Les kisaengSelon le Larousse, le terme a été lexicalisé dans la langue française comme un nom féminin invariable sous la forme «kisaeng», ce qui correspond à la plupart des systèmes de romanisation du coréen. La Corée du Sud emploie toutefois depuis 2000 un système de romanisation révisée qui a engendré une forme alternative: «gisaeng». sont des courtisanes coréennes, dans un sens très proche des geishas du Japon. Les kiseang ont pour rôle de tenir compagnie aux personnalités de haut rang tels que les rois, les nobles, les yangbans et les hauts fonctionnaires...
Apparues tout d'abord pendant la dynastie Koryo, les kisaeng sont officiellement les dames de compagnie des membres du gouvernement. La plupart sont employées à la Cour, mais elles sont peu à peu introduites dans les grandes demeures provinciales. Elles maîtrisent la poésie en vers et en prose. Toutefois, leur talent est très souvent ignoré du fait de leur statut social peu élevé.
Le statut social des kisaeng est souvent ambigu : elles sont vues comme des personnes de basse classe par les membres du yangban mais leur lieu de vie, leurs parures et parfois leur richesse font d'elles des personnes différentes du peuple.
Les kisaeng, tant dans la fiction que dans les faits réels, jouent un rôle important dans la culture coréenne traditionnelle de la période Joseon. Beaucoup de contes historiques et populaires coréens, telle que la légende de la fidèle Chunhyang, le Chunhyangga, ont pour héroïne des kisaeng.
Bien que le nom de la plupart des kisaengs ait été oublié, les plus remarquables d'entre elles ont été retenues par l'Histoire. La plus célèbre d'entre elles est Hwang Jini ( s).
Rang social vignette|gauche|230px|Kisaeng de Corée (vers 1910~1920s) Pendant la période Koryo et la période Joseon, les kisaeng ont le statut de cheonmin (천민), le rang le plus bas de la société, tout comme les bouchers et les esclaves. Le statut social étant héréditaire, la fille d'une kisaeng devient par voie de conséquence, une kisaeng.. Le gouvernement détient un registre qui répertorie toutes les kisaeng afin de s'assurer de la lignée.. La même procédure est appliquée aux esclaves. Une kisaeng peut se voir libérer de son statut si un prix colossal est reversé au gouvernement. Cet «affranchissement» ne peut être effectué que par un haut fonctionnaire ou un noble...
Beaucoup de kisaeng sont douées pour la poésie, et une grande quantité de sijo composés par des kisaeng nous sont parvenus. Ils ont souvent pour thème les peines de cœur ou encore la rupture, proche des poèmes composés par les lettrés en exilMcCann (1974), .. En outre, la plupart des poèmes sont composés dans le but d'attirer les éruditsY compris les poèmes «Je vais briser le dos de cette longue nuit d'hiver» et «Tu vas mourir de froid» de Han-u. Voir McCann (1974), .. Il faut ajouter que le style sijo est surtout associé aux kisaeng alors que les femmes yangban se concentrent plus sur le style gasaKim (1963), ..
Les kisaeng relèvent du gwang-gi, administration locale dont relèvent aussi les esclaves. Toutefois, leur statut est bien différencié de celui des esclaves puisqu'elles sont recensées à part. De ce fait, elles sont peu à peu considérées comme supérieures aux esclaves bien qu'elles fassent toujours partie du cheonmin..
On dit souvent que les kiseang possèdent le corps des basses classes mais l'esprit des aristocrates. .
Toutes les kisaeng ne se livrent pas au commerce du sexe. De nombreux témoignages font état de kisaeng se spécialisant spécifiquement dans les arts, la musique, la poésie et les techniques de conversation.
