thumb|250px|Le « grand Coësre ». Gravure extraite du Recueil des plus illustres proverbes divisés en trois livres : le premier contient les proverbes moraux, le second les proverbes joyeux et plaisans, le troisième représente la vie des gueux en proverbes, Jacques Lagniet, Paris, 1663. La cour des Miracles était, sous l'Ancien Régime, un ensemble d'espaces de non-droit composé de quartiers de Paris, ainsi nommés car les prétendues infirmités des mendiants qui en avaient fait leur lieu de résidence ordinaire y disparaissaient à la nuit tombée, « comme par miracle ». En réalité, une partie d'entre eux ne souffrait réellement d’aucun handicap.

Venus des campagnes pour chercher, en vain, du travail, ou miséreux des villes, les plus défavorisés grossissaient les rangs des cours des Miracles au , sous les règnes de et .

Territoires thumb|350px|La cour des Miracles par Gustave Doré, illustration de la vision romantico-médiévale dépeinte dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo.

La plupart des grandes villes possédaient une cour des Miracles. Paris en comptait une douzaineParis à travers les siècles, tome 1, page 363 Henri Gourdon de GenouillacLes cours des Miracles de Paris . : la Grande cour des Miracles, fief d'Alby, dans l’actuel , entre la rue du CaireCadastre de Paris par îlot (1810-1836), , Bonne Nouvelle, îlot n°22 à 24, cote F/31/82/12 [archives.paris.fr/arkotheque/visionneuse/visionneuse.php]., la rue des ForgesCadastre de Paris par îlot (1810-1836), , Bonne Nouvelle, îlot n°1, cote F/31/82/01 [archives.paris.fr/arkotheque/visionneuse/visionneuse.php]., la rue de Damiette, l'impasse de l'Étoile-Bonne-Nouvelle, la rue Thévenot (actuelle rue Réaumur) et dont l'entrée était située rue Neuve-Saint-Sauveur (actuelle rue du Nil).. ; la cour du Roi-François située au 328 rue Saint-Denis ; la cour du Sainte-Catherine située au 313 rue Saint-Denis ; la cour Gentien, rue des Coquilles ; la cour de la Jussienne, 23 rue de la Jussienne ; autour de la chapelle de Sainte-Marie-l'Égyptienne, située au coin de la rue Montmartre et de la rue de la Jussienne ; la cour Saint-Honoré entre les rues Saint-Honoré, Saint-Nicaise et de l'Échelle ; la cour des miracles rue du Bac située 63, rue du Bac ; la cour Brisset, rue de la Mortellerie entre les rues Pernelle et de Longpont ; la cour des miracles rue de Reuilly située 81, rue de Reuilly ; la cour des miracles située 26, rue des Tournelles et 21, rue Jean-Beausire ; deux autres près de la porte Saint-Denis, sur une « butte aux gravois » ; dans le faubourg Saint-Marcel ; sur la butte Saint-Roch.

vignette|Henri Sauval, Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, 1724. La plus célèbre est la Grande cour des Miracles, à laquelle Victor Hugo fait allusion dans Notre-Dame de Paris. Prenant des libertés avec l'histoire afin de nourrir sa vision « romantico-médiévale », l'écrivain situe la cour des Miracles au , à la fin du règne de en 1482... Hugo a néanmoins puisé ses sources dans les descriptions d'Henri Sauval, elles-mêmes reprises en partie du Jargon ou Langage de l'Argot reformé, livret populaire facétieux écrit vers 1630 par Ollivier Chereau, de Tours. Selon les descriptions carnavalesques de cet auteur, les mendiants membres de l'Argot (corporation des gueux), qui étaient hiérarchisés et parfaitement organisés, avaient des lois, une langue. Ils allèrent jusqu’à élire un roi des argotiers. Celui-ci s’appelait « le grand Coësre » ou « roi de Thunes ». Ce roi commandait à tous les mendiants de France. Les mendiants de chaque province obéissaient aux « cagous », c’est-à-dire aux lieutenants du grand Coësre ; c’étaient eux qui instruisaient les mendiants débutant dans le métier. Au-dessous de ceux-ci venaient, dans la hiérarchie, les « archisuppôts », qui étaient les savants du royaume des mendiants. C’étaient pour la plupart d’anciens étudiants ; ils enseignaient l’argot aux mendiants nouveaux venus dans l’association et jouissaient du privilège de ne payer aucun impôt au grand Coësre.

