La danse du lion (, parfois appelée danse de la licorne ou danse du qilin au Viêt Nam) est une danse traditionnelle de la culture chinoise et d'autres pays asiatiques où des danseurs, revêtus d'un costume de lion, imitent les mouvements de l'animal. Elle est exécutée le plus souvent pour le Nouvel An chinois et pour d'autres festivités religieuses ou culturelles chinoises, mais aussi à des ouvertures de foires commerciales, pour des mariages, ou tout simplement pour honorer des invités importants : cette danse est censée apporter la chance.

Elle est parfois confondue avec la danse du dragonIl arrive cependant que les deux danses soient exécutées en même temps, comme dans cette exhibition pour le Nouvel An chinois 2015 à Hong Kong., malgré deux différences importantes : le nombre des danseurs (deux pour chaque lion, alors qu'un seul dragon en demande au moins une douzaine) et le fait que les danseurs sont visibles dans la danse du dragon, figurine qu'ils tiennent et manipulent au bout de longues perches. Les mouvements de base de la danse du lion, contrairement à ceux de la danse du dragon, se retrouvent par ailleurs dans la plupart des arts martiaux chinois.

L'origine de la danse du lion est incertaine, mais n'est probablement pas chinoise, l'animal y étant inconnu avant la dynastie Han. Outre les deux formes principales de la danse, au nord et au sud de la Chine (cette dernière largement répandue dans le monde entier par la diaspora chinoise), on trouve également des versions japonaises, coréennes, tibétaines et vietnamiennes. Une autre forme de la danse du lion existe dans la culture indonésienne, mais elle provient d'une tradition différente et est plutôt décrite sous le nom de Singa Barong.

Historique vignette|270px|gauche|Détail du tableau de Su Hanchen (苏汉臣) intitulé (百子嬉春图页), montrant des enfants exécutant la danse du lion (dynastie Song). Il existe une tradition chinoise, remontant à l'Antiquité, de danseurs portant des masques d'animaux ou de créatures mythiques ; dans des textes tel que le Classique des documents, des descriptions de danses de bêtes sauvages et de phénix pourraient ainsi être des danses masquées. Dans des ouvrages de la dynastie Qin sont décrits des danseurs exécutant des rituels d'exorcisme et portant des masques d'ours ; des textes de la dynastie Han mentionnent des « mimes » (象人) imitant des poissons, des dragons, et des phénix. Cependant, le lion n'est pas présent en Chine avant la dynastie Han, et l'on suppose donc que la danse du lion viendrait de pays comme la Perse : et aurait été introduite en Chine en passant par l'Asie centrale ; d'autres auteurs envisagent une origine indienne. Selon l'ethnomusicologue , le mot chinois pour « lion », shi (獅, écrit 師 autrefois), pourrait être dérivé du mot perse šer. Le mot shi(zi) signifiant « lion » apparait dans des textes de la dynastie Han en association étroite avec l'Asie centrale (un terme antérieur devenu obsolète était suanni (狻麑 ou 狻猊)) ; des lions furent présentés à la cour des Han par des ambassadeurs de l'Empire parthe.

Des descriptions détaillées de la danse du lion apparaissent sous la dynastie Tang ; à cette époque, les écrivains et les poètes la considèrent comme une danse étrangère. Cependant, des danses analogues ont peut-être été remarquées en Chine dès le troisième siècle de notre ère, Meng Kang (孟康), un érudit de l'époque des Trois Royaumes, décrivant des « scènes de lion » dans un commentaire du Hanshu, . Ces premières mentions l'associent avec le bouddhisme : dans un texte de la dynastie Wei du Nord, Description des temples bouddhistes à Luoyang (洛陽伽藍記), une parade d'une statue de Bouddha du temple de Changqiu (長秋寺) est menée par un lion pour chasser les mauvais esprits .

Plusieurs versions de la danse existaient sous la dynastie Tang. À la cour des Tang, la danse du lion était appelée la Musique de la Grande Paix (太平樂, Taiping yue) ou la Danse des Cinq Directions (五方師子舞), où cinq grands lions de différentes couleurs, correspondant à différentes émotions, étaient chacun tenu en laisse par deux personnes, et accompagnés par 140 chanteurs. Dans une version plus tardive, les cinq lions avaient plus de trois mètres de hauteur, et chacun était accompagné de douze « écuyers » qui les agaçaient avec des plumeaux rouges. Une autre version de la danse était exécutée par deux personnes, comme cela est décrit par le poète Bai Juyi dans Arts des Liang occidentaux (西凉伎) ; la danse est présentée par des danseurs hu (胡, dans ce contexte, des populations non Han venant d'Asie centrale) portant un costume de lion avec une tête en bois, une queue de soie et un costume en fourrure, des yeux bordés d'or, des dents recouvertes d'argent, et des oreilles mobiles, dans un spectacle ressemblant à la danse du lion actuelle : ; vers le huitième siècle, cette danse avait atteint le Japon. Durant la dynastie Song, la danse du lion était couramment exécutée durant des festivals, et connue comme danse du lion du Nord sous les Song du Sud.

Dans le sud de la Chine, une forme dite méridionale de la danse du lion apparut par la suite, vraisemblablement originaire de la province du Guangdong. Plusieurs mythes sont associés à cette danse : une version parle de la célébration de la mise en fuite d'un monstre appelé Nian ; une autre veut que l'empereur Qianlong ait rêvé d'un animal porte-bonheur alors qu'il visitait la Chine du Sud, et ait ordonné que l'image de l'animal soit utilisée durant les fêtes. Il est cependant probable que le lion du Sud soit une adaptation du lion du Nord aux mythes locaux de Canton, peut-être sous la dynastie Ming.