Carrière
La carrière d'une kisaeng est généralement courte : elle commence vers 16-17 ans pour finir à l'âge de 22 ans.. Seules quelques kisaeng peuvent continuer à travailler au-delà de cet âge. C'est donc pour cela que l'entraînement commence très tôt, à l'âge d'environ 8 ansSong (1999), .. Toutes les kisaeng, même celles qui ne pratiquent plus leur métier, doivent se retirer à l'âge de 50 ans, conformément à la loi. Une kisaeng de renom peut finir sa carrière en devenant la concubine d'un de ses clients. Toutefois, ce cas reste très rare. La kisaeng choisit souvent d'ouvrir son propre commerce, comme des tavernes par exemple.
À la fin de la période Joseon, un système hiérarchisé à trois niveaux s'est mis en place dans le milieu des kisaeng.:
Haengsu (hangul 행수, hanja 行首) : le plus haut rang. Il regroupe les kisaeng qui dansent et chantent aux banquets des classes les plus élevées. Elles arrêtent leur art après l'âge de 30 ans.. Néanmoins, elles peuvent se reconvertir en couturière ou encore travailler dans la médecine jusqu'à l'âge de 50 ans. Elles ne reçoivent leurs clients qu'en fonction de leur volonté. La plupart des kisaeng de la cour font partie du haengsu, elles sont aussi appelées seonsang (hangeul 선상, hanja 選上) et sont responsables des apprenties. Samsu (hangul 삼수, hanja 三首) : le rang le plus bas. Les kisaeng du samsu ont l'interdiction formelle de pratiquer les danses et les chants des kisaeng du haengsu..
Ce système hiérarchisé s'est totalement effondré à la fin du C'est ce qui est affirmé par . mais Song (1999, ) semble affirmer que le système a été maintenu jusqu'au début du XXe siècle..
Au cours de sa carrière, une kisaeng peut amasser des fortunes considérables. Cependant, cela reste rare. Une kisaeng doit subvenir elle-même à ses propres besoins, qu'il s'agisse de nourriture, parures et vêtements, et autres maquillages..
Devenir une kisaeng thumb|École de kisaeng de Pyongyang, vers 1930 Une femme peut entrer dans le milieu des kisaeng via plusieurs moyens. La voie la plus courante est la voie héréditaire ; la fille d'une kisaeng devient à son tour kisaeng. Les autres sont alors vendues au gijeok par les familles qui ne peuvent plus élever leur fille. Ces familles font souvent partie du cheonmin. Mais il arrive que des familles de rang plus élevé, endettées, se voient dans l'obligation de vendre leur fille. Et, plus rarement encore, certaines femmes yangban peuvent devenir kisaeng, notamment lorsqu'une femme a commis un adultère.
Comme les kisaeng se doivent d'être habiles dès le début de leur carrière, le gouvernement veille de très près à leur éducation. Il met en place des qui sont des instituts d'entraînement des kisaeng vouées à exercer leur art dans les palais pendant la période Koryo. Durant la période Joseon, le système des gyobang est de plus en plus codifié. L'instruction se concentre sur la musique et la danse. Les entraînements les plus spécialisés sont destinés aux kisaeng du haengsu. Les cours consistent en l'étude de la poésie, la danse, la musique et l'artSong (1999, ).. L'école la plus réputée est celle de Pyongyang. Le système s'est poursuivi même pendant l'occupation japonaise, période pendant laquelle le nom des instituts s'est changé en gwonbeon.
Vie quotidienne En tant qu'esclaves du gouvernement, la vie des kisaengs était étroitement réglementée. Elles étaient surveillées par l'officier chargé des kisaengs, le hojang... Celui-ci était également chargé de tenir le registre des kisaengs, et de s'assurer qu'aucune des kisaengs du district ne fuit. Les kisaengs étaient tenues de répondre aux demandes des clients, à moins qu'elles aient préalablement notifié le "hojang". Les kisaenge du district devaient se présenter pour une inspection deux fois par mois et également lorsqu'un nouveau fonctionnaire arrivait dans la région. En outre, elles devaient se présenter à une formation continue, généralement axée sur la musique et la danse. La fréquence et le contenu de cette formation variaient d'une région à l'autre..
