Le calvinisme (ainsi nommé d'après Jean Calvin), aussi appelé tradition réformée, foi réformée ou théologie réformée, est une doctrine théologique et une approche de la vie chrétienne Abraham Kuyper, Lectures on Calvinism: The Stone Lectures of 1898, 1898. Consulté le . reposant principalement sur la souveraineté de Dieu en toutes chosesJean-Daniel Benoit, Calvin, directeur d'âmes : Contribution à l'histoire de la piété réformée, Strasbourg, Oberlin, 1947, ..

Bien que développée par plusieurs théologiens tels que Martin Bucer, Wolfgang Musculus, Heinrich BullingerOlivier Fatio, « Le calvinisme », in Dictionnaire Historique de la Suisse, Berne. . George M. Ella, « Article on Bullinger » ., Pierre Martyr Vermigli ., Ulrich Zwingli et Théodore de Bèze, elle porte le nom du réformateur français Jean Calvin en raison de son influence dominante, ainsi que de son rôle déterminant dans les débats confessionnels et ecclésiastiques du . Aujourd’hui, ce terme fait référence aux doctrines et pratiques de la plupart des Églises réformées, presbytériennes et congrégationalistes. Il existe également des Églises baptistes réformées. Plus rarement, il désigne l’enseignement de Calvin lui-même Benjamin B. Warfield, Calvinism: The Meaning and Uses of the Term, The Works of Benjamin B. Warfield, MI: Baker Book House, Grand Rapids, 1991, ..

Les doctrines de la prédestination et de la corruption totale représentent les points les plus notoires du calvinisme.

Les divergences doctrinales majeures Les conflits opposant le calvinisme au catholicisme et à l'anglicanisme lors des Guerres de Religion reposent sur deux points de contention fondamentaux.

Le premier est de nature théologique et concerne l'Eucharistie : tandis que l'Église catholique dogmatise la transsubstantiation (la présence physique du Christ dans l'hostie et le vin) et que l'anglicanisme maintient une présence spirituelle réelle, le calvinisme rejette ces conceptions pour n'y voir qu'une communion symbolique.

Le deuxième point, lié au premier, touche à la structure du pouvoir : face aux modèles hiérarchiques et centralisés catholique (soumis au Pape) et anglican (soumis au Souverain), les calvinistes opposent un système presbytéro-synodal décentralisé, perçu par les monarchies comme une menace républicaine contre leur autorité.

Historique vignette|upright|Jean Calvin.|gauche

L'influence internationale de Jean Calvin sur le développement des doctrines de la Réforme protestante débuta quand il rédigea, à vingt-cinq ans, la première édition de son traité de théologie intitulé Institution de la religion chrétienne, en 1534 (publié en 1536). Ce travail évolua par la suite et Calvin le traduisit en français vernaculaire. La rédaction de cet ouvrage, ainsi que ses travaux pastoraux controversés, ses contributions aux confessions de foi et son important travail d'exégèse biblique, ont conduit Calvin à exercer une influence directe sur le protestantisme. Avec Martin Bucer, Heinrich Bullinger, Pierre Martyr Vermigli, Ulrich Zwingli, Théodore de Bèze, Guillaume Farel et John Knox, Calvin joua un grand rôle dans l'élaboration des doctrines des Églises réformées, au point d'en être devenu le réformateur dominant.

L'importance grandissante des Églises réformées et de Jean Calvin font partie de la deuxième phase de la Réforme protestante, lorsque les églises protestantes commençaient à se former après l'excommunication de Martin Luther par l'Église catholique romaine. Calvin, un exilé français à Genève, avait signé la version modifiée par Philippe Mélanchthon en 1540 de la confession d'Augsbourg, mais son influence se fit d'abord sentir dans la Réforme suisse, à dominante zwinglienne. Le développement de la doctrine des Églises réformées, depuis le début de leur existence, a pris une direction indépendante de celle de Luther, sous l'influence de nombreux auteurs et réformateurs, en particulier Calvin. Beaucoup plus tard, lorsque sa renommée fut liée aux Églises réformées, cette doctrine dans son ensemble prit le nom de calvinisme.