Selon Paul Bru :

Victor Hugo en dit :

Historique D'après le bibliothécaire et historien Alfred FranklinAlfred Franklin, Les anciens plans de Paris, notices historiques et topographiques, Paris, 1878., l'appellation « cour des Miracles » est indiquée sur les plans établis respectivement par Jacques Gomboust en 1652 et Jean Boisseau en 1654. Aucune cour des Miracles n'apparaît sur les plans topographiques parisiens antérieurs au Cité par Bronisław Geremek, Les Fils de Caïn. L'image des pauvres et des vagabonds dans la littérature européenne..

On relève la première description de la grande « cour des Miracles » dans Le Carabinage et matoiserie soldatesque (Paris, 1616) Richard de Romany : Le carabinage et matoiserie soldatesque., une farce écrite par Drachir d'Amorny alias Richard de Romany.. 150px|thumb|gauche|Panneau Histoire de Paris « La Cour des Miracles ».

Dans son Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, Henri Sauval, explique que c'est dans les cours des miracles que se retirent les gueux. Il précise aussi que la rue de la Truanderie (Petite et la Grande-Truanderie) était peut être la première et la plus ancienne de Paris. Il situe la seconde vers l'année 1350, rue des Francs-Bourgeois, dans une grande maison composée de 24 chambres, parfois appelée les Petites maisons du Temples, parfois les maisons des Aumônes dites des Francs-BourgeoisHenri Sauval : Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, chapitre Cours des miracles, page 510 (535/817).

La Cour des Miracles de la rue des Forges à Paris Au pied de l'enceinte de Charles V se trouvait le principal repaire de mendiants et de voleurs, la plus grande cour des miracles parisiennePlan Bullet et Blondel de 1676.

Elle occupait l'espace délimité par les actuelles rues de Damiette et des Forges. Dans son ouvrage Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, Henri Sauval décrit cette cour des Miracles :

Cette population de filous et de prostituées possède un roi qui prend habituellement le nom de « Coësre », quelquefois celui de « Roi de Thunes », flanqué d'une caricature de cour, de courtisans, officiers appelés Archisuppôts de l'Argot, Cagoux, Coquillarts, Courteaux de Boutanche, Calots, Capons, Francsmitoux, Malingreux, Marcantiers, RiffaudésRiffaudé, RifodéHistoires de Paris : Le récit des argotiers du Jargon, mettant en avant l’origine de la communauté et les articles la réglementant sur histoires-de-parisGilles Marchal : Bourreaux de travail.

La cour des Miracles figure sur les plans du premier tiers du .

À la fin du , la Cour des Miracles est encore mentionnée comme adresse d’imprimeurs. L’hebdomadaire révolutionnaire Le Père Duchesne y fut publié en 1793–1794 : l’**impressum** indique d’abord « rue Neuve-de-l’Égalité, cour des Miracles » (n°188-312), puis « cour des Forges de Bonne-Nouvelle » (n°313-355). Cette localisation relevait alors de la section Bonne-Nouvelle de ParisArchives parlementaires de 1787 à 1860, 1re série, t. 85, Paris, 1913, p. 303-304.Le Père Duchesne, nos 188-355, Gallica (BnF)..

Les différents mendiants et voleurs vignette|250px|Jacques Callot : Les Gueux - Le Mendiant à la jambe de bois (1622). Une vision plus réaliste des mendiants de l'époque avec des béquillesAppelées potences à l'époque., par un artiste contemporain de la cour des Miracles. Selon Sauval, qui reprend une édition postérieure du texte d'Ollivier Chereau en le trahissant, les mendiants et voleurs étaient répartis en un certain nombre de catégoriesPaul Lacroix, Ferdinand Seré : Le moyen âge et la renaissance: histoire et description des mœurs ..., Volume 1 :

