En héraldique, on blasonne par France, un assemblage de fleurs de lys d'or sur champ d'azur. Il se décline en deux versions : France ancien, qui dispose les fleurs de lis en semé (=sans nombre) France moderne, qui les réduit à trois, toujours posées à plomb, et ordonnées 2 et 1 sur le champ, ou disposées selon le mode par défaut sur les pièces qui les reçoivent (le plus souvent un chef,où elles sont "rangées en fasce")
Ces armoiries ont été celles du royaume de France et de la dynastie capétienne. Par le jeu des alliances, elles se sont assez largement diffusées dans le royaume et, dans une moindre mesure, à l'étranger.
Faits historiques
Si l'on se borne au simple constat historique, la fleur de lis est attestée pour la première fois en 1180 sur un sceau capétien. Il s'agit du contre-sceau du futur Philippe Auguste, encore simple prince. Elle est alors un meuble unique, sans doute lié à la dévotion mariale du personnage. On la retrouve également dans les monnaies de cette époque.
Le premier semé attesté apparaît en 1223, sur un sceau de Louis VIII. La plus ancienne version colorée connue prend place sur une vitre polylobée du chœur de la cathédrale de Chartres représentant le même Louis VIII encore prince. Il s'agit du vitrail traditionnellement coté 107, daté des années 1220-1225. Le semé se développe largement à partir du . Contrairement à une idée reçue, la variante à trois fleurs de lis est attestée très tôt : on la trouve dès le règne de Louis VIII. Cette formule à trois fleurs figure, de même, sur le contre-sceau de régence de Philippe III en 1284 et abonde dans les sceaux d'officiers. Le nombre de fleurs semble en fait être surtout déterminé par la taille de l'objet sur lequel les armoiries sont représentées : véritable semi sur les grandes surfaces et nombre plus réduit sur les petites.
La formule à trois fleurs de lis se généralise au cours du , notamment sur les sceaux de substitution. On la retrouve ainsi sur un contre-sceau in absentia de Philippe VI de Valois en 1338, puis sur ceux de Charles V. C'est Charles VI qui utilise pour la première fois l'écu à trois fleurs de lis dans son grand sceau, lors de la commande des nouvelles matrices, à la suite de son avènement en 1380. À partir de cette date, les trois fleurs de lis d'or sur champ d'azur deviennent la définition du blasonné « France ». La distinction entre France ancien et France moderne sera introduite au par les éruditsMartine Dalas, Corpus des sceaux français du Moyen Âge: Les sceaux des rois et de régence, Paris, Archives nationales, 1991, ppes 45-56.
Origines du motif Un motif ancien
Le motif qu'on nomme fleur de lis est en vérité très ancien. Il est attesté dès le III millénaire avant notre ère en Assyrie. On trouve aussi le dessin parfait de notre « fleur de lys » sur le revers d'un statère arverne du . Pour autant, on ne peut pas dire s'il s'agit d'une fleur (ni laquelle ce serait). Ce dessin de type floral est notamment présent à Vergina sur la frise décorant le larnax (coffre funéraire) de Philippe II de Macédoine, père d'Alexandre le Grand.
Bien que la généalogie entre cet élément et les lis médiévaux ne soit pas claire, force est de constater que ce motif du lis a été employé au milieu du Moyen Âge par divers rois d'Occident, qui portent par ailleurs pour leur sacre un manteau semé d'étoiles, croissants ou autres symboles cosmiques. De cette époque date l'emploi du bleu céleste pour les vêtements de couronnement.
La christianisation des lis L'interprétation de ce motif comme un motif chrétien se fonde sur deux traditions bibliques. La première provient du Cantique des cantiques, dont la traduction latine par Saint-Jérôme mentionne le « havatselet ha-šaron » comme une « flos campi, et lilium convallium ». La fleur de Salomon, en réalité plutôt des Pancratium ou Narcissus tazetta, fut donc assimilée par la patristique occidentale au lis du jardin. Dans d'autres passages de la Bible, cette fleur est présentée comme symbole de virginité et de pureté.
