L'État impérial d'Iran, appelé officiellement État impérial de Perse jusqu'en 1935 (traductions officielles en français du Dowlat-e Shāhanshāhi-ye Irān, littéralement « l'État impérial d'Iran »), est le régime politique monarchique de l'Iran de 1925 à 1979.

Le régime, qui utilisait le français comme langue internationale, traduisait officiellement le terme par de 1925 à 1935 puis de 1935 à 1979, dans les documents de l'époque. En historiographie, il est également désigné par le terme d', nom qu'il doit à la dynastie Pahlavi au pouvoir durant toute son existence, et qui lui donna deux souverains : Reza Chah et Mohammad Reza Chah. La dynastie Pahlavi est la dernière des dynasties de l'Empire perse dont la première fut la dynastie achéménide vers -550. Elle régna sur le pays pendant . Mohammad Reza Chah fut aussi le dernier chah d'Iran.

Les Pahlavi arrivèrent au pouvoir après que Ahmad Chah Qadjar, le dernier dirigeant de la dynastie Qadjar, se soit révélé incapable d'arrêter les ingérences britanniques et soviétiques dans la souveraineté iranienne, et qu'il ait vu sa position extrêmement affaiblie par un coup d'État en 1921, avant de quitter le pays pour la France. L'Assemblée nationale, connue sous le nom de Madjles, convoqua une Assemblée constituante le , déposa le jeune Ahmad Chah Qadjar puis proclama le généralissime Reza Khan, ministre de la Guerre puis Premier ministre, nouveau monarque du pays sous le nom de Reza Chah, auquel il fit prendre le nom de Gouvernement impérial de Perse. En 1935, Reza Chah changea le nom international du pays de « Perse » en « Iran » et le pays prit alors le nom de Gouvernement impérial d'IranEn farsi, le mot « Dowlat » signifie généralement « gouvernement », mais au fur et à mesure de l'accroissement de la visibilité internationale de l'Iran, on utilisa plutôt le mot « état », le régime privilégiant cette traduction auprès de l'ONU..

Lors de la Seconde Guerre Mondiale, Reza Chah, au pouvoir depuis 16 ans, abdiqua et fut remplacé par son fils qui régna plus de 37 ans. Le régime impérial chuta le à la suite de la révolution iranienne qui abolit la monarchie et provoque l'avènement de la république. La république islamique fut ainsi proclamée le .

Le fils du chah, le prince héritier du trône d'Iran Reza Pahlavi, est le prétendant actuel au trône des Pahlavi et ne cesse de lutter pour retrouver le pouvoir. Celui-ci a notamment déposé plainteReza Pahlavi, Official Website of Reza Pahlavi, Wired, Friday January 20th 2012, consulté le 23 décembre 2013 pour « crime contre l'humanité » contre le guide suprême iranien Ali Khamenei en date du 23 janvier 2012.

Histoire

Avènement de la dynastie En 1921, un jeune officier de l'unité des cosaques, le général Reza Khan Mirpandj, fait un coup d'État militaire avec l'aide de Seyyed Zia'eddin Tabatabai, devient chef de l'armée et prend le nom de Reza Khan Sardar Sepah. Il prendra ensuite le poste de Premier ministre jusqu'en 1925. Il a d'abord envisagé de faire de l'Iran une république, suivant en cela le modèle d'Atatürk en Turquie, mais y renonce face à l'opposition du clergé. Le , le Madjles, réuni en tant qu'Assemblée constituante, nomme Reza Khan Sardar Sepah nouveau chah d'Iran. Il sera couronné le sous le nom de Reza Chah Pahlavi.