les « narquois » ou « drilles » : faux soldats simulant des mutilations reçues au service du roi ; les « rifodés » : fausses victimes du feu du cielRifodé ; les « malingreux » : faux malades ; les « francs-mitoux » : faux malades simulant des crises d’épilepsie ; les « piètres » : faux estropiéspiètre ; les « marfaux » ou « marjauds » : souteneurs ; les « marcandiers » : faux marchands ruinés par les guerres, par le feu, ou par d’autres accidents. Allaient d’ordinaire par deux ; les « capons » : chargés de mendier dans les cabarets et dans les lieux publics et de rassemblement, ils poussaient les passants au jeu auprès de quelques camarades à qui ils servaient de compères ; les « courtauds de Boutange » : mendiants qui n’avaient le droit de mendier que pendant l’hiver ; les « millards » : voleurs à la tire de provisions. C’étaient les pourvoyeurs de la société ; les « orphelins » : jeunes garçons presque nus, chargés de paraître gelés et trembler de froid, même en été ; les « hubains » : porteurs d’un certificat constatant qu’ils avaient été guéris de la rage par l’intercession de saint Hubert ; les « prostituées » ; le « ragot » : chef de la pègre sous Henri II ; le « chef-coësre » : chef de la pègre ; les « cagoux » ou « archi-suppôt », ou Ducs : lieutenants du chef-coësre ; les « gens de la petite flambe » ou « de la courte épée », à cause des ciseaux qu’ils portaient pour couper les bourses ; les « polissons » allaient par quatre, vêtus d’un pourpoint, sans chemise, d’un chapeau sans fond, le bis sac à l’épaule, la bouteille sur le côté ; les « caillots » feignaient d’être guéris de la teigne ; les « sabouleux » feignaient une attaque d’épilepsie. Ils mettaient dans leur bouche un morceau de savon qui provoquait une écume ; les « marpauts », dont les femmes étaient les « marquises » ; les « coquillards » : faux pèlerins arborant une coquille Saint-Jacques.

Tout le monde ne pouvait être coupeur de bourse : pour être admis dans cette profession, il fallait faire deux chefs-d’œuvre en présence des « maîtres ». Sauval raconte en quoi consistaient ces deux chefs-d’œuvre :

Disparition des cours des Miracles thumb|250px|Gabriel Nicolas de la Reynie (1625-1709), gravure d'après Pierre Mignard.

Le , par l'édit de Saint-Germain-en-Laye, Louis XIV a créé la charge de lieutenant général de police de Paris et l'a confié à Gabriel Nicolas de La Reynie.

D'après le littérateur et journaliste Horace Raisson, La Reynie se serait rendu personnellement dans le Fief d'Albye, faisant ouvrir six brèches dans l'enceinte de Charles V et y disposant ses maigres forces de façon à faire croire qu'elles étaient les premiers rangs de troupes plus nombreuses. Le lieutenant de police se serait ensuite avancé seul sur la place en annonçant avec un porte-voix que le Roi ordonnait l'évacuation du lieu et que « les douze derniers seraient pendus ou envoyés aux galères », provoquant ainsi la fuite générale des truands..

Bien que fréquemment cité, cet épisode n'est mentionné nulle part avant la parution en 1844 de l'ouvrage d'Horace Raisson, la Police de Paris 1667-1844. L'historien Roger Chartier conteste l'authenticité de la dispersion de la cour des Miracles par La Reynie, soulignant qu'aucune source ne l'atteste. Il s'agit probablement d'une invention littéraire de Raisson.

Les rues « de la Grande-Truanderie » et « de la Petite-Truanderie » (entre le boulevard de Sébastopol et le Forum des Halles) perpétuent le souvenir des cours des Miracles.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Sources primaires

Noël du Fail, Propos rustiques de maistre Léon Ladulfi, Champenois, Lyon, Jean de Tournes, 1547. Drachir d'Amorny (Richard de Romany), Le Carabinage et matoiserie soldatesque, Paris, 1616. Réimpression augmentée d'un avant-propos et de notes par Philomneste junior, Genève, J. Gay et fils éditeurs, 1867, . Ollivier Chereau, Le Jargon ou Langage de l'Argot reformé, édition critique annotée et commentée à partir des éditions lyonnaises complètes (1630, 1632, 1634) avec des documents complémentaires et un dictionnaire-glossaire du jargon du livret par Denis Delaplace, Paris, Honoré Champion, « Textes de la Renaissance », 2008.