William Hogarth, né le à Londres et mort le à Chiswick, est un graveur, peintre, et philanthrope anglais.

Enfant de la Glorieuse Révolution, très tôt reconnu par la critique et identifié en France dès 1753 par Denis Diderot comme un brillant esprit « Thinking Like an Artist: Hogarth, Diderot, and the Aesthetics of Technique » , par Abigail Zitin, In: 18th Century Studies, tome 46, 4, été 2013, — extrait sur Project Muse., Hogarth est un artiste complet, qui embrassa plusieurs modes d'expression, et dont l'influence se perpétue jusqu'au début du . Premier artiste libre et singulier de l'école anglaise de peinture, fondateur de la St Martin's Lane Academy, il n'hésite pas à utiliser la presse et ses réseaux d'amis pour défendre ses idées, tout en exprimant, tant par la plume que par le burin et le pinceau, les errances, les plaisirs et les contradictions morales de son époque.

Biographie Jeunesse William Hogarth naît le dans la paroisse de St Bartholomew-the-Great., dans le quartier de Bartholomew Close, à Londres, à une époque appelée la « Glorieuse Révolution », qui voit, sur le plan de la politique intérieure anglaise, s'affronter à la tête du pouvoir régalien, anglicans et catholiques. À la suite de la répudiation définitive des Stuart, les grands propriétaires terriens tiennent le Parlement et affirment leur indépendance vis-à-vis de la monarchie. Par ailleurs, le va être le théâtre de fortes tensions entre la Grande-Bretagne et la France ; Hogarth sera témoin de trois guerres : la guerre de Succession d'Espagne (1701 – 1714), la guerre de Succession d'Autriche (1740 – 1748) et la guerre de Sept Ans (1756 – 1763)..

Le père de William, Richard Hogarth, originaire du Westmorland, est un professeur de latin et rédacteur de manuels d'enseignement. Avec Ann Gibbons, ils ont trois enfants : William, Mary et Ann. Le père fait modestement vivre sa famille de son métier de maître d'école. Il décide d'ouvrir en 1703 une sorte de réservée aux adeptes de la langue latine, mais il fait faillite en 1707 et écope de cinq ans de prison à Fleet pour dettes : son épouse Ann et ses trois enfants sont contraints de vivre à proximité de la prison dans un local réservé aux familles de débiteurs. En 1712, Richard est libéré et devient correcteur d'épreuves d'imprimerie ; la famille emménage sur Long Lane, quartier de Smithfields (celui des graveurs et des orfèvres)..

L'aristocratie investit dans des propriétés rurales, laissant l'industrie et le commerce se développer dans la capitale. Dans ce contexte, les nouveaux bourgeois sont dépensiers, ce qui crée un marché propice à l'art du graveur, également favorisé par la demande populaire de gravures d'actualité et d'estampes satiriques.. Peu adapté au système éducatif mais doté d'une perception aiguë du monde qui l'entoure, William Hogarth dessine beaucoup et rend régulièrement visite à l'atelier d'un peintre local. Pour échapper à la pression de son père, il entre à l'âge de quinze ans environ.. comme apprenti dans l'atelier d'Ellis Gamble, orfèvre et graveur sur métaux (actif de 1712 à 1733), membre de la Merchant Taylor's Company, sur Blue Cross Street (Leicester Fields), chez qui il semble qu'il se soit installé. Il grave des emblèmes sur des pièces d'orfèvrerie en or et argent jusqu'en 1720, des armoiries, des cartes-adresses (), petites pièces de gravure reportée sur papier épais destinées aux artisans et fournisseurs londoniens, ainsi que des ex-libris... Hogarth, frustré par un travail trop cadré, appelle ces armoiries les et . Il développe néanmoins par lui-même des techniques peu orthodoxes, et son originalité comme artiste tient beaucoup à son pragmatisme et à son approche non conventionnelle de sa carrière.

En 1718, le père de William meurt. Le voici chargé de famille..

