Classe tous risques est un film policier franco-italien réalisé par Claude Sautet, sorti en 1960.
Adaptation cinématographique du roman du même nom de José Giovanni, paru en co-écrite par Sautet, Giovanni et Pascal Jardin, le film s'inspire des dernières années de la cavale d'Abel Danos (renommé Abel Davos dans le film), présenté comme un père aimant et attentionné, dont on apprend seulement qu'il est recherché par la justice française, sans qu'il soit jamais précisé pourquoi (Abel Danos, dit Le Mammouth ou le Bel Abel, était le tortionnaire le plus brutal de la Gestapo française). Ses anciens amis truands, présentés comme des lâches sans parole, rechignent à l'aider, ce qui contraste avec le personnage sympathique d'Éric Stark qui l'aide sans hésitation, sans contrepartie.
Le film met en vedette Lino Ventura dans le rôle de Davos, tandis que Jean-Paul Belmondo, qui tient l'un de ses premiers rôles importants au cinéma, incarne Stark. Les autres rôles notables sont incarnés en autres par Sandra Milo, Jacques Dacqmine, Marcel Dalio et Claude Cerval.
Tourné d'octobre et décembre 1959 entre Paris, la Côte-d'Azur et l'Italie, le film sort en salles en , mais en raison de la sortie quasi simultanée et le bon accueil critique et commercial dÀ bout de souffle, avec également Belmondo en tête d'affiche, Classe tous risques peine au départ à fonctionner en salles, mais va parvenir à connaître un assez bon score au box-office grâce à une ressortie trois ans plus tard, qui lui permet de cumuler plus de 1,7 million d'entrées en fin d'exploitation. Il est depuis considéré comme un des meilleurs films noirs réalisés dans les années 1960..
Synopsis Gangster condamné à mort par contumace et recherché par la police, Abel Davos s'est réfugié en Italie avec sa femme Thérèse et leurs deux enfants. Il réussit avec Raymond Naldi un hold-up à Milan mais les deux compères sont vite pourchassés, et décident de rentrer clandestinement en France.
Le petit groupe débarque sur une plage déserte de Menton, mais deux douaniers les surprennent. S'ensuit une fusillade, au cours de laquelle Thérèse et Raymond Naldi sont tués. Resté seul avec ses enfants, Abel fait appel à ses anciens amis de Paris, Riton et Fargier, et leur demande de venir les chercher à Nice. Ceux-ci, ne pouvant venir eux-mêmes car ils mènent maintenant une vie à peu près normale, lui envoient un homme sûr, Éric Stark, au volant d'une ambulance. Davos se lie d'amitié avec Éric qui le cache dans une chambre de bonne dans son immeuble.
Mais la situation de Davos ne fera que se compliquer et tout finira très mal pour lui comme pour presque tous ses anciens amis. Éric Stark, lui, s'en tirera presque indemne et trouvera l'amour avec une auto-stoppeuse qui l'avait aidé en jouant les infirmières quand il avait ramené Abel Davos de Nice.
Fiche technique Titre : Classe tous risques Réalisation : Claude Sautet Scénario : Claude Sautet, José Giovanni et Pascal Jardin, d'après le roman Classe tous risques de José Giovanni Dialogues : José Giovanni Musique : Georges Delerue Décors : Rino Mondelini Photographie : Ghislain Cloquet Son : Jacques Lebreton Montage : Albert Jurgenson Production : Jean Darvey Production déléguée : Robert Amon Directeur de production : Jacques Planté Sociétés de production : Mondex Films, Les Films Odéon, Filmsonor et Zebra Film Sociétés de distribution : Cinédis (France), United Artists (États-Unis) Pays d’origine : France et Italie Langue originale : français avec quelques dialogues en italien Budget : 130 millions d'anciens francs.Soit 1,3 million de nouveaux francs au moment de sa sortie en salles. (soit environ en ) Format : noir et blanc — 35 mm — 1,66:1 — son monophonique Genre : policier, drame Durée : 105 minutes Dates de sortie : France : sortie à Paris le , sortie nationale le Classification et visa CNC : tous publics, Art et essai (visa d'exploitation délivré le ).
