Jean-Marcel Jeanneney, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un économiste et homme politique français. Il occupe notamment plusieurs ministères dans les gouvernements du Général de Gaulle. Également diplomate, il est le premier ambassadeur de France en Algérie en 1962.

Biographie Famille Franc-comtois d'origine, il est issu, du côté paternel, d'une lignée paysanne enracinée en Haute-Saône. Originaire de Fondremand, à une trentaine de kilomètres au nord de Besançon, son grand-père, Jean-Hubert, dit Victor Jeanneney, était commissaire-priseur à Besançon. Son père – dont il est le fils unique –, Jules Jeanneney, avocat et parlementaire, a été président du Sénat de 1932 à 1942 et ministre d'État dans le gouvernement de Gaulle après la Libération (1944-1945).

Par sa mère, Lucie Jozon, il appartient à une famille de longue date laïque et républicaine. Le grand-père paternel de sa mère, Dominique Jozon, était notaire à La Ferté-sous-Jouarre. Le père de sa mère, Marcel Jozon a été reçu à l’École navale puis à l’École polytechnique, d"où il est sorti ingénieur des Ponts et chaussées. L’oncle de sa mère, Paul Jozon, a été député de Seine-et-Marne au début de la Troisième République, proche de Gambetta.

Jean-Marcel Jeanneney épouse Marie-Laure Monod (1913-2008), licenciée en droit, inscrite au barreau de Paris. Elle est issue d’une famille (dont sont issus Theodore Monod, Jean-Luc Godard et Clara Dupont-Monod) de la haute société protestante détachée du culte, à la fois du côté de son père, Octave Monod, médecin, cofondateur de l’Institut du radium, fils d'Alfred Monod, avocat à la Cour de cassation devenu conseiller de cette Cour, et du côté de sa mère, Marie Chavannes, qui, après avoir été l’une des premières femmes étudiantes à la faculté de lettres à Lyon, est devenue historienne et a présidé l’Association française des femmes diplômées des universités.

Jean-Marcel Jeanneney et Marie-Laure Monod ont ensemble sept enfants, nés entre 1936 et 1958, dont :

Delphine Guy-Grand, médecin, directrice de recherche émérite de l’INSERM, chercheuse à l'Hôpital des enfants malades puis à l’Institut Pasteur, spécialiste en immunologie intestinale ; Sylviane Guillaumont, professeure d’économie à l’Université d’Auvergne, spécialiste des questions monétaires et de développement ; Jean-Noël Jeanneney, professeur d’histoire à l’Institut d'études politiques de Paris, ancien ministre, ancien président de Radio France, de la Mission du Bicentenaire de la Révolution et de la Bibliothèque nationale de France ; Laurence Paye, ancienne directrice  des affaires régionales au CNRS, ancienne secrétaire générale de la direction de la recherche de la régie Renault, ancienne administratrice générale du CNAM et ancienne conseillère municipale de Rioz (1989-2001) ; Brigitte Joseph-Jeanneney, inspectrice générale des affaires sociales, ancienne secrétaire générale du musée d’Orsay, ancienne administratrice générale de l’établissement public du Musée du Louvre et ancienne directrice à la Ville de Paris ; Pierre-Alain Jeanneney (1952-2015), conseiller d’État, ancien directeur général adjoint de la RATP, ancien secrétaire général du groupe Air France, ancien directeur général de l’Autorité de régulation des télécommunications, et ancien membre du directoire de l’établissement public Société du Grand Paris, avocat à la Cour ; Natalie Jeanneney de Sacy, architecte.

Enfance et études Lorsqu’il est âgé de huit ans, le au soir, alors que se prépare la cérémonie de célébration de la Victoire, il se trouve avec son père aux côtés de Georges Clemenceau. Ce dernier le choisit, avec une nièce d’André Tardieu, pour incarner la jeunesse de France rendant hommage aux soldats de la Grande Guerre, en les prenant par la main pour les emmener au pied de l’Arc de triomphe.

