vignette|Le massif de la Sainte-Baume.
Le massif de la Sainte-Baume, la chaîne de la Sainte-Baume ou plus simplement la Sainte-Baume est un massif provençal du Sud-Est de la France, qui s'étend entre les départements des Bouches-du-Rhône et du Var sur une superficie de .
Le point culminant est le Joug de l'Aigle à . Le massif comprend également, sur son flanc ouest, le point culminant des Bouches-du-Rhône : le pic de Bertagne qui atteint l'altitude de . La notoriété du site tient à la présence d'une hêtraie développée, préservée depuis des siècles, ainsi que de la grotte de la Sainte-Baume, lieu de pèlerinage majeur depuis le Moyen Âge, où Marie Madeleine aurait trouvé refuge ; cette grotte, plus couramment appelée Sainte-Baume, a donné son nom au massif.
Le massif forme le cœur du parc naturel régional de la Sainte-Baume créé par décret du 20 décembre 2017.
Toponymie En occitan provençal, on écrit la Santa Bauma selon la norme classique ou la Santo Baumo selon la norme mistralienne. Son nom vient de la présence d'une grotte (bauma/baumo en provençal, du gaulois balma de même sens.) qui, dans la tradition catholique, aurait été occupée par sainte Marie Madeleine pendant trente ans au , après qu'elle aurait débarqué aux Saintes-Maries-de-la-Mer et évangélisé la Provence. Elle serait ensevelie dans la crypte de la basilique de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, où elle se trouve encore.
Géographie Topographie vignette|upright=1.2|Carte topographique du massif de la Sainte-Baume.
Le massif de la Sainte-Baume est le plus étendu et le plus élevé des chaînons provençaux. Se dressant de part et d'autre des départements du Var, pour la plus grande partie, et des Bouches-du-Rhône, il est situé à une vingtaine de kilomètres de la côte méditerranéenne, près de grandes villes comme Marseille, Aix-en-Provence et Toulon. Il s'étend sur 35 kilomètres de long et 15 kilomètres de large. Il possède une ligne de crête longue de 13,3 kilomètres, les points culminants étant le Joug de l'Aigle (), dont le versant abrupt haut de plus de offre de splendides voies d'escalade, et le pic de Bertagne (), un majestueux éperon rocheux dominant le versant occidental du massif.
Le massif se trouve sur le territoire de nombreuses communes, soit d'ouest en est, dans le sens des aiguilles d'une montre : Gémenos, Auriol, Plan d'Aups, Saint-Zacharie, Nans-les-Pins, Rougiers, Mazaugues, Signes, Riboux, Cuges-les-Pins.
Géologie
La formation du massif de la Sainte-Baume a la même origine que le plissement pyrénéenHistoire de la formation des Pyrénées. On attribue ces formations au déplacement de la péninsule Ibérique par rapport à la plaque européenne. Elle commence à s'en détacher il y a 120 millions d'années et amorce un vaste mouvement de rotation, creusant alors le sillon pyrénéen. Il y a 65 millions d'années, le mouvement change : la péninsule ibérique entre en collision avec la plaque européenne, ce qui provoque la formation des Pyrénées. Le sud-est de la France, propulsé alors vers le nord-est d'une centaine de kilomètres, subit des déformations dont une des plus importantes est celle du massif de la Sainte-Baume.
La longue crête de la Sainte-Baume est faite de couches renversées : le Crétacé inférieur est surmonté par le Jurassique qui occupe le flanc sud. Cette structure vient de l'existence d'une nappe de couverture, venant du sud, rabotant les anciens reliefs, renversant leurs couches, entraînant des morceaux qu'on appelle « écailles » et dont l'érosion ne laisse que des vestiges (allochtone). Cela fut démontré par les sondages réalisés en 1969 au nord du Plan-d'Aups. Jusqu'à de profondeur, on traverse le Jurassique inférieur. De à , on trouve le Crétacé supérieur. Il s'agit bien d'un morceau de nappe posé sur des terrains plus récents.