Règne de Reza Chah (1925-1941) Reza Chah avait des plans ambitieux pour moderniser l'Iran. Ces plans incluaient le développement d'industries lourdes, de projets d'infrastructures majeurs, la construction d'un chemin de fer national, le Trans-iranien, la création d'un système d'éducation public national, la réforme de la justice jusque-là contrôlée par le clergé chiite par la création du code civil iranien, et l'amélioration de l'hygiène et du système de santé. Il avait pour cela besoin d'un gouvernement centralisé et fort, ainsi que de plus d'indépendance par rapport à la Grande-Bretagne et à la Russie, ce qu'il obtiendra en annulant les droits spéciaux accordés aux étrangers pendant l'époque qajar. gauche|vignette|Reza Chah Pahlavi. Le , il demande officiellement à la communauté internationale de ne plus utiliser le terme « Perse » mais de se servir du nom « Iran » pour désigner son pays (qui est le nom en langue locale depuis toujours) et ordonne la même année l'interdiction du port du voile pour les femmes et l'obligation de porter un habit « à l'occidentale » pour les hommes.

Malgré les avancées qu'il fait faire au pays, son style de gouvernement dictatorial et son combat pour la modernisation de l'Iran en dépit des positions du clergé lui valent de grands ressentiments parmi la population.

Reza Chah essaya d'éviter tout rapport avec le Royaume-Uni et l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS, formée sur le territoire de l'Empire russe en 1922). Bien que ses projets de développement nécessitaient l'expertise technique étrangère, il évita de conclure des contrats avec des compagnies britanniques et soviétiques. Même si le Royaume-Uni, à travers la possession de l'Anglo-Iranian Oil Company, contrôlait les ressources pétrolières de l'Iran, Reza Chah préféra obtenir de l'assistance de l'Allemagne, de la France, de l'Italie et d'autres pays européens. Ceci créa des problèmes à l'Iran après 1939, quand l'Allemagne et le Royaume-Uni devinrent ennemies pendant la Seconde Guerre mondiale. Reza Chah proclame l'Iran neutre dans le conflit, mais les Britanniques affirmèrent que les techniciens et ingénieurs allemands en Iran étaient des espions ayant pour mission de saboter les installations pétrolières britanniques dans le Sud-Ouest de l'Iran. Le Royaume-Uni demanda à l'Iran d'expulser tous les citoyens allemands, mais Reza Chah refusa, soutenant que cela aurait un impact négatif sur ses projets de développement.

Seconde Guerre mondiale

Après l'invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne en juin 1941, le Royaume-Uni et l’Union soviétique devinrent alliés. Ils tournèrent tous deux leur attention vers l’Iran. Le Royaume-Uni et l’URSS voyaient dans le chemin de fer transiranien un excellent moyen de transporter du matériel et de la nourriture du golfe Persique jusqu’à la région soviétique. En août 1941, parce que Reza Chah avait refusé d'expulser les citoyens allemands, le Royaume-Uni et l'URSS envahirent l'Iran, arrêtèrent le Chah et l'envoyèrent en exil, prenant ainsi le contrôle des réseaux de communications et de transport en Iran. En 1942, les États-Unis, alliés du Royaume-Uni et de l'URSS, envoyèrent une force militaire en Iran pour aider à maintenir et à faire fonctionner des sections du chemin de fer. Les Britanniques et les Soviétiques ont permis la chute du système de gouvernement de Reza Chah et ont limité les rapports avec le gouvernement constitutionnel. Ils ont permis au fils de Reza Chah, Mohammad Reza, de lui succéder sur le trône.

En , les Alliés signèrent un accord pour respecter l'indépendance de l'Iran et retirer leurs troupes au maximum après la fin de la guerre. En 1943, à la conférence de Téhéran, les États-Unis réaffirmèrent cet engagement. En 1945, l'URSS se refusa à annoncer un calendrier de retrait des provinces iraniennes situées au nord-ouest du pays, l'Azerbaïdjan de l'Ouest et l'Azerbaïdjan de l'Est, où des mouvements autonomistes soutenus par les Soviétiques s'étaient développés.