Distribution
Production Genèse et développement La genèse de Classe tous risques naît de la rencontre entre Lino Ventura et Claude Sautet. Trois ans auparavant, en 1958, Sautet met en scène Bonjour sourire, son premier film en tant que réalisateur. Mais ce dernier, qui remplaçait Robert Dhéry, ne le considère pas comme son premier film personnel... Peu après, Sautet est retourné au poste d'assistant réalisateur.. Il apporte également son aide à des scénarios, notamment en les débloquant quand il le faut et reprend quelques dialogues. Sur le tournage du Fauve est lâché de Maurice Labro, pour lequel il officie en tant que coscénariste et assistant-réalisateur, il fait la connaissance de Ventura. Lorsque de fréquents désaccords entre Ventura et Labro poussent le réalisateur à quitter le tournage avant son terme, Sautet, qui s'est rapproché de Ventura, s'attelle à diriger les dernières scènes du film. Ayant apprécié le film, le réalisateur Jacques Becker, qui a tourné le premier film avec Ventura, Touchez pas au grisbi, conseille à l'acteur de poursuivre cette collaboration en adaptant le roman de José Giovanni, Classe tous risques.. Ventura se passionne pour le livre de Giovanni, Sautet en apprécie et l'écriture, et le thème du gangster traqué qui tient à rester un bon père de famille..
Alors que Ventura tient le rôle de Davos, Sautet trouve en Jean-Paul Belmondo le jeune acteur idéal pour interpréter Éric Stark. Sautet a remarqué Belmondo, alors peu connu du grand public, grâce au film Les Tricheurs de Marcel Carné. Les deux hommes se rencontrent à Saint-Germain grâce à un ami journaliste de Belmondo, Gilles Durieux, qui mena Sautet vers un restaurant où l'acteur avait ses habitudes. En voyant arriver le jeune comédien, le réalisateur a su que le rôle de Stark est fait pour Belmondo, le seul interprète possible pour lui. Néanmoins, ce choix ne plaît pas aux producteurs, qui refusent d'engager ce jeune acteur alors inconnu avec un physique si particulier, préférant davantage Laurent Terzieff ou Gérard Blain. Mais c'est sans compter la détermination de Sautet, qui, grâce au soutien de Ventura à l'origine du projet et qui a son mot à dire, arrive à imposer la présence de Belmondo dans le film, après une première entrevue entre les deux acteurs, qui parlaient davantage de sport que de cinéma, au cours duquel Ventura adoubait Belmondo et menaçant même de quitter le film lorsque les producteurs voulurent se montrer catégorique sur leur refus et que des proches, dont l'agent de Sautet, ont tenté de lui déconseiller de camper sur ses positions en conservant Belmondo, considéré comme une selon eux. Le projet a failli prendre une autre tournure lorsque le producteur Robert Amon, se montrant frileux, s'est mis en tête de transformer le film en une comédie musicale avec Dario Moreno dans le rôle de Stark, avant que le producteur italien, l'apprenant, menace de quitter le film si Amon fait ce changement..
Le rôle principal féminin, celui de Liliane, la jeune comédienne tombant amoureuse du personnage de Belmondo, est incarnée par l'actrice italienne Sandra Milo, imposée par le co-producteur italien et qui avait côtoyé Ventura sur Un témoin dans la ville, sorti en . Parmi les rôles notables, Marcel Dalio est choisi pour incarner le receleur sans scrupules, tandis que Claude Cerval interprète l'un des anciens complices de Davos reconverti dans l'hôtellerie. Jacques Dacqmine prête ses traits au commissaire de police lancé sur les traces de Davos et retrouve Belmondo le temps d'une scène après avoir tourné ensemble À double tour peu de temps auparavant. Sautet envisage également Michel Constantin pour incarner Raymond Naldi, l'ami de Davos, mais ce dernier est pris sur le tournage du Trou de Jacques Becker et le rôle est confié à Stan Krol.