En 1979, Gérard Guieu, de l'université de Provence, propose un scénario plus précis pour l'orogenèse de la Sainte-Baume. L'histoire serait plus tardive que le plissement pyrénéen. En effet, le massif cristallin qui s'étendait de l'Espagne à l'Italie sur l'emplacement actuel du golfe du Lion subit la pression ibérique bien après la fin du crétacé (65 millions d'années). Il a le temps d'entrer en pénéplanation au niveau du golfe du Lion. Il se trouve qu'alors la partie cachée d'une montagne, celle qui est au-dessous et au contact du manteau terrestre, est au moins aussi massive que sa partie extérieure, un peu comme un iceberg. Mais l'érosion n'est pas la même, elle ne se fait que par phases brutales, le magma arrachant en quelque sorte de temps en temps d'énormes masses. Le massif montagneux se met alors à remonter en altitude. C'est ce qui se passe aujourd'hui au Tibet, et bientôt dans la vallée de la Mort aux États-Unis. Voilà donc le phénomène qui se produit, que Gérard Guieu appelle le « bombement crustal liguro-provençal » (BCLP). Dès lors, les couches sédimentaires calcaires qui étaient déposées dans les mers chaudes au nord et au sud du massif montagneux vont être soulevées et exondées. Des mouvements de glissement par gravité s'ensuivent, conduisant à un charriage au sud et des chevauchements au nord. Puis le BCLP se fissure, ouvrant la mer Méditerranée qui s'engouffrera par le détroit de Gibraltar, et entraînant en rotation la Corse et la Sardaigne (rotation de 60° environ avec un axe centré sur Gênes, en Italie). Plus tard, l'orogénèse alpine basculera ces couches sédimentaires vers le sud, donnant quasiment le paysage actuel où les collines provençales semblent se chevaucher vers le nord, un peu comme des vagues à l'assaut des Alpes. Des mouvements plus récents finiront par mettre en place le relief actuel.
Hydrographie left|thumb|upright=0.8|La grotte aux Œufs. Bénéficiant d'un climat de type méditerranéen montagnard, le massif de la Sainte-Baume est considéré comme le principal château d'eau de la région. Plusieurs rivières y prennent naissance : l'Huveaune, la Vède, le Peyruis, le Gaudin, le Caramy, l'Issole, le Gapeau, le Fauge... Des résurgences importantes : La Foux de Nans, la Figuière à Tourves, la source vauclusienne de l'abbaye de Saint-Pons à Gémenos, la Castelette à Nans-les-Pins (qui donne naissance à l'Huveaune), la source des Orris à La Roquebrussanne, la source du Raby à Signes... sont alimentées par la forte pluviométrie due au relief.
Le massif est parcouru par un important réseau de rivières souterraines et de nombreux avens sont explorés par les spéléologues. Ainsi dans les années 1980, après le passage de plusieurs siphons, des spéléos-plongeurs découvrent un important réseau de galeries abritant une rivière au gouffre du Petit Saint-CassienFichier des cavités du Var : gouffre du Petit Saint-Cassien. Depuis de nombreux spéléologues de divers clubs régionaux tentent de trouver un autre accès permettant d'éviter la zone noyée.
Malgré plusieurs études parmi lesquelles des campagnes de coloration, les hydro-géologues et les spéléologues régionaux n'ont pas pu mettre en évidence une relation claire entre le bassin versant du massif de la Sainte-Baume (ainsi que les bassins secondaires de la zone marseillaise) et les résurgences sous-marines de Port-Miou et du Bestouan dans les calanques de Marseille. Il existe vraisemblablement un drain profond (altitude autour de +) en régime noyé. Il n'est atteint par aucun des avens connus. Des recherches scientifiques et spéléologiques sont toujours en cours pour tenter de percer ce mystère.
Flore
thumb|La hêtraie au tout début de l'automne (versant Nord du massif). La forêt domaniale est réputée et protégée depuis plusieurs siècles. La hêtraie, la chênaie et la pinède de pins sylvestres y sont remarquables, avec une flore et une faune particulières, intermédiaire entre la forêt méditerranéenne et la forêt alpine de moyenne altitude. Le franchissement de la ligne de crête offre un contraste saisissant entre adret et ubac, avec une flore totalement différente.
Gouffeia arenaroides, ou herbe à Gouffé, ou Sabline de Provence, a été récemment repérée sur les éboulis fins entre 850 et d'altitude sur les crêtes du pic de Bertagne et des Béguines de la Roque Forcade. Cette fleur est la seule du territoire citée en Annexe II de la directive habitat de Natura 2000.
