Le royaume hachémite d’Irak était la forme de gouvernement que connut l’Irak, pays du Moyen-Orient, de sa création nominale officielle en 1921 jusqu’en 1958, le pays étant alors une royauté dirigée par une dynastie de souverains hachémites. Le royaume est d’abord proclamé le , durant la période du mandat britannique de Mésopotamie. Le mandat de la Société des Nations exercé par le Royaume-Uni est juridiquement annulé en 1922, mais la tutelle britannique reste partiellement en place dans les faits jusqu’en 1932, date à laquelle l’Irak voit sa pleine indépendance reconnue de droit par son adhésion à la Société des Nations (SDN). De nouveau sous tutelle britannique pendant la Seconde Guerre mondiale, le royaume recouvre ensuite sa souveraineté. En février 1958, le roi Hussein de Jordanie et le roi Fayçal II d'Irak effectuent une union des monarchies hachémites pour contrer l'union égypto-syrienne récemment formée. La Fédération arabe qui en résulte, formée le 14 février 1958, ne dure que quelques mois, jusqu'au coup d’État du 14 juillet 1958 qui instaure la république d'Irak.

Institutions Le royaume hachémite d'Irak était une monarchie constitutionnelle dotée d'un roi et d'un Premier ministre. Le Parlement se composait de deux chambres : le et la . Les membres du Sénat étaient nommés par le roi, tandis que ceux de la Chambre des députés étaient élus au suffrage populaire. Toute loi devait être approuvée par le roi après avoir été « soumise à chaque chambre ». L'Irak appliquait le suffrage universel masculin, et les femmes n'avaient pas le droit de vote. Officiellement, le royaume d'Irak fonctionnait selon un régime parlementaire où le Premier ministre était chef du gouvernement, mais le roi, et plus largement les notables sunnites qui forment le gouvernement, ont progressivement accru leurs pouvoirs au détriment du Parlement.

L'Irak royal possédait un système de gouvernement unitaire centralisé, basée essentiellement sur une armée formée et maintenue par les Britanniques.

Historique

Proclamation thumb|left|Fayçal en 1932.

Depuis le 11 mars 1917, les Britanniques ont pris Bagdad à l'empire Ottoman, et y sont toujours alors que l'empire est démantelé. Londres pense d'abord a établir un mandat sur le territoire, mais la révolte de 1920 entraîne l'abandon de ce projet, au profit d'un royaume irakien officiellement souverain, mais dans lequel les Britanniques auraient, un temps du moins, une certaine autorité.

En , à la conférence du Caire, sur le conseil de Lawrence, Churchill, le nouveau secrétaire d’État aux Colonies du Royaume-Uni, décide de confier l’autorité politique sur le mandat britannique de Mésopotamie à Fayçal, qui vient d’être chassé de Damas par les Français. Le pays doit accéder rapidement à l’indépendance, une fois les intérêts britanniques garantis. Le Royaume-Uni procède à un allégement de sa présence militaire au profit d’une force armée locale étroitement contrôlée. Elle conserve essentiellement une force aérienne chargée du maintien de l’ordre par d’éventuel bombardements et du contrôle des voies aériennes vers l’Inde. Les bases militaires britanniques sont protégées par des forces auxiliaires locales composées de chrétiens assyriens. La candidature de Fayçal est accueillie favorablement par les notables chiites du sud et à la suite d’un simulacre de consultation populaire, Fayçal est élu roi et couronné le .

Dès le début de son règne, Fayçal s’appuie sur les grands notables urbains sunnites et sur les anciens officiers irakiens de la révolte arabe, comme Nouri Saïd et Jafar al-Askari. Ces derniers ont l’ambition de créer un État fort, sur le modèle du régime jeune-turc. Les querelles de pouvoir sont très fortes et l’instabilité ministérielle est de mise. Les anciens officiers s’enrichissent et deviennent des notables et des grands propriétaires. Fayçal favorise la formation d’une armée moderne nationale mais considère que la caste au pouvoir est une « minorité sunnite arrogante ».

