thumb|300px|Révolution française : exécution de Louis XVI, place de la Révolution.
Les Mémoires de Sanson — sous-titrés Mémoires pour servir à l'histoire de la Révolution française — sont des mémoires apocryphes attribués au bourreau Charles-Henri Sanson (1739–1806), exécuteur de l’exécution de Louis XVI. Publiés en 1830, ils furent rédigés en grande partie par Honoré de Balzac et Louis-François L'Héritier de l’Ain. Évoquant divers épisodes célèbres de la Révolution française, ce sont des récits romancés et anecdotiques dont l’authenticité fut contestée dès leur parution.
Histoire
Les « Mémoires » de 1830 À la suite du succès financier remporté par L’Héritier de l’Ain avec les Mémoires de Vidocq (1828–1829), celui-ci proposa au libraire Mame de publier également les mémoires du bourreau de Paris. L’accord fut conclu : Henry Sanson signa un contrat autorisant l’usage de son nom et s’engagea à fournir des documents aux rédacteurs (« teinturiers ») qu’il approuveraitLa Gazette, 25 novembre 1905..
En 1829–1830, l’imprimeur Hippolyte Tilliard lança la publication des Mémoires pour servir à l'histoire de la Révolution française avec la collaboration d’Honoré de BalzacH.-C. Sanson (1879), Sept générations d'exécuteurs, p. 400, 412., et peut-être d’Émile Marco de Saint-Hilaire. Paul Lacroix refusa de participerP.-L. Jacob, « Les premiers Mémoires de Sanson », Annales du bibliophile, no 10, octobre 1872, p. 145.. Une première critique parut en La France nouvelle, 27 février 1830, p. 3..
Le projet ne fut jamais mené à terme : interrompu lors de la révolution de juillet 1830, il fut dénoncé par Henri Sanson et son fils Henri-Clément comme romancé et apocryphe. Henri autorisa toutefois son fils à revoir et corriger le texteCharles-Henri Sanson (1830), Mémoires de l'exécuteur des hautes-œuvres, p. 19, 25.. Balzac reconnut plus tard avoir été l’auteur principal du premier volumeFr. Normand, « Balzac et les Mémoires de Sanson », Les Contemporains, 1er janvier 1912, p. 16..
Le tome I allait jusqu’à « romantiser » l’origine de la famille Sanson au XIIIᵉ siècle, tandis que le tome II adoptait une structure dramatique. Bien que jugés apocryphes, ces textes inspirèrent directement la nouvelle de Balzac Un épisode sous la Terreur, remaniée en 1842 (Une messe en 1793) puis en 1845.
L’œuvre d’Henri-Clément Sanson (1862/63) Henri-Clément Sanson (1799–1889), dernier exécuteur de la lignée jusqu’à 1847, entreprit de reprendre l’ensemble et d’en proposer une version complète. Il publia en 1862–1863 Sept générations d’exécuteurs, 1688–1847, en six volumes.
Il y retraçait l’histoire familiale, affirmant s’appuyer sur des journaux et papiers transmis depuis le XVIIIᵉ siècle — documents aujourd’hui disparus. L’ouvrage, très populaire, présente nombre de récits marquants : Cartouche, Damiens, Charlotte Corday, Louis XVI, le duc d’Orléans, ainsi que divers interrogatoires du Tribunal révolutionnaireVoir par exemple : H.-C. Sanson, Sept générations d’exécuteurs, éd. Dupray de la Mahérie, Paris, 1862–1863..
Les critiques modernes soulignent la tonalité mélodramatique et sensationnaliste de l’ensemble, dans la tradition du « roman noir » du XIXᵉ sièclePhilippe Bourdin, « Sept générations d’exécuteurs… », Annales historiques de la Révolution française, no 337, 2006..
Ces Mémoires, longtemps considérés comme essentiellement anecdotiques, fournissent également des informations précises sur le fonctionnement quotidien du Tribunal révolutionnaire et de ses auxiliaires.