Faune vignette|gauche|Loups s'abreuvant dans le massif de la Sainte-Baume.
Le massif comporte tous les coléoptères français cités à l'annexe II de la directive Habitats. La directive Oiseau n'est pas en vigueur sur le massif, malgré la présence de nombreuses espèces remarquables (Aigle de Bonelli, Circaètes Jean le Blanc). Parmi les mammifères, toute la faune classique des garrigues et forêts provençales est représentée : sanglier, chevreuil, renard, fouine, genette, lièvre… La partie orientale du massif abrite également une population de chamois, réintroduits depuis 2005 par la Fédération départementale des chasseurs du Var. Grâce à ces lâchers et aux reproductions croissantes, la population augmente régulièrement et colonise l'ensemble de la chaîne. Entre 2007 et 2009 la présence d’un loup a été confirmée dans le massifCanis Lupus est revenu dans le massif de la Sainte-Baume.
Climat Le climat est de type mésoméditerranéen de 200 à d'altitude, supraméditerranéen de 600 à et montagnard en ubac de 800 à avec une hêtraie relictuelle, les crêtes ayant pour leur part un climat oroméditerranéen ou méditerranéen montagnard. Les températures sont globalement plus fraîches ( de moyenne annuelle au plan d'Aups à ) et les précipitations plus importantes que dans les environs ( à ), soit le double de Marseille.
L'été y est plus supportable bien qu'orageux, tandis que l'hiver la neige peut rester plusieurs jours au-dessus de 800 à sur le versant nord du massif, et peut atteindre parfois un mètre d'épaisseur sur les crêtes comme en 1956, 1962, 1973, 1983, 1986, 2000, 2009. En janvier 1905, il est même tombé deux mètres au plan d'Aups. Le mistral peut dépasser les .
Histoire Préhistoire Le versant sud, constitué de plusieurs poljés, contribue à la fertilité du secteur (Cuges-les-Pins, Signes, Plan-d'Aups), le rendant giboyeux. La présence d’Homo erectus est avérée en Pays Sainte-Baume depuis au moins . Sa trace est attestée à la grotte des CèdresMax Escalon de Fonton, R.P.Léon Ramlot, « La grotte des cèdres à la Sainte-Baume (Var). Enéolithique et Mousterien, avant-propos », Provence historique, 1953, tome 4, fascicule 11, . au Plan d'Aups, à l’Ouest de la chaîne. L'Homme de Néandertal, grand chasseur, parcourt le massif et semble avoir utilisé les cavernes comme la Grande-Baume (nombreuses sur le massif) au cours des périodes glaciaires.
Histoire religieuse
thumb|left|Bâtiments à flanc de montagne, aux abords de la grotte de Marie-Madeleine.
À l'époque préchrétienne, la Sainte-Baume est la montagne sacrée des Marseillais : haut lieu de culte des fécondités, et notamment de l’Artémis d’Éphèse. Vers 60, Lucain, poète latin, mentionne un certain « bois sacré » près de Marseille.
Vers 415, saint Jean Cassien, fonde un premier prieuré à son retour d’Égypte et dès le , la présence de moines de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille est attestée.
La grotte de Sainte-Marie-Madeleine devient un lieu de pèlerinage chrétien réputé. En 816, le pape Étienne VI, puis, en 878, le pape Jean VIII s'y rendent. Comme le , Saint Louis visite la Sainte-Baume Joinville, Vie de saint Louis, Classiques Garnier, 1995, § 663 : Le roy s'en vint par la contree de Provence jusques a une cité que en appele Ays en Provence, la ou l'en disoit que le cors a la Magdeleinne gisoit ; et fumes en une voute de roche moult haut, la ou l'on disoit que la Magdeleinne avoit esté en hermitage .XVII. ans. [Le roi s'en vint par le comté de Provence jusqu'à une cité que l'on appelle Aix-en-Provence, où l'on disait que reposait le corps de la Madeleine ; et nous fûmes dans une grotte de rocher, très haut, où l'on disait que la Madeleine avait été en ermitage dix-sept ans.] à son retour de Croisade.
thumb|Relique présumée (tibia) de Marie-Madeleine.