Alessandro Pertini, dit Sandro Pertini (né le à Stella San Giovanni, Ligurie, et mort le à Rome), est un avocat, journaliste, résistant et homme d'État italien, septième président de la République italienne de 1978 à 1985.

Envoyé, durant la Première Guerre mondiale, sur le front de l'Isonzo, ses actes héroïques lui valent d'être récompensé par la médaille d'argent de la valeur militaire. Ses profondes convictions et son opposition résolue au fascisme l'incitent à adhérer au Parti socialiste unitaire fondé par Filippo Turati. Persécuté pour son engagement contre la dictature de Benito Mussolini dès 1925, il est condamné à huit mois de détention, puis s'exile en France pour éviter d'être assigné à résidence. Rentré en Italie, il est arrêté, puis condamné par le tribunal spécial pour la sécurité de l'État à la réclusion, puis à l'assignation.

Libéré après la chute du régime en 1943, il contribue, avec Pietro Nenni et Lelio Basso, à la refondation du Parti socialiste italien, devenant un acteur clé de la Résistance et siégeant au sein du Comité de libération nationale. Capturé par les SS en 1943, il est placé en détention à la prison de Regina Cœli, où il rencontre un autre socialiste, Giuseppe Saragat, qui devient son ami. Tous les deux s'évadent puis prennent de nouveau part à la Résistance, parmi les partisans jusqu'au mois d'.

En 1946, après la proclamation de la République, il est élu député à l'Assemblée constituante. Réélu député à partir de 1953, il est président de la Chambre des députés durant deux législatures consécutives, de 1968 à 1976.

Son prestige et l'estime de l'échiquier politique lui valent d'être élu président de la République italienne par les grands électeurs en 1978. Très impliqué dans le débat public malgré le caractère traditionnellement effacé de la fonction présidentielle, il jouit, tout au long de son septennat, d'une très forte popularité essentiellement due à son intégrité et à son franc-parler ; il est d'ailleurs considéré comme « le président le plus aimé des Italiens ». Sa présidence est politiquement marquée par l'accession au pouvoir de deux personnalités extérieures à la Démocratie chrétienne : le républicain Giovanni Spadolini et le socialiste Bettino Craxi.

À l'issue de son septennat, il devient de jure sénateur à vie comme ancien président de la République, jusqu'à sa mort, en 1990.

Biographie Une jeunesse politisée Alessandro Giuseppe Antonio Pertini naît dans l'après-midi du , au sein d'une famille aisée de Stella San Giovanni, en Ligurie. Il est le fils d'Alberto Gianandrea Pertini (1853 – 1908), un prospère propriétaire terrien, et de Maria Giovanna Adelaide Muzio (1854 – 1945), à laquelle il est profondément lié. Trois autres enfants sont nés de ce mariage : Luigi, artiste-peintre ; Maria dite Marion, qui épousera plus tard le diplomate Aldo Tonna ; Giuseppe, officier de carrière et Eugenio, déporté et tragiquement disparu dans le camp de concentration de Flossenberg le .

Sur les conseils de sa mère, Alessandro, que ses proches surnomment Sandro, fait ses premières études au collège des salésiens Don Bosco de Varazze, puis il entre au lycée Gabriello Chiabrera de Savone, où il rencontre le socialiste réformiste Adelchi Baratono, qui devient son professeur de philosophie ; c'est grâce à lui, collaborateur de la Critica Sociale de Filippo Turati, que le jeune Pertini se rapproche du socialisme et des mouvements ouvriers ligures.

En 1917, Sandro Pertini est appelé comme sous-lieutenant et envoyé sur le front d'Isonzo, vers la fin de la Première Guerre mondiale. Se distinguant pour une série d'actes héroïques, il est décoré de la médaille d'argent de la valeur militaire pour avoir mené, en août 1917, un assaut sur le mont Jelenik, lors de la bataille de la Bainsizza. Après la guerre, il ne reçoit cependant pas sa décoration, le régime fasciste lui en ayant refusé le mérite en raison de ses convictions socialistes.

