnu comme tel par Saint-Pétersbourg qu'un an plus tard et ses demi-frères en profitèrent pour se rebeller contre lui. Georges XII et ses fils prirent d'importantes mesures pour détruire la puissance des nobles et des autres princes royaux, qui durent pour la plupart se réfugier en PerseAssatiani et Bendianachvili, 233-234.
Bientôt, le roi tomba gravement malade. Les Russes prirent progressivement le contrôle sur toutes les affaires intérieures du royaume, contrairement aux accords de 1783. En novembre 1800, les Russes empêchèrent les musulmans d'organiser une nouvelle invasion du Karthli-Kakhétie, mais le , un manifeste secret fut signé par l'empereur Paul , abolissant le royaume. Ce manifeste ne sera pas encore publié et Georges XII mourut dix jours plus tard. Son fils David, l'héritier au trône, ne reçut pas les attributs royaux et, le , le manifeste fut officiellement publié à Saint-Pétersbourg, qui ne reconnaissait plus l'indépendance de la Géorgie orientale. Le , le manifeste fut lu à Tiflis et les princes royaux furent exilés en Russie propre. La « Province de Géorgie » fut créée et ce sera le début de l'annexion russe du CaucaseAssatiani et Djanelidze, 185.
Aujourd'hui, la faute de la rupture du traité de Gueorguievsk est imputée à Georges XII, qui laissa les généraux russes remplacer ses propres ministres, par certains politiciens et historiensHistory of Georgia , sur le site du Congrès international de tous les peuples de Géorgie.. Toutefois, au , les nationalistes et les écrivains géorgiens en voulaient surtout à Héraclius II pour avoir fait une alliance avec un pays ne désirant pas voir l'unification de la Géorgie s'accomplir. Ainsi, le célèbre poète Nikoloz Baratachvili (1817-1844) conclura sa célèbre œuvre Le Destin de la Géorgie par ces quelques vers : Des années s'écoulèrent en repos.À nouveau Irakli leva son sabrePour réduire à merci le Daghestan.Même les Persans eurent des revers.Dans sa vieillesse, il amassa ses forces,À nouveau il malmena les Ottomans.Il couvrit son nom à nouveau de gloire.Ce fut en vain. Car depuis bien longtemps,Avait, dans son cœur, le roi IrakliChoisi le destin de la GéorgieNikoloz Baratachvili, Le destin de la Géorgie, Adaptation de Jacques Gaucheron, Les Éditeurs Français Réunis, Paris, 1968, 139.
Culture Sciences Les grandes activités culturelles du début du se retrouvèrent paralysées quand le roi Vakhtang VI de Karthli s'exila en Russie avec de nombreux philosophes, historiens et scientifiques, en 1724, pour fonder une colonie importante de Géorgiens à Moscou. Toutefois, les quelques penseurs restés en Géorgie décidèrent de recréer un monde culturel dans leur pays et ils furent notamment aidés par le roi Héraclius II et son cousin, le catholicos Anton . Comme le décrit Nodar Assatiani, ce dernier était un homme érudit inspiré par les travaux d'Aristote et de Platon et des philosophes géorgiens médiévaux (tel que Jean Petritsi). Il avait les mêmes pensées que les philosophes de la période des Lumières en France et en Allemagne et traduisit en géorgien Physique de Christian Wolff et bien d'autres œuvres en allemand. Anton écrira également Les pierres précieuses, qu'il dédiera au roi de Karthli-Kakhétie.
Anton était accompagné d'une « galaxie » de philosophes géorgiens, tels que Gaïoz le Recteur, Philippe Qaïtmazachvili, Joseph de Nekressi et Anton Tsargaleli. Ensemble, ils traduisirent plusieurs œuvres du russe, de l'arménien et d'autres langues. Pour la première fois, la cour royale géorgienne s'occupa de l'éducation nationale. Ainsi, sous la direction du catholicos, une Grammaire géorgienne fut publiée, le premier livre ayant pour but d'enseigner la langue géorgienne.
Écoles