Claude François de Méneval, né le à Paris et mort le dans la même villeParis, État civil reconstitué, vue 31/51., inhumé au cimetière de Montmartre, secrétaire intime de et son plus proche collaborateur de 1802 à 1813, était un mémorialiste du .

Biographie Les prairies et les frondaisons de Mortefontaine

Claude François Menneval naquit à Paris, au 19, rue des Marais Saint-Germain.

Aux mains d'une gouvernante anglaise, Menneval apprit la langue de Shakespeare assez bien, de sorte qu'il put, lors des négociations du traité d'Amiens, traduire ce qui se disait et, plus tard, écrire les lettres par lesquelles l'Impératrice Joséphine demandait à des botanistes britanniques l'envoi de graines de plantes rares pour son jardin de Malmaison. Il fit des études au collège Mazarin jusqu'à sa fermeture au début de la Révolution française.

Atteint par la conscription de l'an VII, le jeune homme, de santé fragile, fit six mois de service militaire, sous les ordres de Louis Bonaparte, colonel du de dragons, à Verneuil.

Rendu à la vie civile, Menneval, grâce à l'amitié de Palissot de Montenoy, fut désigné pour trier la bibliothèque du Directoire, héritière de celle du palais des Tuileries ( volumes).

Journaliste au Journal de Paris (recruté par Pierre-Louis Roederer, son directeur), Menneval fut engagé comme secrétaire par Joseph Bonaparte de retour de son ambassade à Rome. Aux côtés des plénipotentiaires français, Méneval participe aux négociations qui aboutissent à la signature du traité de Mortefontaine (1800), de la paix de Lunéville (1801), du Concordat et du traité d'Amiens (1802)Michel Kerautret, Les grands traités du Consulat (1799-1804), nouveau Monde Éditions / Fondation Napoléon, 2002, , 163, 189 et 210 ;Marc Allégret, Le traité d'Amiens, rev. ACMN , .

Menneval écrivait : Quelques jours après, Joseph le proposa à son cadet, le Premier Consul, qui, voulant se séparer de M. De Bourrienne, compromis dans des affaires financières, voulait le remplacer par un homme d'une intelligence et d'une fidélité éprouvées pour remplir la fonction de secrétaire du portefeuille (ou secrétaire intime).

Le , à 17 heures, Menneval fut reçu aux Tuileries, et, aimablement, Joséphine le retint à dîner. Le Premier consul, après l'avoir interrogé dans son cabinet de travail lui demanda de revenir dès le lendemain ; et là, il lui dicta une note pour Gaudin, ministre des Finances, avec une telle volubilité que Méneval eu du mal à écrire sous la dictée. Le Premier consul fut néanmoins satisfait. Il appela Duroc à qui il demanda de prévoir un logement aux Tuileries pour Méneval et son inscription à la table des aides de camp de serviceJean Tulard et L. Garros, Itinéraire de Napoléon au jour le jour, 1993, .

Méneval remplit sa fonction de secrétaire du portefeuille auprès de l'empereur pendant toute la durée du Consulat et du Premier Empire, jusqu'à l'abdication de l'Empereur. Napoléon répéta plusieurs fois, que, en acceptant ce secrétaire à son service, il acquit un trésor.

Méneval, qui avait la charge écrasante d'assurer la rédaction et la correspondance du Premier consul puis Empereur (1802-1813), dut mener une existence quasi monacale et être toujours là, disponible, de jour et de nuit. Le soir Napoléon lui disait : . Méneval avait tout juste 24 ans. .

Les travaux auxquels il se livra furent immenses : il accompagna l'Empereur dans ses campagnes à travers l'Europe. Honoré de la confiance du grand homme, dépositaire de ses pensées les plus intimes, il n'usa de l'influence que cette position lui avait acquise que pour rendre des services.

thumb|right|Napoléon dans son cabinet de travail, Jacques Louis David, 1812.

