Le couvent des Ursulines de Rouen est un couvent de l'Ordre de Sainte-Ursule situé dans le quartier Croix de Pierre, dans la partie Est de Rouen.

La chapelle funéraire, rue des Capucins, fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le .

Accès Ce site est desservi par la station de métro : Boulingrin sur la place du Boulingrin, située sur le boulevard de l'Yser.

Histoire

Implantation et développement des Ursulines à Rouen thumb|left|Le couvent des Ursulines par Gomboust en 1655. thumb|Relation du voyage des dames religieuses Ursulines de Roüen à La Nouvelle-Orléans, Rouen, Antoine le Prevost, 1728. Le couvent des Ursulines se trouve dans un « quartier un peu isolé »Georges Dubosc, « Par ci, par là. Le couvent des Ursulines récemment acquis par la Ville de Rouen », Journal de Rouen, ., dans la partie Est de Rouen. « Les couvents, au , étaient venus remplacer les logis des purinsÀ Rouen, on appelait purins de Saint-Nicaise les habitants pauvres des quartiers, tous ouvriers employés dans les fabriques de draps. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1842_num_3_1_451673?_Prescripts_Search_tabs1=standard&» à l’époque de la Contre-Réforme et du concile de Trente, dans une zone relativement dégagée comprise à l’intérieur de la dernière enceinte médiévale, afin de s’opposer aux protestants.

Les Ursulines (ordre de Sainte Ursule) sont fondées en 1535 à Brescia (Lombardie) en Italie par sainte Angèle Mérici. Elles se consacrent à l’enseignement et l’éducation des jeunes filles pauvres. Elles s’installent pour la première fois en France en 1596 dans l'actuel Vaucluse et fondent un premier établissement à Paris en 1612. En 1617, elles arrivent à Rouen. Les commencements y furent difficiles. L’ancien couvent des Bons-Enfants, qui devait être mis à leur disposition par le cardinal de Joyeuse en échange de leurs services, fut refusé par la ville. « Les échevins trouvaient alors que les communautés religieuses devenaient beaucoup trop nombreuses ». Malgré leur but très pratique, l’instruction gratuite des enfants, les échevins ont repoussé leur demande à plusieurs reprises. Tolérées, dans une situation précaire, elles restèrent à Rouen, en attente de jours meilleurs. Une lettre patente du roi dit ainsi « Instituées pour vaquer à l’instruction des petites filles, à la piété et aux bonnes mœurs et honnêtes occupations convenables à leur sexe, elles auraient droit de bâtir et construire les maisons et lieux qui conviendraient ». Urbain VIII (pape de 1623 à 1644) avait « promis d’ajouter à leurs vœux celui de se consacrer à l’instruction publique ». Ce fut madame d’Aclainville, femme d’un échevin, qui acheta la première maison des ursulines, proche de la Rougemare. En 1630, elles enseignent à 500 élèves. « Vers 1640, les ursulines se transportèrent alors dans un terrain […] entre la rue des Champs et la rue de Coqueromont (actuelle rue des Capucins) sur la paroisse Saint-Vivien. » Le , les ursulines occupent un nouveau couvent. En 1665, la communauté comprend 61 religieuses dont une trentaine sont employées à l’instruction des filles. En 1690, 40 des 75 religieuses sont vouées à « l’enseignement de tous ces enfants du peuple auxquelles elles donnaient gratuitement livres et métiers ».

En 1727, des ursulines de Rouen dont Marie-Madeleine HachardMarie-Madeleine Hachard, De Rouen à la Louisiane : voyage d’une Ursuline en 1727, Rouen, Association d’études normandes, 1988, 70 pages. se rendent à La Nouvelle-Orléans pour y fonder un couvent, diriger un hôpital et se charger de l’éducation des jeunes filles.