Expansion vignette|upright|Un temple réformé en Hongrie. Bien que l'essentiel de la pratique de Calvin se déroulât à Genève, ses publications ont étendu ses idées d'une Église réformée à de nombreuses parties de l'Europe. Le calvinisme devint la doctrine théologique majoritaire en Écosse avec John Knox, aux Pays-Bas avec Guy de Brès, William Ames et Wilhelmus à Brakel, et dans certaines parties de l'Allemagne avec Caspar Olevian et Zacharias Ursinus, sans oublier l'Alsace avec l'influence de Jean Calvin à Strasbourg. Tournai, où les protestants se retrouvent majoritaires dès la deuxième moitié du , acquiert le surnom de « Genève du Nord » et rayonne à Anvers en Picardie, voire jusqu'en Normandie. Le calvinisme exerça une certaine influence en France, en Hongrie, en Transylvanie, en Lituanie et en Pologne. Il acquit de même une certaine popularité en Scandinavie, en particulier en Suède, où il se retrouva cependant rejeté au profit du luthéranisme après le synode d'Uppsala en 1593 William Gilbert, « The Reformation in Germany and Scandinavia », chapitre 12, in Renaissance and Reformation.. Le calvinisme s'imposa aussi dans les principales villes de la Confédération suisse : Zurich, Genève, Bâle, Berne, etc. sous la conduite de figures telles que Jean Calvin, Ulrich Zwingli, Guillaume Farel ou Heinrich Bullinger.

La plupart des colons qui s'établirent dans les États du centre du littoral atlantique et en Nouvelle-Angleterre avaient pour confession le calvinisme. Cela incluait les puritains anglais, les huguenots français, les réformés wallons, les colons hollandais de La Nouvelle-Amsterdam, ainsi que les Écossais et les Scots d'Ulster presbytériens de la région des Appalaches. Les colons néerlandais calvinistes – les futurs Boers ou Afrikaners – furent aussi les premiers Européens à coloniser l'Afrique du Sud au .

La population coloniale de la Sierra Leone se composait en grande partie de calvinistes de la Nouvelle-Écosse, pour la plupart des loyalistes noirs qui avaient combattu pour l'Empire britannique lors de la guerre d'indépendance des États-Unis. Le pasteur John Marrant y avait établi une congrégation sous les auspices de la Connexion de la comtesse de Huntingdon. Certaines des plus importantes communautés calvinistes apparurent grâce aux missionnaires des , en particulier en Indonésie, en Corée et au Nigeria.

Aujourd'hui, l'ensemble des Églises d'inspiration calviniste (réformées, presbytériennes, congrégationalistes, ainsi que l'Église unie du Christ) rassemblent, d'après le site Adherents.com, environ de personnes Major Branches of Religions Ranked by Number of Adherents, Adherents.com. Consulté le .. La Communion mondiale d'Églises réformées, l'organisme international qui réunit la plupart des Églises issues du calvinisme, revendique quant à elle de croyantsÀ propos de nous-mêmes sur le site officiel de la Communion mondiale d'Églises réformées. Consulté le ..

En France vignette|Le temple Saint-Étienne de Mulhouse, le plus haut monument protestant de France.

En France, aujourd'hui, les descendants de huguenots sont le plus souvent qualifiés de réformés ou de calvinistes, ce que leurs ancêtres n'auraient pas pris en mauvaise part. Les huguenots luttèrent (et Calvin parmi eux dans sa jeunesse) longtemps avant la diffusion du culte réformé influencé par Calvin (situé plus tard à Genève) pour la liberté de conscience, en dehors de toute église instituée, et bien souvent en dépit des foudres de Jean Calvin. Réprimés sous , Henri II et François II, ils formèrent sous ce dernier, avec d'autres mécontents, la conjuration d'Amboise, qui échoua. Le colloque de Poissy, en 1561, leur faisait espérer un édit de tolérance, lorsque le massacre des Huguenots à Wassy donna le signal des guerres civiles.