Par cette caractérisation, la plante fut associée à la vierge Marie. Dans l'iconographie occidentale, l'ange de l'Annonciation est d'ailleurs souvent représenté lui tendant un bouquet de lis, signifiant la conception miraculeuse du Christ. Marie sera représentée avec des lis sur des monnaies de principautés épiscopales à partir du et sur les sceaux des chapitres religieux.
La légende des lis
L'antiquité du motif et le prestige du vocable expliquent sans doute le succès de la formule auprès des rois de France. Les érudits du Moyen Âge inventèrent cependant une histoire miraculeuse expliquant l'adoption de ces armes par leurs souverains. L'influence posthume de Suger fut sans doute fondamentale dès les origines, mais c'est sous les rois Charles V et Louis XI, fort contestés, qu'elle prend véritablement corps. Il faut plutôt se tourner vers des intellectuels comme Raoul de Presles, Jean Golein ou l'auteur du Songe du Verger.
Selon ces érudits, les armes de France sont un don de Dieu remontant au règne de Clovis. Ce dernier aurait porté avant sa conversion un écu à trois crapauds. Peu avant un combat dans la forêt jouxtant la tour Montjoie, Dieu aurait envoyé par le truchement d'un ange un écu d'azur à trois fleurs de lis d'or au roi. Une première version de l'histoire raconte que l'ange aurait confié l'écu à un vieil ermite avec pour ordre d'offrir cet écu, béni de Dieu et assurant le roi de la victoire, à la reine Clotilde, qui l'aurait ensuite donné à son mari. Une version plus simple mentionne l'apparition de l'ange à Clovis sur le champ de bataille et l'adoption directe par celui-ci des armes au cours du combat. Cette légende connut un grand succès et explique en partie que dès la fin du , les armes de France aient traditionnellement été portées par un ou deux angesLaurent Theis, Clovis: de l'histoire au mythe, Paris, Complexe, 1996, ppes 112-117.. Ce mythe concourrait à établir l'origine divine de la monarchie française, dont les rois avaient reçu armes et couronne du fait de l'élection particulière de Clovis par Dieu lui-même, sans qu'aucun homme, pas même le Pape, n'ait eu à intervenir.
Pour expliquer la relative incohérence de cette légende avec les témoignages bien visibles du semé de France, on inventa un biais, lié à la capture de Saint Louis à Tunis. Le roi, s'estimant déshonoré par sa capture, refusa de conserver ses armes, au nom d'une règle (apocryphe) de la chevalerie voulant que celui qui capture un chevalier sur le champ de bataille peut porter ses armes. Pour témoigner de sa hâte de laver l'affront, le roi aurait introduit le semé. C'est ensuite Charles V, après la reconquête de son propre royaume sur les Anglais et constatant que le roi de Tunis n'avait pas fait usage des armes aux trois lis, qui aurait repris cet écuClaire Boudreau, Histoire des traités de blason: l’héritage symbolique des hérauts d’armes. Dictionnaire encyclopédique de l’enseignement du blason ancien (–), Paris, Le Léopard d’or, 2006 vol 2, article « France ».. Une autre légende attribue également à Charles V le passage du semé « ancien » aux trois fleurs « modernes » pour d'autres raisons. Il se serait agi d'une dévotion particulière pour la Trinité. Dans les deux cas, la date d'adoption du France « moderne » est fixée à 1376 par les érudits, alors que cette formule existait bien avant.
Les armes du royaume de France L'héraldique des souverains français s'appuie de longue date sur des éléments de l'Ancien TestamentHervé Pinoteau (baron), Fleurs de lis de France et d'ailleurs, 22nd International Congress of Genealogical and Heraldic Sciences, 1996. La Bible en latin (Exode 28,31) décrit Aaron comme portant une tunique (ou manteau de l'éphod) de couleur hyacinthe, c'est-à-dire bleue. D'après le livre de la Sagesse (18,24), le cosmos était représenté sur la tunique talaire du grand prêtre d'Israël; celui-ci portait aussi un diadème orné d'une fleur ou fleuron d'or (Exode 28,36 et 29,30). En outre, selon la Vulgate, des lys décoraient le Temple de Jérusalem. Dès Charles le Chauve (petit-fils de Charlemagne), des étoiles recouvraient la tunique du souverain tout comme plus tard les manteaux des empereurs saxons (le manteau cosmique de saint Henri II est toujours visible à la cathédrale de Bamberg).