En 1918, Sandro Pertini adhère au Parti socialiste italien, puis s'installe à Florence. Hôte provisoire de son aîné, Luigi, il part s'inscrire à la faculté de droit de l'université de Gênes ; il en sort diplômé d'une laurea au mois de , grâce à la rédaction d'une thèse intitulée « L'industrie sidérurgique en Italie » (L'industria siderurgica in Italia). De retour à Florence, il prend contact avec d'autres socialistes proches de Gaetano Salvemini et des frères Nello et Carlo Rosselli, tel que Ernesto Rossi.

Farouchement opposé au fascisme prôné avec véhémence par Benito Mussolini, il rejoint les rangs du mouvement d'opposition Italia Libera (Italie libre).

Un antifascisme convaincu La première condamnation left|160px|thumb|Sandro Pertini, durant les années 1920. Hostile au régime fasciste, Sandro Pertini s'inscrit au Parti socialiste unifié après l'assassinat du député Giacomo Matteotti, lui-même d'obédience socialiste. En raison de son appartenance politique, qu'il revendique avec conviction, il est agressé à plusieurs reprises par des squadristes, puis il est arrêté le pour avoir distribué un opuscule clandestin, imprimé à ses frais et intitulé : « Sous la barbare domination fasciste » (Sotto il barbaro dominio fascista). Dans ce pamphlet, Pertini dénonce la responsabilité de la monarchie dans l'accession au pouvoir du fascisme, les violences commises par le régime du Duce et la défiance populaire à l'égard du travail du Sénat, composé en majorité de « philofascistes », pourtant appelé à juger, au sein de la Haute Cour de Justice, les éventuelles complicités du général Emilio De Bono dans l'assassinat du député Matteotti.

Selon l'article 120 du Code Zanardelli, Pertini est accusé d'instigation à « la haine entre les classes sociales », délit d'imprimerie clandestine, outrage au Sénat et lèse-prérogative de l'irresponsabilité du roi pour des actes du gouvernement. Au cours de l'interrogatoire mené par le procureur du roi puis lors de l'audience publique, il revendique son action, assumant son entière responsabilité et se disant prêt à poursuivre la lutte antifasciste en faveur du socialisme et de la liberté, quelle qu'en soit la condamnation.

Le , il est condamné à huit mois de détention et se voit infliger une amende pour les divers délits dont il est accusé. Mais cette condamnation ne ralentit guère son activité, qu'il reprend, à peine libéré.

En , après l'échec de l'attentat de Anteo Zamboni contre Mussolini, il est, comme beaucoup d'autres antifascistes, l'objet de nouvelles violences de la part des fascistes, et c'est contraint qu'il quitte Savone pour revenir à Milan. Le , avec la proclamation des lois exceptionnelles contre les antifascistes, Pertini est envoyé en relégation cinq ans durant, la plus lourde peine présentée par la loi, dans la prison de la petite île de Santo Stefano.

L'exil et la période clandestine Le , dans le dessein d'éviter la capture, il quitte Milan et s'exile en France, en compagnie de Filippo Turati, avec l'aide de Carlo Rosselli et Adriano Olivetti. Après avoir passé quelques mois à ParisStefano Caretti, "Pertini e la Francia" en I socialisti italiani e francesi (1971–1994). Les socialistes français et italiens (1971–1994) (cur. Alessandro Giacone), Aracne, 2024, , DOI 10.53136/979122180804920, pp. 181–190., il prend finalement ses quartiers à Nice et devient un membre de premier ordre des exilés, assumant une intense propagande contre le régime fasciste par des écrits et des conférences.

En , il installe, dans sa résidence de Nice, une station de radio clandestine, dans le dessein de maintenir un lien avec ses compagnons, demeurés en Italie, et pouvoir communiquer et recevoir des nouvelles ; cependant, la police française le découvre et il est condamné à un mois de réclusion, peine suspendue avec sa mise en liberté conditionnelle après le paiement d'une amende.

Son exil français prend fin le : c'est le jour où il quitte Nice avec un faux passeport au nom de Luigi Roncaglia, passe la frontière par la gare de Chiasso et rentre en Italie.