Bien que fort affaiblis par les défaites de Dreux (1562), Saint-Denis (1567), Jarnac et Moncontour (1569), les calvinistes avaient obtenu d'importantes concessions par les traités d'Amboise (1563), de Longjumeau (1568) et de Saint-Germain (1570) ; à ce moment se déroula la funeste nuit de la Saint-Barthélemy () durant laquelle et Catherine de Médicis cherchèrent à détruire le parti protestant ; ce massacre ne fit que soulever une nouvelle guerre. Le conflit perdura jusqu'à ce qu'en 1598, , prince protestant converti au catholicisme, rendît un édit connu sous le titre d'édit de Nantes, qui assurait la liberté de conscience aux calvinistes et leur abandonnait plusieurs villes comme garanties.

vignette|gauche|Lettre de baptême calviniste (Bischwiller, 1698).

Ils se soulevèrent encore sous , mais Richelieu les dompta par la prise de La Rochelle (1628). prononça en 1685 la révocation de l'édit de Nantes ; cette mesure impolitique suscita bientôt plusieurs révoltes, notamment celle des Camisards, dans les Cévennes, de 1702 à 1704, et détermina l'émigration d'un grand nombre de calvinistes, qui allèrent porter à l'étranger leurs capitaux et leur industrie – cela s'appelle le Refuge – tandis que les protestants restés en France pratiquaient leur religion dans une clandestinité à haut risque – il s'agit de la période dite de l'« Église sous la croix »Site du Musée virtuel du Protestantisme.. Sous , en 1787, les calvinistes obtinrent un nouvel édit de tolérance. La Révolution de 1789 leur assura une liberté complète. Au , l'État rétribuait le culte calviniste comme le culte catholique. L'organisation des églises se base sur la division territoriale ; la réunion de cinq églises constitue un synode.

La république de Mulhouse adopta le calvinisme comme unique religion officielle en 1529. Le statut de république indépendante enclavée dans le royaume de France allait lui permettre d'échapper aux guerres de Religion et de tisser des liens particuliers avec les autres communautés et états réformés d'Europe et du Nouveau Monde. En 1746, cette ouverture internationale et ce contexte politique favorable entraînèrent l'industrialisation de la ville, dont la production manufacturée d'indiennes dépassera, à partir du , le reste de la France. En 1798, les Mulhousiens votèrent leur rattachement à la France ; il se forma un patronat protestant puissant disposant désormais d'une main-d'œuvre bon marché et d'un libre accès au marché français. La filature dite « vieux-DMC », construite en 1812, constitue aujourd'hui le dernier vestige des filatures géantes européennes encore debout. Le patronat protestant dota la ville d'un riche patrimoine et se fit bâtir des manoirs et villas de maîtres sur la colline du Rebberg. En 1816, la démographie avait changé et Alexandre Moll devint le premier catholique élu maire de Mulhouse. Les familles protestantes continueraient toutefois à dominer la politique de la ville jusqu'à l'annexion de l'Alsace-Lorraine en 1871. Entre 1859 et 1866 eut lieu la construction du temple Saint-Étienne de Mulhouse à la place de l'ancien temple médiéval, chef-d'œuvre architectural ; il reste aujourd'hui le plus haut monument protestant de France avec sa flèche haute de .

En France, parmi les Églises du principal courant du protestantisme historique, on peut citer l'Église réformée de France, l'Église réformée d'Alsace et de Lorraine, les Églises réformées évangéliques indépendantes et les Églises évangéliques libres.

Doctrine générale vignette|Comme peint ici par Emanuel de Witte en 1660, le calvinisme est parfois caractérisé par ses églises et son mode de vie sobres et dépouillés.