Le château d'Oiron (anciennement Oyron) est un édifice situé à Oiron (commune de Plaine-et-Vallées), en Deux-Sèvres. Le château de style Renaissance et classique fut bâti principalement par la famille Gouffier.

Classé monument historique en 1923 puis inscrit en 1943, il est depuis 1946 une propriété de l'État, qui imagine pour le lieu, une collection d'art contemporain.

Histoire Origines de la seigneurie d'Oiron au Moyen-Âge (jusqu'en 1450) La plus ancienne mention connue du nom "Oiron" date de l'année 955 ou 956 à travers le cartulaire de l'abbaye Saint-Cyprien de Poitiers mentionnant le nom de "Orioni".

Au , la seigneurie d'Oiron appartient à une famille locale, les d'Oiron (Aimery d'Oiron est chanoine de Saint-Laon de Thouars au ).

Le , le domaine entre possession des Thouars sous le vicomte Hugues II († 1333), sa veuve Jeanne de Bauçay l'eut en douaire dès 1350. Dans une charte du , elle prend le titre de Dame de Mauléon et d'Oiron puis y fonde l'aumônerie Sainte-Anne avec l'aval de l'évêque de Poitiers, Fort d'Aux.

Les dernières propriétaires de cette famille sont Péronnelle († 1397), elle y fonde en 1396 le couvent des chartreux qui doit accueillir treize religieux, et Isabeau de Thouars, fille de Louis de Thouars, le neveu d'Hugues II. Lors du décès de Péronnelle, sa sœur Isabeau était marié avec Ingelger d'Amboise († 1373 ; fils aîné de Pierre d'Amboise) et c'est leur fils, Pierre II († 1422) qui en prend possession.

En 1422, date de la mort de Pierre II, Louis d'Amboise (1392-1469) hérite du domaine, mais il décide de vendre Oiron le à Pierre Bérard, maître d’hôtel du roi Charles VII, trésorier de France et seigneur de Chizé, ainsi qu'à Jacques Charrière contre 5 000 écus d'or. Puis vers la fin des années 1440, Jean Barillet dit de Xaincoins († 1495), receveur général des finances, rachète le domaine à ces derniers. Lié à Jacques Cœur († 1456), il est disgracié en 1449 (procès du au ), avant même la chute de l'Argentier de Charles VII (1422-61), il est condamné et ses biens sont saisis par la Couronne.

La famille Gouffier et Oiron (1450-1700)

Guillaume Gouffier : le premier du nom à Oiron (1450-1461 puis 1465-1495) Charles VII donne la terre d'Oiron à Guillaume Gouffier (1420/25-1495), sénéchal de Saintonge et chambellan du roi, le . Il est cependant disgracié dès 1457, mais si plusieurs de ses possessions lui sont retirées, il conserve la terre d'Oiron. Néanmoins, son domaine est saisi quelques années plus tard par Louis XI lors de son avènement à la couronne en 1461 (le nouveau roi se venge des favoris de son père Charles VII), Xaincoins retrouve alors Oiron.

Il finit par récupérer définitivement le domaine le et y obtient le droit de haute justice en par lettre de Louis XI au détriment de la vicomté de Thouars, qui est alors sous contrôle du roi. Les descendants de Guillaume Gouffier vont conserver Oiron jusqu'en 1700, date de la vente du domaine à Madame de Montespan.

Guillaume Gouffier assure par ailleurs la puissance de sa famille en se mariant d'abord avec Louise d'Amboise (1429-1460, fille de Pierre d'Amboise) puis après le décès de cette dernière avec Philippe de Montmorency († 1516, fille de Jean II, sœur de Guillaume de Montmorency et tante du connétable Anne), c'est ainsi qu'auraient pu arriver à Oiron certains portraits de cette famille.

C'est à Guillaume que l'on doit le premier château d'Oiron entouré de quatre tours, il s'inspire du château du Plessis-Bourré édifié par Jean Bourré (1424-1506) entre 1468 et 1473.

Il décède le et c'est son fils Artus qui hérite du domaine.

