Gwenaëlle Aubry, née le , est une romancière et philosophe française.

Biographie Elle a grandi à Paris, où elle a été élève aux lycées Jules-Ferry et Condorcet. Après deux années de classe préparatoire au lycée Henri-IV, elle intègre en 1989, l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. Elle mène ses premiers travaux de recherche, consacrés à Plotin, sous la direction de Pierre Hadot. Après un séjour à la Scuola Normale de Pise, elle est reçue en 1992 à l'agrégation de philosophie. Lauréate du Knox Scolarship de Trinity College (Cambridge), elle obtient un M.Phil. en philosophie et soutient en 1999 sa thèse de doctorat en philosophie à l'université Paris-SorbonneNotice de la thèse dans le catalogue du Sudoc..

Directrice de recherche au CNRS (Centre Jean Pépin, UMR 8230)., elle a été maîtresse de conférences à l'université Nancy-II et a également enseigné à l'université Paris-IV et à l'ENS-Ulm. Elle est mariée au philosophe Quentin Meillassoux.

Son premier roman, Le diable détacheur, a paru chez Actes Sud en 1999. Elle a été lauréate de la Villa Médicis en 2005. et a reçu en 2009 le prix Femina pour Personne.

Œuvre littéraire Récit d'initiation « aux résonances raciniennes », Le diable détacheur est finaliste du Goncourt du premier roman et du prix Emmanuel-Roblès, et lauréat du prix de soutien à la création littéraire Cino del Duca 1999..

En 2002 paraît L'Isolée (Stock, réédition Mercure de France 2010), inspiré par la figure de Florence Rey. Ce roman fait partie des « 15 coups de cœur » du Monde des livres et est sélectionné pour le prix Médicis. Il est prolongé en 2003 par un bref récit, L'Isolement.

Notre vie s'use en transfigurations, dont le titre est emprunté à Rilke, paraît en 2007 chez Actes Sud. Pour parler de la laideur « comme au-delà de la forme », le livre cherche une « forme nouvelle » faite de « récits, contes, collages, portraits » et « développe une écriture poétique en constante évolution » (Tâm van Thi, Le Magazine littéraire).

En 2009, Gwenaëlle Aubry reçoit le prix Femina pour Personne, un roman-abécédaire, « portrait en vingt-six angles et au centre absent » d'un mélancolique. Le livre a également été lauréat du prix Thyde Monnier de la SGDL., et figurait sur la dernière sélection des prix Médicis et de l'Académie française et sur la liste des prix Novembre et de Flore. Il a été traduit dans une dizaine de langues et a paru aux États-Unis avec une préface de Rick Moody. Il a été interprété par l'autrice accompagnée de Theo Hakola et Marcial Di Fonzo Bo. En 2022, il inspire à Annette Messager le titre de son exposition « Comme si » au LaM.

En 2012 paraît Partages, décrit par Henri Raczymow comme un « poème à deux voix contrapunctiques » qui dispose en miroir, parfois dans une alternance page à page, les voix de deux jeunes filles, l’une juive, l’autre palestinienne, en Israël pendant la seconde Intifada « pour en faire surgir la tragique gémellité ». Sélectionné pour le prix Goncourt, ce roman a été finaliste du Goncourt des lycéens. et du grand prix du roman de l’Académie française..

En 2015, le collectif L'Une et l'autre réunit les textes de six autrices consacrés à leurs modèles littéraires, comme un « autoportrait en creux ». Gwenaëlle Aubry y fait paraître Lazare mon amour sur Sylvia Plath, qu'elle adapte pour la scène et qui fait l'objet, en 2016, d'une réédition séparée.

Elle a également consacré des textes parus en revue ou dans des collectifs à Yves Bonnefoy, W. G. Sebald, et Georges Perec.

En 2016, paraît Perséphone 2014, « un livre charnel et violent, qui creuse l'espace et le temps, “crypte dans l'anonymat du mythe” le matériau autobiographique pour ouvrir de nouveaux territoires » (Sophie Joubert, L'Humanité). Le Monde des livres en souligne la « musicalité puissante et troublante ». Selon Le Matricule des Anges, « quelque chose d'aussi mystérieux que le pouvoir hypnotique du désir habite ces pages comme resserrées autour d'une chambre secrète abritant l'écho d'une confession chiffrée ». Le texte est lu par l'auteure accompagnée du guitariste Sébastien Martel.