En 1790, juste avant la Révolution, les ursulines sont 27 professes, 3 novices et 7 converses. Par décret du , les ursulines sont expulsées. De 1792 à l’an X, le couvent se trouve occupé par le ministère de la guerre pour le logement des réquisitionnaires. « Il était dans un tel état de délabrement que l’autorité militaire se refusait à y loger des compagnies de réserve. » Saisies comme biens nationaux, les maisons de la rue des Capucins qui dépendaient du couvent furent aliénées pour la plupart. Par décret du , les ursulines « furent remises définitivement en possession de leur couvent de la rue des Capucins, où elles rentrèrent au mois de septembre. » Elles étaient 29 religieuses et professes, 10 converses et novices et 1 postulante. Leur école gratuite reprit du service jusqu’à la création de l’école Saint-Vivien. 200 enfants y assistaient. Le rôle des ursulines était reconnu par la mairie, qui disait « qu’elles rendaient des services essentiels sans être onéreux ».

En 1893, les écoles ursulines ont fermé leurs portes. En 1903, c’est au tour de l’église de fermer, à la suite des nouvelles lois anticongrégationnistes mises en application.

Description du couvent Georges Dubosc en propose une description, qui est complété grâce à l’ouvrage de l'abbé Renault. Le couvent fut réalisé par Abraham et Pierre Hardouin, architectes à Rouen ; les frères Guillaume, Vincent et Jacques Gravois, entrepreneurs ; Jacques Le Boursier, charpentier ; Jean Itasse, maître couvreur. Il a été construit à partir de 1652 et achevé le . Les sœurs Ursulines s’y installent le 6. Le couvent se composait alors d’une chapelle et du « grand bâtiment de trente trois toises de longueur, trente quatre pieds de largeur et trente sept de hauteur jusqu’au-dessus de la corniche ou entablement, il est composé de trois étages le rez-de-chaussée compris »Abbé Renault, Les Ursulines de Rouen 1619-1906, Fécamp, Imprimeries réunies L. Durand et fils, 1919.. La forme de quadrilatère, forme conventionnelle du couvent, s’est limitée à une aile en raison de difficultés financières. Les bâtiments ont été complétés par la suite, par réalisation du « logis » (1657-58). Les embarras financiers ont repoussé à plus tard (milieu du ) les travaux que sont la réalisation de l’église des fidèles, les infirmeries et le chœur des religieuses. L’architecte Gravois, de la famille d’entrepreneurs qui ont édifié le grand bâtiment, fait des devis pour la réalisation du chœur, l’avant-chœur, l’église, le portail et la sacristie. Les travaux ont été réalisés par Hongnard, maître maçon ; Jean-Baptiste Le Fay, menuisier et Jean-Baptiste Darondeau, vitrier. La première pierre est posée le . Sa dédicace a eu lieu le en l’honneur de l’Immaculée Conception. thumb|Le quartier de la Croix-de-Pierre et sa fontaine. « Sur la vieille rue des Capucins, à deux pas de la Croix de Pierre, s’aperçoit encore, au-dessus d’un haut perron, un immense portail ». C’est ainsi que G. Dubosc décrit l’entrée de la grande chapelle, élément remarquable du couvent. L’abbé Renault nous donne pour sa part les dimensions de cet édifice. « Voici les dimensions de l’église du monastère : elle a de long en dedans 82 pieds ou 13 toises 4 pieds, hauteur 40 pieds, de large en dedans 26 pieds ou 4 toises 2 pieds, le chœur a en dedans 26 pieds 4 pouces de long, de large en dedans 26 pieds, l’avant chœur a de long dedans 19 pieds, de large en dedans 26 pieds, la sacristie a de long en dedans 12 pieds. »

L’entrée du couvent se fait plus haute sur la rue des Capucins. « La distribution des bâtiments, cours, préaux, jardins, cloître, est à peu près celle qui existe » en 1906. Les lieux au sein du couvent se voient attribuer des noms : la chapelle du dehors, destinée aux fidèles, la chapelle du dedans, pour les sœurs Ursulines, la chapelle des Infirmes, le cloître, le Tour, la Chambre de la portière, le Passage, où se trouvent les lave-mains.