Cependant, les affaires détaillées des kisaengs n'étaient pas directement supervisées par l'État. L'ordre était maintenu au sein de chaque "gyobang", qui pouvait comprendre quelques dizaines de kisaengs, par les kisaengs "haengsu", celles du niveau le plus élevé.. Lorsqu'un problème survenait entre une kisaeng et un client, ou lorsque des accusations de comportement criminel sont portées contre une kisaeng, la kisaeng "haengsu" joue généralement le rôle de médiatrice..
En outre, la plupart des kisaengs avaient un "gibu", ou "mari kisaeng", qui leur offrait une protection et un soutien économique, par exemple en leur achetant des objets de valeur ou en leur accordant un statut social en échange de divertissements.. La plupart des "gibu" étaient d'anciens soldats, des agents de l'État ou des serviteurs de la famille royale.. Parfois, il y avait des frictions entre les clients potentiels et des "gibus" possessifs, bien que le "gibu" n'était pas le mari de la kisaeng et n'avait aucun droit légal sur elle. Le rôle du "gibu" a changé avec le temps ; au début, de nombreuses kisaengs au service du gouvernement n'avaient pas de protecteur. mais à la fin de la dynastie Joseon, le système du "gibu" était plus ou moins universel..
Sous la dynastie Joseon, les maisons de kisaengs étaient généralement en centre-ville, souvent à proximité du marché.. Elles étaient disposées de manière à créer un effet accueillant ; dans de nombreux cas, l'emplacement était choisi avec une belle vue., et la zone autour de la maison était aménagée avec des bassins et des plantations ornementales.
Politique et diplomatie thumb|Poème de en l'honneur de Nongae près du sanctuaire qui lui est dédié. Les kisaeng ont joué un certain nombre de rôles politiques importants, en tant que serviteur de l'État et de façon personnelle. Elles étaient employées pour recevoir et divertir les dignitaires étrangers en visite en provenance de certaines régions de Chine, et pour les accompagner s'ils voyageaient dans le pays.
Grâce à leur fréquentation des tavernes et des auberges de la ville, les kisaeng étaient souvent parmi les mieux informées des affaires locales. Pour cette raison, elles étaient parfois une source d'information essentielle. C'est par exemple grâce aux informations fournies par kisaeng que l'armée rebelle de a pu facilement prendre la forteresse de Jongju au début du .
Lorsque les villes tombaient, comme cela a été le cas pour beaucoup de villes coréennes lors des invasions japonaises de la Corée (1592-98) à la fin du , les kisaeng étaient souvent appelées pour divertir les généraux de l'armée victorieuse. Certaines des kisaeng les plus célèbres de Corée, dont de Jinju, sont aujourd'hui commémorées pour leur bravoure dans l'assassinat ou la tentative d'assassinat des chefs de l'armée impériale japonaise.
Certaines kisaeng ont également été actives dans les mouvements d'indépendance coréen du début du . En cela, elles ressemblaient à d'autres femmes de Joseon, qui ont souvent joué un rôle de premier plan dans la lutte pour l'indépendance. Aengmu, une kisaeng de Daegu, était l'une des principales donatrices du mouvement pour le remboursement de la dette nationale au début du Daegu Gyeongbuk Historical Research Society (1999), .. Une cinquantaine de kisaeng de Jinju ont participé à une manifestation dans le cadre du Mouvement du 1er Mars en 1919..
Différences régionales thumb|Kisaeng présentant la danse du sabre Les kisaeng semblent avoir été relativement peu nombreuses, tout au plus quelques milliers. Elles étaient réparties dans tout le pays, avec quelques centaines dans les grands centres et un petit nombre dans les villages hyeon. et notent que certaines estimations placent le total à , mais il est finalement d'accord avec Hwang pour dire que le total était probablement inférieur à . On pouvait aussi en trouver dans les « stations » et les auberges qui fournissaient de la nourriture et un abri aux voyageurs le long des routes artérielles du pays, comme la grande route du Yeongnam.