Premiers travaux gravés vignette| The Bad Taste of the Town, gravure publiée en 1724 ( état). Décidé à gagner de l'argent par ses propres moyens et à aider ses proches, Hogarth se lance à son compte à partir d', date à laquelle il édite sa propre carte de négoce : installé chez sa mère, il se présente comme graveur, à l'enseigne du Golden Ball (« la boule d'or »), dans Cranbone Alley, sur Little Newport Street. Ses premiers clients sont des commerçants et des éditeurs. La même année, il entre à l'académie de peinture et de dessin, appelée The Academy for the Improvement of Painters and Sculptors by drawing from the Naked, fondée par Louis Chéron et John Vanderbank, préfiguration de la St Martin's Lane Academy, au moment où Londres est en proie à une fièvre financière qui conduit à l'effondrement durant l'automne de la South Sea Company, un désastre ruineux qui va traumatiser la capitale.

Le Londres artistique est, à cette époque, largement dominé par les influences étrangères : Français et Italiens s'en disputent les honneurs. Marco Ricci, un peintre vénitien qui produisait entre autres des caricatures s'inspirant de la vie artistique londonienne, reçut de nombreuses commandes de lord Burlington et devint la coqueluche de la ville. Sans aucun doute, Ricci plut beaucoup au jeune Hogarth Francis Haskell, Patrons and Painters, Londres, Chatto & Windus, 1963, ..

Il exécute en 1721 sa première pièce gravée à connaître un certain succès, Emblematical Print on the South Sea Scheme, d'une part, parce qu'il inaugure là un nouveau genre avec une originalité qui trouve son public, l'image satirique, un genre repris des Hollandais, et d'autre part, parce qu'il va tenter de rompre le monopole du marché des estampes détenu par la Stationers' Company, et, s'associant avec ses amis graveurs, tel Bernard Baron, réveille le milieu londonien de l'illustration, plutôt conformiste. Durant les quatre années suivantes, il produit de nombreuses estampes satiriques, comme The Bad Taste of the Town et A Just View of the British Stage (1724), dont l'un des points d'ancrage est le théâtre (la scène mais aussi celui de la vie londonienne, de ses manies et ses hypocrisies)Ronald Paulson, Hogarth, High Art and Low, New Brunswick, Rutgers University Press, 1992, vol. 1, ..

Vers cette époque, il commence à fréquenter le Rose and Crown Club, et se lie aux artistes associés que sont Bernard Baron, George Vertue, Peter Tillemans, et Michael Dahl, entre autres membres Matthew Hargraves, Candidates for Fame: The Society of Artists of Great Britain, 1760-1791, New Haven/Londres, Paul Mellon Centre for Studies in British Art/Yale University Press, 2005, ..

En 1724, Hogarth découvre que sa gravure The Bad Taste of the Town a été piratée, fait d'autant plus rageant que c'était là sa première gravure originale qu'il lançait lui-même dans le commerce au prix d'un shilling.. Le jeune homme entre cette même année dans l'académie de dessin fondée trois ans auparavant par James Thornhill à Covent Garden. Peu de temps après, Hogarth tombe amoureux et s'enfuit avec la fille du maître, Jane, qui, en conséquence, n'aura point de dot. De leurs côtés, les sœurs de William ouvrent une boutique de modiste sur Long Walk près de l'hôpital de St Bartholomew. En , vont paraître dix-sept gravures destinées à l'illustration d'un ouvrage, le Hudibras, de Samuel Butler, qui lui fournit également le sujet de douze estampes publiées séparément, Les Croupions brûlent à Temple Bar (Burning ye Rumps at Temple Bar), vendues par le marchand Philip Overton.

Entretemps, il renonce à une commande de cartonnier en tapisserie en 1727, au prétexte qu'il est : l'affaire tourne mal, et le conduit à un procès, qu'il remporte le [??] Ronald Paulson, Hogarth. Volume 3, New Brunswick, 1993, ..

Nullement courtisan, il produit des planches satiriques sur le roi , sur et Anne Boleyn, sur Horace Walpole (1726-1727).