Règne de Mohammad Reza Chah (1941-1979)

Début de la guerre froide Après la Seconde Guerre mondiale, le début du règne de Mohammad Reza Chah fut marqué par la crise irano-soviétique, au cours de laquelle le gouvernement central repris la main face aux velléités indépendantistes des mouvements kurde et azéri soutenus par les Soviétiques. L'URSS retira ses troupes en mai 1946, mais les tensions continuèrent pendant plusieurs mois. Cet épisode est un des premiers dans le cadre de l'émergence de la guerre froide, la rivalité d'après-guerre entre les États-Unis et leurs alliés d'une part, et l'URSS et ses alliés d'autre part. vignette|Mohammad Reza Chah Pahlavi au début de son règne. Les effets de la guerre ont été déstabilisants pour l'Iran : pénurie de nourriture et d'autres produits de base, forte inflation, détérioration des conditions de vie pour les classes moyennes et basses alors que certains ont fait fortune en spéculant sur les produits difficiles à trouver, montée de sentiments nationalistes à cause de la présence des troupes étrangères, et augmentation de l'exode rural. Le pays s'étant libéré depuis la fin du règne de Reza Chah, l'activité politique et de la presse a fleuri ; particulièrement l'activité du Parti communiste Tudeh qui a organisé les ouvriers.

Le système politique s'ouvrit un peu plus par la suite. Les partis politiques se développèrent et les élections de 1944 au Madjles furent les premières à voir un peu de compétition en plus de . L'influence étrangère restait un sujet délicat pour tous les partis. L'Anglo-Iranian Oil Company (AIOC), détenue par le gouvernement britannique, continuait à produire et à vendre le pétrole iranien. Au début des , certains Iraniens avaient commencé à militer pour la nationalisation des champs de pétrole. Après 1946, ce mouvement politique devint de plus en plus populaire.

Cette activité du parti Tudeh, ajoutée à la présence de l'Union soviétique dans le pays, a encore plus déstabilisé le pays. En , les Américains et les Soviétiques tentent de négocier des concessions pétrolières en Iran ; mais en décembre, le Madjles vote une loi empêchant de discuter de ces questions avant la fin de la guerre. Cette loi déclenche une vive propagande soviétique dans les cinq provinces du Nord (majoritairement azéries et qui étaient visées par la demande de concession de pétrole soviétique). En , le Parti démocratique d'Azerbaïdjan, lié au Tudeh et mené par Jafar Pishevari, annonce la création d'une république autonome portant le nom de Gouvernement populaire d'Azerbaïdjan et soutenue par l'URSS. Au même moment, le mouvement autonomiste kurde crée la république de Mahabad au Kurdistan iranien. Ces deux républiques autonomes bénéficient du soutien de l'URSS, et les troupes soviétiques occupent des parties du Khorasan, du Gorgan, du Mazandaran et du Guilan. Parallèlement, d'autres troupes soviétiques empêchent les troupes gouvernementales iraniennes de rentrer en Azerbaïdjan et au Kurdistan. La situation est rendue encore plus tendue par le fait que les troupes américaines et britanniques étaient en train de se retirer du pays. Sous la pression conjointe des États-Unis, du Royaume-Uni et de l'ONU, les Soviétiques obtiennent finalement une concession et acceptent de retirer leurs troupes du territoire iranien. En , en vue des élections législatives de la Madjles, Ghavam os-Saltaneh, premier ministre, envoie l'armée iranienne en Azerbaïdjan et au Kurdistan et les gouvernements républicains, qui ne sont plus soutenus par l'URSS, s'effondrent. Leurs dirigeants sont ensuite pendus en place publique. La nouvelle législature, dominée par le Front national de Mossadegh, fait passer une loi imposant au gouvernement d'exploiter lui-même ses ressources pétrolières.

L'influence soviétique diminue encore plus en 1947, quand l'Iran et les États-Unis signent un accord portant sur de l'aide et du conseil militaire afin d'entraîner l'armée iranienne. En , le Tudeh est accusé d'une tentative d'assassinat sur le Chah et est banni d'Iran. C'est à partir de cette époque que commence l'influence américaine en Iran.

Nationalisation de l'industrie pétrolière

vignette|Mohammad Mossadegh et Hossein Fatemi, respectivement et en partant de la droite, entourés de membres du Front National à l'époque du premier gouvernement de Mossadegh. Mohammad Reza Pahlavi remplaça son père sur le trône le 16 septembre 1941. Il voulait continuer les réformes entreprises par son père, mais une contestation sur le contrôle du gouvernement se fit jour entre le Chah et un politicien plus vieux, le nationaliste Mohammad Mossadegh.