Au plus près de la cour : Artus un très proche de François (1495-1519) Artus Gouffier de Boisy (1474-1519 ; fils de Philippe de Montmorency) suit Charles VIII (1483-1498) et Louis XII (1498-1515) pendant les guerres d'Italie où il reçut la terre de Caravaz (devenu marquisat de Carabas dans Le Chat Botté de Charles Perrault), il laisse alors à sa mère, Philippe de Montmorency, le soin de gérer le domaine, ce qu'elle fait jusqu'à sa mort en 1516.

Durant ses voyages en Italie, Artus s'intéresse à l'art de ce pays et c'est lui qui commence l'importante collection de peinture familiale. C'est alors qu'il se voit confier l'éducation du jeune duc d'Angoulême héritier du trône de France, le futur François (1494-1547 ; 1515-47) grâce à son mariage avec la fille de Louis XII, Claude de France, ce dernier n'ayant pas d'héritier mâle.

Dès son accession au pouvoir, François nomme Artus grand maître de France, le , l'une des charges les plus importantes du royaume. Il accompagnera par la suite le roi dans de nombreuses batailles notamment celle de Marignan. Le rôle et l'importance que jouent Artus pour François est très forte, au point que toute la cour séjourne au château le .

Peu de temps avant sa mort, en 1519, il reçoit du roi le titre de duc de Roannez et devient pair de France, érection inédite pour un non prince de sang, son décès annule cependant l'enregistrement du titre et il faudra attendre en 1566 pour que son fils, Claude († 1570) devienne duc.

Au château, il entreprend la construction de la galerie basse de l'aile nord, ce sont ses seules réalisations son décès à seulement 44 ans met un terme à de plus amples projets.

Sa plus grande œuvre reste à l'extérieur du château avec la reconstruction de l'église du village, qu'il transforme en collégiale, elle est achevée par sa veuve, Hélène de Hangest et son fils Claude. Elle est consacrée par l'évêque de Poitiers, Gabriel de Gramont et abrite aujourd'hui encore son gisant ainsi que celui de sa mère, de son fils Claude, et l'un de ses frères Guillaume (ca. 1482-1525 à Pavie).

Ce dernier, amiral de France, fut le bâtisseur du château de Bonnivet (aujourd'hui disparu), qui fût en son temps l'une des plus belles demeures de la Renaissance française.

Après la mort d'Artus des suites d'une crise de goutte, sa veuve peut continuer pleinement à jouir du domaine jusqu'à sa mort début 1538, c'est ensuite son fils Claude qui en prend pleinement possession hérite et avec lui, il va atteindre son apogée.

Importante transformation du château : Claude Gouffier, collectionneur et homme important du (1519-1570) Claude Gouffier profite du prestige de son père, pour se faire une place de choix à la cour, il est cependant moins proche de François que son paternel, bien qu'il accompagne le roi lors de batailles, notamment celle de Pavie en 1525.

Il obtient en conséquences des charges, bien que prestigieuses, sans équivalence par rapport à celle d'Artus. Il est nommé dès 1535 premier gentilhomme de France puis en 1545, capitaine des cent Gentilshommes de la Maison du Roi. Enfin, un an plus tard, il devient grand écuyer de France, titre qu'il gardera jusqu'à sa mort en 1570, c'est le plus prestigieux de sa vie et de nombreuses références à ce dernier, ainsi qu'à celle de capitaine des cent Gentilshommes, sont présentes au sein du château notamment sur la tour dite de l'épée construite entre 1548 et 1550. alt=|vignette|Claude Gouffier par François Clouet vers 1568.Le grand écuyer va radicalement changer la face du château, en transformant le logis médiéval en un château Renaissance sur le modèle de celui du Plessis-Bourré. Sa réalisation la plus notable encore visible aujourd'hui est l'érection d'une magnifique galerie peinte au premier étage au cours de la première moitié du (voir dans la rubrique consacrée).

Même si l'importance de Claude est moindre que l'était celle de son père, il jouit d'un certain prestige notamment sous le règne d'Henri II (1547-1559) et de ses successeurs, en profitant de faveurs auprès de Catherine de Médicis (1519-1589), qui l'appel "Mon cousin".