De nombreux éléments indiquent que Louis VII (1120-1137-1180) portait les armes aux fleurs de lys, en particulier lorsqu'il partit pour la en 1147 à l'appel de saint Bernard et qu'il fut accueilli triomphalement à Jérusalem l'année suivante. En effet, entre 1135 et 1153, saint Bernard de Clairvaux composa des dizaines de sermons sur le Cantique des Cantiques; il y expliquait que Jésus-Christ, la Vierge Marie et les saints étaient des lys et qu'ils trônaient dans le ciel spirituel au-dessus du ciel matériel c'est-à-dire au-dessus du soleil et des étoiles. Un étendard fleurdelisé en marge d'un manuscrit de l'abbaye parisienne Saint-Victor (patronnée par le roi) est la seule image connue des armes de France au .
L'étendard fleurdelisé de Philippe Auguste (1165-1180-1223) à la bataille de Bouvines en 1214 est décrit par Guillaume le Breton (vexillum videlicet floribus lilii distinctum). Vers 1216, le poète gallois Giraud de Barri s'émerveillait que les écus et étendards royaux soient ornés de petites fleurs « gladioli flosculis » qui mettaient en déroute les animaux emblèmes des autres souverains. Pierre II de Courtenay (1165-1219) (petit-fils de Louis VI) avait arboré un moment les fleurs de lis au centre de son blason jusqu'à ce que le prince Louis — futur Louis VIII (1187-1223-1226) — prenne ces armes en 1209. Ces ornements héraldiques sont appelés « florets » « florettes » d'or à la fin du .
Les fleurs de lis d'or sur champ d'azur apparurent donc sous les Capétiens directs, mais ce sont les Valois qui vont s'en servir de la façon la plus idéologique, en raison du conflit avec les Plantagenêts. C'est dans ce cadre que le royaume s'identifie au « jardin des lis » et que les princes de la maison de France deviennent les « princes des fleurs de lis ». Le semé puis les trois fleurs de lis sont alors abondamment employés pour manifester la légitimité des Valois face à leurs rivaux anglais. Au parlement de Paris, dans les palais, sur les champs de bataille, dans les enluminures, les décors sont parés à foison de lis d'or sur champ d'azur. Les commandes de Charles VII à Jean Fouquet, notamment son somptueux manuscrit des Grandes Chroniques de France, témoignent de cette volonté de se légitimer par l'usage surabondant des armes de France.
Diffusion Par brisure En vertu des règles de l'héraldique, seul le chef de famille peut porter les armes plaines du lignage. Les autres membres peuvent les utiliser à la condition expresse d'introduire une brisure, c'est-à-dire un signe de différenciation. Les princes de la maison de France utilisèrent donc tous, à partir du des arrangements brisés du France ancien, puis du France moderne (au ). Les brisures les plus usitées furent le lambel et surtout la bordure, brisure traditionnelle des Valois. Le blasonné de France se diffusa à la quasi-totalité de la maison capétienne, seuls les ducs de Bretagne, les rois de Portugal et quelques autres lignages y échappant, pour ce qu'ils remontaient à une époque antérieure à l'adoption du fleurdelisé.
Cette diffusion sociale provoqua une diffusion géographique du blasonné de France, brisé, par le système des apanages. Les princes royaux, jusqu'à la Renaissance recevaient en effet pour assurer leur subsistance (ad panem) une série de fiefs. Par assimilation entre l'homme et la terre qu'il possédait, les armes portées par ces princes devinrent également celles du fief, et des provinces quand celles-ci succédèrent aux grands fiefs.