En 2018, Gwenaëlle Aubry publie La Folie Elisa, un roman choral où s'organisent les récits de quatre femmes qui « dans un monde qu'ensanglantent les attentats et qui se couvre de murs et de barbelés, ont décidé de se défaire des murs qui étaient en elles » (Richard Blin, Le Matricule des Anges). Salué comme « un grand livre du chaos porté par une prose incandescente » (Jérôme Garcin, L'Obs) et dont « la rythmique a la vitalité de la pensée en mouvement, totalement en tension » (Frédérique Roussel, Libération), le texte est lu par l'auteur à l'Opéra Bastille à l'invitation de la Maison de la Poésie avec le guitariste Seb Martel et l'actrice Judith Chemla. Il est mis en voix par Baptiste Guiton au Festival d'Avignon dans le cadre du cycle Voix d'auteurs (France Culture-SACD), avec la participation de l'autrice accompagnée de Judith Chemla, Marianne Denicourt, Marie-Sophie Ferdane et Céline Sallette., puis diffusé par France Culture..

À la rentrée 2021 paraît Saint Phalle. Monter en enfance, un portrait de l'artiste Niki de Saint Phalle à partir de son oeuvre maîtresse, le Jardin des Tarots. Camille Laurens, dans Le Monde des Livres, en parle comme d'une « biographie initiatique », pour Nathalie Crom, dans Télérama, « Il faudrait inventer un genre littéraire inédit pour qualifier le beau livre né de l'immersion de Gwenaëlle Aubry dans le Jardin des Tarots ». Selon Bertrand Leclair, « ce qui fait le puissant intérêt du livre tient à sa forme […] et d'autant plus que cette forme prend la dimension d'un jeu ». Le livre est finaliste du Prix Médicis essai et du Prix Renaudot de l'essai.

À la rentrée 2024 paraît Zone base vie aux éditions Gallimard, un roman-fresque sur la pandémie du Covid-19 où se croisent plusieurs personnages résidant dans le même immeuble, en écho à La vie mode d'emploi de Georges Perec. Cette œuvre explore les effets du confinement en mettant en scène des personnages divers confrontés « à un monde où l'exception est devenue l'ordinaire ». Elle interroge les notions d'enfermement, de pouvoir, de langage, thèmes récurrents dans son travail. Par la suite, le , paraîtra La Lettre absente qui inaugure les Éditions du Nid-de-pie et la collection « Laboratoire de la Création », fondée par Gisèle Sapiro. Cet essai questionne la pratique de l'écriture à travers le mythe transmis par la Kabbale d’un « alphabet perdu » à même de « rejouer » et réparer le monde.

Style Dans l'essai qu'il a consacré à l’œuvre narrative de Gwenaëlle Aubry, Fabio Scotto distingue entre les premiers romans et la période ouverte par Personne. L'unité réside selon lui dans la recherche d'une forme à chaque fois nouvelle, « dans une constante intersection des modes et des stylèmes », ainsi que dans une prose poétique où « sont souvent individualisables des mesures métriques-versales » : « On est face à une modalité ludique et oulipienne mise au service, d'une façon, elle, non oulipienne, de l'exploration du sens ».

Personne et la question de l'autofiction Dans sa préface à l'édition américaine de Personne, l'écrivain Rick Moody range le livre sous la catégorie d'autofiction. Claude Burgelin considère pour sa part que « Personne n'a rien d'un roman », et Maxime Decout et Stéphane Chaudier que « son positionnement générique, entre roman, autobiographie ou biographie “à romancer”, ne laisse pas de faire problème ». L'autrice revendique l'appellation de « roman » et défend plus généralement l'idée de l'écriture comme « exercice de dépersonnalisation ».

Philosophie La recherche philosophique de Gwenaëlle Aubry s'organise autour de deux principaux axes problématiques, orientés par la question du sujet et par celle de la puissance.