L'un des témoignages qui montre son importance auprès des différents souverains, c'est les deux fois où il accueille la cour au château. La première est celle d'Henri II en , avec notamment Catherine de Médicis, Diane de Poitiers († 1566) et Anne de Montmorency (1493-1567) ; la deuxième est celle de Charles IX (1560-1574) avec Catherine de Médicis en , lors de leur Grand Tour de France.

Les dernières années de la vie du grand écuyer sont compliquées, le château est pillé une première fois en , par les Huguenots lors de la guerre de Religion qui agissent sous les ordres de François de Coligny d'Andelot, son cousin au troisième degré (ils ont le même arrière-grand-père, Jean II de Montmorency). Il est alors fait prisonnier et emmené à La Rochelle, et n'est libéré que le par Louis de Bourbon-Condé en échange d'une forte rançon payée par Charles IX. Le château est à nouveau pillé en par les Huguenots, toujours lors de la guerre de Religion, avant la bataille de Moncontour.

Il meurt à Villers-Cotterêts, le , et est inhumée dans la collégiale d'Oiron, où son gisant est encore visible aujourd'hui derrière celui de son paternel.

Louis Gouffier : l'opposition au pouvoir (1582-1642) Connaissant leur apogée sous le règne de François , les Gouffier vont connaitre une lente mais longue perte d'importance à la cour après les morts successives des rois Valois : Henri II († 1559), François II († 1560), Charles IX († 1574) et Henri III († 1589).

L'arrivée au pouvoir d'Henri IV (1589-1610) beau-frère d'Henri III, instaure une nouvelle dynastie, celle des Bourbon, mettant un terme à la maison des Valois et de facto à l'influence des Gouffier.

La famille Gouffier connaît également des moments compliqués avec la mort à seulement 29 ans de Gilbert Gouffier en 1582, sa veuve occupe le rôle de tutrice pour leur jeune fils : Louis Gouffier alors âgé de seulement six ans.

Arrivé à l'âge adulte, il devient gouverneur de Poitiers le puis conseiller d'État le . Il est également capitaine de cent hommes d'armes des ordonnances du Roi et servit pendant la guerre de Savoie qui dure de 1600 à 1601.

Ses choix politiques le mettent plusieurs fois en opposition directe avec la royauté, c'est notamment le cas quand il conteste la régence de Marie de Médicis, en allant jusqu'à soutenir le prince de Condé, Henri II de Bourbon, qui le sollicite plusieurs fois pour qu'il lui ouvre les portes de la ville. En 1620, il décide cette fois de soutenir Marie de Médicis dans la seconde guerre qui l'oppose à son fils Louis XIII.

Au début des années 1630, il soutient désormais Gaston de France frère cadet de Louis XIII et le rejoint dans son exil en Lorraine par opposition au cardinal de Richelieu. Cette action lui vaut d'être condamné à mort par contumace fin , puis d'être à nouveau condamné à la même sentence, le de la même année, pour faux monnayage, cause qui lui vaut une troisième condamnation le . Cette condamnation se transforme finalement en exil forcé à Oiron.

Cet exil est l'occasion pour lui de faire de continuer les importants travaux qu'il a déjà commencé au château depuis le milieu des années 1620. Il fait d'abord élever le pavillon du Roi en reconstruisant le corps de logis qui n'avait que peu évoluer depuis l'époque de son grand-père Claude. Il fait réaliser différents décors peints et plafonds, dont une salle des Amazones ornée de quinze tableaux « à grands personnages », des travaux de décoration intérieurs attribués à Jacques Despied et à Charles Beaubrun (déjà cité, avec son frère Henri, par Henri Clouzot) - à qui le duc avait commandé sept tableaux le pour la salle de l'appartement du Roi - qui s'associent le pour les ouvrages de peinture à y faire ; Despied, qualifié de vitrier, ira ensuite dorer des cadres au château de Thouars, propriété des ducs de La Trémoille.

Un portrait de Louis Gouffier est conservé au musée Sainte-Croix à Poitiers, tandis qu'un autre présumé du petit-fils de Claude Gouffier qui orné autrefois la salle des Amazones est encore aujourd'hui au château (c'est le seul de cette salle encore conservé à Oiron), les deux tableaux sont attribués à Antoine Ricard.