Aux Tuileries, le secrétaire travaille dans de Napoléon, l'ancienne chambre de Marie-Thérèse, femme de Louis XIV, une pièce médiocre, éclairée par une seule fenêtre qui donnait sur le jardin. Le cabinet de travail de Napoléon se trouvait au des Tuileries, côté jardinJ.-P. Samoyault, L'appartement de Bonaparte, RSN , . Napoléon s'asseyait devant l'une des échancrures. La petite table et la chaise du secrétaire étaient en face de la fenêtre. Lorsqu'ils étaient assis, Bourrienne et Méneval tournaient le dos à l'Empereur. Méneval prenait excellemment sous la dictée de Napoléon, en utilisant une sténographie personnelle et établissait ensuite le texte définitif en l'aménageant avec habileté. Il expliquait :

Méneval suivit Napoléon lors de ses voyages et de ses campagnes. Il était à Notre-Dame de Paris pour le sacre et le couronnement de Napoléon et de Joséphine (), à Milan, au Dôme, pour le couronnement de Napoléon comme roi d'Italie ().

Le secrétaire accompagna également l'Empereur pour sa campagne de 1805. Le , après la victoire d'Austerlitz, Méneval prit la dictéeÀ la maison de poste de Poscritz puis le lendemain, 3 décembre, au château d'Austerlitz. de la fameuse proclamation de NapoléonSoldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France; là, vous serez l'objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie, et il vous suffira de dire, "J'étais à la bataille d'Austerlitz", pour que l'on réponde, « Voilà un brave » Sources Des précisions sur la rédaction de cette lettre sont disponibles dans les Archives de la Défense Nationale ; Texte manuscrit in E. Ledru, Napoléon le conquérant prophétique, Molière, Paris, 1995, , également éditions Trésor du Patrimoine..

Méneval, malade, fut remplacé par Deschamps, secrétaire des commandements de l'Impératrice, Maret ou Duroc. Mais aucun d'eux ne donna satisfaction à Napoléon.

De retour à Paris, Napoléon réorganise son cabinet. Par décret du Correspondance de Napoléon. Six cents lettres de travail présentées par Maximilien Vox, Gallimard, 1943, ., Méneval y est prévu comme secrétaire du portefeuille avec un traitement francs par an. En réalité, Méneval a le rang de premier secrétaire : il présente seul lettres et rapports à l'Empereur, il expédie tous les courriers, il entre seul dans le cabinet de l'Empereur et c'est lui seul qui a les clés du meuble secret et des portefeuilles de l'Empereur. Par la suite, le personnel du cabinet sera considérablement renforcé : Méneval aura sous ses ordres de nombreux secrétaires adjoints, archivistes, cartographes et gardiens du portefeuille.

left|thumb|Entrevue de Napoléon Ier et d'Alexandre Ier sur le Niemen (1808) - Peinture d'Adolphe Roehn

Méneval suivit Napoléon pour les campagnes de Prusse (1806) et de Pologne (1807). Après les combats, Méneval assiste à la rencontre, sur le radeau du Niemen, le , entre et le tsar Alexandre de Russie ; et aux entretiens ultérieurs, à Tilsitt, entre les deux Empereurs (-).

Sur le conseil de Napoléon, Méneval se maria en .

150px|thumb|right|Napoléon reçoit à Erfurt l’ambassadeur d’Autriche. . Nicolas Gosse (1787–1878).

En 1808, Méneval assista au congrès d'Erfurt ( - ) entre Napoléon, le tsar et les souverains d'Allemagne. Le tsar y offrit à Méneval une tabatière enrichie de diamants.

En 1809, à Essling, Méneval assista, au côté de l'Empereur, à la mort de Lannes, Maréchal-Duc de Montebello () et à la victoire de Wagram ().

À la fin de cette année-là, Méneval vécut l'épisode du divorce entre Napoléon et l'Impératrice Joséphine, puis, quelques mois après, c'est le remariage de l'Empereur avec l'archiduchesse Marie-Louise.

Napoléon le fit baron de l'Empire, par lettres patentes du (avec rectification du nom, à la suite de la réforme de l'orthographe par Domergue : Menneval devint Méneval, par de nouvelles lettres patentes du ). Il fut créé chevalier de la Légion d'honneur le .

En 1812, lors de la campagne de Russie, Méneval supporta mal les rigueurs de la campagne et, surtout de la retraite : sa santé fut gravement altérée par la fatigue et le travail. Souffrant de graves gelures, on le coucha sur un traîneau. Envoyé à Paris, il dut s'aliter pendant deux mois. Épuisé, il fut contraint d'abandonner ses fonctions de premier secrétaire du cabinet. Selon l'expression de Napoléon, M. de Meneval fut , en qualité de secrétaire des commandements de l'Impératrice Marie-Louise, nommée dans le même temps régente. Le baron Fain reçut, par décret du , le titre et les fonctions de secrétaire du cabinet impérialNotice Fain : RSN , juin 1991.

