Le rapport Leuchter est un document pseudoscientifique écrit par l'Américain en 1988 dans le cadre de la défense de l’éditeur néonazi Ernst Zündel devant un tribunal canadien. Il rédige ce rapport sous la houlette du négationniste français Robert Faurisson et contre rémunération, après avoir visité les chambres à gaz d’Auschwitz et de Majdanek. Il y tente de démontrer la prétendue « impossibilité technique » de ces dernières.
Leuchter fut disqualifié en tant qu'expert durant le procès, n'ayant ni les diplômes ni le titre d'ingénieur qui lui auraient permis de s'exprimer en tant que tel. Il s’avéra par ailleurs qu’il n’avait aucune expérience professionnelle réelle en matière de construction de chambres à gaz et il fut poursuivi pour avoir abusé du titre d'ingénieur.
Le contenu de son rapport a été réfuté sur tous les plans. Son analyse et ses conclusions quant aux résidus laissés par l’utilisation du Zyklon B à Auswchitz ont été démenties par une étude publiée en 1994 par l’Institut de recherche médico-légale de Cracovie. Ses considérations techniques et historiques sur la prétendue « impossibilité technique » du fonctionnement des chambres à gaz d’Auschwitz et de Majdanek ont été réfutées notamment par le pharmacien Jean-Claude Pressac, ou encore par exemple à l’occasion du jugement rendu en contre le négationniste anglais David Irving dans le procès en diffamation qu’il avait intenté à l’historienne Deborah Lipstadt.
Ce rapport discrédité est toujours largement diffusé au sein des cercles négationnistes.
Contexte Ernst Zündel, pamphlétaire allemand néo-nazi et éditeur vivant au Canada, a été jugé en 1985 pour avoir publié la brochure négationniste du membre du British National Front (en) Richard Verrall, « Did Six Million Really Die ? », sous le pseudonyme de Richard E. Harwood. Accusé de violer les lois canadiennes sur la diffusion de fausses nouvelles, il a été d'abord reconnu coupable avant que cette condamnation ne soit annulée en appel pour violation de la liberté d'expression. C’est au cours de ces procès que plusieurs allégations à caractère négationnistes - compilées par la suite dans un rapport - ont été évoquées par l’accusé et ses défenseurs.
Pendant ces procès, Zündel et ses avocats ont été rejoints par Robert Faurisson, un universitaire français négationniste, venu à Toronto pour conseiller la défense. Il a également été conseillé par David Irving, un écrivain négationniste anglais, qui a aussi été appelé à témoigner.
Cité comme « expert », Faurisson a notamment affirmé, en se basant sur des comparaisons avec les chambres à gaz américaines, qu'il était techniquement et physiquement « impossible » que les chambres à gaz d'Auschwitz aient été conçues pour une extermination de masse. Il a donc suggéré de faire témoigner un gardien de prison américain ayant participé à des exécutions par le gaz.
C'est dans cette optique que Faurisson et Irving ont invité Bill Armontrout, gardien du pénitencier de l'État du Missouri. Celui-ci leur a suggéré de contacter Fred A. Leuchter, un concepteur d'équipement d'exécution à Boston. Faurisson rapporte que Leuchter se serait dit convaincu au bout de deux jours de discussion avec lui que l’extermination de masse par le gaz n’a jamais existé.
Après avoir rencontré Zündel à Toronto et accepté de comparaître comme témoin expert durant le procès, Leuchter a passé une semaine en Pologne en , accompagné de son épouse, d'un dessinateur, d'un cinéaste (fourni par Zündel) et d'un traducteur. Bien que Zündel et Faurisson ne les aient pas accompagnés durant ce voyage, Leuchter a affirmé qu'ils étaient avec eux « à chaque pas de ce chemin » ainsi que Jean-Claude Pressac dans .