Selon la biographie de José Giovanni, le personnage d'Abel Davos est inspiré d'Abel Danos, dit « le Mammouth » en raison de sa forte corpulence, que ce dernier a connu à la prison de la Santé. Danos, tueur à gages avant la guerre, a été de 1941 à 1944, un des bourreaux de la Gestapo française de la rue Lauriston, aussi appelée « la Carlingue », menée par Henri Lafont et Pierre Bonny, qui se livrait à des actes de collaboration active tout en s'enrichissant. Danos a été fusillé pour collaboration en 1952.
Interrogé en 1994 par Michel Boujut qui lui demande s'il savait en faisant son film qui était exactement le modèle de José Giovanni, Claude Sautet répond : .
Le complice d'Abel Davos dans sa fuite hors d'Italie, Raymond Naldi, est un avatar de Raymond Naudy, dit « Le Toulousain », un ancien FFI, devenu le compagnon de Danos dans le « Gang des Tractions Avant ».
Le commissaire Blot est inspiré du commissaire Georges Clot, responsable à la Libération de la cellule anti-Gestapo de la police judiciaire.
Tournage Le tournage de Classe tous risques se déroule du au .. Principalement tourné aux studios Francœur pour les scènes d'intérieur, les prises de vue en extérieur ont lieu dans des quartiers de Paris et des sites de la Côte d'Azur (Le Cros-de-Cagnes et Nice).
Le tournage débute par le hold-up des dix premières minutes a été tourné en caméra cachée, sans que Claude Sautet, adepte des méthodes de la Nouvelle Vague, ait prévenu qui que ce soit, ce qui, dans une des avenues les plus passantes de Milan, ne fut pas sans poser certains problèmes : les acteurs furent pourchassés par des piétons et il y eut un problème cardiaque dans la foule.. Les deux acteurs parviennent à échapper de peu au lynchage de la foule indignée. Le tournage en Italie pose un autre problème pour Sautet, lorsque Ventura, retrouve avec plaisir la cuisine de son pays natal. Selon Giovanni, Sautet accompagna l'acteur au restaurant et l'empêchait de manger afin qu'il reste en forme pour le reste du tournage, qui continue à Nice, au moment où Belmondo débarque. Le jeune comédien se montre souriant et plaisantant sans cesse entre les prises, à tel que point que Sautet s'inquiétait de la décontraction de Belmondo et le fait qu'il ne sache pas son texte, mais ses craintes se dissipent lorsque ce dernier connaissait ses dialogues. Sautet ignore toutefois que Belmondo, qui doit tourner la scène avec une DeSoto de 1949 transformée en ambulance, n'a pas encore son permis de conduire – seul Giovanni est au courant – et que sur le tournage d'''À double tour, il avait envoyé une Delahaye dans le décor, mais tout se passe finalement bien sur le tournage du film de Sautet. À noter une petite invraisemblance, quand Éric Stark s'arrête à une station-service pour faire un plein, il continue à fumer près des pompes et de son réservoir sans que le pompiste lui en fasse la remarque.
Sautet se montre insatisfait de de la fin prévue, qui doit montrer la police encerclant peu à peu Davos près de la Porte Saint-Martin avec une qui se . De nouveau en désaccord avec la production, le réalisateur interrompt le tournage avant de trouver la solution en faisant montrer Davos marchant seul dans la rue en disparaissant dans la foule tandis que le narrateur déclame le destin du personnage.
Sortie et accueil Réception critique À sa sortie, l'ensemble de la critique se montre peu indulgente, voire méprisante avec Classe tous risques, en raison de leur lassitude par la mode des films de gangsters et le long-métrage et le réalisateur ne font pas l'unanimité. Le film obtient des rares avis positifs, notamment du Canard Enchaîné, qui note que le film prouve que , de L'Express, qui évoque un et de Bertrand Tavernier, alors critique débutant à la revue Cinéma, parle d'un film heureusement . Dans le Répertoire Général des Films 1960, le critique écrit que la .