La même année, Méneval fut nommé maître des requêtes au Conseil d'État.

thumb|Lettre confidentielle de Napoléon Ier à Claude François de Méneval, rédigée au sein du cabinet secret, 12 mars 1814. Archives nationales de France.

De Schönbrunn à Gif-sur-Yvette Le , il accompagnait l'Impératrice et le Roi de Rome qui, avec un convoi de nombreuses voitures, quittaient les Tuileries pour Rambouillet puis Blois. Un troupe de cosaques pilla le convoi en cours de route. Méneval, qui avait la garde du glaive de NapoléonLe glaive de 1812, livré par François-Régnault Nitot était celui sur la poignée duquel était enchâssé le célèbre Régent (diamant). Revue de gemmologie, décembre 1987, , ., en cassa la lame et mit la poignée dans la poche de sa redingote (). Bientôt, Marie-Louise, le Roi de Rome et Méneval durent se diriger sur Vienne (Autriche), puis Schönbrunn, où il resta jusqu'en , époque à laquelle il vint rejoindre l'Empereur à Paris.

Dans la capitale autrichienne, Méneval fit passer à Napoléon, à l'île d'Elbe, des informations sur le congrès de Vienne, par l'entremise des frères Carabelli, marchands italiens.

Au retour de l'île d'Elbe, Méneval, qui avait obtenu un passeport pour la France, prit congé de Marie-Louise et du Roi de Rome (). Méneval dit au jeune prince : L'Aiglon lui répondit avec tristesse : . Reçu longuement dès le lendemain par Napoléon Méneval lui exposa, en termes mesurés, la situation de Marie-LouiseO. Aubry, Napoléon pendant les Cent-Jours, Historia , juin 1961, ; O. Aubry, Vie privée de Napoléon, [Tallandier], 1977, ..

Le désastre de Waterloo mit fin au dessein que Napoléon réservait à Méneval : un titre de duc de l'Empire, la fonction de conseiller d'État et le ministère des Postes.

Méneval qui voulait suivre Napoléon en exil ne put revenir à Malmaison avant le départ de l'Empereur pour Rochefort.

Le , Méneval était chez Lavalette lorsque celui-ci est arrêté, en présence de son épouseRSN , notice Lavalette. Méneval refusa toute collaboration avec la Restauration française :

200px|thumb|left|Le château de Vaucresson (Hauts-de-Seine). En 1816, lors de la terreur blanche, il fut assigné à résidence en son château de Vaucresson (Hauts-de-Seine) qu'il revendit francs-or, le .

À la suite du second époux de sa belle-mère, Joseph Ignace Mathieu de Heidolsheim, Méneval assura la tutelle du comte Léon, tutelle difficile, et celle de de Lavalette après la mort de son mari.

Depuis 1819, Méneval était officier de la Légion d'honneur.

Napoléon, à l'Île Sainte-Hélène, se souvint de son ancien secrétaire intime, et, en consignant son nom dans son testament, lui donna un témoignage de sa haute estime et de sa reconnaissance pour sa fidélité et ses éminents services : l'Empereur déchu écrivait : En 1821, l'Empereur consigna son nom dans son testament pour un legs de francs.

200px|thumb|right|Le château de l'Ermitage à Gif-sur-Yvette.

En 1827, Méneval acheta à Gif-sur-Yvette un vaste domaine. Il fit raser l'ancienne demeure et construire son château de l'Ermitage (qu'il orthographiait sans H), qui devint, depuis le , la mairie de la commune. Là, il reçut le prince Louis-Napoléon Bonaparte et la princesse Mathilde. De 1831 à 1848, Méneval occupa les fonctions de conseiller municipal de Gif.

La même année 1827, Méneval publia ses Mémoires (première édition en 1827, deuxième en 1835, troisième en 1843Voir J. Tulard, Biblio critique, , ). Il correspondait avec Adolphe Thiers, Abel Hugo et donna son appréciation sur les Mémoires de Bourrienne. Il rencontre régulièrement certains membres de la noblesse d'Empire : Lavalette, Gaspard Gourgaud, Marbot et Bertrand.