En Pologne, le groupe a passé trois jours dans le camp d'Auschwitz avant de visiter celui de Majdanek ainsi que . Leuchter a notamment été filmé dans ces anciens camps en train de collecter illicitement ce qu'il considère être des échantillons de preuves médico-légales - des débris des anciennes installations d'extermination à gaz - tandis que son épouse et le traducteur guettaient la présence de vigileMorris, Errol (2006). "Mr. Death: Transcript". Retrieved 2008-05-17..
Les dessins représentant le lieu du prélèvement des 30 échantillonsProjet Nizkor de l'Institut médico-légal pour la recherche à Cracovie ainsi que le cahier de Leuchter détaillant ses expérimentations ont été remis comme preuves au tribunal de première instance. Leuchter a affirmé que ses conclusions étaient fondées sur sa connaissance approfondie des chambres à gaz, sur son inspection visuelle de ce qui restait des structures d'Auschwitz et sur des dessins originaux de celles-ci ainsi que sur certains plans qui lui ont été fournis, selon lui, par des responsables du musée d'Auschwitz.
Le rapport Le caractère pseudoscientifique du rapport Leuchter a été relevé par de nombreux spécialistes*"Leuchter and Rudolf have published pseudoscientific reports purporting to show that chemical residues present in the gas chambers of Auschwitz-Birkenau are incompatible with homicidal gassings." Green, Richard J. "Leuchter, Rudolf, and the Iron Blues". Retrieved on September 11, 2008. "The Leuchter Report, a pseudo-scientific document which allegedly proves that Zyklon B was not used to exterminate human beings, was translated into Arabic and sold at the International Book Fair in Cairo in January 2001." Roth, Stephen. Stephen Roth Institute. Antisemitism Worldwide, 2000/1, University of Nebraska Press, 2002, p. 228. "The turning point came in 1989, when Irving launched Fred Leuchter's pseudo-scientific Leuchter Report, which made the spurious claim that the absence of cyanide residues in the walls of the gas chambers at Auschwitz and other camps proved that they could not have functioned as mass extermination centres." Brinks, Jan Herman. Timms, Edward. Rock, Stella. Nationalist Myths and Modern Media, I.B. Tauris, 2006, p. 72. "The Leuchter report, was, indeed, an amateurish report produced by a man with no expertise, either historical or forensic." Hirsh, David. Law Against Genocide. Routledge Cavendish, 2003, p. 134. "Another common tactic of the deniers is to engage in historical inquiries that on the surface appear legitimate but upon close examination prove to be based on pseudo-science. One prominent example was the investigation of the Auschwitz gas chambers by Fred Leuchter [...]. Detailed study of the "Leuchter Report" revealed that it was based on erroneous assumptions (cyanide does not penetrate deeply into concrete). It also emerged that Leuchter had falsified his credentials and overstated his expertise. Despite this, his report is still cited by deniers." Cull, Nicholas John. Culbert, David Holbrook. Welch, David. Propaganda and Mass Persuasion: A Historical Encyclopedia, 1500 to the Present, ABC-CLIO, 2003, p. 168. "...the institute relied primary on the talents of a California-based publicist named Bradley Smith who packaged and promoted Leuchter's discredited material as if it were the very essence of "scientific research" or at least a tenable "point of view," intrinsically worthy of inclusion in the academic agenda..." Churchill, Ward. A Little Matter of Genocide: Holocaust and Denial in the Americas, 1492 to the Present. City Lights Books, 1997, p. 24. "After the trial, both Irving and Zündel published the results of Leuchter's trial research as The Leuchter Report: The End of a Myth, despite the fact that the court rejected both the report and Leuchter's testimony. [...] The discredited report is popular in the Holocaust denial movement, and one edition features a foreword by Irving." Gerstenfeld, Phyllis B. Grant, Diana R. Crimes of Hate: Selected Readings, SAGE Publications, 2003, p. 201. "Leuchter's report contained a considerable amount of scientific, or, as it turned out, pseudo-scientific analysis of chemical residues on the gas chamber walls, and similar matters. It was quickly discredited, not least on the basis of Leuchter's failure adequately to defend his findings on the witness stand." Evans, Richard J. David Irving, Hitler and Holocaust Denial: Electronic Edition, Section 3.3c, The 1991 Edition of Hitler's War , Paragraph 13. Retrieved on 2008-09-12..