Jane Thornhill et William se marient le et emménagent non loin des Thornhill, à Little Piazza, face à Covent Garden.

Quelques mois plus tôt, il aurait été initié à la franc-maçonnerie : il entre à la loge de la Hand and Apple Tree Tavern, située sur Little Queen Street. Il abordera ce thème dans Four Times of the Day (Nuit, moment)Voir la bibliographie dans « William Hogarth: The Man, the Artist and his Masonic Circle » par Yasha Beresiner, Masonic Papers. Pietre-Stones Review of Freemasonry, en ligne., et obtient la protection du duc de Montagu, l'un des fondateurs de la Première Grande Loge d'AngleterreCécile Révauger, William Hogarth et la franc-maçonnerie : jeux de lumière, Revue de la Société d'études anglo-américaines des et siècles, 1999, — sur Persée..

Le peintre vignette| The Denunciation. A Woman Swearing a Child to a Grave Citizen (vers 1729), pendant de The Christening, Hogarth innove avec deux toiles combinant le vocabulaire de la peinture de genre hollandaise et les goûts de l'époque pour la satire. vignette| Autoportrait de Hogarth vers 1735, Yale Center for British Art.

En fait, depuis déjà une année, le jeune homme, qui continue de graver, s'affirme aussi comme peintre. Il avait appris des maîtres hollandais dans la veine de Jan Steen, qui s'intéressaient aux épisodes journaliers de la vie quotidienne, et n'ignorait rien de l'art italien de son temps, celui des vedustiti où s'illustra un Francesco Guardi. Pour gagner de l'argent, il s'essaye d'abord à partir de 1727-1728 au tableau de conversation de petits formats, des scènes de genre à la mode, dans la lignée de Marcellus Laroon le Jeune. Sa première commande provient du vicomte de Castelmaine, Richard Child (1680-1750), pour un portrait de groupe en conversation commémorant sa réception à Wanstead House.

Comme ses gravures, certaines de ses premières toiles — qui d'ailleurs seront souvent portées en gravure par lui et ses assistants — témoignent de ses qualités de satiriste. D'autres manifestent une sensibilité particulière à la puissance d'expression du théâtre qui ne le quittera jamais. Ainsi illustre-t-il dès 1728 par deux toiles The Beggar's Opera (L'Opéra des gueux), pièce de John Gay qui connaissait à Londres le succès, puis, vers 1737-38, Scene from The Tempest (Une scène de « La Tempête ») de Shakespeare, et en 1745, David Garrick in the Character of (L'acteur Garrick dans le rôle de ). The Hogarth Archives, « Autobiographical Notes », University of Wales, Lampeter, en ligne. .

vignette|300px|Satire des mœurs électorales (Triumph of the Deputies, huile sur toile, 1754-1755). C'est sans doute dans la représentation de gens simples ou bourgeois fraichement arrivés qu'il parvient à la plus grande expressivité. Hogarth atteint à une grande virtuosité dans les sujets contemporains et moraux qu'il appelait ses « pièces morales », dont on pourrait trouver l'origine conceptuelle chez Jacques Callot et certains maîtres hollandais du siècle précédent. Sous la forme satirique que connaît alors la littérature anglaise avec Daniel Defoe ou Jonathan Swift (avec A Description of a City Shower, notamment), le peintre fustige les mœurs de la société britannique. Il est à ce titre considéré comme le père de l'estampe satirique anglaise et un précurseur de la caricature. Il s'intéresse aux réformes sociales, il est l'ami d'écrivains comme Tobias Smollett et Henry Fielding, dont il partage le mépris pour la corruption politique. Aussi, malgré le succès de ses portraits, Hogarth, comme il l'écrira dans ses autobiographical notes (ses « notes autobiographiques », posthumes et inédites en français), tourne ses pensées « vers un genre encore plus original : la peinture et la gravure de sujets moraux modernes, un champ qui [n'a] encore été exploité à aucune époque et dans aucun pays ».