Variantes régionales Les deux principaux types de danse du lion en Chine sont les danses du Nord et du Sud. Il existe cependant nombre de variantes locales, et certains de ces lions sont d'aspect très différent, comme le lion vert ou Hokkien (), et le lion taïwanais ou Yutien (), populaire dans la province du Fujian et à Taïwan. D'autres minorités ethniques de Chine ont souvent aussi leurs propres danses du lion ; c'est par exemple le cas de celui de la minorité musulmane du xian de Shenqiu dans le Henan, ainsi que dans le comté de Yongdeng, à Lanzhou, dans le xian de Yongning et à Wuzhong, appelé le lion Wen ; le lion Hakka — populaire auprès du peuple Hakka — est très similaire aux lions de Hokkien et de Taiwan, et même au lion Wen, mais le lion Hakka peut parfois avoir une corne sur la tête et est également associé au Diting, une sorte de créature mythique, et à Kshitigarbha, monture montée pour le bodhisattva, il est également associé au Denglong, une autre sorte de créature mythique, appelée parfois Avalokiteśvara. On trouve aussi des danses masquées représentant des créatures mythiques apparentées, comme le longma, le qilin, le luduan, le xiezhi, et le pixiu. La danse du qilin — qui a donné naissance à l'appellation « danse de la licorne » — et la danse pixiu — qui a donné naissance à l'appellation « danse de la chimère » — sont le plus souvent exécutée par les Hakkas, originellement venus du sud de la Chine centrale, mais désormais installés dans le sud de la Chine et en Asie du Sud-Est.

On rencontre d'autres formes de la danse du lion dans la plupart des pays d'Extrême-Orient, comme le Japon, la Corée ou le Viêt Nam, ainsi que parmi les communautés de l'Himalaya.

Le lion de la Chine du Nord vignette| Lion du Nord dans un spectacle de variétés. La danse du lion de la Chine du Nord () est souvent exécutée par un couple de lions (un mâle et une femelle). La tête est en bois doré, avec une crinière hirsute orange et jaune, ornée d'une rosette rouge pour le mâle et verte pour la femelle. Cependant, des variantes locales existent.

Le lion du Nord ressemble à un pékinois ou à un lion gardien, et ses mouvements sont réalistes. Il se livre souvent à des acrobaties, se tenant en équilibre sur une plateforme ou sur une grosse boule. Ils se présentent souvent en famille, avec un couple d'adultes et deux lionceaux ; deux danseurs occupent le corps de chaque lion adulte ; la famille est souvent précédée d'un « guerrier » tenant un objet sphérique et guidant les lions.

La danse du Nord est en général moins solennelle que celle du Sud. On rencontre souvent des variations acrobatiques de la danse, par exemple la danse de la Tour céleste (), du xian de Xiangfen dans le Shanxi, dans laquelle plusieurs lions escaladent une haute tour formée de tabourets en bois ; on connait aussi des acrobaties de lions sur fil de fer. Parmi les régions ayant les troupes de lions les plus réputées, on trouve le xian de Ninghai dans la province du Zhejiang, le xian de Xushui dans la province du Hebei, le xian de Changhai dans la province du Liaoning, et la région de Pékin.

Le lion de la Chine du Sud vignette| Lion du Sud pour le Nouvel An chinois 2015 à Paris.

La danse du lion de la Chine du Sud () est originaire du Guangdong. Le lion, associé à la légende du monstre mythologique appelé Nian, est représenté avec une corne unique (d'où l'appellation de danse de la licorne, plus fréquente au Viêt Nam). La tête du lion est généralement faite en papier mâché sur un cadre de bambou ; le corps est formé de couches de tissu solide bordé de fourrure. Récemment, on s'est mis à fabriquer des lions avec des matériaux modernes plus légers, comme de l'aluminium, et rendus plus brillants par des revêtements métalliques, mais qui sont moins durables que la laque traditionnelle. Les costumes des danseurs sont assortis au lion, bien que certains portent des pantalons de kung-fu pour un aspect plus traditionnel.

Il y a deux styles principaux de cette danse : le Foshan (), et le Heshan (), tous deux nommés d'après leur lieu d'origine. D'autres styles mineurs sont le Fut-Hok (un hybride du Foshan et du Heshan créé à Singapour par Kong Chow Wui Koon vers 1960), et le (exécuté par des pratiquants du style de kung-fu de la famille Jow). Ces différents types se distinguent en particulier par le dessin de la tête du lion. vignette|gauche|Une performance de la danse du lion méridionale à Chinatown (Manhattan).

Le Foshan est le style qu'adoptent la plupart des écoles de kung-fu. Il demande des mouvements puissants et de la force pour tenir les postures. Le lion devient un emblème de l'école de kung-fu, et seules les élèves les plus avancés sont autorisés à participer à la danse. Le lion Foshan traditionnel a des soies dures au lieu de fourrure, et est plus lourd que les modèles populaires modernes ; il a aussi une queue très longue à laquelle sont souvent attachées des clochettes, des yeux pivotant de droite et de gauche, des dents et une langue saillante. Derrière, on trouve une plaque métallique sur laquelle le nom de la troupe peut être inscrit. Enfin, il possède un large front, des lèvres ourlées, et, comme tous les lions du Sud, une corne, pointue dans ce style. Des styles régionaux de ce lion se sont développés dans le monde entier ; en général, les soies sont remplacées par de la fourrure, la queue est moins ornée (et les clochettes sont supprimées), les yeux sont fixes et la langue ne sort pas.

vignette|Danse du lion de l'association Hok San de Singapour.