Ibrahim ibn al-Aghlab (), né en 756 à Kairouan et décédé en 812, est le fondateur et premier émir de la dynastie des Aghlabides régnant sur l'Ifriqiya du à sa mort.
Biographie
Instabilité en Ifriqyia Il est le fils d'Al-Aghlab Ibn Salim, gouverneur de l'Ifriqiya entre 765 et 768.. Issu de la tribu arabe des Banu Tamim, originaire du nord-est de la péninsule Arabique. Sa famille s'installe d'abord dans les villes de garnison d'Irak (Kufa ou Bassora), avant de migrer vers la frontière orientale du Khurasan. À l'instar de nombreuses familles de cette région, les ancêtres d'Ibrahim rejoignent les troupes de la révolution abbasside. Son père figure parmi les officiers (quwwād) recrutés par pour rétablir l'autorité caliphique en Ifriqiya en 761, après une période de crises déclenchées par les révoltes berbères kharidjites.
À la fin du , l'Ifriqiya traverse une instabilité politique et financière chronique, alimentée par l'insoumission du jund (les troupes d'origine syrienne et khurasanienne) qui exige le paiement régulier de sa solde (ʿaṭā). En 799–800, le gouverneur dépêché par Bagdad, Muhammad ibn Muqatil al-'Akki, fait face à une mutinerie générale menée par Tammam ibn Tamim al-Tamimi, l'administrateur financier de Tunis. Ibn Muqatil est chassé de Kairouan et se réfugie à Tripoli. Ibrahim ibn al-Aghlab, alors gouverneur du Zab, intervient dans le conflit et défend la légitimité abbasside. Il marche sur Kairouan et défait l'armée rebelle puis rétablit temporairement Ibn Muqatil avant de négocier avec le pouvoir abbasside.
Émir Sur la recommandation d'anciens hauts dignitaires abbassides ayant servi dans la région (notamment Harthama ibn A'yan), le calife Haroun al-Rachid destitue Ibn Muqatil et transmet à Ibrahim son diplôme d'investiture (ʿahd). Ce document, parvenu au milieu du mois de juin 800, officialise la nomination d'Ibrahim comme gouverneur d'Ifriqiya et consacre l'acte de naissance de la dynastie aghlabide. Il obtient la souveraineté sur l'Ifriqiya., pour lui et sa descendance, contre le versement d'un tribut annuel..
Bien qu'Ibrahim soit arrivé au pouvoir en tant que serviteur loyal de la cause abbasside, il s'emploie rapidement à structurer un pouvoir personnel face aux factions militaires hostiles. Pour se prémunir contre les rébellions de la population de Kairouan et du jund, Ibrahim fonde une résidence palatiale à environ trois kilomètres au sud de Kairouan, appelée al-'Abbasiyya (également connue sous les noms d'al-Qasr al-Qadim ou al-Qasr al-Abyad, le « Palais Blanc »). Il y transfère le siège du gouvernement (dār al-imāra), les armeries et les approvisionnements militaires.. Afin de réduire sa dépendance envers le jund, récalcitrant et coûteux, Ibrahim achète et affranchit environ 5 000 esclaves (ʿabīd) qu'il installe autour d'al-'Abbasiyya pour former sa garde personnelle.
L'instauration du régime se heurte à des oppositions armées. Ibrahim doit affronter deux soulèvements majeurs du jund. En 802, il affronte Hamdis ibn 'Abd al-Rahman al-Kindi puis en 809 il affronte Imran ibn al-Muqallad. Grâce au soutien de sa garde d'esclaves et à la solidité de sa base fortifiée d'al-'Abbasiyya, Ibrahim parvient à réprimer ces deux insurrections. Il entretient par ailleurs des relations pacifiées avec les populations berbères environnantes.
Ibrahim ibn al-Aghlab meurt en juillet 812 après douze années de règne. Son fils Abdullah Ier lui succède, suivi par son autre fils Ziyadat Allah Ier en 817. La crise de succession caliphique à Bagdad empêchera le pouvoir central de s'immiscer dans la succession des fils d'Ibrahim, consacrant ainsi l'indépendance de fait de la dynastie aghlabide.
Indépendance L'historien Hugh Kennedy soulève que l'établissement d'une dynastie indépendante par Ibrahim n'est pas le résultat d'une revendication « nationale » ou autonomiste précoce, mais plutôt la conséquence de l'effondrement du pouvoir central caliphique. Ibrahim et sa famille appartenaient pleinement à l'élite abbasside (son fils Muhammad, dit « al-Ifriqi », est encore présent dans le cercle rapproché du calife al-Amin à Bagdad en 812). L'abandon progressif de l'Ifriqiya par les califes d'Irak a contraint Ibrahim et ses successeurs à forger leur propre modèle de légitimité et d'État autonome en Méditerranée centrale.
Notes et références
Catégorie:Gouverneur du Califat abbasside Catégorie:Émir aghlabide Catégorie:Naissance à Kairouan Catégorie:Naissance en 756 Catégorie:Décès en 812 Catégorie:Personnalité du haut Moyen Âge par nom Catégorie:Histoire de la Tunisie Catégorie:Histoire de l'Algérie Catégorie:Arabes en Tunisie