La capture et la prison thumb|200px|L'intérieur de la prison de l'île de Santo Stefano. Le à Pise, cours Vittorio Emanuele, l'actuel cours Italia, Sandro Pertini est reconnu, puis arrêté. Le , il est condamné par le Tribunal spécial pour la sécurité de l'État à 10 ans et 9 mois de réclusion ; une peine endurcie par trois ans de surveillance particulière. Durant son procès, Pertini refuse de se défendre, conscient du fait qu'il se trouve confronté à un tribunal à la solde du régime, et c'est ainsi qu'il exhorte la cour à prononcer directement la condamnation, qu'il estime déjà préparée. Lors de l'annonce de la sentence, il se lève et crie : « À bas le fascisme ! Vive le socialisme ! ».

Enfermé dans l'île de Santo Stefano, il est transféré le à la prison de Turi, pour des raisons de santé ; il partage sa cellule avec Athos Lisa et Giovanni Lai. À Turi, seul socialiste emprisonné, Pertini fait la connaissance d'Antonio Gramsci, avec lequel il se lie d'amitié, celle-ci se trouvant renforcée par un profond respect mutuel tant pour leurs personnes que pour leurs convictions ; ils deviennent l'un pour l'autre ami, soutien et confident.

En 1932, Pertini est transféré au sanatorium judiciaire de Pianosa, dans lequel sa santé ne s'améliore guère malgré les soins, au point que sa mère présente une demande de grâce aux autorités. Ne reconnaissant pas l'autorité fasciste et donc le tribunal qui l'a condamné, Pertini rejette avec force cette initiative, dénonçant ainsi sa mère comme le président du Tribunal spécial.

Le , Pertini quitte Pianosa pour être transféré à Ponza, en sa qualité de prisonnier politique, et, le , est envoyé en prison pour cinq années supplémentaires ; un séjour carcéral qu'il passe entre Ponza et Ventotene, là-même où il rencontre deux autres antifascistes, Altiero Spinelli et Ernesto Rossi.

La Résistance Le retour à la liberté : la poursuite de la lutte

Ce n'est que le que Sandro Pertini retrouve la liberté ; mais son combat politique ne s'est pas éteint, et c'est ainsi qu'il reprend immédiatement la lutte antifasciste, participant notamment à Rome, le , aux combats contre les Allemands à Porte San Paolo, avec Luigi Longo, Emilio Lussu et Giuliano Vassalli.

Capturé avec Giuseppe Saragat par la SS, Pertini est condamné à mort pour son activité de résistant, mais la sentence n'a pas le temps d'être exécutée, grâce à l'intervention d'un groupe de résistants des groupes d'action patriotique (GAP), qui permet la fuite des deux hommes, le , alors qu'ils sont internés dans la prison de Regina Cœli. Pertini se rend à Milan pour participer activement à la Résistance, comme membre du CLNAI et avec l'intention de réorganiser le Parti socialiste.

En , à la libération de Rome, il est appelé par Pietro Nenni, qui vient de rentrer dans la capitale. Celui-ci le charge de prendre ses quartiers à Gênes, puis de contacter le monarchiste Edgardo Sogno, qui doit le mettre en contact avec les Alliés, dans le dessein de le faire entrer à Rome par un vol depuis la Corse. La situation se complique, car arrivé à Gênes, Pertini ne parvient pas à rejoindre la Corse ; mais, par des contacts avec les résistants de la Spezia, il part avec l'intention de trouver dans la cité ligure un moyen approprié pour leur voyage, ce qu'il fait. Or, de retour à Gênes, il apprend que Sogno a trouvé un bateau à moteur et qu'il est parti avec d'autres personnes pour la Corse ; Pertini se retrouve abandonné dans un territoire occupé. Il décide de retourner à la Spezia pour tenter de rejoindre la capitale, et, obtenant un laissez-passer pour Prato, il arrive, à pied, à Florence.

C'est à Florence qu'il rencontre le professeur Gaetano Pieraccini ; celui-ci trouve une cachette à Pertini, via Ghibellina. Le , il participe aux combats pour la libération de la ville, organisant l'action du Parti socialiste et dirigeant la publication des premiers tirages de lAvanti!.

Le retour au nord, puis la libération de Milan