Sous l’impulsion du théoricien du nationalisme arabe Sati al-Husri, nommé directeur général de l’éducation (1921-1927), l’Irak se dote d’un réseau scolaire primaire et secondaire, en dépit des pressions britanniques destinées à réduire les crédits à l’éducation. Cet enseignement de masse concerne les enfants des classes moyennes, et dispense un programme voué à éveiller la conscience nationale arabe et à inculquer l’unité arabe. La présence britannique est fustigée, ainsi que toute forme d’impérialisme. Les chiites refusent d’envoyer leurs enfants dans les écoles de l’État.

Fayçal Ier (1885-1933), après avoir utilisé les services du Premier ministre Nouri Saïd (1888-1958) pour vaincre les réticences britanniques à l'indépendance, le remplace le par . Mais ce dernier se trouve bientôt contesté à la fois par les grands féodaux et par les nationalistes du parti ikha al watani; le courant nationaliste est encouragé par la nouvelle manne pétrolière dont bénéficie l'Irak, et dont l'exploitation reste soumise à l'Iraq Petroleum Company. En , le roi remplace Shawkat par l'un des chefs de file nationalistes, Rachid Ali al-Gillani ; ce dernier souhaite d'abord dénoncer le traité de 1930 avec le Royaume-Uni et fermer les bases militaires britanniques, avant d'être ramené par le roi à plus de modération. Le premier ministre, prisonnier de ses alliances, n'aborde pas la question des réformes sociales attendues par les milieux défavorisés et les minorités chiitesCharles Saint-Prot, Histoire de l'Irak de Sumer à Saddam Hussein, Ellipses, 1999, p. 138-139. La question des minorités religieuses et ethniques demeure cruciale pour le nouvel État.

Instabilité politique thumb|Ghazi I. En juin 1933, pendant une visite du roi à Londres, le Premier ministre réprime durement les demandes d'autonomie des chrétiens Assyriens au nord de l'Irak (massacre de Simelé). Bien que malade, Fayçal I rentre en Irak pour calmer la situation, avant de retourner se soigner en Suisse où il meurt le Charles Saint-Prot, Histoire de l'Irak de Sumer à Saddam Hussein, Ellipses, 1999, p. 139-140. Peu avant son trépas, il déplorait le manque de cohésion des différentes factions tribales, religieuses, confessionnelles et ethniques qui rend très difficile la fédération de son royaume.

Son fils aîné Ghazi lui succède. Gillani, initialement reconduit dans ses fonctions, démissionne. Jamil al-Midfai, politicien expérimenté, lui succède. Le nouveau gouvernement réunit cependant des hommes n'ayant aucune idée en commun : Nouri Saïd (ministre des Affaires étrangères), pro-britannique, doit cohabiter avec d'autres ministres nationalistes. Le Premier ministre, incapable d'assurer la cohésion de son cabinet, finit par démissionner en 1934. Le chef de la maison royale, Ali Jaoudat, lui succède et réduit l'influence des nationalistes par un redécoupage électoral ; il doit néanmoins affronter le mécontentement combiné des cheiks écartés du pouvoir et des nationalistes, et doit démissionner quelques mois plus tard.

Ghazi garantit le maintien de , mais à la différence de son père, qui estimait du rôle de la monarchie hachémite de devoir équilibrer les forces du territoire, il se montre ouvertement favorable à la majorité musulmane et arabe, bien que s'appuyant toujours sur la minorité sunnite des musulmans. Des au début de l'année 1935 éclatent, suivies par des en octobre de la même année. L'Irak souffre d'une grande instabilité gouvernementale. Le poids du Royaume-Uni demeure présent, notamment dans les affaires pétrolières, suscitant des sentiments anti-britanniques chez les nationalistes, qui leur reprochent en outre la politique suivie en Palestine mandataire, où l'immigration juive progresseMichel Mourre, Dictionnaire d'histoire universelle, article Irak, Bordas, édition de 2004. Cette période voit l'achèvement de l'oléoduc de Mossoul à Haïfa qui, de 1935 jusqu'à la guerre israélo-arabe de 1948-1949, permettra d'exporter le pétrole irakien par la Jordanie et la Palestine mandataire.