La version compilée du rapport.
Il ne doit pas être confondu avec une seconde publication du même auteur, de la même veine mais publiée cette fois dans l’indifférence générale en dehors des milieux négationnistes, , établi contre rémunération, a été publiée sous plusieurs noms : The Leuchter Report : Un rapport d'ingénierie sur les présumées chambres à gaz d'exécution d'Auschwitz, Birkenau et Majdanek, en Pologne (éditions Samisdat - la maison d'édition d'Ernst Zündel) Auschwitz : The End of the Line. Le rapport Leuchter : Le premier examen médico-légal d'Auschwitz (Focal Point Publications - la maison d'édition de David Irving).
Le tribunal a accepté le rapport comme preuve mais non comme preuve directe. Leuchter était donc tenu de l'expliquer ainsi que de prêter serment quant à la véracité de ses conclusions.
Avant de prêter serment, il fut interrogé par le tribunal. Très rapidement, il s'est avéré que Leuchter n'avait pas toutes les qualifications requises. Il a admis ne pas être toxicologue. Il a par ailleurs remis en cause la nécessité d'avoir un diplôme en ingénierie, comme le montre le dialogue qui suit.
Les compétences de Leuchter dans le domaine de l'ingénierie ont été remises en cause durant tout le procès. Il a lui-même admis sous serment qu'il n'avait en sa possession qu'une licence d'arts. Il a ensuite suggéré que le diplôme d'ingénieur lui était indisponible car son université n'en n'offrait pas à son époque. En réalité, à l'époque où Leuchter était étudiant, l'université de Boston offrait pourtant trois types de diplômes correspondant à la qualification d'ingénieur.
Par ailleurs, Leuchter a prétendu avoir obtenu la plupart des documents fondant ses conclusions - y compris les plans originaux des crématoires - des Archives des camps d'Auschwitz et de Majdanek. Il a affirmé que ces plans avaient une importance primordiale dans la formulation de ses conclusions, bien plus que les échantillons qu'il a lui-même recueillis. Selon le directeur du musée d'Auschwitz - qui s'exprimait après le procès -, Leuchter n'a pu recevoir ces plans. Il n'a pas plus d'expérience sur le domaine des chambres à gaz.
Enfin, la méthodologie utilisée par Leuchter a également été critiquée lors du procès. Le juge Ronald Thomas l'a même qualifiée de « ridicule » et d'« absurde ». Nombre des conclusions de ce rapport ont été rejetées au motif qu'elles étaient fondées sur des « informations de seconde main ». Ses affirmations sur les effets du Zyklon B sur les humains ont été jugés irrecevables car Leuchter - n'étant ni toxicologue ni chimiste - n'a jamais travaillé avec cette substance.
Le juge Thomas a donc disqualifié les conclusions de Leuchter, comme le montre cette citation : Sur le fonctionnement des fours crématoires, le juge a également refusé d'entendre Leuchter car « il n’a aucune expertise »Voir notamment ainsi que ou encore .
Par ailleurs, durant le procès, Leuchter a déclaré qu'il y avait des consultations en cours avec la société chimico-industrielle DuPont à propos d'analyses d'échantillons contenant du cyanure de sodium et du cyanure d'hydrogène. La société DuPont - qui est le plus grand fabricant américain de cyanure d'hydrogène - a pour sa part déclaré qu'elle n'a « jamais fourni d'informations [...] à des personnes se présentant comme négationnistes, y compris Fred Leuchter » et qu'elle n'a « jamais fourni d'informations sur l'utilisation du cyanure à Auschwitz, Birkenau ou Majdanek ».
Leuchter fut poursuivi après le procès pour avoir abusé du titre d'ingénieur.
Les allégations et les critiques