L'acquisition du couvent par la Ville de Rouen L’achat de « l’ancien monastère des Ursulines qui englobe entre la rue des Champs et la rue des Capucins tout un espace de constructions, de préaux, de cours, de jardins et de vergers » se réalise à une époque où différentes lois se voient appliquer, afin de réduire l’importance des institutions religieuses et enseignantes. En effet, celles-ci étaient les seules à transmettre le savoir à la population, jusqu’à la création de l’école publique.

Au moment de son achat le , le couvent des Ursulines possède en plus des chapelles et des bâtiments conventuels, neuf maisons sur la rue des Capucins, rue des Champs et l’impasse de la Folie. La totalité des propriétés est mise à prix suivant un jugement du pour la somme de francs. La ville de Rouen a été déclarée adjudicataire pour francs. Lors de la séance du , « le Conseil ratifie l’acquisition faite par M. le maire, au nom de la Ville, en l’audience des criées du Tribunal civil de Rouen du , moyennant le prix principal de 116 000 f, de la propriété composée de divers immeubles, avec constructions, cours et jardins, le tout situé à Rouen, rue des Capucins, N°21 à 37, impasse de la Folie N°3 et rue des Champs »Extrait du registre des délibérations, Conseil municipal de la Ville de Rouen, Séance du 24 août 1906.. D’une superficie de plus d’un hectare, le couvent est « situé au milieu d’un quartier populeux et dans lequel il ne sera pas inutile d’apporter quelques améliorations sous le rapport de l’assainissement ». L’acquisition des lieux facilitera l’alignement sur rue et l’élargissement de la rue des Capucins. La Municipalité envisage de mettre ce toit au profit « de la population laborieuse et surtout des enfants nombreux qu’on y compte », et créer un lieu de promenade et de récréation, d’autant plus qu’une portion de terrain se trouve déjà plantée d’arbres. De plus, la grande quantité d’espace permet d’envisager la création d’un nouveau groupe scolaire puisqu’il « serait placé dans les meilleures conditions d’hygiène », par la création de vastes cours de récréation.

La Grande Famille Rouennaise Quelques années plus tard, Pierre Chirol (1881-1953), architecte rouennais, a transformé un des bâtiments conventuels en logements pour « des ménages comptant en 1913 au moins cinq enfants », au profit de la Fondation de la Grande Famille Rouennaise. Ce bâtiment longe la rue des Champs. En 1922, il est appelé pour compléter son travail sur les deux ailes de l’ancien couvent. Les Amis des monuments rouennais lui ont demandé alors de « publier les constatations faites au cours de ces divers travaux et de conserver ainsi le souvenir d’un décor qui ne fut point sans importance dans les fastes religieux de notre ville du »Pierre Chirol, Le couvent des Ursulines de la rue des Capucins, Extrait Bulletin de la Société des Amis des Monuments rouennais (1922-23), Rouen, Imprimerie Lecerf et fils, 1926, 18 pages.. La demande des AMR est intéressante car dans son rôle d’illustrer le patrimoine urbain de Rouen, elle conserve la mémoire d’un édifice particulier que celui de l’ancien couvent des Ursulines.

La Grande Famille est une association dont l’initiative revient au notaire Philippe Deschamps ainsi que d’autres notables « soucieux d’apporter une solution – partielle, certes, mais efficace – au problème du logement des familles nombreuses aux ressources réduites ». Les statuts de l’association furent déposés à la Préfecture le . Elle permet d’abriter « tout un petit village, qui compte près de 500 habitants », et de les protéger « des ravages que causent les grands fléaux sociaux tels que l’alcoolisme et la tuberculose qui ne sont, le plus souvent, que la suite et la conséquence de leur frère aîné, le taudis », « La Municipalité visite "La Grande Famille Rouennaise" », Journal de Rouen, 18 octobre 1923.. Le début du voit l’émergence du mouvement hygiéniste, qui lutte contre l’insalubrité des logements et la propagation de la tuberculose, suivant les théories hygiénistes.

Les locaux, vacants, ont été utilisés pendant la guerre et affectés aux services militaires. La demeure se trouve consacrée en 1922-1923 aux œuvres sociales et abrite la Grande Famille.