Il étudie aux lycées Victor-Duruy, Buffon et Janson de Sailly, à Paris, puis à la faculté de lettres et à la faculté de droit de l'université de Paris. Il y est marqué par les enseignements de Célestin Bouglé à la Sorbonne, de Henri Capitant en droit civil et de Gaëtan Pirou en économie au Panthéon.

À l’École libre de Sciences politiques, où il se lie d’amitié avec Michel Debré, il suit les enseignements de Elie Halévy, André Siegfried et Wilfrid Baumgartner. Il sort major de la section « service public » et pense un temps, poussé par Baumgartner, rejoindre l’écurie qui prépare le concours de l'Inspection générale des Finances, avant de privilégier un doctorat en économie.

Après avoir passé un DES d’économie politique et deux DES en droit, il suit les enseignements de Charles Rist et de François Simiand pendant son doctorat en économie. Charles Rist a une influence majeure sur sa pensée : il lui transmet l’intérêt pour les séries statistiques à usage économique, et, fort de son expérience de sous-gouverneur de la Banque de France entre 1927 et 1930, il insiste sur l’intérêt d’ancrer les réflexions théoriques dans une expérience pratique des responsabilités.

Il prépare, sous la direction de Gaëtan Pirou, sa thèse de doctorat en droit, Essai sur les mouvements de prix en France depuis la stabilisation monétaire (1927-1935). Il est reçu à l’agrégation d’économie en 1936, aux côtés d'André Piettre, de Jean Weiller, de François Trévoux et de Grégoire Khérian.

Il contribue, à cette époque, à introduire la pensée de Keynes en France, dont la Théorie Générale traduite par Jean de Largentaye parait en français en 1942.

Professeur d'économie

À Grenoble Il est professeur d’économie politique à l’Université de Grenoble de 1936 à 1951 – sauf pendant les hostilités, entre et , où il sert comme lieutenant au sein de l’état-major de la demi-brigade de chasseurs alpins. Sans entrer en résistance active, il s’emploie avec succès, avec d’autres collègues, à empêcher que soit imposée aux professeurs d’université l’obligation de prêter serment au maréchal Pétain, et il démarche, en vain, en faveur de ses collègues juifs.

Il est doyen de la faculté de droit de Grenoble entre 1947 et 1952 – il est alors le benjamin des doyens français. Il fonde l’Institut d’études politiques de Grenoble, ainsi que l’Institut juridique de la houille blanche et des industries électriques.

À Paris En 1951, il est élu professeur à la Faculté de droit et des sciences économiques de Paris, où il occupe la chaire d'économie financière. Pendant les années 1950, il y donne le cours de doctorat d’économie sociale comparée, naguère occupée par Charles Rist et Jean Lescure.

À partir de son arrivée à Paris, il dirige l’Institut scientifique de recherche économique et sociale créé par Charles Rist en 1935 rue Michelet, qu’il rattache à la Fondation nationale des sciences politiques. Il y rassemble de la documentation pour élaborer des statistiques de plus en plus fines sur les grandeurs économiques.

En 1956, il publie Forces et faiblesses de l’économie française, qui se présente comme un état des lieux, une analyse historique de l’économie française depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, et qui prescrit l’utilisation de certains instruments de politique économique ( édition en 1959).

Ses thèmes de recherche creusés pendant la Quatrième République ont pour dénominateur commun la mise en perspective de l’économie française face à ses grandes concurrentes (activité économique et situation sociale depuis 1945, conjoncture économique française depuis 1949, transformations économiques au , économies régionales). Il publie alors plusieurs articles dans les colonnes du Monde, notamment pour dénoncer les expédients budgétaires auxquels recourent Edgar Faure ou Guy Mollet.

Quelques mois avant de rentrer au gouvernement, il rédige un manuel, Économie politique, dans la collection "Thémis" des Presses universitaires de France, qui deviendra un classique des étudiants de Sciences-po.