Coup d'État de 1936 thumb|left|Fayçal II. Le , le général Bakr Sidqi entre dans Bagdad à la tête de ses troupes et réalise un coup d'État contre le Premier ministre Yassin al-Hachimi, dont il impose le remplacement par Hikmat Suleyman. Les deux nouveaux hommes forts appartiennent tous deux à des minorités nationales : Suleyman est turcoman et Sidqi Kurde. Ne se souciant pas des idées panarabistes du roi, ils concluent le un pacte avec la Turquie, l'Afghanistan et l'État impérial d'Iran. Le , un accord avec l'Iran avantage ce dernier pays sur les questions de frontière. Le mécontentement suscité par ces deux traités amène à un nouveau coup de force, mené cette fois par le roi et des officiers : Sidqi est renversé et tué le , et Suleyman destitué le 17Charles Saint-Prot, Histoire de l'Irak de Sumer à Saddam Hussein, Ellipses, 1999, p. 143.

Après un bref retour de Jamil al-Midfai, le pro-britannique Nouri Saïd revient au gouvernement et cohabite à nouveau avec ses adversaires nationalistes. L'Irak doit également gérer l'agitation au Koweït voisin, où l'agitation d'une minorité qui réclame son rattachement à l'Irak est réprimée par le gouvernement, aidé des Britanniques. Mais avant d'avoir pu prendre position, le roi Ghazi I est tué le dans un accident d'automobile. Son fils Fayçal II, âgé de quatre ans, lui succède : Abdul Illah (Abdelilah ben Ali el-Hachemi), oncle du nouveau roi, assure la régence et ne manifeste pas d'intention de s'opposer à la politique pro-britannique de Nouri Saïd.

Seconde Guerre mondiale et coup d'État de 1941

Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, l'Irak suit sa politique d'alliance avec le Royaume-Uni et rompt ses relations avec l'Allemagne nazie. Mais Nouri Said, soupçonné d'implication dans un scandale politique, doit démissionner le . Rachid Ali al-Gillani redevient premier ministre et, en désaccord avec le régent, oriente la politique du royaume vers la neutralité, puis vers un rapprochement avec l'Axe, qui se présente dans sa propagande comme le libérateur des peuples arabesCharles Saint-Prot, Histoire de l'Irak de Sumer à Saddam Hussein, Ellipses, 1999, p. 148. Une crise politique majeure éclate à la fin 1940, le régent se retirant dans une base britannique d'Habbaniyah pour protester contre la politique du gouvernement. Rachid Ali al-Gillani se retire alors du gouvernement, pour mieux préparer son retour en force, avec le soutien du groupe d'officiers connu sous le nom de Carré d'or : le , le régent, qui avait regagné Bagdad, est déclaré démis de ses fonctions, et doit prendre la fuite. Le Chérif Charaf, parent du roi, est déclaré régent.

La réaction des Alliés est rapide : le , les hostilités sont déclenchées avec le Royaume-Uni : malgré l'appui aérien de la Luftwaffe qui utilise les bases aériennes vichystes en Syrie, la guerre anglo-irakienne tourne rapidement à la déroute pour le régime irakien. Rachid Ali al-Gillani, renversé, doit prendre la fuite. Dans le même temps, entre le , date du cessez-le-feu, et le , date de l'entrée des troupes Alliées, des violences ont lieu contre la communauté juive de Bagdad : un massacre, désigné sous le nom de Farhoud, fait environ 180 morts entre le et le . Jamil al-Midfai revient au pouvoir, mais est vite évincé par Nouri Saïd, qui organise la répression avec l'aide des BritanniquesCharles Saint-Prot, Histoire de l'Irak de Sumer à Saddam Hussein, Ellipses, 1999, p. 151.Le régent Abdul Illah est restauré dans ses fonctions. L'Irak sert par la suite de base pour des attaques alliées contre le mandat de Syrie (sous contrôle de la France de Vichy) et pour soutenir l'invasion anglo-soviétique de l'Iran, les troupes britanniques occupant l'Irak jusqu'en 1945. En 1943, le royaume hachémite signe la déclaration des Nations unies, faisant partie des nations fondatrices de l'ONU deux ans plus tard.