Motivation et fiabilité de l’œuvre d’Henri-Clément Sanson thumb|Vol. V de Sept générations d’exécuteurs, édition indienne numérisée.
Henri-Clément Sanson, ruiné après sa révocation en 1847 et endetté notamment par le jeu, chercha dans la publication de ses mémoires un moyen de subsistance et de réhabilitation personnelleBourdin, art. cit.. Sept générations d’exécuteurs répond ainsi à un double objectif : assurer des revenus et restaurer l’honneur familial.
L’ouvrage participe à une revalorisation morale de la lignée : les exécuteurs y apparaissent comme des serviteurs scrupuleux de la loi et des citoyens pieux. Cette approche correspond aux attentes du public du Second Empire pour les récits judiciaires édifiantsAnne Simonin, « Du bénéfice de l’indignité… », La Révolution française, 20 | 2021.. Henri-Clément affirme s’être appuyé sur des documents familiaux aujourd’hui perdusH.-C. Sanson, Sept générations…, t. I, préface.. Leur absence empêche toute vérification indépendante.
Valeur possible des témoignages de la « tradition Sanson »
Bien que ces textes soient invérifiables, les membres de la famille Sanson se trouvaient au cœur même des événements qu’ils décrivent. Charles-Henri Sanson entretenait des contacts directs avec les autorités municipales, la police, les sections et le Tribunal révolutionnaire ; il était présent dans les coulisses des journées de 1793–1794 et notamment lors des événements de Thermidor.
Pour cette raison, certains détails apparaissant uniquement dans les récits familiaux — parfois les seuls qui subsistent — ne peuvent être écartés d’emblée. Ils reflètent probablement des informations auxquelles les Sanson avaient un accès privilégié, même si leur mise en forme littéraire au XIXᵉ siècle rend leur statut historique incertain.
En l’absence de sources contemporaines, ces témoignages doivent être considérés comme des récits potentiellement fondés sur une expérience directe, mais non corroborés : possibles, plausibles, mais invérifiables.
Destruction des archives et impossibilité de vérification (1871) Une partie essentielle des archives judiciaires et administratives de Paris disparut lors des incendies de l’Hôtel de Ville et du Palais de Justice, les 23 et , pendant la Commune de ParisProsper Boissonnade, Les incendies de mai 1871, Paris, Hachette, 1872 ; Émile Boutmy, Le Palais de Justice incendié, Paris, 1871.. Registres du greffe, dossiers criminels et correspondances y furent détruitsArchives de Paris, Guide des sources disparues, 2011, p. 14–16..
Cette disparition rend impossible toute vérification des documents que Henri-Clément Sanson affirme avoir utilisés. Aucun journal ou papier familial n’ayant survécu, les citations, dialogues et descriptions demeurent invérifiablesLebailly, art. cit.. Les historiens y voient dès lors une source précieuse pour l’étude des représentations, mais non des faits.
Notes et références
Bibliographie Charles-Henri Sanson (1830), Mémoires de l'exécuteur des hautes-œuvres, Paris, M.A. Grégoire, 1830.
Henri-Clément Sanson, Sept générations d'exécuteurs, 1688–1847, 6 tomes, Paris, 1862–1863. H.-C. Sanson (1879), Sept générations d'exécuteurs (1688–1847), S. Lambert et Cie, éditeurs Joseph-Marie Quérard, Les Supercheries littéraires dévoilées, 1852. Philippe Bourdin, « Sept générations d’exécuteurs… », Annales historiques de la Révolution française, no 337, 2006. Bernard Lecherbonnier, Bourreaux de père en fils : les Sanson, 1688–1847, Albin Michel, 1989. Anne Simonin, « Du bénéfice de l’indignité… », La Révolution française, 2021.
Catégorie:Pseudo-mémoires Catégorie:Roman-mémoires Catégorie:Roman historique se déroulant sous la Révolution française