En 1965, un débat resté fameux oppose Jean-Marcel Jeanneney à Pierre Mendès France. Organisé à l’École normale supérieure par la Fondation nationale des sciences politiques, il procède à un premier bilan de la politique économique du gouvernement du Front populaire.

Après ses passages au gouvernement, il enseigne à nouveau, entre 1970 et 1980, à l'Université de Paris-I.

Création de l'OFCE Alors que Jean-Marcel Jeanneney va prendre sa retraite de professeur, Raymond Barre, alors Premier ministre, lui confie le soin de créer un organisme d’étude de la conjoncture économique d’esprit universitaire, indépendant du pouvoir politique, disposant d’une cinquantaine de collaborateurs. Jean-Marcel Jeanneney fonde alors l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qu’il rattache juridiquement à la Fondation nationale des sciences politiques. Il le préside de sa fondation, le , jusqu'en 1990. Il y nomme trois directeurs de départements : Philippe Sigogne au département de la conjoncture, Pierre-Alain Muet au département d’économétrie, et Jean-Paul Fitoussi au département des études, qui sera secondé par le sociologue Henri Mendras, et qui lui succédera. Le laboratoire acquiert vite une grande influence, à l’articulation de l’Université et de la politique.

Positions économiques Au terme de sa vie, Jean-Marcel résumait ainsi ses positions en matière économique : "J’étais convaincu que, dans le monde actuel, il fallait que l’État ait un rôle important. Cependant je pensais, idée très actuelle, que le marché avait également un rôle essentiel et qu’on ne pouvait se permettre des politiques qui le déséquilibrent, soit en faussant le jeu par des régulations ou des contraintes excessives, soit en tolérant des déficits publics trop importants. Ma position était à la fois assez classique, dans la ligne de Charles Rist, un peu keynésienne parce que je croyais à la recherche des équilibres globaux plus que les classiques, un peu planiste, parce qu’il me semblait que dans le monde moderne, complexe et incertain, il fallait que l’État indique les grandes directions à prendre".

Le début d'une carrière politique nationale

Son père, Jules Jeanneney, étant ministre d’État du gouvernement provisoire de la République française, en 1944-1945, il dirige son cabinet. Il s'y occupe notamment de la création de l'École nationale d'administration et de la mutation de l'École libre des sciences politiques: la Fondation nationale des sciences politiques chapeauterait désormais un Institut d'études politiques – le tout continuant d'être connu comme "Sciences Po".

Il inspire le principe du bulletin de vote à deux choix dans la perspective du référendum sur la loi constitutionnelle du 21 octobre 1945.

Pendant la Quatrième République, il se maintient à l’écart de la vie politique. Il reste en contact avec le général de Gaulle mais ne rallie pas le RPF.

Lorsque surviennent les événements du 13 mai 1958, Jean-Marcel Jeanneney se trouve en URSS dans le cadre d’une mission du ministère des Finances, avec Raymond Barre, François Bloch-Lainé, Claude Gruson et Simon Nora.

Il est membre du Comité d'experts présidé par Jacques Rueff qui est chargé de préparer, entre septembre et , la réforme économique et financière de la France.

Ministre de l'Industrie et du Commerce (1959-1962) En , il est nommé par le général de Gaulle ministre de l'Industrie et du Commerce dans le gouvernement de Michel Debré. Lors de son derniers cours à l’Université avant de prendre ses fonctions, il dit à ses étudiants qu’il doit s’absenter pour "effectuer des travaux pratiques obligatoires". Il appelle à la direction de son cabinet Raymond Barre, professeur d’économie à l’Université de Caen, qu’il a connu en 1950, alors qu’il figurait dans le jury de l’agrégation de droit et de sciences économiques qui l'a reçu dans le corps des professeurs. Jean-Claude Casanova fait aussi partie de son équipe.