Publications Romans et récits Le Diable détacheur, Actes Sud, 1999 ; réédition Mercure de France, 2012, lauréat de la bourse Cino Del Duca L'Isolée, Stock, 2002 L'Isolement, Stock, 2003 (L'isolée/L'isolement, rééd. Mercure de France, 2010, Folio ) Notre vie s'use en transfigurations, Actes Sud, 2007 Personne, Mercure de France, 2009, Folio . Prix Femina. Prix Thyde Monnier de la SGDL. Traduit en allemand, anglais (États-Unis), arabe, coréen, croate, hongrois, italien, roumain. Partages, Mercure de France, 2012 ; Le Livre de poche, 2013. Traduit en croate. Lazare mon amour, L'Iconoclaste, 2016 (édition canadienne Lazare mon amour. Avec Sylvia Plath, Héliotrope, 2016). Traduit en allemand et en roumain. Perséphone 2014, Mercure de France, 2016. Traductions américaines partielles par Benjamin E. Stevens dans Arion, Winter 2018, par Wendeline A. Hardenberg dans Asymptot, April 2019, et par Richard Jonathan https://www.maramarietta.com/greek-mythology/persephone/, 2021. La Folie Elisa, Mercure de France, 2018. Traduction américaine partielle par Wendeline Hardenberg dans le Columbia Journal, oct. 2021. Saint Phalle. Monter en enfance, Stock, 2021; Le Livre de poche, 2023. Zone base vie, éditions Gallimard, 2024. La Lettre absente, Éditions du Nid-de-pie, collection « Laboratoire de la Création », 2024

Philosophie Plotin. Traité 53 (I, 1). Introduction, traduction, commentaire et notes, Paris, Cerf, 2004. Dieu sans la puissance : Dunamis et Energeia chez Aristote et chez Plotin. Archéologie de la puissance I, Paris, Vrin, 2007. Nouvelle édition revue et augmentée Vrin, 2020 (Prix de l'Association des Études grecques).. Le moi de l'intériorité : G. Aubry et F. Ildefonse (dir.), Vrin, 2008 « L'impuissance de Dieu », in Revue philosophique de la France et de l'étranger, G. Aubry (dir.), , juillet-. Genèse du Dieu souverain. Archéologie de la puissance II, Vrin, 2018. Relire les Éléments de théologie de Proclus. Réceptions, interprétations antiques et modernes, G. Aubry, L. Brisson, Ph. Hoffmann, L. Lavaud (dir.), Hermann, 2021.

Textes parus en revues, collectifs, articles de recherche « Le journal », dans Le roman: tout dire?, Actes des Assises du roman 2010, éd. Christian Bourgois, 2010. L'extase de l'archive, dans « Le lieu de l'archive » (Supplément à la Lettre de l'IMEC), 2012. « Court traité des fantômes familiers », Des fantômes, NRF , . « Modifier les distances », Décapages , hiver-printemps 2013. « Nager », dans De la tête aux pieds, NRF , ; traduction allemande par Dieter Hornig, «Schwimmen», Lettre International 118, Herbst 2017. « Nommer la foule des soldats », L'Orient littéraire , . « La dritta via », https://www.operadeparis.fr/magazine/la-dritta-via « Ultrasons », NRF n° 635, ; traduction allemande par Dieter Hornig, « Ultraschall », Lettre International 125, Sommer 2019. « La taille de nos âmes », Concordan(s)e 6, Éditions l'Oeil d'or, 2019. « Prendre corps », Compagnies de Mathieu Riboulet, Verdier, 2020. « Se souvenir des confins », Tracts de crise. Un virus et des hommes, Gallimard, 2020. « KRUMP », AOC, ; traduction allemande par Dieter Hornig, Lettre International 132, Frühjahr 2021. « Proust et les écrivains contemporains. Gwenaëlle Aubry », Revue d’études proustiennes 2022, p. 25-28.

Études critiques sur Gwenaëlle Aubry, entretiens « Défigurations du réel », Entretien pour Le Matricule des anges, juillet-. F. Scotto, «Le Personae nell'opera narrativa di Gwenaëlle Aubry», postface à Nessuno, trad. T. Gurrieri, Firenze, Barbès Editore, 2010. E.K. Kaplan, «Personne by Gwenaëlle Aubry », The French Review 84/3, February 2011, pp. 605-606. R. Moody, Préface à No One, Portland-New York, Tin House Books, 2012. E.K. Kaplan, «Partages by Gwenaëlle Aubry », The French Review 87/1, October 2013, p. 260. L. Amanieux, « Le récit siamois dans Personne de Gwenaëlle Aubry », dans Damlé et Rye (éd.), Aventures et expériences littéraires: écritures des femmes au début du vingt-et-unième siècle, Rodopi 2014. M. Vanderhyden, «Writing Memory, Writing the Self: Autofiction in Aubry's No One», AGNIOnline, Boston University, 2014.